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Zoom sur… L’architecture des lieux d’accueil de la petite enfance
Concevoir un lieu dédié à l’accueil des tout-petits en collectivité relève de nombreux défis. Si le premier d’entre eux devrait être d’assurer le bien-être des enfants et des équipes, les gestionnaires – qu’ils soient publics ou privés – tentent d’accorder leurs exigences, avec une réglementation stricte et des procédures complexes.
Les lieux d’accueil de la petite enfance se doivent de concilier les besoins essentiels des tout-petits, le bien-être des professionnels, les réglementations propres à l’accueil des enfants et les attentes des gestionnaires. Des attentes détaillées dans le projet d’établissement, dont « les locaux et leur aménagement doivent permettre la mise en œuvre dans des conditions satisfaisantes de sécurité, d’hygiène et de confort », précise le code de la Santé Publique (article R2324-28). Intrinsèquement liés, le bâtiment devrait donc être conçu pour répondre au projet pédagogique, mais bien trop souvent, c’est le projet qui s’adapte aux contraintes imposées par les lieux.
Assurer le bien-être de l’enfant
Un EAJE a vocation à accueillir les enfants, dans le respect de leurs besoins fondamentaux et de leur bien-être. Selon le psychanalyste Donald Winnicott, pour pouvoir supporter l’absence de ses parents, un bébé a besoin de prendre appui sur des relations privilégiées, prévisibles et continues, avec des personnes connues par ses parents, dans un environnement affectif sécurisant. Et cet environnement sécurisant, on le sait, nécessite une conception architecturale spécifique, qui favorise les interactions sensorielles, pour assurer son « besoin de continuité d’existence interrelationnelle ». Un espace adapté au projet pédagogique ni trop vaste, ni trop exigu, ni trop sonore, ni trop sombre etc. ce qui respecte les normes imposées en termes d’espace, d’acoustique, de luminosité…
Clotilde Hautem, coordinatrice petite enfance de l’agglomération Seine-et-Eure, se souvient d’une magnifique crèche toute neuve dans laquelle elle avait été envoyée, pourtant mal adaptée à l’accueil des tout-petits « une immense salle de 150m² très haute de plafond très difficile à gérer, un environnement angoissant pour les tout-petits ; l’équipe a toujours été en difficulté pour gérer cette énorme pièce conçue sans consulter les professionnels de la petite enfance qui allaient l’utiliser. »
Andrea Cristiani Horner travaille, elle, sur un projet de micro-crèche depuis cinq ans. Sans même avoir de lieu, elle a choisi le cadre – un petit village de l’Isère – pour la qualité de vie qu’il offrira à son projet, proche de la nature, de l’école, des fermes environnantes, car c’est sa priorité. Elle a une idée très précise de l’espace qu’elle souhaite concevoir, au service de son projet pédagogique : la libre circulation des enfants dans un grand espace plutôt circulaire, baigné de lumière… Pour l’accueillir, elle a réussi à convaincre la mairie de rénover une grange bâtiment historique sur la place du village, dont la micro-crèche sera locataire.
Savoir tirer parti des contraintes imposées
En France, nous évoluons dans une société très normative et le secteur Petite Enfance ne fait pas exception cumulant les normes et réglementations. « Il n’y a pas plus de contraintes en petite enfance que dans d’autres domaines, relativise Christine Kalus, architecte associée DPLG du cabinet Kalus Roussel, qui travaille essentiellement sur des projets dédiés à la petite enfance. Quand vous concevez un théâtre, c’est pareil. Ce sont d’autres contraintes, d’autres enjeux et objectifs mais la complexité n’est pas moindre. » Il faut alors savoir tirer parti des contraintes imposées et se les approprier pour bâtir un projet solide. Le cabinet Kalus Roussel en a fait un atout : « les contraintes, c’est ce qui fait le matériau d’architecture. Il y en a toujours que l’on construise sur un existant ou dans un champ ! Et nous, les contraintes nous aident à faire de l’architecture différemment : on les prend comme un matériau que l’on va travailler. Et lorsqu’un maître d’ouvrage a une pédagogie particulière, cela impose des contraintes supplémentaires, et c’est ce qui nous permet d’avancer et de mieux répondre aux attentes. »
Les équipes chargées des projets immobilier de Babilou, travaillent pour leur part main dans la main avec leurs référents pédagogiques pour étudier comment tirer parti de ces contraintes imposées par les normes, afin qu’elles deviennent un vrai support de travail pour les équipes.
