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Soutien à la parentalité : tensions autour de la mission et du rapport Raynaud-Ingles

Le 15 avril 2022, la DGCS missionnait Anne Raynaud, psychiatre spécialiste de la périnatalité et des liens parents-enfants et fondatrice de l’Institut de la parentalité, ainsi que Charles Ingles, psychologue clinicien et responsable de la politique Parentalité à la CAF de Gironde, pour définir un « socle de compétences et formations des acteurs du soutien à la parentalité ». Mi-janvier, ils rendaient leur rapport qui, pour l’heure, n’a pas été rendu public. Une mission qui n’a pas manqué de faire réagir plusieurs réseaux associatifs du soutien à la parentalité, douze au total (Fnepe, Acepp, Uniopss, ADMR, ADT Quart Monde, UNAF, Apprentis d’Auteuil, Centres Sociaux, les pâtes au beurre, FNAAFP/CSE, FFER, Le Furet) qui ont décidé, en parallèle, de se réunir en collectif et de rédiger une contribution pour faire entendre leur voix, leurs inquiétudes et leur vision du secteur.

Une mission en lien avec l’article 8 de la charte nationale de soutien à la parentalité

Pendant de la charte nationale d’accueil du jeune enfant, la charte nationale de soutien à la parentalité, prévue par la réforme des services aux familles (arrêté du 29 juillet 2022 modifiant l’annexe de l’arrêté du 9 mars 2022), se compose de 8 principes, qui s’appliquent aux actions de soutien à la parentalité pouvant bénéficier d’un financement public. Et c’est le 8e qui nous intéresse ici plus particulièrement, à savoir « Garantir aux personnes qui recourent à une action de soutien à la parentalité que les bénévoles ou professionnels qui interviennent dans ce cadre : ont une compétence ou bénéficient d’une formation dans ce domaine ; et disposent de temps de partage d’expérience et d’analyse des pratiques. » C’est dans ce cadre qu’à la demande d’Adrien Taquet, la DGCS a confié le 15 avril 2022 une mission à Anne Raynaud et Charles Ingles afin qu’ils déterminent « les compétences socles attendues pour les professionnels et bénévoles de ce secteur, et dans la mesure du possible les diplômes ou qualifications permettant d’y répondre en ce qui concerne les professionnels. » (Voir encadré pour le détail de la mission)

Une mission qui interpelle les réseaux associatifs

Si l’annonce de la mission n’a pas été source d’inquiétude en tant que telle, deux points ont toutefois attiré l’attention de certains acteurs associatifs du soutien à la parentalité. L’intitulé d’abord avec l’expression « les compétences socles », dans laquelle l’Acepp, la Fnepe (Fédération nationale de l’école des parents et des éducateurs) et l’ADMR pour ne citer qu’eux ne se retrouvent pas du tout, le terme socle n’étant d’ailleurs pas employé dans le principe 8. « Le socle peut être petit ou grand. Tout dépend de ce qu’on y met. Mais si le socle devient trop grand, tout le monde va avoir les mêmes pratiques. Et ce n’est absolument pas ce que l’on souhaite », indique Béatrice Bayo, directrice de la Fnepe.

Ensuite, la nomination d’Anne Raynaud n’a pas vraiment fait consensus. « Sa nomination nous a beaucoup interrogés. Notre inquiétude n’était pas liée à la personne, mais au fait qu’elle soit juge et partie et ce, à plusieurs titres, explique Béatrice Bayo. D’abord, elle est fondatrice de l’Institut à la parentalité, un organisme qui s’appuie essentiellement sur la théorie de l’attachement. Par ailleurs, l’ensemble de son organisme n’est pas associatif, la partie formation est lucrative. Quand on évoque les compétences, assez vite, on débouche sur des questions de formation. Il y a donc, nous semble-t-il, un possible conflit d’intérêts. Et enfin, Anne Raynaud étant psychiatre, elle a une vision assez médicale. Or, pour nous, le soutien à la parentalité doit rester de la prévention et ne pas aller sur le médical. Tout ça nous semblait générer des biais dans l’appréhension de la mission et donc dans sa réalisation. Encore une fois, nous n’avons rien contre la personne, mais c’est l’approche retenue qui nous gêne. » Ce à quoi Anne Raynaud répond : « Les Instituts de la parentalité sont une association, financée par la Caf et l’ARS, donc je suis aussi une association. Je n’ai pas d’intérêts croisés plus que d’autres. J’ai un organisme de formation, mais d’autres associations en ont aussi dont certaines du collectif. Si la mission m’a été confiée, ce n’est pas à ce titre-là, mais parce que je suis auteure d’ouvrages, que je travaille beaucoup sur la parentalité, que je suis clinicienne que je vois les enfants, les familles. »

Du côté de l’ADMR, on estime par ailleurs que cette mission n’était pas une priorité. « Aujourd’hui, il y a beaucoup d’enjeux : la pénurie de pros, le manque de financements, de visibilité. Donc on a un peu du mal à comprendre pourquoi une telle mission a été mise en place », souligne Sarah Ferrandi, responsable enfance et parentalité à l’ADMR.

