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Zoom sur les Lieux d’Accueil Parents-Enfants (LAEP)

Ils ont beau exister depuis plus de 40 ans, les Lieux d’Accueil Enfants-Parents, plus communément connus sous l’acronyme de LAEP, font encore souvent figure d’OVNI dans le paysage du soutien à la parentalité. Et pour cause : ces structures, au regard de leur histoire et de leur offre particulière, sont aujourd’hui encore uniques en leur genre, même si elles rencontrent les mêmes difficultés et font face aux mêmes enjeux que bien d’autres dispositifs du secteur !

1976 : le Club Parents-Enfants, pierre fondatrice des LAEP

Les LAEP ont une histoire riche, peut-être plus riche que toutes les autres structures de soutien à la parentalité en France. Ils s’inspirent, en premier lieu, d’une initiative lancée par l’Institut de Recherche Appliquée pour l’Enfant et le Couple (IRAEC) dans le 18e arrondissement de Paris au cours des années 1970 : le Club Parents-Enfants. Son objectif premier : démocratiser l’accès à la psychanalyse et permettre à des publics différents de profiter de l’expertise de ses membres. 

Pour ces initiateurs, le club repose sur deux postulats. En premier lieu, que l’enfant est un « sujet et un être de parole »[1] à part entière et qu’il doit donc être entendu pour éviter, à terme, de voir les éventuelles difficultés qu’il rencontre s’aggraver. Ensuite, que les parents et a fortiori les mères ont eux aussi besoin de soutien et d’interactions, notamment au cours des premières années de vie de l’enfant.

L’offre de cette structure passe alors par des ateliers pour enfants de 3 à 8 ans ou des entretiens individuels et s’inscrit dans un contexte social fort. Avec un isolement accru des parents et des séparations plus fréquentes, la société évolue et les parents ont besoin d’un accompagnement nouveau, lui aussi, d’autant plus qu’ils sont les premiers « gardiens » des enfants de moins de 3 ans. Le constat perdure d’ailleurs aujourd’hui avec 61% des enfants de moins de 3 ans, toujours gardés à titre principal par leurs parents (en 2013, selon la DREES).

Certes, avec le Club Parents Enfants, les chercheurs de l’IRAEC n’en sont qu’aux balbutiements des LAEP. Le club n’est pas encore cet « espace convivial qui accueille, de manière libre et sans inscription, des jeunes enfants âgés de moins de six ans accompagnés de leur(s) parent(s) ou d’un adulte référent. Cette structure, adaptée à l’accueil des jeunes enfants, [qui] constitue un espace de jeu libre pour les enfants et un lieu de parole pour les parents (…)  », comme le décrira plus tard le référentiel national des LAEP. Mais les bases sont là : le club s’inscrit dans une démarche préventive de soutien à la parentalité et d’épanouissement de l’enfant, le tout dans un cadre unique, différent.

1979 : la Maison Verte de Dolto inspire les LAEP

Mue par une ambition de prévention similaire, Françoise Dolto crée trois ans plus tard la Maison Verte, parfois considérée comme le premier LAEP. Son point de départ pour ce lieu imprégné lui aussi de l’approche psychanalytique : « l’on devait pouvoir éviter au cours des premiers mois de la vie, des souffrances inutiles venues des tensions, des angoisses inter-relationnelles venues de l’enfant (…) qui ne parle pas encore avec ses parents », expliquait-elle dans La difficulté de vivre (Ed. Gallimard).

Si ces tensions sont potentiellement nombreuses, la Maison Verte vise en filigrane un objectif : favoriser la séparation de l’enfant et des parents, notamment dans la perspective de son intégration sociale. Deux autres ambitions participent à la création de ce lieu d’accueil si particulier : rompre l’isolement des parents et permettre la socialisation des enfants dès le plus jeune âge.

Pour les réaliser, ce lieu d’accueil se veut lui aussi atypique, différent des autres dispositifs de soutien à la parentalité sur tous les plans, qu’il s’agisse des professionnels qui y travaillent (psychanalystes et éducateurs), mais aussi des conditions d’accueil des familles (l’anonymat, la participation financière, la liberté) et des pratiques des accueillants (posture distanciée, absence de jugement, changement régulier de professionnels…).

