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Zoom sur… la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE)

En valorisant leur expérience acquise sur le terrain par un exigeant parcours de VAE, les professionnels de la petite enfance ont la possibilité d’accéder à de nouveaux diplômes pour asseoir leurs compétences et évoluer dans leur vie professionnelle. Mais trop peu osent sauter le pas et la tension du recrutement est telle dans les métiers de la petite enfance que certains professionnels craignent pour la qualité des diplômes concernés.

Valoriser les compétences acquises sur le terrain

La validation des acquis de l’expérience (VAE) offre la possibilité à toute personne de faire reconnaître ses compétences, acquises par son expérience de plus d’un an dans le cadre d’une activité professionnelle ou extraprofessionnelle (salariée, non-salariée ou bénévole), pour accéder à un diplôme, une certification ou un titre, inscrit au Répertoire national des Certifications Professionnelles (RNCP). C’est une troisième voie d’accès à la certification professionnelle, qui vient s’ajouter à la formation initiale et la formation continue. La VAE, c’est tout un dispositif d’accueil, d’information, d’accompagnement et de financement, mis en place par la loi de modernisation sociale (2002), qui permet à chaque candidat de valider – le cas échéant – son expérience professionnelle par un diplôme sécurisant, de compléter sa formation initiale pour accéder à de nouvelles responsabilités, pour se spécialiser et parfois même changer de vie. En 2018, 24 000 candidats ont obtenu la certification qu’ils visaient (validation complète), tous secteurs d’activité confondus, soit un taux de réussite de 62%. Les métiers de la petite enfance font partie des diplômes les plus demandés : au premier rang, 19% des candidatures en VAE visent un CAP AEPE ! Mais les diplômes d’EJE, d ’Auxiliaire Petite Enfance, certains diplômes d’état (licence, master) et diplômes universitaires (DU) qui permettent d’acquérir des notions de management, gestion, ou droit pour d’accéder à des postes de coordination ou de responsabilité, sont également accessibles par la VAE.

Un travail d’analyse et de rédaction en deux livrets

S’engager dans un parcours de VAE est une démarche exigeante. Une charge de travail conséquente qui demande de pouvoir dégager du temps, de choisir le bon moment dans sa carrière, d’y consacrer de l’énergie, mais surtout un investissement moral. « On a beau informer les personnes sur la difficulté du parcours, tant qu’elles n’y sont pas confrontées, elle ne se rendent pas bien compte du travail que cela demande », décrit Aurélie Delaval, coordinatrice de dispositif VAE pour le Centre Régional de Formation des Professionnels de l’Enfance (CRFPE). De l’écrit à l’oral, le parcours exige un travail de réflexion et d’analyse sur ses propres pratiques professionnelles qui nécessite de prendre du recul, de faire preuve d’une certaine ténacité et confiance en soi pour mener à bien son projet étape par étape :

  • Définir son itinéraire professionnel. En amont, le candidat à la VAE doit prendre le temps de réfléchir à son projet, en se demandant « quelle est ma véritable identité professionnelle ? » « quelles sont les compétences que je peux valoriser ? » et non pas « qu’est-ce que je veux être ? ». C’est auprès de l’organisme certificateur concerné qu’il trouvera les modalités d’un parcours de VAE.
  • Le livret I, dit « de recevabilité ». Sur le formulaire dédié, téléchargeable sur vae. gouv.fr ou bien auprès de l’organisme certifiant, le candidat justifie de son expérience dans un CV détaillé et atteste sur l’honneur qu’une seule demande de VAE a été déposée pour l’année civile en cours. Après l’envoi du livret, une réponse lui est adressée dans un délai de deux mois. En cas d’expérience trop éloignée du diplôme ou d’un nombre insuffisant d’heures effectuées, la réponse pourra être négative. Une réponse positive lui permet de poursuivre son parcours.
  • Le livret II, dit « d’évaluation des acquis ». Dans un dossier argumenté et détaillé, le candidat exprime sa motivation, développe et justifie son parcours, et démontre, par sa capacité d’analyse et de synthèse, que ses acquis par l’expérience professionnelle sont en phase avec les prérequis du diplôme qu’il prépare.
  • Un grand oral pour valider le diplôme. Pour clore le parcours, un oral de 30 minutes, devant un jury de professionnels, vient valider tout ou partie des domaines de compétences exigés. Au-delà de ses capacités, la personnalité, la motivation du candidat et son niveau de langue comptent pour beaucoup dans la décision du jury. En cas de validation partielle, le candidat pourra valider les compétences manquantes en repassant ultérieurement l’examen, après avoir suivi une ou plusieurs formations correspondantes. En cas d’échec, le candidat peut être admis à suivre un cursus conduisant au titre visé. Un jury de VAE est composé de professionnels salariés, indépendants, membres de professions libérales ou non salariés, de retraités du secteur d’activité concerné. Il a pour mission d’analyser les compétences du candidat sur la base de son dossier, d’un oral et dans certains cas, d’une mise en situation professionnelle. A l’issue d’une délibération, le jury décide de l’attribution totale ou partielle ou du refus de la certification, et formule des préconisations. Un rôle qui exige neutralité, objectivité, égalité de traitement, confidentialité et solidarité entre membres de jury.