Des questionnaires dans lesquels les réseaux associatifs ne se retrouvent pas

Dans le cadre de la mission, deux questionnaires ont été élaborés par la DGCS : l’un à destination des professionnels du soutien à la parentalité et l’autre à destination des directeurs. Très fraîchement accueillis par les réseaux associatifs, ces questionnaires ont été l’élément déclencheur à la constitution du collectif et à la rédaction de la contribution.

« À la lecture de ces questionnaires que nous devions diffuser au cours de l’été 2022, nous avons réalisé que nous ne nous y retrouvions pas du tout. C’était très anglé théorie de l’attachement. Et puis, il n’y avait aucune référence au fait d’appartenir à un réseau associatif », explique Claire Gougeon, chargée de mission parentalité à l’Acepp. Ce que confirme Béatrice Bayo : « Le contenu de ces questionnaires ne nous convenait pas. Il n’y avait pas la place des bénévoles, l’approche était plus sanitaire que préventive, il y avait énormément d’éléments sur les formations. Or, pour nous, les compétences ne sont pas forcément liées aux formations. L’essentiel, c’est la posture et la remise en cause régulière de la posture pour pouvoir accompagner correctement les familles. On ne retrouvait absolument pas notre approche réseau associatif dans les questionnaires ». Bref, cela coince. Sans compter que les questionnaires devaient être diffusés sur 4 territoires parmi lesquels La Gironde.

Or, un Institut de la Parentalité est situé à Floirac (33) et Charles Ingles est responsable de la politique Parentalité à la CAF de Gironde. « Une neutralité un peu louche », ironise Béatrice Bayo. Et ajoute : « Les questionnaires devaient viser les territoires et les professionnels. Or, ils ont été diffusés sur les réseaux sociaux donc n’importe qui pouvait y répondre. »

Diffusion des questionnaires : le boycott de plusieurs réseaux associatifs

Le parti pris par la plupart des acteurs associatifs : ne pas faire circuler les questionnaires et demander à leurs réseaux de ne pas y répondre en leur expliquant pourquoi. « Avec notre petit groupe déjà constitué autour des Laep (Fnepe, UNAF, Centres Sociaux et Familles Rurales), nous nous sommes réunis pendant l’été pour savoir comment agir et finalement nous avons décidé de ne pas relayer ces questionnaires », indique ainsi Claire Gougeon. Seuls 2-3 réseaux ont choisi de les diffuser. C’est le cas de l’ADMR. « Nous avons souhaité y participer pour pouvoir exprimer nos opinions. Dans les réponses que nous avons données, nous avons indiqué que nous n’étions pas d’accord sur la méthodologie et sur le concept de standardiser des compétences », explique ainsi Sarah Ferrandi.

L’envoi d’un courrier à Jean-Christophe Combe et à la DGCS

En parallèle, le 1er septembre 2022, 10 réseaux associatifs (Acepp, ATD Quart Monde, Familles Rurales, FCSF, FNAAFP/CSF, Fnepe, Le Furet, Les pâtes au beurre, Unaf, Uniopss) ont adressé une lettre au ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées et à la DGCS pour « dénoncer la démarche de la mission dans son ensemble, et demander un temps d’échange avec le ministre ou son cabinet afin de discuter des points abordés dans la lettre », précise Béatrice Bayo. Plus d’un mois plus tard, le 7 octobre, les cosignataires ont reçu une réponse les invitant à « deux réunions de consultation des têtes de réseaux associatifs » avec Anne Raynaud et Charles Ingles. La première pour « mettre en débat les premiers constats de la mission et recueillir leurs avis » et la seconde pour « présenter l’avant-projet de rapport et récolter leurs avis afin d’enrichir le rapport définitif ».

Une réponse jugée décevante par les signataires de la lettre au regard de la demande qui était politique car il s’agissait de rencontrer le ministre ou du moins son cabinet.