Et cette singularité va en inspirer d’autres. Au cours de la décennie suivante, 30 structures similaires à la Maison Verte voient le jour notamment grâce à une subvention de la Fondation de France. Pour le sociologue Gérard Neyrand, c’est là le point de départ des LAEP tels que certains subsistent encore aujourd’hui  : «  La réflexion conduite par Françoise Dolto a popularisé les Lieux d’Accueil Enfants-Parents et leurs versions inspirées de la psychanalyse. Certaines références comme la ligne rouge à ne pas dépasser par les enfants ou le port des tabliers pour jouer avec l’eau sont encore, dans la pratique, des interdits structurants pour les enfants, leur permettant l’intériorisation des règles et facilitant la socialisation », rappelle-t-il.

1990 : l’avènement des Maisons Ouvertes ou LAEP de quartier

Au-delà de cette approche psychanalytique, les LAEP ont une autre filiation, influencée, pour sa part, par le travail social communautaire et plus particulièrement par les Maisons Ouvertes aussi connues sous le nom de Lieux d’Accueil Enfants-Parents de quartier. Lancés, pour la plupart sous l’impulsion de la Fondation de France, du Fonds d’Action Social pour les travailleurs et de la Caisse des Dépôts et Consignation, ces LAEP de quartier s’intègrent dans une double démarche : d’un côté, déployer une offre de soutien à la parentalité dans les quartiers d’habitat social afin de permettre aux parents de trouver des solutions à leurs difficultés ponctuelles et/ou à leur isolement (toujours)  ; de l’autre, favoriser l’insertion des populations plus défavorisées.
« Les LAEP de quartier ont permis de transmettre les codes de nos institutions en mettant en place, dans les structures, des règles de vie. Ils ont assuré une continuité avec l’école en instaurant parfois des temps chant et comptines que les enfants retrouvaient dès la maternelle. Ils ont permis d’accueillir les parents dans un climat de bienveillance et de non-jugement qui a favorisé la confiance envers des institutions comme l’école. Avec ces lieux d’accueil, le message est fort : l’intégration commence dès les débuts de vie de l’enfant  », explique Françoise Neyrolles, ancienne animatrice du réseau LAEP du Val d’Oise pour la CAF. Et à l’instar des Maisons Vertes, les LAEP de quartier laissent leur marque sur les structures à venir.

1996 : le financement par les CAF et la structuration des LAEP

Club parents-enfants, Maison Verte, LAEP de quartier : après près de 20 ans d’existence, des structures de plus en plus nombreuses et face à une volonté désormais de plus en plus prégnante de promotion des LAEP (le Comité Français d’Education pour la santé publie une plaquette sur les LAEP dès 1991), ces lieux d’accueil entrent dans une nouvelle phase : celle de la reconnaissance et de l’institutionnalisation.
À en croire Gérard Neyrand, cette phase est à l’époque nécessaire : « Les LAEP se déploient originellement sur la base d’initiatives de la société civile. Pour ces structures très majoritairement associatives, il fallait assurer les coûts, notamment liés à la rémunération des intervenants, même si au départ, ceux-ci étaient essentiellement des bénévoles. Or, ces coûts ne pouvaient pas être couverts par la participation très symbolique parfois demandée aux familles. C’est pourquoi les LAEP se sont tournés vers les institutions pour des subventions. »

Cette démarche commencée avec la Fondation de France dès les années 80 se poursuit désormais avec les CAF, les départements, les communes, les FAS…
Au cours de cette période, la CNAF, les CAF et les responsables de LAEP entament une réflexion qui mène en 1996 à la création d’une ligne budgétaire nationale de la CNAF donnant accès à une prestation de service spécifique aux LAEP. Pour les structures de soutien à la parentalité, c’est une petite révolution. En effet, jusqu’ici le financement des LAEP passait par les contrats enfance-jeunesse ou des fonds locaux.
Avec la prestation de service, le financement des projets LAEP est désormais possible, dès lors qu’il respecte les critères de subventionnement. C’est là aussi une nouveauté pour ces dispositifs traditionnellement attachés à leur autonomie. La lettre circulaire n°2002-15 du 17 janvier 2002 conditionne ainsi l’attribution de la prestation de service à l’accueil d’enfants de moins de 6 ans accompagnés de leur parent ou d’un adulte référent, à une participation volontaire, anonyme et confidentielle des adultes, à l’absence de visée thérapeutique vis-à-vis de l’enfant, à la présence d’au moins deux professionnels formés à l’écoute et la posture d’accueillant, à une supervision régulière de l’équipe par un psychologue et à un service encadré par un gestionnaire, par un budget et disposant d’un local. La lettre-circulaire fixe aussi les conditions d’évaluation des structures… Autant de principes qui seront repris, plus tard, dans le référentiel national (voir ci-dessous).

