Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance sur le SPPE : « Je pense que si on reste obsédé par le nombre de places, on n’y arrivera pas. »
La Haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry nous a accordé un entretien exclusif à destination de tous les acteurs de l’accueil du jeune enfant. Elle y évoque le Service public de la petite enfance dont elle souhaite accompagner le déploiement en travaillant sur l’attractivité des métiers. Elle promet de mettre toute son énergie pour valoriser la qualité professionnelle de ceux qui les exercent et l’originalité de certains projets d’accueil particulièrement innovants. Enfin, la Haute-commissaire donne aussi sa vision de l’accompagnement et du soutien à la parentalité.
Les Pros de la Petite Enfance : Catherine Vautrin, ministre du travail de la santé, des solidarités et des familles, vous a remis votre feuille de route, il y a à peine trois mois. Parmi les sujets qu’elle vous a confiés : le déploiement du SPPE et l’accompagnement des communes, désignées autorités organisatrices par la loi. Comment abordez-vous cette mission ?
Sarah El Haïry : Le service public de la petite enfance (SPPE) est un engagement pris, au plus haut niveau, par le président de la République. La qualité d’accueil, l’offre de places en nombre suffisant sont des engagements de la République nécessaires pour le bon fonctionnement de la cohésion sociale.
Il manque encore au moins 200 000 places d’accueil. Il y a de fortes inégalités entre les territoires. Accompagner le déploiement du SPPE, dans le contexte des nouvelles compétences, c’est d’abord rappeler qu’on ne laisse pas les communes seules. L’État, les départements et les Caf sont et seront à leurs côtés. Le SPPE, c’est une opportunité pour redonner aux communes les moyens d’agir.
Quel type d’accompagnement souhaitez-vous mettre en œuvre ?
C’est un accompagnement en ingénierie et financier.
Pour l’appui en ingénierie, je pense particulièrement aux plus petites communes, les plus démunies, mais pour qui la présence d’enfants est vitale… car c’est la pérennité des écoles et des commerces de proximité.
Quant aux aides financières et à leur mode de calcul et de répartition (ndlr : le projet de décret a été retoqué par les associations d’élus), les arbitrages relèvent de la responsabilité de la ministre Catherine Vautrin, mais je serai hyper vigilante. Je souhaite vraiment que les solutions retenues soient équitables et ne fassent pas de différence de traitement entre les communes.
On a beaucoup dit, ces derniers mois, que le SPPE manque de portage politique. Ce sera votre rôle ?
Je mettrai en place un accompagnement fort. Je travaille en étroite collaboration avec les AMF départementales et les Caf. Même si je l’envisage, annoncer la relance d’une Tournée France Familles axée sur le SPPE me semble prématuré.
En revanche, il va bien y avoir une mobilisation territoriale sur ce sujet via le réseau des Caf et des services de l’État qui ont, d’ailleurs, déjà initié un travail d’information important auprès des communes.
Parallèlement, je travaille sur l’attractivité des métiers. J’ai la conviction que c’est en créant une nouvelle dynamique autour de ces métiers que nous donnerons toutes les chances au SPPE de se déployer.
Dans cette optique, concrètement, sur quels thèmes travaillez-vous ?
Mon objectif est de réussir à recréer, réinviter ces métiers. De les faire redécouvrir. Je travaille principalement sur la VAE. Et notamment, avec France Travail, sur la VAE inversée qui permet d’entrer dans un emploi avec, avec dès le départ, la vocation d’évoluer vers un autre emploi. C’est une VAE inversée, puisque d’habitude, c’est après un long temps d’expérience dans un métier qu’on décide d’évoluer vers un autre métier. Là, c’est un postulat de départ. C’est ce qu’on appelle un pré-recrutement sur statuts (ndlr : un titulaire de CAP-AEPE embauché avec la promesse d’être accompagné dans sa VAE pour devenir AP par exemple).
Le deuxième axe sur lequel je suis engagée est celui de la qualité d’accueil et de la pédagogie, qui peuvent redonner du sens au travail des professionnels de la petite enfance. Je pense à l’inclusion, à la place de la nature… autant de pistes qui peuvent, à leur façon, permettre de renforcer l’attractivité des métiers du secteur, voire attirer de nouveaux profils.
Tout comme j’ai la conviction que la valorisation de l’accompagnement et du soutien à la parentalité dans le champ de la petite enfance peut attirer de nouveaux profils de professionnels.
Et tout cela concerne évidemment aussi bien l’accueil collectif que l’accueil individuel. Il ne faut pas opposer les modes d’accueil, mais les articuler et surtout laisser aux parents la liberté de choisir celui qui lui convient le mieux.
Sur le déploiement du SPPE, il y a aussi un aspect quantitatif…
Je pense que si on reste obsédé par le nombre de places, on n’y arrivera pas. Il faut, en revanche, par ce SPPE, apporter une diversité de réponses aux besoins d’accueil des parents. Et que ces réponses innovantes et multiples (amplitudes horaires, accueil occasionnel, itinérance, etc.) s’inscrivent aussi dans un continuum de parentalité.
