Sarah, sage-femme devenue assistante maternelle : « ce n’est pas une régression, c’est un métier essentiel »
Après plus de douze ans passés en maternité, un rythme épuisant et un séisme qui a détruit sa maison de La Lagne, Sarah, sage-femme de profession, a décidé de tout réinventer. Elle est devenue assistante maternelle. Un choix assumé d’un quotidien plus doux, mais tout aussi exigeant. Elle raconte le chemin qui l’a menée à cette seconde vie.
Lorsque Sarah confie son histoire, on comprend d’emblée qu’il ne s’agit pas d’une simple reconversion, mais d’un basculement profond et intime. Tout commence à la suite d’un événement brutal, inattendu : la destruction totale de sa maison par un tremblement de terre en juin 2023. Le 16 juin, un séisme localisé près des communes de La Laigne et Cram-Chaban (Charente-Maritime) provoque de gros dégâts matériels sur des centaines de maisons et de bâtiments.
12 ans en maternité : un métier, passion… et un rythme épuisant
Sarah était alors sage-femme à l’hôpital avec deux enfants de 1 et 3 ans. Un métier qu’elle « adore », avec un rythme frénétique. Les nuits enchaînées, les week-ends travaillés, la nécessité de dépanner l’équipe en cas d’absence… Le corps et le mental s’usent. « À l’hôpital, je courais partout. Trois week-ends par mois, des nuits complètes… C’était épuisant. », confie-t-elle. « Le jour où vous partez à 19h pour faire toute la nuit, et que vous rentrez à 9h avec deux enfants en bas âge… vous vous dites : ça devient trop. »
Repenser ses priorités
La catastrophe naturelle fait office de déclic. « En quelques secondes, tout s’est écroulé, raconte-t-elle. Ça a détruit totalement notre maison. On n’a rien pu garder, même pas un mur. » Elle et sa famille vivent plusieurs semaines en mobile-home. Un quotidien précaire, instable, inconfortable. Elle décrit un choc psychologique : à ce moment-là, la jeune femme éprouve le besoin de tout remettre en question dans sa vie : travail, rythme, priorités, fatigue accumulée. « Quand il arrive quelque chose d’aussi grave, on se recentre sur l’essentiel : notre famille, notre bien-être », observe-t-elle. Avant même le séisme, Sarah ressentait déjà une attirance pour l’univers de la petite enfance, au-delà de la maternité. « Avec mon métier, je vois les tout-petits pendant quelques jours, mais ensuite, le lien s’arrête. Cela peut être frustrant. »
Une reconversion qui questionne
Naturellement, elle s’oriente alors vers le métier d’assistante maternelle. Elle entame les démarches d’agrément, la formation, la visite de la PMI. Soutenue par son conjoint, ses proches, elle sourit lorsqu’elle évoque certaines réactions inattendues. « Les gens tiquent parfois. On me dit : “Tu as fait médecine, cinq ans d’école… et tu deviens assistante maternelle ?” Je réponds : pour moi, ce n’est pas une régression. C’est un métier essentiel. » En février 2024, elle devient officiellement assistante maternelle. Elle accueille actuellement deux bébés : un garçon de quatre mois et une petite fille d’un an, dans une maison où sa famille s’est installée après le séisme. « C’est plus petit, rien à voir avec ce qu’on avait avant, précise-t-elle. Il a fallu optimiser chaque mètre carré pour accueillir les bébés. »
Redonner une place au temps
Dans son approche, Sarah applique une philosophie simple : ralentir. « Je ne veux plus être dans le speed, avoue-t-elle. Je veux prendre le temps : prendre soin, cocooner, sortir quand on est en forme, rester au calme si un bébé est malade. » Ses journées commencent tôt, se terminent tard, mais n’ont rien à voir avec les gardes de 12 heures ou les nuits en salle de naissance. « C’est un autre type de fatigue : plus lisse, plus fluide. Je peux accompagner mes enfants à l’école le matin, aller les chercher l’après-midi… Ça n’a pas de prix. » Sa double casquette sage-femme / assistante maternelle rassure également beaucoup les familles.
Une perte de salaire assumée
Sarah ne cache pas un autre aspect : la baisse significative de revenus. « On a fait un arbitrage en famille, reconnaît-elle. Aujourd’hui, je préfère gagner moins et être heureuse. Après ce qu’on a vécu, l’important, c’est de se sentir bien. » Elle n’élude pas non plus une autre problématique : le manque de contrats. Dans son secteur, situé à une quinzaine de minutes de La Rochelle, les demandes restent assez rares. La baisse de la natalité ne fait qu’accentuer cette tension : malgré un agrément pour quatre enfants, elle n’en accueille aujourd’hui que deux.
Une nouvelle maison et un espace dédié pour son travail
Depuis deux ans, la famille reconstruit sa maison détruite. Avec un projet fort pour Sarah : un espace professionnel indépendant, pensé pour les enfants et pour son confort de travail. « J’aurai 30 m² dédiés : salle de jeux, coin sommeil, espace change, toilettes. Et une entrée indépendante, juste à côté d’un parking. », décrit-elle. Son mari, qui coordonne les travaux, lui a fait la promesse que son espace serait prêt avant l’emménagement, peut-être dès avril ou mai prochain. La perspective l’enthousiasme. « Travailler dans son espace de vie, c’est beaucoup de contraintes pour la famille. Il faut leur demander de faire attention, de ne pas déranger. Dans la nouvelle maison, le soir, je fermerai ma porte et j’aurai mon côté famille qui m’attendra. »
La jeune femme semble avoir trouvé son équilibre. Même si son quotidien d’assistante maternelle l’occupe aujourd’hui à temps plein, Sarah n’a pas tourné la page de son premier métier : elle continue de se former en ligne via des webinaires de l’Ordre des sages-femmes, se tient à jour des nouveaux protocoles et accepte ponctuellement quelques vacations en maternité. « J’ai fait quelques accouchements l’été dernier pour dépanner. » Et plaisante : « C’est comme le vélo : ça ne s’oublie pas. »
Candice Satara
PUBLIÉ LE 04 décembre 2025