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Selon le think-tank VersLeHaut, la confiance se forge dès la petite enfance

Le Think-tank VersLeHaut, dédié à l’éducation, vient de publier une vaste étude autour de la confiance. De la toute petite enfance à la jeunesse, ses auteurs Stephan Lipiansky et Marion Denis explorent ce qu’ils considèrent comme l’une des clés de la réussite éducative. Et si la confiance en soi et en l’autre se forge naturellement dès la prime enfance, ils viennent nous rappeler que c’est aux adultes de référence, parents, professionnels de la petite enfance et enseignants, de la maintenir et de la faire prospérer.

En juin 2024 déjà, une note de décryptage du think-tank VersLeHaut prenait le temps de remonter « Aux origines de la confiance », poussait la réflexion sur l’accueil du jeune enfant et formulait 12 propositions ambitieuses pour l’éducation des tout-petits, que nous avions décryptées.

Avec « Un sérieux besoin de confiance, ce que nous devons à la jeunesse », VersLeHaut nous livre cette fois-ci une étude approfondie, synthèse d’un travail au long cours sur la confiance. Un sujet passionnant qui questionne le rôle des parents autant que celui des professionnels et des enseignants, dans le bon développement de l’enfant.

Un retour aux fondamentaux

Co-auteurs de cette étude, Stephan Lipiansky et Marion Denis questionnent l’origine, le rôle et le sens de la confiance, à la frontière entre raison et émotions. C’est une certitude, la confiance se forge dès la prime enfance, et se révèle au fil du parcours éducatif de l’enfant, sous ses différentes facettes :
La confiance en soi, « tant les apprentissages nécessitent de la motivation, de la persévérance, des efforts qui ne seront mobilisés que s’ils portent leurs fruits ».
La confiance en l’autre « car c’est à travers les autres que la réussite est valorisée, l’échec stigmatisé. Ce sont également les autres qui nous guident dans les apprentissages, la découverte, etc ». 
La confiance en l’avenir « parce qu’elle permet d’envisager la continuité des péripéties du parcours éducatif dans le temps par-delà les menaces qui peuvent dissuader tout élan ».

Le tout-petit, explorateur de la confiance

Dès la naissance, « le tout-petit est habité par une confiance aussi inébranlable qu’étonnante », note l’étude. Maria Montessori la décrit comme « cette force intérieure, puissante et mystérieuse, orientée vers l’apprentissage et l’accomplissement de soi », qui lui permet de se lancer, d’échouer maintes fois avant de réussir. Selon Stephan Lipiansky, toutes les grandes étapes de développement de l’enfant sont « des moments où la confiance en soi s’ancre ou s’érode ». Elle conditionne donc l’entrée dans les apprentissages et affecte la capacité du tout-petit à nouer des relations. Pour la philosophe Gloria Origgi, citée dans cette étude, « La confiance n’est pas à inventer, car elle est là depuis le début. Elle est plutôt à instaurer, maintenir et faire prospérer en apprenant à la doser et à ne pas en abuser ». 

Une confiance ancrée dans la relation avec l’adulte

Car cet élan initial peut s’assécher au fur et à mesure des expériences de l’enfant s’il ne se sent pas sécurisé, s’il ne reçoit pas l’attention et les soins dont il a besoin. Les mille premiers jours (et bien au-delà) l’attitude de l’adulte va donc être primordiale dans le développement de la confiance en soi. Pour Stephan Lipiansky« la confiance en soi du tout-petit est profondément associée à la qualité de la relation avec les adultes de référence ». Ces adultes, ce sont en premier lieu les parents, mais également tous ceux qui l’accueillent en dehors du foyer comme les professionnels de la petite enfance puis les enseignants. Au quotidien, leur présence structure l’expérience de l’enfant. En ancrant profondément sa confiance dans sa relation avec les adultes de référence qui l’entourent, l’enfant construit la base solide qui jouera un rôle essentiel dans la suite de son parcours éducatif. « La solidité des relations durant les premières années de vie réduit l’anxiété, favorise les émotions positives et contribue à la qualité des liens futurs, notamment avec les enseignants et les autres enfants », précise l’étude.

