S’abonner
Espace
Abonnés

Référentiel de connaissances et de savoir-faire en petite enfance : où est l’accueil individuel ?

Lors d’une réunion du Groupe de travail Normes du Comité de filière petite enfance (CFPE), jeudi 2 juillet, une version finalisée et maquettée du référentiel connaissances et compétences, rebaptisé référentiel de connaissances et de savoir-faire communs aux professionnels de la petite enfance a été présenté par la DGCS. Et l’accueil – c’est le moins qu’on puisse dire –  n’a pas été très favorable. Au point, qu’au nom du Comité de filière, son secrétaire général Pierre Stecker va officiellement demander que des ajustements soient faits avant sa publication.

Presque un jour pour jour après la publication du référentiel national sur la qualité d’accueil du jeune enfant, la DGCS – après avoir reçu un accord de principe du cabinet – pensait pouvoir publier en ce mois de juillet le référentiel des connaissances et savoirs-faire communs aux professionnels de la petite enfance. Mais au vu des réactions des membres du GT normes du CFPE, lors de ce qui était à la fois une présentation et une ultime concertation, ce ne sera pas le cas.

Un document-catalogue de 40 pages

Ce référentiel, rappelons-le, fait partie des référentiels mentionnés à l’article 18 de la loi plein emploi de décembre 2023 comme devant servir de base avec le référentiel qualité et le référentiel bâtimentaire à l’évaluation quinquennale des EAJE. Il se présente sous la forme d’un document de 40 pages, clair – dans sa mise en page –  séquencée en cinq grandes parties avec des sous-parties plus ou moins nombreuses selon les thématiques. Ces sous-parties sont organisées sur un même modèle : les connaissances pour l’ensemble des professionnels, celles pour les emplois chargés de la conception éducative et enfin celles pour les emplois de direction. Et pour chaque catégorie de professionnels, suit une liste de connaissances ou savoir-faire.
Voici les 5 grandes parties :
– Connaitre les besoins des enfants pour y répondre au quotidien –
– Organiser l’activité professionnelle avec les enfants au quotidien
– Accueillir et accompagner les parents et la famille de chaque enfant
– Situer son activité professionnelle
– Organiser l’activité dans le cadre professionnel

Un document de synthèse, qui comme il l’est rappelé dans l’introduction, est sensé en s’appuyant sur la Charte nationale d’accueil du jeune enfant et au référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant, constitué un socle de connaissances et savoirs-faire communs à tous les professionnels de la petite enfance. C’était la belle idée du rapport Giampino de 2016.

Pour tous les professionnels et les organismes de formation

L’introduction souligne que ce référentiel s’adresse « à l’ensemble des professionnels de l’accueil du jeune enfant exerçant en EAJE, et aux assistants maternels exerçant, à leur domicile, en MAM ou crèches familiales, ainsi qu’aux auxiliaires parentaux exerçant au domicile des parents. » Une belle et juste intention qui, on va le voir, n’est en fait pas tout à fait traduite dans les 40 pages du référentiel.
L’objectif du document est également « d’orienter les employeurs dans la conception de leur plan de développement des compétences et les branches professionnels pour leur pilotage des dispositifs de formation. Il donne des repères pour l’élaboration des référentiels de diplômes et de certification du champ et pour la construction des programmes de formation initiale et continue. » En clair, il doit être source d’inspiration pour gestionnaires et professionnels, mais aussi pour les organismes de formation initiale et continue.

Un référentiel qui ne fait pas l’unanimité

Pour certains, le référentiel fait le job : certes il ne nous apprend rien, mais il est clair et fait bien le recensement de tout qu’un professionnel exerçant auprès de jeunes enfants doit connaitre à minima. Après tout dépend de la façon dont les pros s’en empareront. Pour d’autres, c’est un document de plus, décevant, creux, pas faux, mais nécessitant des moyens, conçu exclusivement pour l’accueil collectif … Lors du GT normes, peu lui ont trouvé des qualités et les critiques ont été quasi unanimes.

