Témoignage : le ras-le-bol d’un animateur d’analyse de la pratique en petite enfance
Stéphane T., qui a préféré garder l’anonymat, est formateur indépendant depuis 15 ans, ainsi que conférencier et médiateur. Il intervient principalement en crèches, où il propose notamment des séances d’analyse de la pratique professionnelle. Il a souhaité témoigné de son expérience sur le terrain des APP. Et son constat est très sévère.
Je suis fatigué. Fatigué de répéter, fatigué d’alerter, fatigué d’espérer un changement qui ne vient pas. Fatigué d’entendre les mêmes discours, les mêmes justifications, les mêmes erreurs qui se répètent inlassablement.
Dans certaines crèches, les séances d’analyse des pratiques me plonge dans un abîme d’incompréhension. Les professionnels me posent des questions sur la gestion des enfants dits « difficiles ». Mais très vite, je comprends que ce qu’ils veulent, ce n’est pas comprendre l’enfant, ce n’est pas l’accompagner, ce n’est pas entendre son histoire. Non, ce qu’ils veulent, c’est qu’il se conforme. Qu’il ne déborde pas. Qu’il entre dans le moule, sans vague, sans bruit, sans pleur. Qu’il respecte la règle, coûte que coûte, même s’il n’a que deux ans et demi.
Et si ce n’est pas le cas ? Si l’enfant insiste, exprime son mal-être, s’oppose ? Alors on crie.
« C’est normal d’élever la voix après cinq fois ! »
Non. Non, ce n’est pas normal de crier sur un enfant de deux ou trois ans parce qu’il ne respecte pas la consigne. Parce qu’il n’est pas un adulte en miniature, parce que son cerveau n’est pas mature, parce qu’il a besoin d’être accompagné, pas dressé. Mais cela, combien de fois l’ai-je dit ? Et pourtant, deux ans après, j’entends toujours ces mêmes mots, ces mêmes discours.
Et la chaise pour réfléchir… Parlons-en.
Cette chaise où l’on parque l’enfant sous prétexte qu’il doit « réfléchir » à ses actes. Mais qu’imagine-t-on exactement ? Qu’un enfant de deux ou trois ans va s’asseoir et se dire : «Tiens, je vais maintenant analyser mon comportement, comprendre mes émotions et modifier ma conduite ? » Quelle absurdité ! Pourtant, malgré mes explications répétées, malgré les recherches, malgré les neurosciences qui nous expliquent que l’isolement ne fait que renforcer le stress et l’incompréhension de l’enfant, la chaise pour réfléchir est encore là. Comme une relique d’un autre temps, d’une autre époque.
Et puis il y a les moqueries. Celles qui me glacent
Une éducatrice de jeunes enfants qui ricane en parlant des « parents Montessori », ces parents qui, selon elle, « écoutent trop » leur enfant. Comme si écouter était un problème. Comme si accueillir les émotions de son enfant était une faiblesse. Non, ce n’est pas une faiblesse, c’est une nécessité. C’est ainsi que l’on construit des adultes équilibrés. Mais visiblement, certains professionnels préfèrent se moquer plutôt que de remettre en question leurs pratiques.
Et pourtant, ces mêmes professionnels réclament une revalorisation de leur salaire. Mais pour quel travail ?
Bien sûr que le secteur de la petite enfance est sous-payé. Bien sûr que les conditions de travail sont éprouvantes. Mais comment peut-on demander à être mieux payé quand on perpétue des pratiques maltraitantes ? Quand on humilie, quand on isole, quand on réprime sans éduquer ni accompagner réellement ? Le respect de l’enfant, la bienveillance, ce ne sont pas des options. Ce sont des fondamentaux.
Je suis fatigué. Mais je continuerai à me battre. Pour ces enfants qui ne peuvent pas parler. Pour ces enfants qui ne sont pas écoutés. Pour ces enfants que l’on formate, que l’on brise, sous prétexte de discipline et d’adaptation au groupe (pour rappel ils ont tous moins de 3 ans ! ). Pour ces enfants qui méritent mieux que des cris, des chaises de punition et des éducateurs moqueurs au bout du rouleau.
Mais jusqu’à quand ?
Il est urgent de reformater le contenu des formations en petite enfance et de remettre tous les professionnels à niveau. Trop d’éducateurs reproduisent des pratiques obsolètes, non fondées sur les connaissances actuelles du développement de l’enfant.