Un parcours ouvert à tous mais difficilement accessible

Que l’on soit salarié, non salarié ou demandeur d’emploi, il suffit d’une expérience professionnelle d’un an minimum, en lien avec le diplôme espéré, pour entamer un parcours de VAE. D’assistante maternelle au CAP AEPE, du diplôme d’auxiliaire de puériculture au diplôme d’EJE, d’EJE à la licence professionnelle management et gestion des organisations… Les passerelles ainsi tissées entre les différents métiers offrent la possibilité aux professionnels de la petite enfance d’évoluer, de prolonger ou sécuriser un projet professionnel là où seul un diplôme le permettrait normalement. C’est aussi une opportunité unique, qui permet à des personnes peu scolaires, qui auraient du mal à s’intégrer dans un cursus, mais font preuve de réelles compétences et connaissances sur le terrain, d’accéder à plus de responsabilités, de trouver une progression stimulante dans leur vie professionnelle, par une voie détournée.

L’opportunité est là mais dans les faits, tous ne s’en sentent pas capables : « On peut être très compétent sur le terrain, mais le passage à l’écrit peut être très compliqué pour certains », reconnaît Aurélie Delaval (CRFPE). Et poursuit : « Une fois seul devant son livret, on doute de ses compétences. » Pour Elsa Hervy de la Fédération Française des Entreprises de Crèches, « il y a une vraie barrière psychologique à franchir, passer d’un diplôme infra-bac à un bac+3 paraît inaccessible ! On est sur des gens qui n’ont pas forcément confiance en eux à l’idée de se lancer dans un travail d’écriture qu’ils vont devoir aller défendre devant un jury. » Un accompagnement individuel et le soutien de l’employeur sont alors essentiels pour légitimer sa candidature aux yeux du candidat lui-même…

Les employeurs doivent s’engager pour la VAE

Bien que la VAE semble ouverte à tous, les professionnels de la petite enfance peinent à s’y engager par méconnaissance ou manque d’investissement de leur employeur : « On ne nous pousse pas à passer d’autres diplômes, on manque d’information, on manque de confiance en nous et on n’ose pas, c’est le syndrome de l’imposteur ! En revanche à l’obtention du diplôme, on se sent légitime car on est vraiment jugé sur nos compétences et notre travail personnel », témoigne une candidate. Un tel projet professionnel nécessite clairement un véritable soutien moral de la part de l’employeur qui connaît les compétences de son équipe. Soutien qui passe également par son investissement financier et par la souplesse dont sauront faire preuve les équipes pour permettre au candidat de s’absenter pour des stages et des formations qui viendront légitimer son expérience. Du point de vue de l’employeur, la VAE peut-être une excellente opportunité d’optimiser le temps et le coût de formation du personnel, un projet qui souligne le rôle de formateur de l’entreprise, elle-même valorisée par la reconnaissance de qualification de son personnel et sa satisfaction personnelle.