La qualité des interactions déterminante dans les apprentissages

C’est la qualité de cette relation avec l’adulte qui va permettre à l’enfant d’entrer dans le temps de l’apprentissage par la transmission. « A contrario, faute de confiance, l’enfant refusera logiquement d’admettre l’insatisfaction qui peut être associée à l’effort, d’apprendre faute de pouvoir visualiser les bienfaits qu’il en retirera », expliquent les auteurs. La qualité des interactions avec les autres adultes va également contribuer « à assouvir son besoin de sécurité et son équilibre émotionnel » par des postures favorables au développement de l’enfant. Pour les professionnels de la petite enfance, cela passe par un comportement sensible et chaleureux, une écoute attentive, la prise en compte des besoins de l’enfant. Selon des recherches en psychologie comportementale menées auprès de jeunes enfants pour identifier les ressorts de la confiance – dont fait écho cette étude – il apparait que les enfants, dès l’âge de trois ans préfèreront faire confiance à quelqu’un qu’ils jugent fiable et compétent. Mais que leur confiance « se construit en premier lieu dans la fiabilité de l’adulte en tant que pourvoyeur d’attention et de soin ».

Référence et taux d’encadrement

Les auteurs insistent également sur le fait qu’« un nombre restreint d’adultes » et la présence d’une « figure de référence » contribuent à la sécurisation de l’enfant et à l’instauration d’une relation de confiance en accueil collectif. Une exigence qui, selon l’étude, devrait mieux être prise en compte dans l’organisation des lieux d’accueil, et notamment dans le ratio des taux d’encadrement… Et de citer le rapport des 1000 premiers jours qui préconisait déjà de ramener ce ratio à un adulte pour 5 enfants, y compris pour les enfants marcheurs. « On sait à quel point s’occuper de petits enfants est exigeant en termes d’attention, rappelle Stephan Lipiansky, et ce ratio d’encadrement a un impact direct sur le temps qui peut être accordé à chaque enfant. »

Il estime également qu’une connaissance plus profonde des étapes du développement de l’enfant permettrait une plus grande attention à certaines étapes clé, où cette question de la confiance peut être prédominante. Lorsque l’enfant commence à mettre en lien ses émotions avec les expériences qu’il vit. La frustration, la fierté, la colère, la déception… « Ces moments-là doivent être mieux accompagnés, insiste Stephan Lipiansky. Et les professionnels de la petite enfance se sentent souvent insuffisamment formés sur ces questions-là. (…) Ces professionnels pourraient être des experts du développement de la confiance de l’enfant ! ».  

Les dynamiques de confiance à l’école

Mais l’importance de la relation de confiance dans le parcours éducatif de l’enfant ne se limite pas à la petite enfance. « Au sein des établissements scolaires, les dynamiques de confiance sont largement dépendantes de la qualité des relations entre adultes et élèves », souligne cette l’étude. Après deux ans mais souvent à partir de trois ans, la socialisation et les interactions avec les autres enfants vont contribuer à la cristallisation de sa confiance en soi et dans les autres ; les compétences sociales (coopérer avec les autres, partager des objets, agir conformément aux attentes) vont entrer en jeu et déterminer la manière dont se sentira l’enfant à l’école pour quelques années… « En entrant à l’école maternelle, l’enfant va se confronter progressivement à des attentes plus formelles vis-à-vis de ses apprentissages et de ses réalisations. Son vécu antérieur, ses premières expériences au sein de l’école, l’image qui lui est renvoyée par les adultes vont contribuer à forger sa propre représentation de lui-même en tant qu’élève », explique Stephan Lipiansky. 

Un système scolaire qui assèche la confiance

Pour le think-tank VersLeHaut, la confiance est assurément une des clés de la réussite scolaire, elle se nourrit d’expériences positives émotionnellement investies. Mais au regard de récentes études qui montrent la dégradation notable du « soi académique » – la confiance en soi à réussir – VersLeHaut ne manque pas de pointer les travers du système scolaire qui contribue « à assécher la confiance des enfants », en particulier lors de leur passage dans le secondaire. Stephan Lipiansky déplore que « l’organisation actuelle du parcours scolaire (fasse) qu’à l’école il n’y aura pas la même qualité d’attention et de soutien que celle que l’enfant pourra avoir reçue, dans des conditions idéales, de la part de ses parents ou des professionnels de la petite enfance » qui l’ont accompagné de 0 à 3 ans. Il observe qu’au fur et à mesure du parcours scolaire, une distance se crée avec les adultes, parfois dès la maternelle et progressivement jusqu’au collège où « les enfants estiment que la relation avec les adultes se dégrade vraiment et commencent à souffrir de ce manque de soutien », précise-t-il.