Cependant, Géraldine Radjeb, architecte HMONP pour l’agence Berlingot Architecture, spécialisée dans les projets petite enfance, met en garde les novices : « un certain nombre de critères pourraient en décourager plus d’un si l’on n’est pas soi-même un gestionnaire aguerri. Les normes en vigueur sont très exigeantes, se répercutent sur le coût du projet et peuvent être difficiles à assumer si l’on n’a pas les reins un peu solides. »
Architecture en petite enfance : a-t-on besoin de spécialistes ?
Par les normes qui leur sont propres, les espaces dédiés aux jeunes enfants accueillis en collectivité demandent une attention particulière de la part de l’architecte en charge du projet. Cependant, il n’y a pas de formation en architecture spécifique dédiée aux lieux d’accueil de la petite enfance. Tout architecte a les compétences nécessaires pour concevoir un EAJE. La connaissance des normes, des spécificités, des pratiques, s’acquiert avec l’expérience de terrain. « Pour moi, défend Christine Kalus, il ne faut surtout pas former les architectes avec des spécificités particulières, on n’est pas là pour ça, on doit avoir l’esprit le plus ouvert possible pour ne pas s’enfermer dans les normes. L’architecte est fait pour répondre à tous les programmes auxquels il est soumis. Pour tout projet c’est la même chose, l’architecte prend en compte les contraintes et essaie de travailler avec. La démarche est la même que ce soit la petite enfance ou un autre domaine. Un bon architecte saura s’adapter, il doit être capable de tout faire, c’est sa force ! »
De par leur expérience en la matière, d’autres s’autoproclament spécialistes de la petite enfance. Un atout non négligeable lorsqu’on connaît la complexité des projets et des attentes à concilier. Dans les plus grandes collectivités et entreprises de crèches, qui ouvrent ou rénovent chaque année de nombreuses structures, c’est une unité dédiée composée de spécialistes rodés aux pratiques et contraintes du secteur qui porte les projets, entourés d’un réseau d’experts tous corps de métiers, fins-connaisseurs de la petite enfance. Un véritable gain de temps et d’efficacité. Pour Géraldine Radjeb, qui a choisi de se spécialiser en petite-enfance par passion, « être spécialisée me donne de bons réflexes. Je sais de quoi je parle, ça me permet de gagner du temps. En travaillant avec des gestionnaires différents, je suis sur des projets aux attentes tout à fait différentes. » Sophie Leblanc, en charge des projets immobiliers chez Rigolo Comme la Vie, le reconnaît : « Je n’ai pas besoin de lancer un appel d’offre, j’ai constitué mon réseau d’experts. Tout le monde pense savoir faire une crèche en donnant un cahier des charges mais il n’y a pas que les normes. Les portes anti pince-doigt, les dortoirs ventilés naturellement, la luminosité… On est beaucoup plus expert lorsqu’on ne fait que ça ! »
Référentiel bâtimentaire, qu’est-ce qui a vraiment changé ?
