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Sylviane Giampino, présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA : « Notre pays n’a pas compris que plus les enfants sont jeunes, plus il faut être formé pour s’en occuper correctement »

Pour notre premier entretien de la journée, nous avons donné la parole à Sylviane Giampino, psychologue, psychanalyste, présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA et aussi présidente de l’ensemble du Haut Conseil jusqu’à la fin de l’année. Pour rappel, Sylviane Giampino est l’auteur du rapport « Développement de l’enfant, modes d’accueil et formation des professionnels » dont s’est inspirée la Charte nationale d’accueil du jeune enfant.

Sylviane Giampino a commencé par rappeler le contexte de cette réforme en faisant un bref retour sur les 10 dernières années de la petite enfance, des années dynamiques du décret Morano de 2010 jusqu’à fin 2017-2018 avec le projet de révision des normes. Et souligne le « blanc » qui s’en est suivi malgré « la volonté des partenaires à tous les niveaux ». Puis, finalement, en juin 2020, le rapport de la commission 1000 jours, mais aussi le séminaire « Premiers pas, développement de l’enfant et politiques publiques » (décembre 2020-juin 2021). « Ce blanc, cette suspension de travail, a été relancé parce qu’il y a eu une volonté au plus haut niveau de l’Etat un moment donné de dire les premières années de vie d’un enfant, c’est important », explique la Présidente du HCFEA. Et précise : « Il est probable que ce texte s’il était sorti au moment où il était prêt aurait peut-être été légèrement différent et aurait peut-être permis d’enclencher une dynamique positive bien plus que ça n’est le cas aujourd’hui. » Sylviane Giampino, comme cela a été d’ailleurs évoqué dans la première table ronde, estime que « l’on est dans des tas d’aménagement de l’existant », que l’on met « des rustines » alors qu’en partant de l’existant, on pourrait aller vers « quelque chose de plus radical, de plus substantiel. »

Pour autant, le Haut Conseil a rendu un avis favorable à cette réforme bien qu’assorti de quelques réserves. Sans rentrer dans les détails, la Présidente du HCFEA a pointé le remplacement de « accueil du jeune enfant » dans l’appellation de la réforme par « service aux familles ». Ainsi, selon elle, « cela ne cible pas que lorsque l’on veut accueillir un jeune enfant en l’absence de ses parents que l’on est au service de l’enfant. » Les mots ont leur importance car selon elle « il y a des enjeux de gouvernance, de finance et idéologiques ».

Sur la question de savoir si la réforme des modes d’accueil va booster la création de places, Sylviane Giampino juge qu’il « va y avoir des effets facilitateurs qui vont faire gagner du temps (…) » mais que « ce n’est pas encore le grand levier ».

Lors de cette interview, la charte nationale d’accueil du jeune enfant a également été abordée. « Un document très fort », selon la Présidente du HCFEA, dont « les gens n’ont pas attendu qu’elle ait force de loi pour s’en emparer, pour réfléchir, pour voir ce qui pouvait se mettre en place ». Si bien entendu, des moyens sont nécessaires à sa mise en œuvre, Sylviane Giampino a insisté sur le fait qu’il « faut d’abord des gens formés pour s’occuper des enfants ». Et ajoute : « On est vraiment un pays qui n’a pas compris que plus les enfants sont jeunes, plus il faut être formé pour s’en occuper correctement ». Une remarque applaudie par les participants présents dans la salle. Le travail des professionnels de la petite enfance est un « travail subtil, éminemment intellectuel, éminemment émotionnel et on ne peut pas le faire seul », a-t-elle complété. Et la formation initiale, la formation continue sont essentielles d’après elle.

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Caroline Feufeu

PUBLIÉ LE 04 octobre 2021

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