Ouvrir les yeux sur notre système éducatif

Aujourd’hui, les auteurs de l’étude nous invitent à « prendre la confiance au sérieux » et à la faire « figurer au rang des fondamentaux de l’éducation ». « Nous avons négligé ces rouages mystérieux qui lorsqu’ils se grippent freinent l’enfant dans son élan et renforcent son sentiment de ne pas être à sa place », regrettent-ils. Ils encouragent les éducateurs, parents et professionnels, à entretenir chez les enfants cet élan d’exploration, à accompagner les difficultés et échecs en se positionnant comme un soutien, en acceptant la part de liberté et de responsabilité que doivent prendre les jeunes pour développer cette confiance. Le think-tank VersLeHaut incite également à prendre conscience « des approximations de notre démarche éducative » et à « bousculer certains impondérables de notre système éducatif ». 

Il formule 10 propositions concrètes dont 4 concernent directement la petite enfance :

–    Reconnaître le rôle de la petite enfance pour constituer la communauté éducative autour de l’enfant en valorisant une véritable filière professionnelle appuyée sur un corps dédié de la Fonction Publique Territoriale. 

Stephan Lipiansky : « Le rôle des professionnels de la petite enfance pourrait aller au-delà de ce stade des 3 ans. On le voit un peu à travers la figure de l’ATSEM en école maternelle, qui pourrait être cette « experte de la petite enfance à l’école maternelle ». Je pense qu’il y a une vraie place sur cette période pour les professionnels de la petite enfance, que ne sont pas – il faut le reconnaitre – les enseignants de maternelle. Cela pourrait être également une façon de revaloriser ces métiers-là en soulignant leur importance pour l’enfant. (…) Et puis il y a un acte manqué : les parents deviennent au fur et à mesure du parcours de leur enfant, de moins en moins présents. (…) il y a des choses à faire et notamment l’idée d’avoir un corps de professionnels de la petite enfance au sein des l’écoles maternelles avec dans leurs attributions la mission de cultiver le lien avec la famille, l’harmonisation des pratiques entre les établissements ».

–    Investir le lien de confiance avec les familles, de la petite enfance au collège, grâce à la détection précoce des besoins éducatifs particuliers, à l’animation des espaces parents et à leur participation aux parcours éducatifs transversaux. 

S.L : « Le parcours des familles et des enfants est souvent rendu ardu par le défaut de diagnostic précoce. Cela vient du fait que les connaissances des professionnels et des enseignants sont encore assez fragiles. Il faudrait qu’ils soient mieux armés sur ces questions, pour la meilleure détection des besoins éducatifs particuliers. L’accompagnement dans les difficultés est déterminant pour la confiance de l’enfant ». 

–    Créer un service public de l’éveil du jeune enfant de 0 à 6 ans permettant de rapprocher EAJE, PMI et écoles maternelles au sein des pôles « petite enfance » placés sous la responsabilité du bloc communal. 

S.L : « C’est une modalité possible qui permettrait d’amener davantage de continuité, ce qui aurait un intérêt majeur pour l’enfant. Cela permettrait une continuité dans les pratiques, dans les lieux, une culture commune entre ces différentes professionnels – qui n’existe pas encore à l’heure actuelle – et de vraies modalités de coordination ». 

–    Placer régulièrement les élèves en situation de contribuer au bien commun, dans le cadre de l’enseignement moral et civique, en lien avec les services publics locaux, le tissus associatif et l’Agence du service civique.

S.L : « Contribuer au bien commun, c’est prendre conscience de sa capacité à venir en aide, à prendre en charge certaines charges qui profitent à l’ensemble du groupe. Il y a déjà de belles choses qui se font dans le secteur de la petite enfance, je pense à la pédagogie Montessori. Les organisations en multipages sont également intéressantes pour développer la pair-aidance entre les enfants ! ». 

Lire l’étude VersLeHaut
 

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 18 octobre 2024

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