La contribution du collectif : une démarche qui se veut constructive

Si, par deux fois, Anne Raynaud et Charles Ingles ont sollicité les associations du collectif afin d’obtenir leur contribution, les acteurs associatifs (à noter que l’ADMR a envoyé une contribution hors du collectif) ont donc choisi de travailler ensemble, de leur côté. Une contribution qui, selon les signataires, n’a pas seulement été élaborée en réaction à la mission. « Son objectif n’était absolument pas d’être dans la contestation. Ce n’est pas notre état d’esprit. Critiquer sans proposer de solutions, cela n’apporte rien », affirme Béatrice Bayo. Ce que corrobore Claire Gougeon : « La rédaction de cette contribution est une démarche positive, ce n’est pas uniquement parce que l’on ne se retrouvait pas dans la mission. Nous avions le souhait de proposer quelque chose. On a réussi à travailler et à écrire ensemble malgré la diversité des réseaux. » En pratique, les signataires de la contribution se sont réunis plusieurs fois, ont consulté leurs propres réseaux, et établi une synthèse des différents retours, laquelle a servi à la rédaction du plaidoyer.

Les points d’inquiétude : la standardisation et la marchandisation du soutien à la parentalité

Dans celui-ci, les 12 réseaux associatifs ont fait part de leur crainte d’une standardisation du soutien à la parentalité. « On sait qu’il y a une pluralité de dispositifs qui existent en matière de soutien à la parentalité. Or, il ne faudrait pas mettre en place un référentiel unique qui serait trop exigeant, qui lisserait un peu le secteur et empêcherait cette pluralité de dispositifs et en exclurait certains », alerte Sarah Ferrandi. Pour le collectif, les problématiques étant différentes selon les familles, les réponses doivent être plurielles et adaptées. L’uniformisation n’a donc absolument pas sa place dans le soutien à la parentalité.

Concernant la privatisation, Béatrice Bayo s’inquiète qu’il y ait « du soutien à la parentalité à plusieurs vitesses parce qu’on n’a pas tous les mêmes moyens ». Et elle ajoute : « Sans compter que la privatisation amène la standardisation. Plus vous faites dans la dentelle, plus cela vous prend du temps et cela vous coûte cher. Donc quand vous faites du mass market, vous êtes sur un retour sur investissement. » Le collectif prône une politique d’accompagnement ouverte qui s’appuie sur la pluralité des compétences.

Des constats partagés par Anne Raynaud et Charles Ingles

À première vue, on aurait pu les penser en opposition, pourtant il apparaît que le collectif et Anne Raynaud et Charles Ingles s’accordent sur plusieurs points. « La contribution proposée par le collectif est en résonance avec nos propres constats. On se retrouve sur un certain nombre d’inquiétudes », explique Anne Raynaud. Et de préciser : « Nous avons ainsi dit d’emblée au ministère et à la DGCS qu’on ne souhaitait absolument pas entrer dans une standardisation et un nivellement par le bas des compétences socles. Et que probablement, on ne répondrait pas à leur commande. De fait, nous n’avons pas rendu un référentiel métier car c’est bien plus complexe que cela. » Quant à la marchandisation, selon Anne Raynaud, elle est déjà bien présente. « On voit énormément de parents très démunis et perdus par rapport à l’ensemble de l’offre. L’idée, c’est de voir comment on va répondre à cette marchandisation, en encadrant finalement l’exercice du soutien à la parentalité », expose-t-elle.

Autre point d’accord : la pluralité des dispositifs et des professionnels. « Nous avons aussi conscience de l’énorme richesse autour des possibilités qui sont offertes pour les parents. Cette richesse est à maintenir et même à rendre synergique pour que l’on sorte du sentiment de compétition que l’on voit émerger entre les différents dispositifs et qui sont délétères pour les parents. Notre souhait c’est qu’au contraire cette pluralité devienne une richesse », affirme Anne Raynaud.

