Aurélie, EJE : « j’ai le sentiment qu’on cherche un peu à nous évincer des micro-crèches »
Aurélie est éducatrice de jeunes enfants dans une crèche municipale après avoir exercé dans des micro-crèches pendant 4 ans. Elle revient sur le débat autour du décret relatif aux micro-crèches en évoquant son vécu côté EJE.
Voilà plusieurs jours que je me questionne sur les réactions suscitées par le projet de décret pour la qualité dans les micro-crèches. Le débat concernant les diplômes, les métiers du secteur de la petite enfance surtout, m’a interpellée.
Par curiosité je suis allée jeter un œil sur le site du gouvernement pour voir comment sont présentées les choses. Et je tombe sur cette phrase toute simple, qui pour moi fait sens mais gagnerait à être mise en avant, en ces temps de trouble pour le secteur : « Les métiers de la petite enfance sont multiples et variés, ils ont chacun leurs missions spécifiques mais leur objectif est commun : contribuer au développement de l’enfant de 3 mois à 3 ans, assurer son bien-être et sa sécurité. »
Pourquoi n’arrive-t-on pas à trouver de consensus sur la manière d’atteindre notre objectif commun, à savoir « contribuer au développement de l’enfant de 3 mois à 3 ans, assurer son bien-être et sa sécurité » ? Pourquoi vouloir balayer d’un revers de la main tout l’historique et toute l’évolution du secteur de la petite enfance avec ce qui fait sa richesse, « ses métiers multiples et variés » qui ont « chacun leurs missions spécifiques » ?
On nous monte les uns contre les autres
Aujourd’hui, je suis attristée et un peu en colère de voir apparaître dans la presse des titres comme « On me fait passer pour une incapable » : salariée d’une micro-crèche, son diplôme ne suffira plus » ou bien « Qu’est-ce qu’on va devenir puisqu’on sera demain des non-diplômées aux yeux de l’État? » et encore « C’est triste de remettre en cause leur professionnalisme ».
Quel professionnel de la petite enfance n’a jamais ressenti ce sentiment de dévalorisation dans son métier ? Je regrette qu’on en arrive à remettre en question nos propres compétences, mais aussi et surtout celles des autres… Est-ce un mécanisme de défense ou bien pour se rassurer soi-même ? A croire que les effets de notre métier auprès de « petits êtres humains en devenir » ne sont pas assez palpables et visibles. Ce qui provoque chez nous le doute, et le besoin de se comparer, de se mettre en concurrence et parfois de décrédibiliser le travail de l’autre.
On nous monte les uns contre les autres au lieu de faire corps autour de notre objectif commun. J’aimerais dire à ces personnes qu’il n’est pas question de remettre en cause leur professionnalisme, simplement de rappeler qu’il existe plusieurs corps de métier dans la petite enfance et que le but est de travailler tous ensemble.
Qui veut évincer les EJE des micro-crèches ?
Durant ma carrière d’EJE de terrain, depuis 15 ans déjà, j’en ai entendu des remarques sur mon métier ! Tout ce qu’il y a de plus dévalorisant : « On n’est pas payés pareil alors qu’on fait la même chose », « Je ne vais pas réembaucher d’EJE à votre place, je continuerai moi-même à faire les activités pour la fête des mères ! », « Une EJE en poste dans une crèche de 40 berceaux ? C’est la place d’une infirmière ! ».
Je ne cherche pas à ce qu’on s’apitoie sur mon sort, ou sur celui des EJE, la difficulté est la même. Mais, plus le temps passe, plus j’ai le sentiment qu’on cherche un peu à évincer les EJE des micro-crèches, probablement pour des raisons économiques. De mon côté, j’ai exercé dans une micro-crèche, puis deux, puis trois en tant que référente technique. Je finissais par courir d’une structure à l’autre et je ne voyais plus du tout l’intérêt de mon poste. J’étais référente technique, mais simplement sur le papier parce que la loi l’obligeait. En réalité, je n’avais pas mon mot à dire. La relation entre la gestionnaire et la référente technique n’est pas évidente non plus. Je vois beaucoup d’EJE qui témoignent sur les forums des difficultés qu’elles rencontrent.
Un glissement des tâches et des missions
Lorsque l’on fait le choix d’une formation en petite enfance, on connaît les missions qui nous seront confiées par la suite, et ce sont ces missions spécifiques qui animent notre volonté d’exercer ce métier plutôt qu’un autre. L’objectif est commun et le combat devrait être le même : pouvoir s’épanouir dans son métier dans un cadre respectueux des compétences et des missions de chacun. Et bien sûr dans des conditions de travail de qualité ! C’est à l’État, aux gestionnaires et responsables d’EAJE, en théorie, de garantir ce cadre.
Mais aujourd’hui, nous sommes dans une période où il y a énormément d’absentéisme. Les missions et les tâches ont tendance à glisser d’une personne à l’autre. Il faut remplacer la collègue absente, même si l’on n’a pas exactement le même poste. Finalement tout le monde touche à tout. Cela crée des rivalités, des rancœurs. « Pourquoi suis-je payée moins qu’elle alors que je fais la même chose ? ». C’est pour cela que je milite pour que les fiches de poste soient clairement définies, diffusées auprès de l’équipe et appliquées par les directeurs de structures. Il est important de partir sur une bonne base où tout le monde s’applique à reconnaître le métier de chacun. Il me semble que les gestionnaires auraient également tout intérêt à recevoir une formation sur la petite enfance et la gestion d’une structure collective.
Propos recueillis par Laurence Yème et Candice Satara
PUBLIÉ LE 17 février 2025
2 réponses à “Aurélie, EJE : « j’ai le sentiment qu’on cherche un peu à nous évincer des micro-crèches »”
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Et cet article ne parle même pas des autres professionnels de la petite enfance : les assistants maternels !!!
Des professionnels sur qui l’on fait plus que tirer à boulet rouge !!!
À en croire tous les autres professionnels, tous ceux qui se placent, de par leur diplômes, tout, tout au dessus… Ces assistants maternels seraient des « incapables » parce que pas assez diplômés à leurs yeux.
Perso cette éduc je la trouve vraiment bien tout est dit le but n’est pas de savoir qui fait la tâche de qui mais qu’elle bit avons nous en commun. Travailler dans une crèche sans éduc ça se ressent on fait plus de la garderie avec des jeux par tout les enfants sont stresser car pas de cadre clair enfant d’âge mélanger sans vraiment de surveillance ou d’activité pour les éveiller pas de rituel type chants musique histoire… J’aimerais tellement revenir a une structure ou tout est bien structuré et réglé.