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Tribune Libre

Référentiel qualité d’accueil du jeune enfant : les enjeux écologiques et sociaux encore insuffisamment intégrés.

Par Label Vie

Le référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant a été enfin publié. Label Vie avait participé aux consultations pour nourrir les réflexions dans le pré référentiel, il y a un an, sur des thématiques clés telles que l’exposition aux toxiques, l’alimentation, le contact avec la nature ou encore la qualité organisationnelle. Et, effectivement, nous constatons qu’une partie des recommandations que nous avions soumises ont été intégrées dans le rapport publié.
C’est un bon début, mais il est nécessaire d’aller plus loin. La qualité d’accueil du jeune enfant ne pourra pas être optimum sans un engagement fort sur les enjeux de santé et d’environnement. Voici donc nos propositions pour les prochaines évolutions de ce référentiel qualité :

Réduire l’exposition des enfants et professionnels aux substances toxiques.

Le jeune enfant est particulièrement vulnérable à l’exposition aux toxiques de son environnement, en raison de l’immaturité de son métabolisme et de comportements qui l’exposent davantage (marche à quatre pattes, au ras du sol, mise à la bouche…). Limiter l’exposition des jeunes enfants aux toxiques est donc essentiel, et doit être traité comme un sujet prioritaire dans le référentiel commun.
Une partie des recommandations que nous avions proposées sur cette thématique ont été intégrées dans la section « Qualité environnementale », mais elles sont incomplètes, et pas assez priorisées. Une prise de conscience est en cours notamment sur les « protocoles et produits d’entretien plus respectueux de l’environnement et de la santé » en cherchant « à réduire le nombre de produits », ou encore pour le change utiliser « de l’eau et du savon simple » et supprimer « l’usage de produits cosmétiques et nettoyants ».

Mais pour répondre aux enjeux de santé, il est indispensable d’inciter les professionnels à ne plus utiliser de produits ou formulations qui contiennent des ingrédients toxiques (mutagènes, allergisants, cancérogènes potentiels et perturbateurs endocriniens), car, oui, il en existe encore dans les produits disponibles sur le marché. Il est également urgent de privilégier, au quotidien, le nettoyage à la désinfection, pour préserver la flore microbienne environnementale qui est cruciale pour l’enrichissement du microbiote des jeunes enfants indispensable notamment à leur système immunitaire.

Favoriser une alimentation plus saine et durable pour la santé des tout-petits

Que ton alimentation soit ta première médecine” clamait Hippocrate. Mais l’alimentation peut aussi être la première source d’exposition à des substances potentiellement délétères pour la santé, en particulier chez le tout-petit, très vulnérable ses premières années de vie. Pour assurer une alimentation saine et respectueuse de l’environnement, les lieux d’accueil doivent éviter au maximum les sources de toxiques.
Malgré ces enjeux déterminants, aucune mention n’apparait dans le document concernant la nécessité d’éviter voire de proscrire les pesticides en privilégiant des aliments issus de l’agriculture biologique. On regrette aussi l’absence de recommandation concernant la végétalisation des assiettes des tout-petits (servir au moins 3 repas sur 5 végétaux), pourtant essentielle afin de répondre à l’urgence climatique et biodiversité.
Enfin, nous l’observons depuis plus de 20 ans, les établissements qui cuisinent sur place ont plus d’agilité et d’actions sur la qualité des repas des enfants. Aussi, nous proposons que l’aménagement d’une cuisine sur place dans les établissements où cela est possible soit encouragé.

Encourager un contact régulier des enfants et professionnels avec la nature

Les bénéfices court et long terme du contact régulier avec la nature ne sont plus à prouver : renforcement du système immunitaire, réduction des risques allergiques, développement des compétences comportementales et sociales, etc. On constate pourtant une diminution des expériences de nature, et plus globalement du contact avec le vivant non humain, ce qui impacte largement le développement moteur, cognitif et affectif des jeunes enfants.
L’importance du contact avec la nature est d’ailleurs bien précisée dans la dernière version du référentiel dans la section « Variété environnementale » : « L’éveil à la variété environnementale (découverte des milieux urbains, naturels, sociaux) encourage le développement global et permet de développer chez l’enfant l’émotion esthétique ».
On note également que les activités au contact de la nature sont privilégiées et incitées dans le texte, avec « le contact direct avec la nature fait partie du quotidien des enfants dans les modes d’accueil », ou encore « les lieux d’accueil organisent des temps dans les espaces extérieurs à proximité ».
Mais il est urgent d’aller plus loin et d’inciter les professionnels à sortir les jeunes enfants à minima deux fois par jour, que ce soit dans l’enceinte du lieu de vie (s’il y a un extérieur), ou à l’extérieur (forêts, parcs, marché…). Une végétalisation des lieux d’accueil est aussi indispensable pour permettre un contact plus intense et plus régulier avec la nature.

Mettre en place des conditions de travail permettant d’accompagner la transition

La capacité des professionnels à accueillir et accompagner chaque enfant selon ses besoins spécifiques dépend des conditions de travail de ces mêmes professionnels. Et, comme nous l’avions relevé précédemment, l’engagement dans une démarche environnementale et sociale est un facteur efficace pour le bien-être des équipes (étude sur la qualité de vie au travail dans l’accueil collectif de la petite enfance, Pierre Moisset, 2019). Cette thématique est traitée dans le référentiel au sein de la section « Qualité organisationnelle », mais doit être renforcée et étoffée afin de permettre à chaque professionnel de mettre en œuvre des pratiques plus durables. Pour ce faire, il est indispensable de non seulement faire monter en compétences les professionnels de la petite enfance, mais également d’outiller les responsables d’EAJE pour mettre en place un management plus participatif indispensable à une mobilisation durable leurs équipes sur ces sujets.

Un texte qui doit évoluer pour répondre aux enjeux du secteur

La sortie de ce référentiel commun est une avancée majeure pour la petite enfance. Mais il est indispensable de faire évoluer ce texte dans les mois à venir, pour garantir la santé des jeunes enfants accueillis et des professionnels, et s’adapter à la situation environnementale. L’appropriation de ces recommandations par les professionnels est aussi un enjeu de taille, aussi ces sujets devront être également traités dans le référentiel commun des connaissances et compétences des professionnels de la petite enfance. Il reste donc du pain sur la planche.

PUBLIÉ LE 01 août 2025

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Une réponse à “Référentiel qualité d’accueil du jeune enfant : les enjeux écologiques et sociaux encore insuffisamment intégrés.”

  1. Bolognesi Barbara dit :

    Vos articles publiés sont des supports d’échange sur nos pratiques professionnelles
    Merci

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