1998 : la création des Réseaux d’Ecoute, d’Appui et d’Accompagnement des Parents (REAAP)

Utile, souvent vue comme nécessaire, l’institutionnalisation des LAEP au cours des années 1990 ne se fait pas sans tensions. Certes, les subventions permettent la pérennisation des dispositifs, mais elles génèrent aussi des difficultés de plusieurs ordres.
D’abord, la reconnaissance de l’utilité sociale des LAEP mène parfois les CAF ou les PMI à se positionner en tant que gestionnaires. Si ce mode de fonctionnement est minoritaire, il est perçu comme mettant à mal certains principes fondamentaux des LAEP. Ainsi, comment garantir l’anonymat des familles quand elles sont accueillies au LAEP de la PMI, qui a justement vocation à contrôler les familles ?

Ensuite, le subventionnement des LAEP induit aussi leur évaluation et notamment des retours (quantitatifs) sur la fréquentation des lieux. « Il y a alors eu un décalage entre la logique institutionnelle managériale néo-libérale des CAF et la logique psycho-sociale de ces structures », rappelle Gérard Neyrand, précisant que le financement des LAEP a forcé tout un questionnement éthique des structures.

La création des Réseaux d’Ecoute, d’Appui et d’Accompagnement des Parents (REAAP) en 1998 s’est d’ailleurs inscrite dans ce climat de tensions, ou du moins d’interrogations. Pourtant, les REAAP, créés à la suite de la conférence de la famille de 1998, prévoyaient, dans leur charte « la mise à disposition pour les parents de moyens leur permettant d’assumer pleinement leur rôle éducatif ». Quoi de mieux, en la matière, que le LAEP ? En réalité, « non seulement la mise en réseau des pratiques associatives et institutionnelles a été très inégale selon les départements (les réseaux étant créés parfois seulement 10 ans plus tard), mais avec les REAAP, le soutien à la parentalité est devenu une priorité », continue Gérard Neyrand.
Résultat : « cela a repositionné les LAEP autour de la parentalité, alors qu’à l’origine ces lieux d’accueil avaient pour objectif principal de favoriser la prévention et la socialisation des enfants », continue-t-il. On pourrait y voir une subtilité, mais en réalité avec les REAAP, les LAEP s’institutionnalisent un peu plus et voient leur orientation évoluer sous l’impulsion des acteurs publics, ce qui n’est pas toujours au goût de ces structures, souvent (parfois farouchement) attachées à leur autonomie.

1999-2015 : la pérennisation des LAEP

Pour autant, le développement des LAEP continue tout au long des années 2000, leur nombre passant notamment de 840 lieux d’accueil en 2007 à 1225 en 2012.
L’impulsion première revient à la Branche Famille. La Convention d’Objectifs et de Gestion (COG) signée entre la CNAF et l’Etat en 2009 définit alors l’appui à la parentalité comme une priorité d’action en se fixant pour mission de « soutenir la fonction parentale et de faciliter les relations parents-enfants » via différents dispositifs : les REAAP, les CLAS, la médiation familiale, et évidemment les LAEP.
Puis, plus précisément, dans le cadre de la COG 2013-2017, la CNAF s’engage à mettre « tout en œuvre pour poursuivre le développement des Lieux d’Accueil Enfants Parents (LAEP) en accentuant leur maillage territorial tout en améliorant la qualité du service rendu aux familles », lit-on dans la circulaire 2015-11 du 13 mai 2015 sur le financement des LAEP par la Branche Famille. En effet, malgré le déploiement des LAEP, leur couverture territoriale n’est, à l’époque déjà, pas suffisante (voir p 32). La COG 2013-2017 vise donc un développement volontariste des LAEP à raison d’un lieu d’accueil pour 3500 enfants de 0 à 5 ans.

1999-2015 : la montée en puissance des collectivités !