Pour clarifier et définir les normes et exigences relatives aux EAJE, en matière d’hygiène, de sécurité, d’acoustique, de bâtiment, d’aération, de surface etc. un référentiel national bâtimentaire a été créé, dans le cadre de la réforme des modes d’accueil. Par l’arrêté du 31 août 2021, « un référentiel national relatif aux exigences applicables aux établissements d’accueil du jeune enfant en matière de locaux, d’aménagement et d’affichage » pose désormais un cadre à de nombreuses questions souvent litigieuses, jusqu’ici laissées à l’appréciation des PMI et gestionnaires. « Avant le référentiel, le bâtimentaire était très peu réglementé. Il fallait réussir à se mettre d’accord avec les gestionnaires en gardant comme objectif le bien-être de l’enfant. On s’appuyait sur ce qui était exigé par l’Etat pour les centres de loisirs et les normes instaurées par NAVIR, explique le Dr Bénédicte Caucat, médecin de PMI en Dordogne et co-présidente du Syndicat National des Médecins de PMI (SNMPMI). Le nouveau référentiel nous donne un cadre et nous aide à tenir certaines exigences pourtant pas toujours faciles à appliquer, car dorénavant c’est la loi. »
Le référentiel s’applique partiellement à tous les EAJE déjà en fonctionnement : 4 recommandations sont à effet immédiat, et, si elles ne sont pas déjà mises en œuvre, 19 dispositions sont à appliquer au plus tard le 1er septembre 2026. Il s’applique complètement à tout nouvel EAJE pour lequel une demande d’autorisation ou d’avis serait déposée après le 1er septembre 2022 mais ne concerne pas les MAM. « Avec ce référentiel, on a désormais des valeurs précises, explique l’architecte Géraldine Radjeb. Ce sont des contraintes logiques qui se justifient ! Mais ça ne change en rien ma façon de travailler. Je suis peut-être plus vigilante sur certaines questions, là où auparavant il pouvait y avoir des zones de flou, laissées au jugement d’une PMI ou d’une autre. » Le Dr. Bénédicte Caucat a un regret : « Certes, il y aura moins de litiges puisque maintenant tout est normé et encadré. Mais avant, la PMI exigeait des surfaces assez grandes par rapport aux recommandations que l’on avait, qui n’étaient pas encore réglementaires. Maintenant qu’il y a des minimums requis certains gestionnaires vont en profiter pour faire au plus serré ! »
Célia Catry, directrice des projets immobiliers de Babilou, ne voit pas de grand changement : « sur les aspects techniques, sécurité, luminosité, on y était déjà, on avait déjà ce niveau d’exigence qui va au-delà de la réglementation. Il faudra revoir la notion de mètres carrés entre les zones tendues et les zones non tendues, on va s’adapter mais l’impact n’est pas énorme. »
De nombreux partenaires pour concevoir un projet
Un projet de structure d’accueil fait appel aux compétences de nombreux partenaires, à leur bonne coordination, à leur capacité à prendre en compte toutes les spécificités des lieux qui leur sont confiés pour la satisfaction de tous et le bien-être des enfants. Une réussite qui résulte de la qualité des réflexions et des concertations qui seront conduites en amont. « Pourtant, explique l’architecte Christine Kalus, il est rare que les différents acteurs se rencontrent entre eux. En tant qu’architecte, on les rencontre à tour de rôle. Chacun a sa spécificité. On prend en compte l’avis de chacun puis on fait des synthèses de programmes, des synthèses de plans avec les entreprises. On est le métier qui synthétise ! »
Dans les rôles principaux, il faut compter sur :
• Le maître d’ouvrage. C’est le porteur du besoin, pour qui est réalisé le projet. Ce peut être la ville, la collectivité ou bien un gestionnaire privé.
• Le maître d’œuvre. C’est la personne physique ou morale choisie par le maître d’ouvrage pour la conduite opérationnelle des travaux. Il gère les coûts, les délais, les choix techniques conformément au programme établi mais n’effectue pas lui-même les travaux. Un rôle souvent endossé par un cabinet d’architectes et son bureau d’études techniques.
• Les professionnels de la petite enfance, une directrice et son équipe, dans le meilleur des cas déjà en place ou bien recrutées quelques mois avant l’ouverture.
• Les artisans des différents corps de métier qui vont exécuter les travaux de construction et d’aménagement de la structure.
• La Protection Maternelle Infantile, accompagne, contrôle et valide le projet en délivrant son agrément.