L’accueil individuel, le grand oublié

« Certes dans l’introduction, on évoque les assistantes maternelles, mais tout au long des 40 pages suivantes, elles n’existent plus », se désole Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam. Elle l’a expliqué avec quelques exemples à l’appui, lors de la réunion du jeudi 2 juillet. « Ainsi, il est fait référence au Référent santé accueil inclusif (RSAI), comme si tous les professionnels de la petite enfance pouvaient le solliciter. C’est faux, les assistantes maternelles n’ont pas cette possibilité. Dans le référentiel, quand on évoque le jeu libre, ou la prévention des maltraitances, on l’évoque pour les professionnels chargés de la conception éducative ou ceux ayant des emplois de direction. Or les assistantes maternelles doivent aussi avoir ces compétences, d’ailleurs pour la prévention des maltraitances, c’est inscrit dans le référentiel d’agrément. »
« On sent, poursuit-elle, un peu amère, que ce référentiel a été conçu pour l’accueil collectif exclusivement, ce qui n’était pas le cas du référentiel qualité même s’il y avait des situations dans lesquelles les assistantes maternelles ne pouvaient se retrouver. Ce référentiel-là manque clairement d’étayage pour l’accueil individuel. C’est regrettable d’oublier ainsi des professionnelles qui constituent le premier mode d’accueil formel et dont 40% vont partir à la retraite d’ici à 2030… ». Mais Sandra Onyszko ajoute : « cela ne veut pas dire que nous souhaitions un document spécifique ! Nous souhaiterions juste plus de collaboration avec la DGCS. »

La question de l’évaluation et des moyens

Si cet oubli de l’accueil individuel demeure le principal reproche fait à ce référentiel, il n’est pas le seul.
Elsa Hervy déléguée générale de la FFEC note avec une certaine ironie : « Ce document certes offre une mise en page agréable, néanmoins sa qualité intrinsèque interroge, et surtout, on voit mal comment les équipes pourront l’utiliser dans le cadre de l’auto-évaluation quinquennale prévue par la loi. Et ce n’est pas un détail puisque les résultats de cette évaluation, je le rappelle, devront être rendus publics. »

Pour Cyrille Godfroy co secrétaire général du SNPPE, « ce référentiel est une sorte de catalogue pavé de bonnes intentions…. Les indicateurs donnés (qui ne sont pas faux bien-sûr), dans ce contexte de pénurie, n’ont pas beaucoup de sens. Avec quels moyens les mettre en oeuvre ? On accumule les publications, qui peuvent être de bons outils, mais on ne donne pas les moyens de les appliquer. » Et de façon plus générale, il remarque que : « la DGCS est peu à l’écoute de qui se dit au Comité de filière petite enfance. S’il n’a il n’y a pas de vraie concertation, on finit par se demander s’il est utile d’en rester membre.»

Des ajustements demandés

Au vu des différentes prises de paroles sur ce fameux référentiel, Pierre Stecker, secrétaire général du CFPE, a annoncé qu’il proposerait, au nom du Comité de filière quelques ajustements à l’administration. Contacté, il nous a expliqué : « Nous allons effectivement retravailler de référentiel. J’ai proposé de constituer un sous-groupe au sein du comité de filière pour travailler à quelques ajustements notamment pour mieux intégrer les assistants maternels. Potentiellement, nous pourrions faire bouger le statut de ce document et le lier un peu mieux au référentiel qualité. Donc, je confirme que le document présenté reste un document de travail, qui ne sera pas publié tel quel. Et à l’initiative du comité de filière, nous ferons des propositions formelles. »

Mais le CFPE propose et l’administration dispose ! Donc Pierre Stecker, souligne que « la décision finale n’appartient pas au Comité de filière, mais à la DGCS en accord avec le cabinet de Stéphanie Rist. »
Il est peu probable que dans le contexte actuel, avec la mobilisation annoncée pour la rentrée de Pas de bébés à la consigne, la ministre veuille se mettre à dos les membres du CFPE et les professionnels qui leur font confiance. À suivre, donc.

Vous avez envie de lire la suite ?

Abonnez-vous dès maintenant

Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 03 juillet 2026

Ajouter aux favoris

2 réponses à “Référentiel de connaissances et de savoir-faire en petite enfance : où est l’accueil individuel ?”

  1. coordination_175564 dit :

    C’est à la Charte nationale qu’il faut le relier et non au référentiel qui vient parfois (et malheureusement) en contradiction avec le contenu de la Charte et du rapport Giampino…

  2. Sophie De Oliveira dit :

    Dans mon département (81) la PMI a fait savoir à ceux qui ont posé la question que c’était elle le référent santé, qu’on pouvait la joindre… mais en réalité ça a toujours été le cas, avec ou sans réforme on nous a toujours dit de ne pas hésiter, à ma connaissance elle n’a pas opté pour l’expérimentation prévue dans la réforme des modes d’accueil

Laisser un commentaire