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Un grand pouvoir, une grande responsabilité

Par Maud Papelard

Educatrice de jeunes enfants, formatrice

Voici plusieurs semaines que je cogite cette nouvelle chronique. Avec l’actualité de ces dernières semaines, les violences faites aux enfants toutes plus intolérables les unes que les autres, j’ai le cœur gros. Alors, j’avais envie de parler du consentement chez les tout-petits. Vous allez me dire, ça sent le réchauffé ! Encore un énième rappel des fondamentaux en la matière ? Et puis surtout est-ce que c’est vraiment cela le sujet ?

Bien sûr qu’il est fondamental de donner aux enfants les outils pour qu’ils comprennent que leur corps leur appartient, qu’ils ont le droit de dire non, qu’ils méritent d’être respectés dans leur intégrité physique et moral, mais nous ne pouvons évidemment pas tout miser sur l’apprentissage du consentement, ce serait leur mettre une bien grande responsabilité sur les épaules alors que celle-ci est ailleurs. La protection des enfants ne repose pas sur leur capacité à exprimer un refus. Je rêve d’ailleurs d’un monde dans lequel nous n’aurions même pas besoin d’accompagner les enfants à se défendre des prédateurs !
Il me semble que nous devons prendre vraiment conscience du « pouvoir » que nous avons sur les tout-petits. Quand on y pense, c’est vertigineux. Le mot pouvoir peut faire grincer des dents, mais il me semble que c’est bien de cela dont il s’agit. Vous connaissez la fameuse réplique : « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ».

Un bébé est dépendant des adultes qui l’entourent et de leurs décisions. Il se fie à eux et c’est précisément ce qui le rend vulnérable. Il ne choisit pas toujours qui le change, qui le touche, où il sera installé…
Comme tout être humain, un enfant a besoin, pour grandir en sécurité, de se sentir digne. Il a besoin d’être respecté dans l’humain qu’il est profondément.

En tant qu’adulte, nous nous devons de nous poser la question : que faisons-nous du pouvoir que nous avons sur les enfants ? L’utilisons-nous à bon escient ou en abusons-nous parfois ?
Nous nous devons d’exercer ce pouvoir avec la plus grande retenue, le plus grand discernement possible, afin qu’il reste toujours au service de l’enfant et de son intérêt.
J’entends d’ici à certains d’entre vous réagir. Mais enfin quel pouvoir ? Il n’y a pas de prise de pouvoir à avoir ! Et je vous dirai, nous sommes bien d’accord.
Le respect de l’enfant se vit dans chaque geste du quotidien, dans tous les petits choix où en tant qu’adulte, nous aurions pu justement « prendre le pouvoir » sur les enfants et imposer à tout prix : imposer le fameux bisou à tonton René, imposer de terminer son assiette, imposer un rythme de sommeil parce qu’il colle à celui de l’adulte, imposer de ranger immédiatement sans laisser le temps de terminer son jeu, imposer un change dans la précipitation sans prévenir de ce que nous allons faire, imposer une activité dirigée pour faire plaisir aux adultes, imposer notre interprétation de ce qu’il ressent (« ce n’est rien », « tu n’as pas mal », « tu n’es pas triste ») plutôt que d’accueillir son vécu…
Au lieu de cela, nous nous sommes posé cette question : suis-je en train d’agir parce que c’est nécessaire pour l’enfant… ou parce que c’est plus simple pour moi ?
Et nous avons choisi de considérer l’enfant, de l’écouter, d’expliquer et de collaborer avec lui, d’être dans une relation d’égal à égal au sens d’humain à humain.

C’est aussi dans cette considération de l’enfant que commence la prévention. Considérer l’enfant n’empêche pas « d’éduquer », c’est même la première étape du vivre ensemble.
Quand un enfant fait, dès ses premiers mois, l’expérience que son corps est respecté, que ses réactions sont accueillies, que ses émotions sont entendues et que l’adulte n’agit pas sur lui, mais avec lui, il construit peu à peu des repères précieux sur ce qu’est une relation respectueuse.
Ces expériences ne protègent pas de toutes les violences. Elles ne remplacent ni la vigilance des adultes, ni notre responsabilité, mais la première prévention est là : offrir à l’enfant l’expérience répétée d’un adulte qui le prend en compte dans chacun de ses gestes. C’est ici, tel un colibri que nous pouvons agir concrètement.
Je fais le vœu que les enfants grandissent dans un monde où ils n’aient pas à apprendre à se méfier des adultes. Un monde où le respect ne soit pas une exception, mais une évidence. À notre échelle, contribuons ensemble à le construire.

PUBLIÉ LE 20 juillet 2026

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