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Sylviane Giampino, présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA : « On ne peut pas penser un service public d’accueil du jeune enfant si on ne comprend rien à ce qui se passe pour un enfant de trois ans »

Pour la seconde année consécutive, Sylviane Giampino, psychologue pour enfants, psychanalyste, vice-présidente du HCFEA et présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence de ce même conseil, est intervenue à La Rentrée de la Petite Enfance. L’occasion pour elle d’évoquer les travaux du HCFEA, le service public de la petite enfance, la qualité d’accueil et de porter un regard plein d’humanité sur la crise que traverse actuellement le secteur.

Sylviane Giampino a indiqué que le Conseil de la famille et le conseil de l’enfance étaient en train de préparer conjointement un rapport sur les modes d’accueil, dans la perspective de la COG 2023-2027, attendu pour la fin d’année. Au programme : un comparatif sur les besoins et l’offre, sur la répartition des enfants dans les modes d’accueil et sur la question du choix et de l’accès. Elle a souhaité s’arrêter sur la notion de libre choix qui selon elle « dépend de l’offre d’accueil localement. »

« Au HCFEA, a-t-elle poursuivi, nous allons produire un rapport qui regarde du côté des familles (ce sera le travail du Conseil de la famille) et du côté de l’enfant, ce sera celui du conseil de l’enfance et de la famille. Nous regardons ce qui se passe et ce qui pourrait se passer mieux. ». Le HCFEA va donc évaluer la situation actuelle et la confronter aux objectifs posés il y a 4 ans.

Elle a particulièrement insisté sur « l’importance de l’offre territoriale ». Un point majeur pour le HCFEA : « le mode d’accueil, c’est le mode d’accueil d’à côté », a-t-elle souligné. Et d’ajouter : « Nous allons essayer de poser quelques axes de perspectives pour les années à venir, à partir de ces besoins en intégrant le contexte, c’est-à-dire l’évolution de la natalité et les taux d’activité (…) ». La question des congés parentaux se pose ici évidemment. « Il y a eu plusieurs travaux du Conseil de la famille, nous allons les resynthétiser pour que les congés parentaux soient mieux répartis selon les milieux, les genres et la configuration des familles », a précisé Sylviane Giampino. De plus, « le conseil de l’enfance va porter dans ce rapport la question de la qualité de l’accueil. » A ce sujet, elle a fait remarquer : « Ces dernières années nous avons progressé de façon colossale, tout le monde en sait un peu plus du développement de l’enfant parce que les connaissances se diffusent mieux (…). Ma génération n’a cessé de former des auxiliaires de puériculture, des CAP Petite Enfance, d’être dans les services de formation pour transmettre ces connaissances. » Mais selon Sylviane Giampino : « L’angle un peu flou, c’est du côté de la formation des élus et des gestionnaires. Vraiment, quand je vais avoir un peu de temps, ça va être mon objectif. Parce que dans les allers-retours nécessaires à fabriquer une politique publique de l’accueil du jeune enfant, il faut bien que l’on ait un système de pensée qui soit nourri par ce que je viens d’évoquer. On ne peut pas penser un service public d’accueil du jeune enfant si on ne comprend pas ce qu’est un enfant de trois ans, cela n’a rien à voir avec ce qu’est un enfant plus âgé, et ça c’est très subtil. »

S’il faudra attendre la remise du rapport pour savoir quelle est la vision au HCFEA du service public de la petite enfance, Sylviane Giampino a toutefois partagé leurs propos lors des auditions du CESE. Ainsi, selon le HCFEA, ce service public doit « effectivement penser les modes d’accueil mais aussi les congés parentaux, l’accompagnement à la parentalité, les enjeux de réduction des inégalités, les questions de santé de la petite enfance et de prévention et tout ça avec un ensemble d’articulations avec les services de prévention sociale, en santé, la PMI bien sûr, en santé mentale, et l’école maternelle. » Un énorme « chantier » donc. Car si on se contente d’une « version minimaliste, ce sera un service public d’accueil du jeune enfant », souligne-t-elle. Et dans ce cas-là, mieux vaut le dire clairement. Pour la présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence, « si c’est un service public d’accueil du jeune enfant, à ce moment-là, nous HCFEA, souhaitons qu’il inclue l’accueil des enfants y compris avec des objectifs qui ne soient pas restreints à la conciliation vie familiale-vie professionnelle, donc un service universel d’accueil du jeune enfant. Avec à la clé un objectif d’expérience de socialisation précoce pour tous les enfants avant l’entrée à l’école maternelle. »

Des expériences possibles via les modes d’accueil classiques mais aussi de troisième type. Des accueils dits flexibles ou hybrides proposés parfois dans des RPE, des ludothèques, des CCAS… Sur la question du droit opposable, le HCFEA n’a pas encore de position.

Enfin, interrogée sur la possible dégradation de la qualité d’accueil, l’auteure du rapport « Développement de l’enfant, modes d’accueil et formation des professionnels » dont s’inspire la Charte nationale d’accueil du jeune enfant a d’abord salué tout le travail de revalorisation et d’unification de ce « monde dispersé de la petite enfance » accompli depuis 2015. Et le fait que cette « séquence des sept dernières années est inédite ». Ainsi, « au niveau des gouvernements, deux voire trois ministères se sont positionnés en continuité (…). Laurence Rossignol, Agnès Buzyn, Adrien Taquet n’ont pas remis en question la feuille de route de Rossignol sur les modes d’accueil de la petite enfance. Et aujourd’hui Jean-Christophe Combe suit aussi ces axes-là », a-t-elle expliqué. Elle note également des méthodes de travail où les acteurs sont plus impliqués, consultés. « Et puis, à l’heure où nous sommes, celle de la revalorisation pour s’attaquer aux vrais problèmes, patatras, l’opprobre est jeté sur l’accueil du jeune enfant. »

Avec émotion, Sylviane Giampino évoque ici le drame de Lyon. « Ceux qui ne travaillent pas auprès d’enfants ne mesurent pas la blessure que représente ce décès (…) On savait que cela risquait d’arriver (…) On a vu monter l’épuisement des professionnels. Au fur et à mesure que l’on voyait monter les idées d’éducation non violente, de psychologie positive, de lutte contre les violences (…). C’était une ligne montante et au fur et à mesure moi j’ai vu se dégrader des pratiques dans les modes d’accueil individuel et collectif pour mille raisons. Le problème avec le décès de cette petite fille, c’est que les professionnels ont été blessés et ont eu le sentiment que ce travail de revalorisation qui était en cours et d’unification qui était mené ces dernières années n’était qu’un simulacre. Il faut faire attention. »

Pour terminer, Sylviane Giampino a remis les choses à leur juste mesure : « On pourrait penser qu’on est dans une impasse dès qu’on pense au problème des professionnels. On n’a plus d’humains pour s’occuper des humains les plus vulnérables (…) Alors c’est vrai ils pèsent sur les finances. Je voudrais juste dire que nous devons remercier les personnes les plus fragiles, parce qu’elles nous font un rappel de ce qu’est l’humanité. Et quand nous sommes au sommet de notre force, de nos compétences, de nos bénéfices, il faudrait finalement se rappeler que c’est juste un moment de sursis entre deux vulnérabilités : celle de la fin de la vie et celle de l’entrée dans la vie. Et que sur le chemin à tout moment nous pouvons croiser la maladie, le handicap, la pauvreté, l’immigration. On a à replacer dans cet ensemble humaniste ces enjeux de service public de la petite enfance qui est quand même le levier d’une pensée publique sur les humains. »

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Caroline Feufeu

PUBLIÉ LE 03 octobre 2022

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