Si nous restons à la surface des choses, on en restera au compteur. Or, la philosophie du SPPE est tout autre. Il s’agit de donner un maximum de chances à tous les enfants de moins de trois ans, c’est augmenter les chances d’insertion professionnelle des parents. Et plus on ira chercher de la spécificité, plus on ira vers une offre qualitative et innovante, plus et mieux le SPPE se déploiera.
Cette idée de répondre à la spécificité des besoins des familles m’amène au deuxième grand point de votre feuille de route : le soutien et l’accompagnement à la parentalité.
Le soutien à la parentalité, c’est à tout âge, en tout lieu, et pour les toutes les familles de toutes les classes sociales. L’accompagnement à la parentalité se doit d’être universel, il faut plus de lieux pour cela avec une diversité de profils de professionnels très large. Mais, bien sûr, un soutien spécifique pour les parents rencontrant des difficultés particulières ou en situation d’extrême fragilité reste utile et nécessaire.
Je souhaite qu’on réussisse à changer les regards sur le besoin d’être accompagné. Il faut déculpabiliser les parents ! Tous, à un moment donné, peuvent avoir besoin d’un conseil, d’un échange, d’un soutien. Parce que dans un parcours de parent, le doute est omniprésent.
Quel rôle pour les professionnels de l’accueil du jeune enfant ?
Leur rôle n’est pas exclusivement de faire grandir les enfants, mais bien aussi d’accompagner leurs familles. Donc, par exemple, de prendre le temps de discuter avec les parents quand ceux-ci en ressentent le besoin, qu’il s’agisse du sommeil, de l’alimentation ou encore des écrans par exemple. Je pense aussi qu’il faut imaginer dans les crèches, les PMI, etc., des espaces d’accueil pour que les parents se sentent à l’aise et en confiance pour échanger avec les professionnels, tant ce sont des lieux très privilégiés du soutien à la parentalité. Par ailleurs, une multitude d’informations de qualité peuvent être transmises via l’affichage.
À plusieurs reprises, vous vous êtes prononcée pour l’interdiction des écrans dans les lieux accueillant des jeunes enfants. Ce qui a choqué nombre de professionnels qui considèrent que le problème des écrans se situe plus chez les parents que dans les crèches ou chez l’assistante maternelle.
Depuis le rapport « A la recherche du temps perdu » (ndlr : remis au président de la République en avril 2024), il y a eu une prise de conscience générale sur les dangers d’une surexposition aux écrans.
Une certitude : il ne faut pas exposer un enfant aux écrans entre 0 et 3 ans. En tout cas, pas de façon répétée et régulière. Dédramatisons également : un parent qui fait une Visio, de temps en temps, avec son enfant parce qu’il en est éloigné, ne le met pas en danger !
Mais, il y a des lieux conçus pour les enfants (lieux d’accueil, salles d’attente de pédiatres, espaces aménagés dans les gares, etc.) et ces lieux-là doivent être exemplaires et apporter des alternatives aux écrans (aménagements spécifiques, jeux, livres etc.)
C’est en réflexion, mais oui, personnellement, je suis favorable à ce que, dans ces lieux les écrans soient interdits. Cela pose un cadre. Mais cela ne signifie pas que j’accuse les professionnels de l’accueil du jeune enfant !
Justement, en tant que Haute-commissaire à Enfance, qu’avez-vous envie de dire aux professionnels qui se sentent, en ce moment, un peu abandonnés ?
Deux choses. Avec ma casquette de maman : merci. Ce sont les premières personnes que l’on voit le matin et les premières que l’on a envie de retrouver le soir pour savoir comment s’est passé la journée. Ils ont une place immense dans nos vies.
Avec ma casquette de Haute-commissaire : les professionnels de la petite enfance peuvent et doivent prendre la place légitime qui est la leur. Nous devons accompagner la reconnaissance et la valorisation de ces métiers et de ceux qui les exercent. Et ce, en montrant leur qualité professionnelle et la qualité de nombreux projets d’accueil innovants.
Propos recueillis par Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 30 mai 2025
3 réponses à “Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance sur le SPPE : « Je pense que si on reste obsédé par le nombre de places, on n’y arrivera pas. »”
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Comme d habitude du blabla dont on ne comprend rien . Catherine avait promis une augmentation pour tout le personnel travaillant ds des structures d EAJE. ( Privés et publics) et résultant ? Rien du tout. J ai 35 ans d ancienneté, et je ne gagne même pas 2000 euros net par mois et il faut reconnaître la pénibilité de ces métiers. Oui travaillant auprès de jeunes enfants c est épuisant physiquement et moralement. Comment voulez vous tenir jusqu a 64 ans voire plus.? Le traitement infligé a tout le personnel est une honte !
C’est tout à fait ça, et en plus avec le changement du CMG en septembre, les parents risquent de toucher moins donc ce sera plus compliqué pour les assistantes maternelles de trouver des contrats 🙁
interview consternante. La voix de son maître. Des éléments de langage tout en surface. On apprend rien.
Je veux ôter tout malentendu : que les pro de la PE aille s’entretenir avec la haute commissaire à la PE c’était nécessaire. Il fallait bien un tel entretien pour évacuer toute illusion sur les promesses faites qui n’en sont pas.
On a eu un haut commissaire au plan de mémoire, payé grassement pour sa fidélité…comment s’appelait-il déjà …?
Merci et Vive les pros de la PE.