« Consolider la vie de l’équipe avec des diplômes, c’est quand même très enrichissant ! » relève Cyrille Godefroy, EJE et coordinateur petite enfance jeunesse pour une communauté de communes, cofondateur du SNPPE. L’employeur doit cependant être conscient qu’en cas de validation partielle des domaines de compétences, il doit accompagner son employé jusqu’au bout de son projet.

Être accompagné sur le fond et sur la forme

S’il est bien sur possible d’avancer seul, l’accompagnement joue un rôle fondamental dans la qualité du parcours de VAE. Un accompagnement sur le fond autant que sur la forme, pour aider le candidat à prendre du recul sur sa pratique professionnelle, à choisir les expériences qu’il va mettre en avant, à verbaliser ses idées, à mettre en lumière ses compétences, à produire un écrit qui rentre dans les « codes universitaires » et à préparer son oral. « J’ai été accompagné par le service de formation continue de l’université de Montpellier, témoigne Cyrille Godefroy. C’est super d’avoir quelqu’un qui est en dehors du métier pour son regard extérieur, et son accompagnement sur la forme car on nous demande tout de même de fournir un écrit universitaire, dans un vocabulaire adapté. Mais il me semble également important d’avoir quelqu’un du cœur du métier pour ne pas être décalé et avoir un accompagnement sur le fond. » Pour Julie Marty-Pichon, EJE et co-présidente de la FNEJE, « On aurait vraiment besoin d’un accompagnement spécifique à chaque métier, obligatoire et pris en charge, pour garantir une réflexion de qualité. Quand on voit le nombre de professionnels qui demandent de l’aide sur des groupes Facebook pour relire leurs dossiers… ce n’est pas le rôle des réseaux sociaux ! » Si le candidat peut trouver un soutien important auprès de ses collègues, il a tout intérêt à multiplier les rencontres et les échanges avec les professionnels du milieu visé « Il y a de nombreuses manières d’incarner un métier, souligne Cyrille Godefroy, c‘est toujours dommage de limiter son champ de vision ! » De plus, tout salarié peut bénéficier d’un congé de VAE de 24 heures consécutives ou non, réparties sur 6 à 8 mois, pour dégager du temps et bénéficier d’un accompagnement. Après la délibération du jury, l’organisme accompagnateur propose souvent un entretien final afin d’étudier comment faire évoluer le parcours professionnel du candidat et l’orienter vers d’autres formations afin de cibler au mieux les compétences qu’il aurait besoin de développer.

De multiples possibilités de financement

En 2018, 78% des profils ayant validé une VAE (tous secteurs d’activité) étaient des professionnels déjà en poste. Selon le statut du candidat, le financement des frais liés au parcours (information, dépôt de candidature, instruction de la recevabilité, organisation du jury) est pris en charge par l’employeur (financement de la formation professionnelle continue), la Région, Pôle emploi, ou un organisme paritaire collecteur agréé.

Il se peut cependant – selon les organismes qui délivrent le diplôme – qu’il y ait des frais de dossier et d’inscription. Seul l’accompagnement méthodologique (pour aider le candidat à constituer son dossier et à le présenter au jury), proposé par un organisme public ou un prestataire privé, est en général à la charge du candidat, mais en tant que salarié on peut obtenir sa prise en charge auprès de son employeur ou organisme paritaire collecteur agréé ; on peut également mobiliser son compte formation (CPF) ou son DIF. Les demandeurs d’emploi quant à eux peuvent faire une demande auprès de Pôle emploi et, dans certaines régions comme l’Ile-de-France, demander un chéquier VAE auprès du Conseil Régional via Pôle Emploi. Ce dispositif prend en charge certaines dépenses liées au coût de la VAE, notamment l’accompagnement (montant maximum de 700€ pour 18 heures d’accompagnement), et la formation complémentaire en cas de validation partielle.

