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Quelle attention au corps du jeune enfant ?

Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice, auteure

Les professionnels de la petite enfance savent que le prendre soin du jeune enfant passe par le prendre soin de son corps. Celui-ci est socle du développement. L’enfant vit, éprouve, ressent, communique par son corps ou dans son corps. Vécu corporel et vie psychique sont indissociables.
Ainsi la qualité de l’accueil du jeune enfant implique que les pros puissent se préoccuper de son vécu et bien-être corporel, lui donner à vivre du suffisamment confortable, sécurisant, respectueux et suffisamment riche d’expérimentations possibles.

Voici mes quelques boussoles dans ce travail :

– Pouvoir porter attention, percevoir finement ce que jeune enfant manifeste, ce que son corps exprime (tonus, mimiques, posture, gestes, mouvements) : un bébé qui se blottit, qui tourne la tête, qui repousse de sa main, qui se recule, se raidit ou se blottit…

– Pouvoir prendre en compte ce qu’il exprime ainsi et le considérer comme « une personne » partenaire actif dans la relation et les interactions réciproques.

Répondre à son besoin d’interactions réciproques : regards, sourires, langages, tonus.

– Avoir conscience de la place et l’importance de cette communication non-verbale et du véritable « dialogue tonique » qui se vit entre enfants et adultes ». L’enfant perçoit notre état psychique émotionnel, même lorsque nous n’en avons pas conscience, et réciproquement, nous percevons le sien, (même si ses antennes ne sont pas complètement identifiées sur un plan physiologique…)

Ajuster nos réponses, nos propres mouvements, dans ce dialogue fin, en respectant son développement et sa neuromotrice, ses besoins et ses possibles.

– Penser nos gestes et nos réponses : quelles intentions et objectifs ?
Par exemple : Pourquoi porter cet enfant à ce moment là ? Et comment, vers soi ou vers l’extérieur ? Pour répondre à son besoin du moment de repli, de fatigue ou de curiosité ? Quelles installations pour un repas ? quelles installations au sol ?Comment favoriser la participation active de l’enfant pendant les soins (change, mouchage…) ? Quel toucher qui soutient, qui apaise, qui accompagne, qui respecte, qui lui laisse le temps de donner son accord et sa confiance.

– Respecter son corps et son intimité, permettre à l’enfant d’expérimenter son corps « comme lui appartenant », et l’accompagner à respecter celui des autres.

– Penser les aménagements et propositions qui permettent à l’enfant de développer la connaissance de son corps, expérimenter ses possibilités de mouvement, ses initiatives, ses tâtonnements, ses recherches, avec fluidité et prudence.

Ce que nous donnons à vivre l’enfant dans son corps est au centre de l’accueil, il mérite toute notre attention. Se prendre soin nécessite d’être accompagné d’un prendre soin de l’adulte et de ce qu’il vit dans son corps.
Nos organisations devraient pouvoir permettre aux professionnels de développer, avoir et maintenir une disponibilité suffisante aux enfants, tout en ayant pour eux-mêmes cette attention et ce prendre soin.
(C’est un de mes nombreux rêves que dans toute formation initiale soit développée cette attention à chacun et au prendre soin de son propre corps et de lui-même !)

Monique Busquet

PUBLIÉ LE 02 février 2026

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