Chaque professionnel devrait bénéficier d’un minimum de deux journées entières de formation par an. Se former, réfléchir, faire évoluer ses pratiques, questionner ses croyances : tout cela fait partie intégrante de notre métier. Le rapport IGAS le souligne : les écarts de qualité entre établissements sont réels. Certains nourrissent une véritable réflexion pédagogique, d’autres proposent un accueil très dégradé, parfois à la limite de la maltraitance. La formation est un levier central pour garantir une qualité d’accueil partout, tout le temps.
Il est urgent de reformater l’environnement ainsi que la manière d’accueillir les enfants dans des lieux collectifs. Des enfants nombreux, regroupés dans une même pièce, parfois sans jardin, sont des grains de maïs dans un fond d’huile, …près à exploser.
Et surtout, il faut impérativement augmenter le nombre d’adultes par enfant. Car combien de fois ai-je entendu : « Mais nous sommes en collectivité, je ne peux pas m’occuper que d’un seul enfant quand il en a besoin » ? C’est précisément ce ratio trop faible qui empêche un accompagnement digne et respectueux des besoins fondamentaux de chaque enfant. Ce n’est pas aux enfants de s’adapter aux lacunes du système, c’est au système de s’adapter aux enfants. Exiger 1 adulte pour 4 enfants : ce n’est pas un chiffre arbitraire. C’est une condition nécessaire pour être réellement disponible, à l’écoute, attentif, et répondre aux besoins de chaque enfant, tout au long de la journée, et ce jusqu’aux transmissions du soir.
Un appel à la transformation
Mon propre épuisement s’inscrit dans un appel collectif : celui de repenser en profondeur notre manière de « faire crèche », de revaloriser les métiers de la petite enfance, et de replacer l’enfant au centre de toutes les attentions. Ce changement ne pourra pas se faire par de simples ajustements. Il s’agit d’un véritable changement de société. D’une R’évolution.
I have a dream…
Ce que je défends ici, c’est une mise à jour des conditions d’accueil : une vision dans laquelle l’accueil du jeune enfant est un pilier de notre société, reconnu, soutenu, valorisé. Une vision où les professionnels ne sont pas laissés seuls à porter le poids des contradictions du système (faire de la qualité, mais sans les moyens pour le faire…)
Ensemble pour un accueil de qualité
Revendiquons.
Agissons collectivement.
Faisons front
L’avenir des enfants mérite mieux.
Et nous aussi.
Stéphane T
PUBLIÉ LE 13 mars 2025
MIS À JOUR LE 09 avril 2025
20 réponses à “Témoignage : le ras-le-bol d’un animateur d’analyse de la pratique en petite enfance”
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Bonjour Stéphane
Je suis complètement en phase avec vous, je suis formatrice petite enfance j’interviens auprès des Assistantes maternelles il m’arrive aussi de me décourager à force de répéter, désespérée de voir perdurer des pratiques archaïques qui perdurent, mais je préfère rester tenace, continuer à faire passer les messages, insister sur mes convictions, les transmettre, mais le plus souvent je me sens entendue, les Assistantes maternelles sont des professionnelles bienveillantes prêtes à se remettre en question, vous avez « le » bon discours ne lâcher rien, continuons à nous battre pour que les petits d’aujourd’hui qui seront les grands de demain, aient toutes les chances d’être le mieux accompagnés possible, nous aurons fait notre bout de chemin, bon courage, la petite enfance à besoin de personne comme vous et moi sinon les mauvaise pratiques perdureront, j’ai 70 ans je continuerai le plus longtemps possible
Bien cordialement
Régine
Bonjour.
Merci d’avoir écrit cet article. Dommage que votre identité n’est pas déclarée car on pourrait vous envoyer des tas d’exemples dans ce sens. Le nombre de professionnelles qui ne savent(veulent) pas se remettre en question faute de formation, de croyances personnelles professionnelles inadéquates avec le poste occupé , ce nombre est très grand ais j’ai rencontré aussi des psychologues qu afin e préserver leur place ne prennent pas le risque de travailler cette résistance des prifessuinnlezs au changement surt2out quand le cadre institutionnel ne soutient pas en ce sens. Mais merci iquand même d’avoir eu le courage de briser la glace. .