• La CAF apporte son soutien financier au projet, qu’il soit public ou privé. (Ndlr : pour les crèches PSU exclusivement et dans certaines conditions très précises pour les micro-crèches PAJE.)
La PMI, véritable arbitre, garant de la cohérence du projet
Accompagnement, conseil, contrôle, validation, la PMI est un partenaire central dans un projet de construction ou rénovation d’EAJE. Un rôle d’arbitre à multiples casquettes dont la disponibilité, l’implication et l’exigence varient selon les départements, l’organisation et les moyens des équipes. Des nuances qui devraient être atténuées par le référentiel national bâtimentaire destiné à homogénéiser les pratiques, même au sein des PMI.
Sur le papier, selon la réglementation en vigueur, le gestionnaire doit adresser un dossier complet de demande d’ouverture de crèche à la PMI qui est tenue de rendre dans les 3 mois, un avis final. La PMI instruit le dossier, le médecin référent donne un avis technique au Président du département, qui lui-même délivre, si tout va bien, une autorisation aux structures privées ou bien un avis pour les structures publiques.
On compte au moins une visite de contrôle et une visite finale qui valide l’ensemble de l’installation avant ouverture. Mais dans les faits, les gestionnaires sollicitent la PMI bien en amont, dès l’idée même du projet, pour, bénéficier de son accompagnement, de ses conseils et avis techniques au fil de la constitution du dossier, ou tout simplement éviter un veto au dernier moment.
Seules certaines entreprises de crèches privées, bien rodées à livrer des projets de structures « clé en main », adressent parfois à la PMI un dossier déjà complet car d’un projet de crèche à l’autre on retrouve un cahier des charges commun. En revanche, « il ne faut pas qu’il y ait de mauvaise surprise au niveau bâtimentaire, car quand tout le projet est déjà bouclé, il est plus difficile de rejeter le dossier. Le poids de la décision est plus conséquent », souligne le Dr. Bénédicte Caucat. Dans certains départements comme les Hauts-de-Seine, il n’y a plus de médecin pour diriger cette activité. Le service est organisé en « unité dédiée » au sein du Conseil départemental, composée de 7 puéricultrices en charge des projets, de l’agrément et du contrôle des crèches, en lien avec la PMI.
La CAF, un partenaire qui pourrait élargir son champ d’action
Lorsque l’entente est cordiale, la PMI travaille main dans la main avec la CAF. « En Dordogne, on tente d’avancer à la même vitesse avec la CAF pour être plus cohérents dans le suivi des projets, précise le Dr. Bénédicte Caucat. A partir du moment où les porteurs de projet ont l’accord de la CAF pour le financement, la PMI a beaucoup moins de poids pour apporter ses exigences… » Le cœur de mission de la PMI reste d’étudier en détails la corrélation du bâtiment avec le projet d’établissement et le bien-être de l’enfant. Elle est le seul acteur à faire respecter cela. C’est pour cela qu’en PMI ce sont des puéricultrices ou EJE, qui instruisent les dossiers. Pas des agents techniques du bâtiment. « Et il est essentiel que cette instruction des dossiers reste faite par des professionnels de la petite enfance, défend le Dr. Bénédicte Caucat. Si la PMI est considérée comme exigeante, il ne faut pas oublier que c’est pour le bien de l’enfant, rappelle-t-elle. La PMI fait tout de même preuve d’une grande souplesse par son appui technique, les dérogations qu’elle permet pour permettre aux gestionnaires de tenir leurs délais etc. Est-ce la PMI qui est exigeante ou l’accueil de la petite enfance qui se doit de l’être ? »
Or, le rapport Peyron sur la PMI en 2019 puis le rapport de l’IGAS en 2020 se demandaient s’il ne fallait pas confier les missions de contrôle, les autorisations d’ouverture des EAJE, les agréments à d’autres instances – comme la CAF – pour permettre aux PMI débordées de dégager du temps médical pour assurer leurs autres missions. Pour l’heure, l’idée est restée au rang d’expérimentations dans certains départements, dans le cadre de la réforme des modes d’accueil. Le SNMPMI considère que la PMI est, en l’état actuel, la seule à avoir la légitimité et la neutralité nécessaires sur les modes d’accueil. Ce n’est qu’une question de moyens et toujours de recrutement. Dans un entretien aux Pros de la petite enfance en mars 2020, Vincent Mazauric, DG de la CNAF pensait « possible à terme de reprendre les activités de la PMI en ce qui concerne les EAJE à l’exception de ce qui est strictement médical. Ce qui est médical ne pourra jamais relever la branche Famille. »
Les crèches publiques, tributaires de la loi du marché
Si les grandes villes disposent d’un pôle architecture intégré, toutes les communes n’ont pas toujours les compétences nécessaires pour mettre en œuvre ce type de projets. Cela dépend aussi d’un engagement plus ou moins fort des communes pour la petite enfance.
