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Agnès Canayer, une nouvelle ministre néophyte en petite enfance

Agnès Canayer, sénatrice de Seine et Marne, apparentée LR, vient d’être nommée ministre chargée de la Famille et de la Petite enfance auprès de Paul Christophe (Horizons) ministre des Solidarités, de l’Autonomie et de l’Egalite entre les femmes et les hommes. Un choix qui étonne et interroge.

A l’annonce du gouvernement  Barnier samedi soir, on hésitait entre satisfaction de constater que pour la première fois une ministre a, dans son périmètre, officiellement affiché la petite enfance (au détriment cependant de l’enfance et de la protection de l’enfance) et l’étonnement.

Pourquoi la Petite enfance ?

Pourquoi cette référence à la petite enfance ? Spécifiquement ?  Parce que selon la formule d’Élisabeth Laithier, la présidente du Comité de filière Petite enfance « un enfant ne nait pas à trois ans avec un cartable sur le dos », et que cela signale une prise de conscience de l’importance de la prime enfance ? Ou bien est-ce une réponse politique à l’actualité du moment ? Samedi soir, sur les réseaux sociaux certains y voyaient un lien avec les révélations du livre de Victor Castanet « Les Ogres »,  postant même « Merci Victor Castanet ».
Ne serait-ce ce pas une façon d’éteindre l’incendie et de montrer que pour ce gouvernement la petite enfance est une affaire sérieuse ? Il en faudra plus pour rassurer le secteur qui attend des actes, la signature de textes, des décisions. Et qui sait qu’au-delà de 3 ans, les enfants ont besoin d’attention, de considération et de protection.  C’était le sens d’un post Linkedin d’Elodie Emo, cofondatrice des Cercles de parents : «  Bien qu’ultra investie sur les 0-3 ans ( période extrêmement importante), j’hallucine ( et bien oui il n’y a pas d’autres termes) qu’il soit encore possible en 2024 de ne pas saisir l’importance du besoin populationnel de l’enfant jusqu’à 18 ans »,  écrit-elle avant de lister tous les chantiers en cours.
A suivre donc

 L’étonnement provoqué par cette nomination est double.

Premier étonnement, Agnès Canayer, sénatrice apparentée LR de 59 ans, juriste et mère de trois enfants, n’a jamais tout au long de sa vie politique travaillé sur les sujets petite enfance. Cette proche de Valérie Pécresse et Gérard Larcher, siège au sénat depuis 2014 et dans cette chambre haute n’a jamais été membre de commissions ou délégations portant sur les sujets famille, enfance ou d’éducation même. Tout juste, fut-elle de 2014 à 2017 secrétaire de la commission des affaires sociales.
Néanmoins on ne le lui connait pas de prises de positions publiques portant sur ces questions contrairement à celle qui avait failli être nommées, Laurence Garnier et dont les engagements pro manif pour tous et anti constitutionnalisation de l’IVG étaient jugées incompatibles pour être en charge de la Famille. Beaucoup hurlaient à la provocation. Agnès Canayer, elle, était la rapporteure du texte de loi sur l’inscription de l’IVG  dans la constitution et l’a voté, le jugeant  d’ailleurs plus « symbolique  qu’historique. » .
N’étant une spécialiste ni de la famille, ni de la petite enfance, il faudra donc que la ministre s’entoure vite d’un cabinet compétent avec des bons techniciens et pas seulement des politiques ou des pros de la com, au risque de décevoir d’emblée le secteur qui veut une interlocutrice qui ne mette pas six mois à découvrir les enjeux de l’ accueil du jeune enfant si tant est que ce gouvernement soit encore là dans 6 mois !

Deuxième étonnement : la ministre est désormais ministre de la Famille, ce qui n’était pas arrivé depuis 2016, date à laquelle Laurence Rossignol est devenue ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes. Sous la présidence Macron, il y eut Adrien Taquet, secrétaire d’État à l’Enfance et aux Familles, Aurore Bergé et Sarah El Haîry avaient, elles aussi dans leur périmètre les familles. Les familles un terme englobant toutes les familles dans leur diversité.  Aujourd’hui, Agnès Canayer, est donc ministre de la Famille. La famille dans son acception la plus traditionnelle… Un curieux retour en arrière à l’heure où les familles monoparentales représentent 25% des familles et où les familles homoparentales ne sont plus exceptionnelles et pointées du doigt et où la loi (la PMA pour toutes par exemple depuis 2021) ne les exclut pas des politiques publiques.