Craintes et préjugés tenaces autour de la valeur des diplômes

Depuis sa mise en place, la VAE ouvre de nouvelles perspectives de carrière vers ces métiers de la petite enfance qui peinent à recruter. « Avec la pénurie de candidats telle que nous la connaissons aujourd’hui, souligne Cyrille Godefroy, la VAE est un précieux atout ! » Créer des passerelles entre les métiers rend la filière plus dynamique et attractive, et offre des perspectives d’évolution séduisantes. Pourtant, « c’est un système qui est méconnu et les préjugés sont tenaces sur la valeur du diplôme. Il peut y avoir beaucoup de tensions autour de ce sujet », reconnaît Aurélie Delaval (CRFPE). Certains craignent de voir les diplômes dévalorisés ou même bradés par la VAE. Julie Marty-Pichon, présidente de la FNEJE, met en garde : « Dans certaines régions, la tension est telle sur les métiers de la petite enfance et les jurys sont tellement peu nombreux qu’ils en deviennent de moins en moins exigeants, sous la pression de l’institution. ».

Pour Aurélie Delaval (CRFPE), les jurys mériteraient simplement un peu plus d’homogénéité : « Certains sont plus exigeants que d’autres selon leurs parcours professionnels. Il serait intéressant d’harmoniser l’évaluation des candidats. »

Cyrille Godefroy a pour sa part été impressionné par l’exigence de son propre parcours de VAE. « Voir concrètement ce qui est attendu en termes de dossier et d’investissement personnel m’a beaucoup rassuré, explique-t-il. Et continue : Bien que ce soit très différent des trois années de formation demandées (pour le diplôme d’EJE), cela induit une réflexion personnelle très intéressante. J’ai également été jury. Pour moi, un diplôme obtenu par voie directe et un diplôme obtenu par la VAE ont la même valeur. En recrutant, je ne vais pas vérifier d’où vient le diplôme, le choix de la personne dépend également de sa personnalité et de son parcours (…) ce n’est pas le diplôme qui fait les compétences ! ». Si la FNEJE réclame des garde-fous pour garantir la qualité des diplômes délivrés par la VAE, c’est que la législation n’a cessé d’assouplir les conditions d’accès. En 2016, la « Loi Travail » El Khomry rabaissait la durée d’activité exigée de 3 à 1 an, « que l’activité ait été exercée de façon continue ou non ». Elle prend maintenant en compte les périodes de formation initiale ou continue en milieu professionnel, alors qu’elles n’étaient auparavant comptabilisées que pour les personnes n’ayant pas atteint le niveau V de qualification pour la préparation d’un diplôme ou d’un titre. « On trouve ça un peu court ! » déplore Julie Marty-Pichon (FNEJE). « Je soutiens la VAE, maintient-elle, mais je veux juste que l’on s’assure qu’à parcours de formation différent, on arrive à un diplôme équitable ». Pour la FFEC, il n’y a pas de débat sur la question : « Il n’y a pas de sous-diplôme, s’agace Elsa Hervy. Les candidats sont challengés par un jury exigeant qui a une véritable expertise et les personnes qui accèdent à un diplôme par la VAE se questionnent probablement davantage sur leur métier que les diplômés de la formation initiale… »

Soutenir et harmoniser les jurys de VAE

Pour maintenir des parcours de VAE de qualité, les organismes certificateurs recrutent des jurys, peu nombreux dans certaines régions. « Dans les Hauts-de-France, nous n’avons qu’un jury par an, remarque Aurélie Delaval (CRFPE). Pour moi ce n’est pas suffisant. Les candidats valident rarement toute leur VAE, souvent ce sont des validations partielles. Ils doivent donc repasser devant un jury à la session suivante. Deux ou trois jurys par an éviteraient d’attendre un an ou plus pour valider sa VAE. » Être juré, c’est une expérience enrichissante pour tout professionnel de la petite enfance qui aimerait valoriser son expertise et échanger avec d’autres professionnels du secteur.

Pour rejoindre un jury, il est possible de candidater auprès d’un organisme certificateur. L’employeur est tenu d’accorder une autorisation d’absence, si elle est demandée au moins 15 jours à l’avance, avant le début de la session de validation. La rémunération sera maintenue par l’employeur qui peut en demander la prise en charge (comme les autres frais d’hébergement ou de déplacement) à l’OPCO dont il relève. Pour les travailleurs indépendants et non salariés, une indemnité forfaitaire, ainsi que le remboursement des frais de transport, d’hébergement et de restauration peuvent être pris en charge par le fonds d’assurance formation dont ils relèvent.

Nicolas, plus de 20 années au service de la petite enfance

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 22 novembre 2021

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