Pour Marine Mouysset, directrice petite enfance à Châtenay-Malabry, c’est une vraie volonté politique. « Aujourd’hui une Délégation de Service Public ou un achat de prestation chez un prestataire privé coûte moins cher à la collectivité que de mener elle-même un projet de A à Z, que ce soit sur un bâtiment neuf ou une restructuration. C’est plus simple, mais c’est la solution de facilité. Sur ma commune, c’est un choix qui est posé, on choisit de mettre l’accent sur nos propres ouvertures car on n’est pas forcément satisfaits de la qualité de l’accueil qui suivra. Mais il faut s’en donner les moyens. »
Dans le public, un projet quel qu’il soit est tenu à des procédures juridiques strictes pour choisir chaque prestataire « on va devoir mettre en place à chaque étape un principe de marché public en publiant un appel d’offre, respecter le délai imposé. Il faut ensuite analyser toutes les réponses, mobiliser une commission pour répondre à l’appel d’offre, faire une publication officielle avec tous nos critères d’évaluation des différents prestataires qui avaient répondu à l’appel d’offre (…) La dynamique est plus longue et plus complexe, il y a énormément d’interlocuteurs à coordonner, c’est un travail de fond assez conséquent mais à la fin, je considère qu’on est plus qualitatifs que le privé qui tire toujours sur la corde », explique Marine Mouysset. Pour elle, la lenteur des processus est aussi un temps de qualité, une autre dynamique qui donne le temps de murir des choix, et d’impliquer les professionnels de la petite enfance. Les directrices et équipes qui le souhaitent peuvent participer aux différents projets, donner leur avis, voir les plans, sur des projets de rénovation comme sur des projets de construction.
En janvier 2021 devant le HCFEA, Adrien Taquet, secrétaire d’Etat à l’Enfance et à la Famille, évoquait l’idée de confier à la Cnaf l’expérimentation d’une aide spécifique aux collectivités territoriales « parfois démunies lorsqu’il s’agit de créer une structure d’accueil. » Un appui technique de bout-en-bout au montage de projets de crèche, « pour aider des communes qui ne disposent pas des compétences nécessaires à faire éclore des solutions nouvelles ». Dans le cadre du Plan Rebond Petite Enfance, la Cnaf met en place un « Centre national d’appui à la petite enfance » qui proposera prochainement une offre de services relevant des grands domaines d’expertise que requiert la conduite d’un projet d’EAJE (dont le bâtimentaire), au travers de prestations de conseils, de formation et de démarche de capitalisation des bonnes pratiques. Elle est en train de constituer une équipe de cinq consultants au service des CAF et de leurs partenaires. La Cnape renforcera les compétences de la branche famille notamment par son expertise sur les volets pédagogiques, RH et bâtimentaires.