Bonjour ,je suis désolée mais ça ne représente pas la totalité des pros de la petite enfance..à vous lire vous donnez l impression que nous travaillons toutes comme ça…alors que nous sommes nombreuses à remettre en question chaque année notre façon de travailler et d accueillir au mieux et dans la bienveillance les enfants et leur famille..et cela malgré le manque de moyens de personnel et de formation pour perfectionner .. il y a des remises en question permanentes sur nos pratiques
Merci de ne pas faire une généralité oui il y a toujours des cas mais ce n est pas toute la profession
D’abord AP puis EJE j’ai renoncé à travailler dans la petite enfance pour toutes les raisons qui ont été évoquées.Épuisée d’entendre « on a toujours fait comme ça » et usée psychologiquement de voir cette maltraitance institutionnelle, j’ai fini par jeter l’éponge comme beaucoup de collègues parmi les plus empathiques et les mieux formées. Une abération !!!
Bonjour,
Je comprends votre positionnement, mais je suis malgré tout un peu choquée par vos propos à l’égard des professionnels. Il ne faut pas faire de généralité. J’ai tjrs travaillè avec bienveillance en crèche. Oui il y avait parfois une ou deux personnes qui manquait de patience d’expérience. Mais on cadrait.
Apres aujourd’hui les conditions d’accueil se dégrade, trop peu de personnel, j’ai preferè partir afin de travailler chez moi avec cette prise en charge de bienveillance qui est tellement importante.
Mais vous ne parlez pas des parents qui eux non plus ne se révoltent pas.. 1 adulte pour 5/6 ..bebe ça choque pas, on doit bien se douter que la prise en charge ne pourra pas répondre aux besoins de l’enfant.
Alors Mr, je ne connais pas votre reelle experience sur le terrain aupres des enfants, mais meme si on se doit d’avoir un comportement irréprochable avec les petits, surtout les « mots »..parfois c’est difficile.
Soyez juste moins dans le jugement et adressez plutot vos observations à nos responsables politiques.
Je vous comprends mais je vous trouve trop dur. Car bcp de pro sont top. C’est un metier exigent qui demande beaucoup d’humanité.
Bien cordialement.
Merci Stéphane, de dire ce que nous sommes encore trop peu nombreux à penser. Je travaille en micro crèche privée et le constat est alarmant. Nous sommes trop peu nombreuses sur le terrain pour accompagner correctement les enfants. Les connaissances des professionnelles ne sont pas au niveau et les besoins des enfants ne sont pas connus. Je me vois obliger d’arrêter ce métier que j’aime par dessus tout car je ne supporte plus la non connaissance des professionnelles sur le développement des enfants.
Encore merci, j’espère qu’il reste de l’espoir.
Enfin une parole de vérité…
Bonjour.
Je suis psychologue clinicienne depuis plus de 20 ans dans différentes crèches.
Je suis d’accord avec le constat ici présenté ainsi que les conclusions proposées,. J’aimerais cependant que l’on aborde la problématique des crèches dans le bon sens. Quand j’ai commencé à soutenir enfants, parents et équipes en crèches, les temps de réunions étaient sacrés pour les équipes. Les professionnels étaient en nombre suffisant et, pour la plupart, en poste dans la même crèche depuis plusieurs années.
Les équipes attendaient les réunions avec impatience car elles les nourrissaient, c’était avec le soutien de la direction sur le terrain leur moteur pour comprendre et mieux accompagner les enfants et leur parents. Les personnels trouvaient du sens et du plaisir pour leur métier malgré les salaires déjà très bas et les temps de transports quotidiens.
Puis les lois ont imposé une augmentation du nombre d’enfants par professionnel, les salaires restant figés.
C’est un métier fatiguant, physiquement et psychiquement, et qui ne peut évidemment pas s’exercer en distanciel. Les professionnels ont alors vite compris que rejoindre des sociétés d’intérim était plus intéressant, moins fatiguant, mieux payé avec moins de responsabilités, avec la possibilité de choisir le lieu et les horaires de travail. Ceci n’a pas été sans conséquences : très importante pénurie de personnel, déjà présente à bas bruit depuis des années sans trop de volonté d’écoute de la part des tutelles (des dizaines de manifestations restées lettre morte).
Ce faisant, de récents décrets autorisent le recrutement de personnes non diplômées à condition d’être accompagnées et formées pendant plusieurs mois. MAIS PAR QUI ?