Autre signe que LAEP s’établissent : l’évolution de leur gestion. D’une gestion essentiellement associative à leur création, les LAEP évoluent très progressivement vers une gouvernance par les collectivités. Une tendance qui persiste aujourd’hui, comme en attestent les chiffres de la CNAF : la gestion des LAEP se partage désormais à parts égales ou presque entre associations (45 % des gestionnaires en 2017) et collectivités territoriales (46 % en 2017). Les CCAS, les CAF et les établissements publics d’administration sont eux aussi partie prenante dans la gouvernance des LAEP, en représentent respectivement 7 et 2 % des opérateurs. Pour Pauline Domingo, directrice du département enfance, jeunesse, parentalité de la CNAF, le phénomène est sans équivoque : « les collectivités qui ont mis en place une vraie politique de développement des services aux familles et de soutien à la parentalité ont aussi très souvent pris en gestion des LAEP, qu’elles ont associé par exemple aux Relais Petite Enfance qu’elles avaient aussi en gestion directe », explique-t-elle tout en soulignant qu’il ne s’agit que d’une partie des collectivités.
Pour les représentants des collectivités, ce glissement est une bonne chose  : « L’activité d’un LAEP peut être fragile et il arrive que certains LAEP associatifs soient à la limite de la solvabilité en fin d’année faute de recettes », explique Ewa Labus, directrice de la petite enfance de la ville de Rueil-Malmaison (92), qui avec l’adjointe petite enfance de la commune, Rita Demblon-Pollet, prend la parole pour l’AMF. « Le portage des LAEP par les communes ou l’intercommunalité leur permet de pérenniser leur activité car elle s’inscrit dans une politique globale », précise-t-elle. Une pérennisation des dispositifs donc, qui nécessitait, au long cours, la création d’un cadre structurant pour les LAEP.

2015 : un référentiel pour donner un cadre structurant aux LAEP

À cette fin, un référentiel des Lieux d’Accueil Parents-Enfants est créé en 2015. Son objectif  : définir les modalités d’attribution de la prestation de service LAEP et préciser les conditions de fonctionnement et d’encadrement des LAEP.

Côté financement, les projets de Lieu d’Accueil Parents-Enfants doivent désormais répondre aux principes selon lesquels…
• l’accueil de l’enfant s’effectue en présence d’au moins un de ses parents ou d’un adulte référent,
• Le LAEP « ne constitue pas un lieu d’animation », les jeux et activités étant des supports pour favoriser la relation entre adultes et enfants,
• La participation est basée sur le volontariat, l’anonymat et la confidentialité. Ainsi, chaque famille est libre de se rendre au LAEP sans inscription, à son rythme. Anonymat oblige, les données individuelles des familles ne peuvent être exploitées et les accueillants « sont tenus à une obligation de discrétion et de confidentialité »,
• L’accès au LAEP est gratuit ou soumis à une participation modique des familles,
• Les accueillants n’ont pas de fonctions d’expertise ou de conseils. Ils sont simplement dans l’écoute et l’observation de l’enfant et des parents, œuvrent à favoriser les interactions et la relation parents-enfants.

Structurant, clair, le référentiel n’en reste pas moins souple. C’est probablement là la plus grande force de ce texte qui devrait être amené à évoluer dans les mois à venir : il permet de s’adapter à la singularité de chaque lieu et de chaque équipe. Un impératif, car comme aiment à le rappeler de nombreux professionnels : il y a autant de LAEP que de territoires et de familles.
En effet, « chaque LAEP naît d’un point de vue, de la manière qu’a l’équipe d’accueillants en place de penser le lieu dans le cadre des lignes directrices du référentiel », explique Anne Unterreiner, sociologue à la CNAF tout en précisant « chaque équipe va avoir sa propre interprétation de la non-obligation d’inscription, de la neutralité ou de l’anonymat  ». Et de citer quelques exemples simples : pour certaines équipes, l’anonymat implique qu’aucune information sur le parent ne soit partagée. Pour d’autres, on mentionnera sur un panneau à l’entrée du lieu, avec le prénom de l’enfant présent, celui de son accompagnant, etc. Dans certains LAEP, le smartphone est autorisé, car pour les équipes, la structure est avant tout un lieu de répit pour le parent. Pour d’autres, il doit être interdit car il porte atteinte à la construction du lien parents-enfants. Le cadre est donc là, mais l’essence du lieu, elle, vient de l’équipe.