Les crèches privées, toujours plus rapides
Dans les entreprises de crèches, la création de structures est une activité à part entière. Forts de leur expérience et de leur réseau de professionnels spécialisés dans les projets petite enfance, les grands groupes ont tous des pôles dédiés aux projets immobiliers, structurés en équipes spécialisées selon leurs compétences et leur zone géographique. Un objectif ? Gagner du temps pour optimiser les coûts.
Le pôle immobilier de Babilou comporte une équipe pluridisciplinaire dédiée à la création et l’exploitation de nouvelles structures. Une équipe distincte gère les rénovations. Si le gestionnaire est maître d’ouvrage, il fait appel à des maîtres d’œuvre qui eux réalisent les structures telles que l’équipe les a conçues, déposent les autorisations administratives et font les travaux. Un service développement s’occupe de la partie recherche immobilière et du cahier des charges en amont pour identifier les besoins. L’équipe des projets immobiliers visite les locaux, juge de la faisabilité technique, puis passe en phase de conception (plans, faisabilité, budget, planning) pour concevoir la crèche avec les contraintes existantes (copropriété, urbanisme…) Chaque étape est validée par la direction de l’éducation, le pôle « pédagogie » de Babilou. Le gestionnaire avance aussi avec la PMI qui va pré-valider les plans en amont du projet. Chaque chantier dure en moyenne trois mois. Un temps record permis par la charte d’aménagement du groupe, un support qui définit les principaux éléments communs à toutes les crèches : « On a fiabilisé ce socle, pour pouvoir gagner du temps sur des éléments qui ne sont pas modulables, explique Célia Catry. Cela nous permet de ne pas réfléchir, à nouveau à chaque projet, à toute la conception. On a un process interne solide avec des outils, des méthodologies. On travaille avec des maîtres d’œuvre habitués à faire « de la crèche », en qui on a confiance. Ça nous permet aussi d’aller plus vite. 3 mois, c’est un planning optimisé, tellement préparé en amont que derrière, ça déroule ! » Depuis un an, Babilou retravaille sa charte d’aménagement avec un cabinet d’architectes pour améliorer les conditions de travail des professionnels et rester en continuité avec l’évolution de la pédagogie chez Babilou. La nouvelle mouture devrait être finalisée d’ici le mois de mars.
Rigolo Comme la Vie a également établi un cahier des charges qui reprend les grands principes de sa pédagogie « mais chaque projet fait l’attention d’un travail d’architecte bien plus poussé sur lequel on va proposer un aménagement et que l’on va soumettre à la PMI, souligne Sophie Leblanc. L’idée c’est de faire du Rigolo Comme La Vie. Mêmes composants, mêmes moyens, mêmes coûts, les codes restent les mêmes. » Le groupe fonctionne avec des prestataires extérieurs, spécialistes de la petite enfance, tant pour le côté architecture que pour l’aménagement. « Ce sont des personnes qui nous accompagnent depuis le début, qui connaissent la petite enfance, toujours bien raccordés aux normes PMI. Notre atout dans le privé ? La rapidité d’exécution ! »
Etre à l’écoute des équipes, souvent laissées de côté
Dans un nouveau projet d’EAJE, l’implication des professionnels de la petite enfance en amont et durant les travaux est essentiel. Il permet une meilleure compréhension de leurs métiers et des risques professionnels encourus. Mais ce n’est pas toujours chose facile. Dans des créations de structures, la plupart du temps les équipes sont recrutées en fin de projet, quelques mois avant l’ouverture, sans avoir pu être impliquées dans le projet, tout particulièrement dans le privé aux délais plus courts. Dans le meilleur des cas, on leur laisse le choix de l’aménagement des locaux, le mobilier ayant déjà été acheté…
« J’apprécie de travailler avec des gestionnaires qui savent de quoi ils parlent, comme les coordinatrices petite enfance, souligne Géraldine Radjeb. Mais la situation idéale, c’est quand la directrice est recrutée en amont du projet et peut participer aux échanges, en phase de détail. Si on le peut, on sollicite aussi l’équipe mais c’est assez rare. » Pour mieux prendre en compte la problématique des risques professionnels, Rigolo Comme La Vie fait appel, pour sa part, à un ergothérapeute sur toutes ses nouvelles conceptions, pour que les structures mises en place facilitent la vie aux professionnels de la petite enfance et assurent leur confort. Sollicité au premier jet des plans, il donne à nouveau un avis lorsque les plans sont arrêtés.
