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Touchée par la tempête Alex, une équipe de crèche se reconstruit grâce à un Erasmus

À Breil-sur-Roya, la tempête Alex de 2020 a laissé des traces durables. Cinq ans plus tard, l’équipe de la crèche municipale « Maison des Bambins » a participé à un Erasmus à Limbourg, en Belgique, auprès d’une crèche, elle aussi, frappée par des inondations. De cette rencontre est né un beau projet intitulé Les ponts et des hommes, autour des liens et du vécu professionnel après des événements traumatiques. Une initiative salutaire qui prend d’autant plus de sens dans un contexte de multiplication des épisodes de pluies intenses et de catastrophes climatiques.

À Breil-sur-Roya, il y a un avant et un après Alex. Un peu plus de cinq ans après le passage de la tempête, la municipalité se relève doucement. Même si la crèche municipale, seule de la ville, n’a pas été détruite, l’événement a profondément marqué celles qui y travaillent… et les familles qu’elles accueillent. « C’était l’apocalypse », se souvient Sandrine, auxiliaire de puériculture depuis 20 ans dans la structure, qui confie que le traumatisme reste toujours très prégnant. « Dès qu’il pleut un peu trop, on se stresse, c’est toujours là. »

La crèche a rouvert très vite, dans des conditions précaires, sans eau ni électricité, mais il n’y avait pas le choix. Pour accueillir au moins les familles mobilisées sur les secours – pompiers, infirmiers – l’équipe a fait front, malgré les dégâts matériels et l’épuisement. Sandrine décrit aussi une période particulièrement fragile : l’absence de directrice, restée bloquée dans un autre village coupé de la vallée, elle-même sinistrée, mais aussi la force de la solidarité.

Bâtir des ponts à partir d’un traumatisme

De ce traumatisme est né le projet Les ponts et des hommes. L’idée du voyage n’est pas partie directement de la crèche, mais d’une enseignante du collège de Breil qui a fait la demande auprès d’Erasmus et coordonné toute la mise en œuvre concrète du projet. Le principe : permettre à des agents municipaux et à des personnels de l’Éducation nationale de vivre un échange avec des équipes confrontées, ailleurs en Europe, aux mêmes types de traumatismes, afin de croiser les regards et de partager expériences, émotions et manières de se reconstruire.

Au sein de la crèche, plusieurs professionnelles ont aussitôt manifesté leur intérêt pour ce projet. Estelle, aujourd’hui directrice, n’était pas en poste à l’époque, mais elle perçoit à son arrivée combien l’événement a laissé des traces. « Mes agents avaient postulé, j’ai tout de suite eu envie de prendre un peu les devants », explique-t-elle. Elle se mobilise alors pour inscrire officiellement la structure dans le dispositif, organiser les premiers contacts avec la crèche partenaire en Belgique et construire le contenu du séjour. C’est ainsi que la « Maison des Bambins » devient la première équipe municipale de Breil-sur-Roya à concrétiser ce projet Erasmus. Elles sont sept, dont la directrice, à prendre part au déplacement.

La crèche, première équipe municipale à partir

Le départ a lieu en octobre 2025, pendant quatre jours. La commune d’accueil est Limbourg, et la crèche visitée s’appelle « A petit pas… ». Sa directrice, Nathalie, a vécu une tempête ayant provoqué des inondations majeures : la crèche a été « complètement sous l’eau » et a dû être entièrement réhabilitée. Alors que la crèche de Breil n’a pas été touchée physiquement, celle de Limbourg, elle, a été ravagée. Partir signifiait aussi organiser la fermeture de la structure – avec l’accord de la mairie – pour permettre à l’équipe de vivre pleinement l’expérience. Les professionnelles ont également choisi d’en parler aux familles : expliquer la démarche, donner du sens à la fermeture.

Des mots sur un vécu commun pour mieux avancer

Sur place, l’équipe de Breil découvre une structure reconstruite, et surtout un récit qui résonne au-delà des différences culturelles et organisationnelles. « On a mis des mots sur des choses qu’on avait vécues de la même manière », observe Sandrine. Comment continuer à accueillir des enfants quand on a soi-même traversé un événement traumatique ? Comment rester stable quand le village a été bouleversé ? Estelle le dit sans détours : en petite enfance, l’état émotionnel des adultes compte énormément. « Ce qu’on vit, ce qu’on traverse, ça a forcément une influence sur les enfants, sur la façon dont on les accueille, dont on les accompagne. » Et elle insiste sur cette idée : « la résilience, ici, peut être collective ». L’auxiliaire va plus loin en parlant même de « guérison ». Pour elle, cette rencontre confirme qu’il existe un chemin possible, même après un choc.

Lire aussi : La reconversion de Sandrine après le séisme qui a détruit sa maison

Découvrir d’autres pratiques, resserrer les liens

Le déplacement a aussi joué comme un temps d’équipe. Un « hors structure » qui a permis de se voir autrement, de mieux se comprendre et de resserrer les liens. L’échange a permis une observation des pratiques de la crèche belge. Sur place, l’équipe a passé du temps dans les différents groupes d’enfants, échangé avec les professionnelles et a même visité une école de formation (S2J). L’occasion aussi de se dire que l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. « J’ai été interpellée par le nombre d’enfants par professionnel, confie Sandrine. Un pour huit bébés ! » Estelle évoque un autre moment fort : l’accueil par les autorités locales belges. L’équipe de Breil a rencontré la bourgmestre (équivalent du maire) et des services municipaux, qui leur ont présenté des chantiers de réhabilitation, leurs choix sociaux et urbains suite à toute la destruction massive des bâtiments. Et le projet a aussi créé des perspectives. Estelle évoque déjà la suite avec enthousiasme : « Il est possible qu’ils viennent même nous voir l’année prochaine »

Candice Satara

PUBLIÉ LE 20 février 2026

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