Les LAEP : des structures singulières

Une singularité encadrée… On pourrait peut-être résumer ainsi les Lieux d’Accueil Parents Enfants s’il fallait le faire en deux mots. « Ni garderie, ni lieu de thérapie, ni lieu de contrôle comme les PMI, les LAEP sont des espaces tiers offrant des ressources uniques en leur genre pour les enfants âgés de 0 à 6 ans (voire parfois trois). Ils sont un lieu entre la vie familiale et la société, entre l’intime et le social », explique Françoise Neyrolles.
Cette singularité (et ces principes), les LAEP les doivent à la fois à leur histoire imprégnée de psychanalyse et de travail social ; à leur gouvernance tour à tour associative ou portée par les collectivités, voire les institutions ; à leur conventionnement ou non ; à leur ancrage sur le territoire ; à la flexibilité de leur organisation (multi-sites ou site unique) ; à leur public et sa culture. Mais aussi et surtout à leur équipe qui réinterprète en permanence le cadre du LAEP au regard de l’évolution de la société et de la mission de socialisation des enfants, de soutien à la fonction parentale et
d’appui à l’épanouissement des parents qu’est celle du LAEP. Résultat : les LAEP sont les dispositifs les plus adaptés à soutenir les nouvelles parentalités, comme le rappelle Gérard Neyrand.
« Quand les LAEP se sont implantés, il y a plus de 30 ans, dans des quartiers à forte population étrangère et ont un temps été considérés comme des dispositifs réservés aux femmes, ce sont les accueillants qui sont intervenus pour rappeler l’éthique des lieux et la liberté de fréquentation. Aujourd’hui, l’intégration des familles monoparentales ou homoparentales, voire simplement des pères dans les dispositifs repose aussi sur leur travail de réflexion. C’est la neutralité des équipes face à ces nouvelles modalités familiales qui favorise leur accueil par tous ».

LAEP : où en est-on aujourd’hui ?

L’heure est toujours au déploiement et au renforcement du maillage territorial, comme en attestent les chiffres de la CNAF. Si le territoire compte 1586 LAEP bénéficiant de la prestation de service en 2017, ils sont 1775 en 2021, en progression de 12 % sur la seule période de 2017 à 2021. En 2021, on compte ainsi un LAEP pour 2500 enfants de moins de 6 ans.
Mais cette progression du nombre de structures n’est pas suffisante au regard des objectifs fixés à la CNAF. Preuve en est : la COG 2018-2022 prévoyait la création de 500 nouveaux LAEP sur ladite période. En réalité, entre 2017 et 2021, seuls 189 nouveaux LAEP ont vu le jour. À quelques encablures de la fin de la COG, cet objectif n’est donc atteint qu’à 37,8  %. Et à Pauline Domingo d’avancer quelques explications : « des collectivités difficiles à convaincre, des freins financiers, des pénuries de personnel, une COG marquée par deux ans de COVID pendant lesquelles la préoccupation n’a clairement pas été de créer des LAEP, mais de savoir si on maintenait les dispositifs existants ouverts. »

La Branche Famille : premier investisseur des LAEP

Dans ce contexte, la Branche Famille joue clairement un rôle plus déterminant que jamais pour assurer le financement et la pérennité des LAEP. « Les CAF ont financé les LAEP à hauteur de 17,1 millions d’euros en 2021 », rappelle Pauline Domingo. Ce chiffre est lui aussi en progression constante (12,6 millions d’euros investis en 2017, 15,6 millions en 2020), tout comme le budget total dédié aux LAEP, qui a augmenté de 35  % entre 2017 et 2021.
Plus précisément, le coût moyen d’un LAEP ouvert deux séances par semaine est d’environ 30 000 euros par an, couvert à 46 % par les CAF. L’aide la plus significative : la fameuse prestation de service. « La prestation de service couvre 30 % du prix de revient horaire de la structure, avec évidemment un plafond », rappelle-t-elle. Et de préciser qu’en complément, les LAEP peuvent toucher un bonus territoire LAEP qui prend le relais des contrats enfance-jeunesse et représente environ 18  % du prix de revient de ces structures.
Ce bonus est conditionné au fait que le LAEP est co-financé par une collectivité territoriale signataire d’une Convention Territoriale Globale (CTG). Dès lors :
• pour les LAEP existant déjà lors des contrats enfance-jeunesse, le bonus reprend les montants préalables.
• pour les nouveaux LAEP, le complément de financement est de 20 euros / heure.

Enfin, une partie du coût peut être pris en charge par les fonds locaux des CAF. Pour Françoise Neyrolles, ces fonds propres sont parfois loin d’être négligeables  : « Chaque CAF décide comment attribuer ces fonds. Certaines le font à la création du LAEP pour permettre l’achat de matériel ou de mobilier quand la structure l’exige  ; d’autres (beaucoup plus rares) vont privilégier la prise en charge du fonctionnement du LAEP. Enfin, ces fonds peuvent être alloués, et c’est très fréquent, à la formation des accueillants, ou exceptionnellement aux associations en tant que prestation de dédommagement d’adhésion (la CAF couvre les frais d’adhésion à l’association pour permettre au public d’être accueilli au LAEP gratuitement, ndlr.) ».