– Impossible de pérenniser les équipes dans ses conditions.
– Difficile de recruter des responsables car depuis plus de 10 ans, en plus du travail avec les équipes, l’accueil des familles, la vigilance sur le bien-être et la « bien traitance » des enfants, des équipes et des familles, leur travail administratif a été doublé.
Dans tout ce marasme, des situations de négligence, maltraitance, etc., se multiplient. Les parents, à raison, sont suspicieux et très exigeants.
Les professionnels se sentent jugés et observés. Il y a de moins en moins de temps pour les réunions car de plus en plus d’arrêts maladie, de turnover dans les équipes (dans l’espoir de trouver mieux ailleurs ???).
L’élaboration et la compréhension des dynamiques de travail n’est presque plus possible, nous sommes revenus en mode « garde d’enfants », c’est un retour en arrière abyssal.
Pour ma part, je fais aussi des analyses de pratiques mais je suis avant tout psychologue en crèches auprès des enfants, des équipes, de la direction et des familles. L’analyse de la situation dans le mauvais sens peut être contre-productive pour la défense du secteur de la petite enfance !
Youmna Obégi-Malek
Psychologue clinicienne
Tout d’abord, je tiens à saluer votre courage, courage de témoigner avec autant de sincérité. Animatrice en analyse de la pratique, je suis moi aussi souvent désoeuvrée. Je me sens régulièrement impuissante face à tant d’incohérence, et d’absurdité.
Accueillir de jeunes enfants en collectif paraît aller de soi de nos jours, c’est normal qu’un enfant aille en crèche. Or au regard des modalités d’accueil actuelles, accueillir un jeune enfant en crèche et attendre de lui qu’il se « socialise », juste en le plongeant dans le collectif, constitue déjà, à mon sens une hérésie. L’accueil en crèche, avec les ratios actuels, le manque de formation des professionnels, le manque de moyens, l’absence d’accompagnement des parents au choix du mode d’accueil, engendre en cascade toutes sortes de violence :
– de la violence pour l’enfant qui doit se conformer, se tenir tranquille à un âge ou le contrôle de soi lui est impossible,
– de la violence pour les professionnels à qui l’on fait croire que c’est possible d’accueillir les enfants de manière optimale avec si peu de formation et de moyens ce qui a pour conséquence d’engendrer de la culpabilité, de la perte d’estime de soi, perte de motivation, du burn-out, etc
– de la violence pour les parents à qui on fait miroiter un accueil individualisé, en adéquation avec leurs pratiques parentales et qui finalement se font entendre dire que leur enfant n’arrive pas à s’adapter et donc pas fait pour la crèche. On encourage aujourd’hui le maternage de proximité pendant le congé maternité et lorsqu’arrive le moment de reprendre le travail, les parents découvrent qu’à la crèche, ce ne sera pas possible. En maternité, des personnes qui se disent être des professionnels vous expliquent que c’est mieux pour ce jeune enfant encore immature. A la crèche, des personnes qui se disent aussi des professionnels vous explique que ce ne sera pas possible et que l’enfant doit devenir rapidement autonome. Non, on ne pourra pas faire du maternage de proximité en crèche, non, on ne pourra pas toujours sécuriser affectivement votre enfant, pourquoi? Parce que oui on est un professionnel pour 6 sur le papier mais sur le terrain? A l’heure des transmissions, on compte une professionnelle seule pour encadrer 12 enfants et accueillir en même temps les parents ! Il n’y a pas assez d’adultes pour gérer l’ensemble des besoins de l’ensemble des enfants. On marche sur la tête. Pour les parents, c’est à ne plus rien y comprendre. Qu’est-ce qui est mieux pour l’enfant : proximité ou distanciation? La scission entre les parents et les professionnels n’a jamais été si présente et si problématique. Plus personne n’arrive à se comprendre et à communiquer, et là encore au détriment de l’enfant et de sa sécurité affective.