Mais parfois c’est la réflexion de l’équipe qui est à la base du projet. Dans le cadre de la construction d’un Pôle petite enfance qui réunira une crèche, un LEAP, un RPE et un service d’écoute psychologique, Clotilde Hautem a accompagné l’équipe de la crèche afin qu’elle puisse se projeter sur un nouveau lieu et réfléchir à un nouveau projet pédagogique : « Nous sommes allées visiter des crèches pour découvrir d’autres structures, d’autres architectures, essayer de s’ouvrir à d’autres manières de faire et se libérer des contraintes. » Aujourd’hui les plans sont faits, et ont été conçus en adéquation avec le nouveau projet pédagogique : l’équipe a choisi d’abandonner son fonctionnement par sections pour adopter le multi-âges pour les moyens et les grands, s’est passionnée pour l’itinérance ludique, a repensé l’accueil des familles dans un espace partagé… « Les pédagogies sont extrêmement dépendantes des locaux, donc quand on parle construction, on ne peut pas faire abstraction des professionnelles, de ce qu’elles souhaitent pour elles, pour les enfants, pour les familles… », conclut Clotilde Hautem.
Les crèches d’aujourd’hui sont flexibles et adaptables
L’architecture des crèches a évolué au rythme des pratiques professionnelles des équipes et des nouveaux projets. De nombreuses crèches s’équipent de salle Snoezelen très en vogue, remettent en question leur organisation par sections, ouvrent les espaces auparavant si cloisonnés. « Nos premières crèches étaient des lieux très fermés, se souvient Christine Kalus. Des pièces les unes à côté des autres avec des sections bien définies, ici les bébés, ici les moyens, ici les grands… Maintenant ça a beaucoup évolué, on est plus dans la flexibilité. (…) On a beaucoup travaillé sur des parois mobiles, sur des mobiliers mobiles qui pouvaient faire des configurations différentes. Et c’est là-dessus qu’on a parfois été trop ambitieux : il faut que ce soit simple, que ça soit pas long ni complexe à installer. » Avec l’équipe qu’elle accompagnait dans la construction de son Pôle Petite Enfance, Clotilde Hautem a voulu un espace qui ne soit pas figé, avec des cloisons mobiles pour pouvoir s’adapter, sur le long terme. « On n’a pas dit cette section-là est pour les bébés donc on ne met pas de petites toilettes par exemple. On en a mis partout parce que peut-être qu’un jour on installera les bébés ailleurs. On a essayé de penser ce lieu pour qu’il puisse évoluer dans le temps et avec les équipes qui s’y succéderont. »
Illustrations Matthieu Boz
Construire plus sain avec le label Ecolocrèche
Pour proposer des espaces plus respectueux de l’environnement, accueillir les enfants dans un bâtiment éco-conçu et adopter un projet pédagogique éco-responsable, le label Ecolo Crèche (équivalent HQE), porté par l’association Label Vie, accompagne les structures engagées dès les prémices du projet, et la rédaction du cahier des charges. En lien avec le gestionnaire et l’architecte, l’équipe vient en conseil, en fonction des besoins, sur l’éco-conception des espaces, l’orientation et l’exposition du bâtiment, mais surtout sur le choix des matériaux. « Nous proposons différents niveaux de préconisation, plus ou moins engageants, cela permet au gestionnaire et à l’architecte de trouver la solution la plus pertinente en fonction du budget, des artisans locaux etc. » précise Pauline Denis Pineau, responsable du pôle accompagnement et transition. Par la suite l’équipe de la crèche est formée aux bonnes pratiques et au management environnemental pour les mettre en œuvre au quotidien.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 14 février 2022