Quant aux coûts restants, ils sont principalement pris en charge par les communes et l’intercommunalité. Ils sont généralement comptabilisés dans les charges de la collectivité si le personnel est mis à disposition du LAEP. Il peut aussi s’agir d’une subvention de l’association à l’association gestionnaire. À noter : dans une moindre mesure, un financement complémentaire peut être prévu par le Conseil départemental ou la Mutualité Sociale Agricole (MSA) dans les territoires ruraux.

Un modèle économique qui a des limites !

Bien établi, le co-financement n’en reste pas moins le nœud gordien des LAEP tant les difficultés à le mettre en place fragilisent leur modèle économique déjà bien précaire. Pourquoi ? Avant tout, «  parce qu’il manque des co-financeurs », soutient Pauline Domingo. Ensuite parce que bon nombre de ces lieux d’accueil fonctionnaient ou fonctionnent encore avec une mise à disposition de personnels par les institutions ou la collectivité. Ainsi, l’accueillant en LAEP peut aussi souvent être un EJE travaillant en crèche, un animateur de RPE ou un employé de PMI ou du périscolaire, détaché pour quelques heures auprès du LAEP. Or dans un contexte de pénurie de personnels, cette pratique devient plus difficile, ce qui fragilise le modèle des LAEP et leur capacité d’ouverture car ces lieux d’accueil ont rarement les moyens de recruter du personnel en propre.
Pour les réseaux associatifs, l’heure n’est, sur ce point, pas à l’optimisme… Et c’est là un euphémisme : certes, « les difficultés des LAEP s’inscrivent dans un contexte global de crise du travail social et des professions liées aux femmes, mais il ne faut pas oublier que les collectivités locales sont submergées par d’autres problématiques et que le secteur du soutien à la parentalité est souvent la dernière roue du carrosse, quand il en reste une ! » martèle Richard Sancho Andreo, président de l’association Le Furet, qui déplore le manque de volonté politique en la matière.
Côté collectivités, on tempère, évidemment ! À une époque où les budgets sont de plus en plus limités et les charges des collectivités toujours plus importantes, peut-être faudrait-il repenser le système, faire en sorte que le modèle des LAEP « qui date un peu » s’adapte à son temps. Pour Ewa Labus, il pourrait être intéressant de s’aventurer sur des terrains inexplorés : « Pourquoi ne pas réfléchir au rôle que pourraient jouer les grandes entreprises en s’inscrivant dans une démarche mécénale avec les LAEP, par exemple  ?  » Et de citer en exemple le rôle joué par lesdites entreprises dans la création de crèches privées, car cela abondait dans le sens de la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle qui leur est chère. Sur l’évolution du co-financement, la question reste donc largement ouverte, d’autant plus en cette période clé de négociations partenariales. Côté CNAF, on botte d’ailleurs en touche : ces questions seront abordées dans le cadre de la négociation de la prochaine COG, « mais le portage des LAEP dans le cadre du service public de la petite enfance constitue une opportunité pour améliorer le maillage territorial et le financement de ces lieux d’accueils ’hybrides’ », précise Pauline Domingo sur une note positive.

La participation des familles : une idée qui a vécu ?

Face à ces difficultés de financement, certains LAEP (15 %, selon la CNAF) ont opté pour une piste alternative et entrepris de faire participer financièrement les familles. Si la pratique remonte aux années 1970, elle fait toujours débat ! En effet, l’un des principes fondamentaux des LAEP est la gratuité, même si historiquement, les lieux d’accueil type Maison Verte imposent une contribution aux familles, obédience psychanalytique oblige.
Pour l’heure, le référentiel permet donc un compromis, en stipulant dans son article 2 que « la gratuité ou une participation modique est retenue. La fréquentation d’un LAEP ne peut être conditionnée par l’exigence d’un paiement ». Pourtant, la gratuité pourrait bien, à termes, devenir la règle comme le rappelle Pauline Domingo : « Dans le précédent référentiel des espaces rencontres, la rédaction était similaire (à celle du référentiel LAEP, ndlr.). Et dans le nouveau référentiel, on a imposé la gratuité. Dans le cadre d’une révision du référentiel des LAEP, la question de la gratuité systématique pourrait être instruite », continue-t-elle.
On peut aussi comme le dit Françoise Neyrolles, « gratter les fonds du terroir » pour obtenir des financements complémentaires. Et se tourner vers des fonds spécifiques dans les domaines de la lutte contre la pauvreté, pour le soutien des personnes handicapées, pour les quartiers s’inscrivant dans la politique de la ville, pour le développement durable ou en soutien à certaines innovations territoriales peuvent participer au financement des LAEP, sans leur être spécifiquement dédiés. « Un Laep ayant des horaires atypiques, ou un projet spécifique innovant, ayant une forte composante écologique peut bénéficier de ce type d’aides, à condition de prendre ces spécificités en compte dès la phase de réflexion du projet et d’être accompagné par un conseiller CAF connaissant ces dispositifs », précise Françoise Neyrolles avant de rappeler qu’il faut, à cette fin, « plus de ressources, mais aussi une vraie volonté de s’occuper des LAEP »… À bon entendeur !