– de la violence pour l’animateur d’analyse de la pratique, à qui l’on demande d’accompagner des professionnels, à raison de 3 séances par an…du délire. Là aussi on pourrait parler des professionnels de l’écoute qui déploient des moyens considérables pour faire avancer les choses mais qui finalement ne font que constater que ces interventions ne donnent que peu de résultats concrets, parce qu’à 3 séances annuelles, on ne peut pas faire de travail de fond, pas de véritable suivi et on ne peut pas pallier le manque de formation. En analyse des pratiques, aujourd’hui concrètement on fait ce qu’on peut, c’est à dire pas grand chose. 3 séances par an…là aussi on fait semblant d’agir pour la petite enfance. Les professionnels ont besoin d’une vraie formation digne de ce nom et d’un véritable accompagnement sur le terrain. Quand on est bien formé, cela donne du sens à vos pratiques, cela attise votre curiosité, ça aide à se sentir reconnu, ça aide à ressentir l’envie de bien faire et d’évoluer.
Les séances d’analyse de la pratique servent souvent de défouloir. Les professionnels profitent d’avoir un interlocuteur pour obtenir des clefs, des conseils tout prêts à appliquer, des recettes miracles. Il est rarement possible de faire un travail de fond, parfois parce que les professionnels ne sont pas enclin à faire évoluer leurs pratiques, mais aussi parce que ces séances se passent toujours dans un contexte d’urgence. « On attendait cette séance, on était impatient parce qu’on a un cas vraiment difficile dont il faut qu’on parle… » « Donnez nous des solutions parce qu’on vous revoit que dans 3 mois et nous c’est maintenant qu’on doit agir ». L’analyse de la pratique telle qu’elle est organisée est aussi une violence pour l’animateur à qui l’on ne donne pas non plus les moyens de travailler de manière efficace. Les professionnels de crèche ont besoin de psychologues au quotidien pour observer les enfants, pour accompagner les pratiques professionnelles, pour les aider à mieux communiquer avec les familles. Où sont les postes de psychologues en crèche?
L’accueil de la petite enfance ne peut être que violent pour l’enfant puisqu’il est déjà extrêmement violent pour les adultes qui sont auprès des enfants. Nous devons former les professionnels à l’accompagnement bienveillant, mais pas que.. nous devons réfléchir de manière beaucoup plus large sur les besoins des jeunes enfants, et nous poser la question de la manière dont on s’occupe de ces jeunes enfants. Il est désespérant d’attendre qu’enfin dans notre pays on comprenne que c’est pendant la petite enfance que se construisent les repères, la confiance en soi, la confiance en l’autre, l’empathie, etc et que prendre soin des tout-petits c’est prendre soin de notre société. A quand la prévention??? La société tout entière est débordée par la violence et l’agitation des enfants et dorénavant des très jeunes enfants. Ah mon sens, ils ne crient pas encore assez fort pour nous dire, à nous adultes : STOP ça suffit! On est tous démunis face à toutes ces injonctions contradictoires et ces absurdités. On essaye tous d’avancer et de faire de notre mieux, mais l’évidence est là, nous n’avons pas les moyens d’agir parce qu’on nous donne pas les moyens d’agir.
Je suis tout à fait en accord avec ce constat, infirmière puéricultrice j ai exercé en milieu hospitalier et en crèche familiale municipale avant de retourner en service de pédiatrie car je ne voyais pas comment améliorer les structures accueil petite enfance. Et pourtant quand on compare les services de pédiatrie et les activités crèches ?
Je suis coach en développement personnel professionnel certifié, 18 ans dans la petite enfance dont 2 dans plusieurs crèches et j’ai remarqué beaucoup de mal traitance, c’est-à-dire la moqueries des adultes sur des enfants et plus. Mon désir c’est d’avoir le droit de passer dans les crèches avec mon chien pour apaiser tout ça et plus encore bref j’aurais trop long à écrire.
Bonsoir monsieur
Vous ne parlez que des pros soi disant maltraitantes mais vous oubliez de dire et ca c est malhonnête que l institution et l organisation des crèches sont en elles même maltraitantes…
Le problème ce n’ est pas les pros c est le système..
Comment pouvez vous imaginer qu a 4 adultes on puisse s occuper de 16 bébés de 3 mois a 1 an ?
Comment pouvez vous imaginer qu on se retrouve avec des groupes de 24 enfants de 1 a 2 ans pour 4 adultes …
Alors nous aussi nous sommes fatiguées , fatiguées d entendre ces arguments de personnes qui ne sont pas là au quotidien et qui se permettent de donner leur avis …
Venez passer 1 semaine dans ce genre de structure et on en reparlera ..
Nous tous les jours on est là et chaque jour on donne du meilleur de nous même car c est une profession dans laquelle on croit ..