Le contenu de la contribution du collectif

Dans sa contribution, le collectif interroge : « Plutôt que de chercher à substituer un secteur privé lucratif à ce qui existe déjà, ou contribuer à transformer la nature de ce qui est proposé, les politiques publiques ne devraient-elles pas envisager d’améliorer la santé du secteur associatif, sans lequel les pouvoirs publics ne pourraient pas revendiquer l’existence d’un « déjà là » ? ». Et de plaider notamment pour la mise en place d’un « financement pérenne (financement structurel et non par appel à projet) » afin de renforcer « la complémentarité territoriale entre les différents dispositifs et acteurs de l’accompagnement à la parentalité ». À propos de cette complémentarité, le collectif évoque aussi l’importance des institutions locales et préconise : « (…) la bonne articulation des différentes politiques publiques (Schéma Départemental de Services aux Familles, Schéma Directeur de l’Animation de la Vie Sociale, Convention Territoriale Globale) doit être pensée et organisée collectivement. Les Comités Départementaux de Services aux Familles pourraient être ce vecteur, sous condition que les acteurs du soutien à la parentalité y soient pleinement représentés. »

Concernant le professionnel de l’accompagnement à la parentalité, le collectif met en avant la nécessité pour lui d’être épaulé par « une équipe ou un réseau pluridisciplinaire et multi-référentiel ». Sans oublier que chaque « professionnel référent » doit avoir « une formation ou une expérience dans les métiers du lien ou du soin (travailleur social, psychologue, médiateur familial, éducateur spécialisé, animateur, éducateur de jeunes enfants, technicien de l’intervention sociale et familiale…), comprenant notamment une formation à l’écoute, l’empathie et le non jugement. » Enfin, il souligne que « la formation et les savoirs acquis par le professionnel ne font pas la compétence ; c’est par la pratique et la réflexivité sur cette pratique qu’il acquiert la juste posture ». Et donc appelle à accentuer et financer « à hauteur des besoins », « les temps d’analyse de pratiques professionnelles et les supervisions (…) pour tous les professionnels, salariés ou bénévoles, intervenant auprès des parents. »

En conclusion de leur contribution, les réseaux associatifs réitèrent leur besoin d’une aide financière structurelle pour conduire leur mission et, pointant du doigt la pénurie de professionnels à laquelle ils sont confrontés, demandent que l’accent soit également mis sur l’attractivité des métiers du soutien à la parentalité. Afin qu’après « l’effondrement de la pédopsychiatrie », ce ne soit le tour « de la prévention du soutien aux familles ».

Ce qu’attendent les réseaux

Une contribution qu’ils espèrent bien entendu ne pas rester sans écho. « Certains éléments pourraient être repris pour nourrir la politique parentalité de demain », souhaite Claire Gougeon. De même, ils aimeraient pouvoir discuter avec Jean-Christophe Combe. « Aujourd’hui, les seuls échanges que nous avons c’est avec la DGCS », regrette Béatrice Bayo. Et Sarah Ferrandi de compléter : « Là pour nous l’urgence, c’est la COG. Pour l’heure, il n’y a pas vraiment de consultations des acteurs du soutien à la parentalité dans le cadre des consultations de la COG. Et donc il y a aussi une inquiétude sur les financements qui vont être alloués à ces dispositifs. Nous avons également une forte attente sur le Comité de filière soutien à la parentalité. » À noter qu’il est encore trop tôt pour savoir si ce comité verra ou non le jour. Elisabeth Laithier, qui présentera ses conclusions sur son utilité ou non, a réalisé dans ce cadre 30 heures d’audition. Et il reviendra au ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées de trancher. Bref, le collectif attend sans conteste une politique ambitieuse sur le soutien à la parentalité.

Les 4 grandes orientations du rapport

Remis le 15 janvier au ministère et à la DGCS, le rapport n’a pour l’heure pas été rendu public (le sera-t-il d’ailleurs ?). Voici toutefois de façon succincte les préconisations d’Anne Raynaud et Charles Ingles, établies à partir des résultats des questionnaires (environ 800), des contributions et des auditions menées, qui s’articulent autour de 4 axes :

1. Remettre l’enfant au cœur de l’écosystème. Selon Anne Raynaud, l’enfant est souvent « un angle mort » des politiques de soutien à la parentalité. Et même pour les professionnels. Pour étayer son propos, elle donne un chiffre résolument parlant. À la question « Quel est votre objectif du soutien à la parentalité ? », 12 % seulement ont répondu le bien-être de l’enfant. « Pour le remettre au cœur de l’écosystème, il faut partir des besoins fondamentaux de l’enfant et le méta besoin de sécurité, et là cela fait résonance avec les préconisations déjà mises en œuvre dans le champ de la protection de l’enfance. Sur ces besoins fondamentaux, on va pouvoir construire une culture commune, un langage partagé qui va nous permettre de travailler tous ensemble autour de l’enfant », explique Anne Raynaud.