Une couverture territoriale (toujours) insuffisante

Malgré toutes ces pistes et le réel soutien dont bénéficient les LAEP, un autre écueil subsiste : la couverture territoriale de ces lieux d’accueil. Ainsi, selon la CNAF, en 2019, la moitié des Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI) ne sont pas couverts par un LAEP au moins. Dans la même lignée, la répartition des LAEP entre les départements est très inégale : en 2019, 26 départements (Le Val d’Oise et le Nord en tête) concentrent près de 60 % des LAEP. Et dans les deux cas, les parents pauvres des LAEP sont les territoires ruraux.
En cause, plusieurs facteurs. D’abord, la présence limitée de familles sur certains territoires en raison du vieillissement de la population. Or qui dit population âgée, dit forcément intérêt limité du LAEP !
Ensuite, les modes de vie en milieu rural : il semble ainsi toujours plus simple (et pertinent) d’ouvrir un LAEP là où sont organisées les offres de services aux familles, à savoir dans les villes principales des départements ruraux, que dans d’autres communes où les familles n’ont pas leurs habitudes. Enfin, la difficulté de recrutement et le manque d’intérêt ou du moins de financement par certaines collectivités territoriales n’abondent pas non plus dans le sens des LAEP.
Résultat : une partie de la population reste, pour l’heure, toujours privée de cette offre de soutien à la parentalité. Pour y remédier, la CNAF a déployé, de son côté, un accompagnement personnalisé de la quinzaine de CAF dont les départements étaient les moins dotés en LAEP pour les former (via une formation spécifique LAEP, proposée depuis 2022 au personnel des CAF concerné, notamment) et les aider à lever les freins sur leurs territoires. Au-delà des facteurs financiers, « il y a aussi des freins d’information, de connaissance, de convictions. Quand les élus ne connaissent pas les LAEP, il est important que les CAF aient les éléments de langage pour expliquer la plus-value de ces lieux pour les enfants comme pour leurs parents  », rappelle Pauline Domingo.

Adapter les LAEP pour toucher toutes les familles

Sur le terrain, les parties prenantes aux LAEP ont déployé différentes solutions, dont l’itinérance, un « classique » qui a porté ses fruits (ou du moins quelques-uns) dans d’autres structures de la petite enfance ou de soutien à la parentalité comme les RPE (voir Lettre Hebdo, n° 54). Déployer l’itinérance, certes, mais pas n’importe comment ! En effet, « l’itinérance peut représenter un surcoût non négligeable en termes de déplacements des professionnels, d’entretien des véhicules, etc. », rappelle Claire Gougeon, chargée de mission parentalité et LAEP à l’ACEPP. « Or, ces contraintes sont souvent particulièrement lourdes pour des structures – souvent associatives – qui ont une amplitude horaire limitée, surtout dans les territoires ruraux », continue-t-elle.
Pour prendre en compte cette spécificité, la circulaire 2015-11 du 13 mai 2015 définit l’itinérance dans une acception large du terme. Le LAEP « est défini comme itinérant lorsqu’il fonctionne sur la base (…) de plusieurs lieux d’implantation, mais sans que les temps d’ouverture au public soient simultanés. »

Pas une, mais des itinérances !