A bon entendeur
Bonjour,
Merci pour cet article qui permet aussi de déculpabiliser les « parents trop doux ».
Personnellement, je pense que dissocier les femmes de la maternité et de leur rôle de mère a été un des plus grands écueils de notre société « moderne ».
La plus grande « cause » de mortalité maternelle : le suicide.
Ayant Moi même été jeune maman travaillante j’ai vécu ma reprise du travail comme la pire souffrance de ma vie.
J’ai fini par être mise en arrêt 6 mois après ma reprise. Et en réalité, je sais que si on m’avait accompagné et permis de rester à la maison éduquer et prendre soin de mon enfant, je n’aurai pas été autant dans la souffrance.
Les lois sont édités par des personnes qui ont quittés toute sensibilité et ne peuvent donc pas comprendre le cerveau d’une jeune mère.
Je prie pour ce monde change et permettent aux enfants de s’épanouir.
Merci a vous,
Alors oui soyons honnêtes, il existe des EAJE où certains professionnels ne se remettent pas en question, comme partout! Mais arrêtons de généraliser aussi, comme d habitude! Il existe aussi des professionnels attentifs malgré la fatigue, respectueux des enfants et de leur famille et qui font leur maximum au quotidien….et ceux là ont besoin d une revalorisation de salaire et d une reconnaissance de leur métier!!!
Merci Monsieur d’avoir tout dit
Bonjour,
J’aimerai revenir sur ce que vous semblez évaluer de la formation.
Si déjà nous orientions des personnes véritablement intéressées en formation de CAP, d’AP, et forcément par extension d’EJE, plutôt que d’y aller parce qu’ « on est une femme et qu’on a un instinct naturel » ce serait probablement un bon début. L’on parle de « crèches » au lieu de parler « d’EAJE » comme s’il fallait faire ce métier par vocation maternelle plus que par des compétences qui nous correspondent. Je conçois que même si l’on ne fait pas notre métier par pure vocation, chaque poste possède ses attendus et ses responsabilités (que l’on se doit évidemment de respecter) mais comment voulez-vous concevoir la hauteur de cette responsabilité quand le tout venant piétine le peu de travail que vous êtes en capacité de mettre en oeuvre ?
Pour continuer sur la rudesse dont vous faites preuve sur la formation, je trouve trop facile, de votre place, de venir annuler le travail des formateurs de centre qui sont obligés de s’adapter trop régulièrement à des réformes qui emmènent de plus en plus nos étudiants vers un profil de travailleur sociale unique, en minimisant l’intérêt des notions dites « cœur de métier ». Si vous êtes maintenant abattu, vous n’allez pas être déçu de la suite qui se profile, et bientôt même les éducateurs.rices n’auront plus aucune notion de neuroscience. À qui la faute ? Pas aux professionnels de terrain, en tout cas.
Malgré la triste évolution de nos licences en travail social, je reste optimiste sur d’autres choses. Oui, le CAP ne fait peut-être pas partie des paliers que l’on compte comme un diplôme, mais il a au moins eu le mérite d’avoir fait entrer quelques notions supplémentaires de pédagogie ces dix dernières années et de parler un peu plus de « l’observation » du jeune enfant, même si je doute que toutes les étudiantes sachent vraiment quoi faire de cette notion, par manque d’intérêt ou d’accompagnement.
Enfin, je fais le parallèle avec ce que dit Madame Malek : difficile de transmettre de bonnes pratiques lorsque l’on n’a pas les moyens humains. Alors, entre les gestionnaires peu scrupuleux qui prennent des stagiaire pour « avoir des bras », ceux qui sont catapultés face à des professionnels qui ne savent pas ou ne veulent pas les accompagner, et ceux qui ne trouvent tout simplement plus de lieu de stage à cause de la pénurie de professionnels (ou de la gratification pour les licences), encore une fois difficile de bien se lotir en éducateurs compétents.
Nous leur demandons ensuite de se positionner sur des situations professionnelles que les terrains de stage ne peuvent pas (ou plus ?) accompagner dans leur réflexivité, je vous laisse accuser du paradoxe.
Trop peu sortent des écoles (je ne parle même pas des AP qui sont devenues une perle rare) pour renflouer les rangs des EAJE qui sont paradoxalement de plus en plus nombreux pour tenter de couvrir au mieux les territoires alors qu’il n’y a pas plus de professionnelles disponibles. Alors généraliser la problématique des formations d’éducateurs juste sur la parole d’une professionnelle, sur un temps donné, et que vous interprétez avec un œil qui vous appartient. Vous qui êtes conférencier, j’aurais attendu une réflexion un peu plus aboutie.