Des premières réactions circonspectes

D’aucuns se sont déjà étonnés de ces deux bizarreries. Avec véhémence la députée du Val de Marne, Isabelle Santiago a dégainé la première sur Linkedin : « L’enfance n’a plus de ministre !  Le nouveau gouv a relégué au second plan via un ministère délégué avec une dénomination curieuse la famille et pas les familles cela fait 15 ans que l’on ne dit plus la famille…et l’enfance est devenue la petite enfance… ». Et de pester, elle qui vient de relancer une proposition de résolution pour recréer une commission d’enquête parlementaire sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance puisque la précédente avait été stoppée par la dissolution surprise de juin. « Vu les urgences sociales en matière de protection de l’enfance, de santé sociale sur un secteur le médico-social qui est à bout de souffle. Pourtant l’urgence est à tous les étages ! »
Le SNPPE, de son côté se dit très inquiet et s’en explique : « dans un secteur de la petite enfance en pleine crise, le SNPPE aurait souhaité travailler avec une personne qui maîtrise les problématiques. (…).Les interventions de Mme Canayer au Sénat ont pu déjà montrer que l’obsession budgétaire prime sur tout le reste. (…).nous exigeons qu’elle rencontre les  représentants des professionnels avant les gestionnaires ou la Cnaf.»  Et évidement , le SNPPE  s’interroge aussi sur « ce ministère de LA Famille, un modèle familal dépassé qui n’a plus sa place dans nos réalités modernes.»
Quant à Elisabeth Laithier, Présidente du Comité de filière petite enfance « adresse ses félicitations à la nouvelle ministre », et précise : « le secteur de la petite enfance est sous tension et attend des gestes forts. Je me tiens à la disposition de la ministre et espère être reçue rapidement comme l’avaient fait ses prédécesseurs afin de travailler en bonne intelligence dans l’intérêt de tous les professionnels. La petite enfance a besoin d’une ministre investie car la mise en place du SPPE est un des enjeux majeurs de ces prochains mois

Paul Christophe lui connait assez bien les sujets petite enfance, parentalité et handicap

Le ministre dont Agnès Canayer va dépendre est Paul Christophe, député du Nord et ex-président de la commission des Affaires Sociales à l’Assemblée nationale.  Lui, connait assez bien le domaine. Il été l’un des rapporteurs de la loi sur le Plein emploi dont, pour rappel les articles 17 et 18 organisent d’une part la gouvernance du Service Public de la Petite Enfance et d’autre part les autorisations d’ouverture et contrôles dans les EAJE. C’est un député qui est aussi très intéressé par la question des parents d’enfants en situation de handicap. Il est à l’ origine d’une loi favorisant l’accompagnement des parents d’enfants malades et handicapés.
Le handicap n’ayant ni ministre délégué ni secrétaire d’État, c’est probablement une thématique qu’il suivra lui-même.
En  ce qui concerne la petite enfance et particulièrement l’accueil du jeune enfant, en revanche, il faut noter qu’en en novembre 2023, il a été le seul membre du groupe Horizons a voté contre la création d’une commission d’enquête sur le modèle économique des crèches et la qualité d’accueil dans les EAJE. Il la jugeait à l’époque redondante avec le rapport de l’IGAS d’avril 2023 et celui de la mission flash de la Délégation aux droits des enfants de l’Assemblée nationale menée par Michèle Peyron et Isabelle Santiago.

Régulièrement l’ensemble des acteurs du secteur de la petite enfance s’agaçaient que la petite enfance soit l’oubliée des gouvernements. Ne faisons pas de procès d’intention à cette nouvelle ministre et soyons optimistes et attendons ses premiers pas en petite enfance. Nul n’est à l’abri d’une bonne surprise. Bienvenue Madame la Ministre.

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Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 22 septembre 2024

MIS À JOUR LE 30 septembre 2024

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