2.Tout un réseau à investir. « On estime que soutenir la parentalité, c’est une responsabilité partagée. Or, il y a un sentiment de morcellement, de fonctionnement en silo », indique Anne Raynaud. Par exemple, de nombreux professionnels ont confié ne pas connaître le REAAP (Réseau d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents) et de ce fait n’orientent pas les familles vers ce dispositif. « Ce réseau à investir doit pouvoir associer tout le monde y compris les professionnels du champ de la santé qui sont souvent exclus, une exclusion qui est une réelle perte de chance pour l’enfant », insiste-t-elle. Et poursuit : « Cette responsabilité partagée pose aussi la question de la gouvernance parce que si on renforce les coopérations Caf, ARS, départements, à l’instar de la politique des 1000 premiers jours qui préconise les décloisonnements, les financements hybrides, quid d’un pilotage national ? Car aujourd’hui cela reste compliqué à mettre en œuvre sur les territoires. »

3. La construction d’un écosystème du soutien à la parentalité. Un écosystème qui englobe tout le monde : TISF, bénévole, éducateur, pédiatre… ainsi que ceux engagés dans l’accueil du jeune enfant. « Si on veut une reconnaissance de tous et de la diversité des dispositifs, il faut que l’on soit sur une lecture écosystémique du soutien à la parentalité. Afin qu’il n’y ait pas de marchandisation, il est essentiel d’établir un cahier des charges pour encadrer les actions de soutien à la parentalité donc en incluant bien sûr les professionnels de santé. Et ce fameux socle de compétences doit concerner tout le monde y compris les personnes dans les ministères qui prennent des décisions. Elles doivent aussi être formées aux besoins fondamentaux de l’enfant en particulier, mais pas seulement », souligne Anne Raynaud.

4. Une base d’habiletés. « Nous sommes intentionnellement sortis du titre de la mission. Nous l’avons transformé. Nous avons remplacé le socle de compétences par une base d’habilités au service d’une culture commune partagée autour de l’enfant et de ses parents », explicite Anne Raynaud. Cette base d’habiletés doit s’appuyer sur plusieurs niveaux et doit se penser de manière graduée, en fonction de la place de l’intervenant auprès de l’enfant et sa famille : les connaissances fondamentales, la formation continue, la posture professionnelle (sur l’écoute active et les compétences psychosociales des professionnels notamment), des espaces à penser et l’interconnaissance pour que tout le monde puisse se connaître.

À noter qu’Anne Raynaud et Charles Ingles ont également questionné la place des bénévoles.

Selon eux, une mission complémentaire pourrait être utile. Et ils recommandent d’associer la branche maladie à la branche Famille, « afin de décloisonner les actions de soutien à la parentalité, qui s’inscrivent de manière transversale tout au long de la trajectoire de l’enfant et de sa famille ».

Un rapport qui ne répond pas à toutes les questions posées

Le rapport intitulé « L’enfant et sa famille, au cœur d’un vaste écosystème : développement d’une base d’habiletés des acteurs du soutien à la parentalité » se trouve donc à la DGCS et au ministère. Or, il semblerait qu’il soit jugé un peu décevant car il serait passé à côté des questions posées. L’état des lieux serait partiel et le fait d’avoir réinterrogé ce qu’est le soutien à la parentalité n’aurait pas été nécessaire avec la charte nationale de soutien à la parentalité inscrite dans la loi. Mais il est vrai qu’Anne Raynaud et Charles Ingles avaient prévenu la DGCS qu’ils ne répondraient pas exactement à la commande. Comme un petit goût amer de rendez-vous manqué…

Les détails de la mission

  • Établir un état des lieux comportant « les différentes modalités d’intervention auprès des familles, une estimation du nombre de professionnels et de bénévoles concernés (lorsque les données sont disponibles), d’avoir une vision d’ensemble des différents profils de professionnels (diplôme ou qualification) présents par service ou activité de soutien à la parentalité ainsi que de préciser les voies d’entrée dans ces services et activités. »
  • À l’aide de l’état des lieux, identifier « les compétences socles communes à l’ensemble des actions de soutien à la parentalité et leur déclinaison par type de service de soutien à la parentalité. »
  • Élaborer « des recommandations pour déployer ces compétences auprès des professionnels et bénévoles dans les territoires. » Il est précisé que « La mission pourra également s’intéresser aux actions mises en place au sein des établissements et services de soutien à la parentalité pour soutenir les professionnels et bénévoles dans leur pratique telles que le partage d’expérience ou l’analyse des pratiques professionnelles. »

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Caroline Feufeu

PUBLIÉ LE 06 mars 2023

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