Alors, oui, j’entends votre ras-le-bol, votre frustration et votre sensation inlassable de ne pas avancer. Je rejoins donc mes consœurs sur le fait de généraliser un point de vue (qui est un biais cognitifs soit dit en passant) n’aidera personne et cela est même insultant. Parce que je vous assure, pour l’avoir observé, qu’il y a encore beaucoup (peut-être plus assez ?) de professionnelles qui se battent pour donner aux enfants des espaces de grandir raisonnables, relatifs à la conjoncture actuelle. J’ai moi-même des collègues qui ont préféré se retrouver en sous-effectif en poussant des personnes, aux comportements inadaptées, hors de leurs sections, justement pour permettre à leurs équipe de défendre cela.
Il n’est pas sujet ici ni d’excuser, ni de cautionner, ni de fermer les yeux devant la maltraitance en EAJE, qu’elle soit humaine ou institutionnelle, et probablement parfois les deux en même temps. Mais la fatigue de l’un ne doit pas pousser les autres à arrêter de questionner, comprendre et cheminer. Que vous appeliez à l’aide je peux comprendre, que vous minimisiez le travail de tant d’autres, alors que leur travail est déjà assez négligé, je me refuse de vous laisser le dire sans contre-partie. Je trouve cela trop facile d’utiliser un média professionnel pour venir casser du sucre sur le dos de tous.
Heureusement que certains commentaires narrent leur expérience avec un peu plus de recul, malgré que leurs expériences ne semblent pas non plus reluisantes (merci Madame Angot et Madame Royer pour votre témoignage et votre analyse qui permet de nuancer l’article initial).
Je vous rejoins évidemment sur le taux d’encadrement légal qui est bien trop bas, notamment quand les amplitudes horaires de certains lieux sont conséquents, mais je crois que cet avis fait l’unanimité chez les professionnels.
Je ne vous remercie pas pour votre témoignage qui ne dénonce rien, hormis le fait que certains professionnels sont maltraitants. Comme beaucoup trop de personnes en dehors des structures d’accueil, mais je ne crois pas que ce soit un secret.
J’espère sincèrement que vous arriverez à retrouver du sens à votre pratique.
Avec mon soutien critique,
Nicolas Porres-Gomez
Éducateur de Jeunes Enfants
Responsable Adjoint de Multi-Accueil
Bonjour cher Monsieur X
Dommage que vous n’assumiez pas vos propos en restant anonyme ! Encore un « formateur » qui pense avoir la science infuse et qui charge ces stupides et incompétents professionnels de la petite enfance ! Pauvre Monsieur, vous savez si vous en avez marre de votre métier je vous propose de devenir assistant maternel ou bien d’aller travailler en crèche, on reparlera alors de vos constatations.
Message à tous ces « formateurs » sortez de vos bureaux et prenez la place de ceux ou celles auprès de qui vous prêchez la bonne parole et qui sont épuisés par leurs conditions de travail, à bon entendeur …
Bonjour,
je suis moi-même accompagnatrice de professionnels de la petite enfance (équipes d’EAJE et assistantes maternelles) sur ces temps d’APP.
Ce qui me décourage parfois ce n’est pas la difficulté de certains professionnels à se remettre en question mais plutôt le manque de moyens qu’ils ont à leur disposition pour continuer le processus amorcé en APP. Je m’explique : Je suis souvent amenée à constater que les professionnels sont tout à fait disposés à réfléchir à leurs pratiques et à se remettre en question si nécessaire ; ce que je constate également c’est le manque de moyens au niveau institutionnel (et je parle là de certains EAJE) pour répondre à ces professionnels et continuer à les soutenir dans leur démarche en dehors des APP, en mettant en place des réunions d’équipe, des temps de réflexion en équipe entière, des temps de formation, une réelle dynamique institutionnelle autour d’un projet pensé et réfléchi en équipe. La difficulté des professionnels de terrain est souvent d’être confrontés à des exigences institutionnelles de rentabilité prioritaires sur les exigences de qualité mais aussi d’être dirigés par une direction qui n’a pas de formation ou d’expérience dans la petite enfance et encore moins dans le management d’équipe. Ce n’est pas vrai partout bien sûr, je ne souhaite pas ici généraliser mon propos, mais je rencontre beaucoup d’équipes en souffrance parce qu’en décalage avec leurs valeurs professionnelles et les demandes de la hiérarchie; j’irai jusqu’à dire que certaines équipes sont elles-mêmes maltraitées, (parce que non considérées ou vues comme des pions que l’on déplace au gré des besoins et dont on exige des pratiques qui ne sont ni expliquées ni pensées, parce qu’en sous -effectif…) alors comment peut-on attendre qu’elles soient bientraitantes ? un professionnel en souffrance ne peut être au top de ses pratiques. Je n’excuse pas, je donne simplement des éléments de compréhension qui peuvent, peut-être éclairer certains positionnements dans certains lieux.
Je suis EJE de formation, sur le terrain de puis bientôt 40, et j’ai vu la qualité de travail et donc la qualité d’accueil se dégrader. Les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain, que font les pouvoirs publics pour un accompagnement de qualité?
Je m’intéresse depuis plusieurs années de très près à ce qui est mis en place dans des pays voisins, je pense notamment à l’Allemagne et à la Suède ; regardez comment l’enfant y est considéré…admirez les aires de jeux qui ne proposent pas un simple toboggan mais des expériences variées et parfois surprenantes; voyez comme l’adulte accorde sa confiance à l’enfant et n’est pas sans cesse dans la crainte qu’il tombe, se blesse ,se salisse ou soit malade; l’extérieur et le rapport à la nature y sont essentiels, les enfants sont équipés pour jouer dehors par tous les temps, faire de la gadoue, se cacher dans les buissons…combien de petits français passent des journées entières sans mettre le nez dehors???
Alors oui, il est parfois difficile de se remettre en question, quand on est soi-même en désaccord avec les pratiques imposées et pas entendu, considéré, soutenu par un véritable travail d’équipe.
Mais je reste optimiste, la plupart des professionnels de la petite enfance voudraient vraiment faire autrement, accorder plus de temps à chaque enfant, mieux respecter leur rythme, prendre du temps pour échanger avec les parents…les politiques nationales doivent changer pour leur permettre tout cela et considérer la qualité d’accueil avant la rentabilité.
SR
Bonjour Stéphane T
Je suis mère au foyer depuis 6 ans, par choix, lorsque j’ai eu mon 3e enfant à onze moi d’écart avec le 2e. Aujourd’hui j’ai eu mon 5e. J’aime passer du temps avec eux. Mais la fatigue et une situation m’a obligée à rechercher une crèche pour mon 4e, âgé de 2 ans. Au cours de l’adaptation, j’ai remarqué une situation que je trouve désolant au sein de la crèche. Et c’est en faisant des recherches que j’ai lu votre article, car il rejoint mon constat. Après l’avoir accompagné la 2e heure, j’ai appelé son papa au téléphone et lui ai dit » tu es meilleur père qu’ils ne sont assistant maternel et educateur ». Bref, ce que j’ai vu et ressenti m’a donné envie d’explorer une piste de reconversion professionnelle, je vous le demande, quelle formation et diplôme obtenir pour devenir formateur des professionnels de la petite enfance? J’ai 39 ans et mon parcours personnel et familiale fait que je suis heurtée, navrée de voir ce manque de savoir faire avec l’affect de l’enfant. Votre article rejoint mes observations et sentiments. Cela m’irrite de voir ces comportements se pratiquer impunément ayant moi-meme tant souffert depuis mon enfance, j’en fait mon cheval de bataille dans l’éducation de mes enfants; le respectect l’accueil des émotions, l’écoute et la bienveillance sont autant de valeur indissociables a l’éducation d’un enfant. Il y a certes, des enfants avec des spécificités qui peuvent nous éprouver, qui ne sont en aucun cas et ne doivent être imputées à l’enfant ( troubles etc) mais la logique c’est que c’est à l’adulte de trouver des moyens de communication respectueux de l’enfant qui sauront s’adapter à lui et non l’inverse.
Professionnelles de la petite enfance en collectivité depuis une quinzaine d’années, je rejoins votre triste constat. Il est rare de lire des propos d’une telle honnêteté, et pour ma part je comprends que vous ayez souhaité rester, dans une certaine mesure, anonyme .