Avec les LAEP, l’itinérance prend donc différents visages (délocalisation de l’équipe du LAEP dans les locaux d’autres structures accueillant des enfants, déplacement des professionnelles avec leur matériel, etc.), comme en atteste l’expérience de la Communauté de Communes du Clermontais. « Dans le cadre de l’intercommunalité, le projet de LAEP est né de besoins clairement identifiés sur le territoire : l’isolement des familles en zone rurale, le nombre important de familles monoparentales, les difficultés de socialisation des nouveaux arrivants, le manque de mobilité au sein de foyers dépendant des transports, une intercommunalité voisine dans laquelle les LAEP étaient déjà congestionnés… L’itinérance s’est imposée comme le meilleur moyen de toucher certains publics cibles », explique Kathy Nolet, responsable Petite Enfance de l’intercommunalité, rappelant qu’au lancement de ce Projet Éducatif Global de Territoire (PEGT) seul un LAEP associatif existait sur le territoire.
L’intercommunalité a donc déployé deux projets : un LAEP itinérant via un car podium appelé à transiter dans les mois à venir entre les différentes communes du territoire et depuis 2020, L’arbre à Bulles, un LAEP dont les accueillantes sont itinérantes entre quatre communes de tailles variées de l’intercommunalité pour favoriser le maillage territorial. Trois matinées par semaine, elles installent le LAEP dans des locaux appartenant aux communes ou faisant l’objet d’une convention de prêt (salle des fêtes, etc.). « Cela représente un gros travail avec les professionnelles notamment en termes d’aménagement des salles car aucune installation ne peut être dupliquée à l’identique, mais c’était la meilleure solution pour que les familles puissent venir au LAEP à pied », continue-t-elle.
Et les initiatives de cette intercommunalité sont loin d’être isolées. Selon la CNAF, en 2018, 28 % des LAEP sont itinérants, contre 72 % qui sont fixes. Parmi eux, 10% ont des antennes en plus du lieu principal. Reste que malgré ce concept flexible d’itinérance, le maillage territorial des LAEP peut toujours être amélioré. Et surtout, l’itinérance ne garantit pas la fréquentation.

Pas de LAEP sans fréquentation des familles !

La fréquentation est pourtant un facteur essentiel au maintien des subventions des LAEP et donc de leur activité. Quand le projet de fonctionnement du LAEP est financé par la Branche Famille, une convention est signée entre le gestionnaire et la Caf pour quatre ans. Un bilan quantitatif et qualitatif est alors à fournir annuellement. Et parmi ces données quantitatives, il y a la fréquentation… qui, comme bien des professionnelles de terrain le savent, n’est pas toujours acquise.
La question se pose évidemment de manière plus importante en milieu rural, comme le rappelle Stéphanie Boutin, animatrice parentalité au centre social Arc-en-Ciel, membre du réseau Familles Rurales. À Colombey les Belles (54) où est implanté le centre, plusieurs LAEP ont été déployés depuis les années 2000 pour assurer le maillage territorial. Plus particulièrement, la communauté de communes a identifié après diagnostic deux secteurs insuffisamment couverts par les dispositifs d’accompagnement à la parentalité et a donc créé deux LAEP, un au Nord et un au Sud du territoire. Or faute de fréquentation, « le comité de pilotage et les financeurs ont mis le LAEP du sud en sommeil. L’implantation semblait pertinente, mais très peu de familles sont venues », explique-t-elle se rappelant de séances qui n’ont accueilli qu’une voire aucune famille.
Comment analyser cet échec ? Différents facteurs semblent entrer en jeu à commencer par la fluctuation du nombre de naissances ou la spécificité des publics cibles et des territoires. « La fréquentation des LAEP est fortement conditionnée par l’anonymat des familles. Or maintenir cet anonymat en zone rural est extrêmement compliqué car tout le monde se connaît. (…) Nous avons aussi du mal à mobiliser car certaines familles ont peur du regard de l’autre, appréhendent un jugement dévalorisant de leurs compétences de parents. Sans oublier que, de manière globale, les familles les plus vulnérables voient en le LAEP, un lieu de surveillance institutionnalisé », décrypte la professionnelle tout en soulignant l’importance de rappeler – et de respecter constamment – les fondamentaux du LAEP : l’anonymat, la liberté, le non-jugement…

Mais la question de la fréquentation ne se limite pas aux LAEP ruraux. Si globalement, dans les zones urbaines, les LAEP sont plutôt pris d’assaut, les familles sont parfois aussi inscrites aux abonnés absents, notamment depuis la crise sanitaire. Florence Jaskierowicz, Présidente du Jardin de Roos, LAEP de type Maison Verte implantée dans le 20e arrondissement de Paris depuis 12 ans, a remarqué à quel point la fréquentation est une variable fragile soumise à la conjoncture, et plus largement à l’évolution de la société  : « Avant la Covid, nous accueillions environ 2000 familles par an, l’après-midi. Mais avec les confinements, les habitudes ont changé : les familles se retrouvent plus à l’extérieur, notamment dans les parcs. Sans compter les nombreux parisiens qui ont désormais quitté la ville. Nous n’avons jamais retrouvé notre niveau de fréquentation pré-crise. »
Des pistes de solutions pour que les LAEP concernés gagnent en popularité ? Pour les professionnels, le principal effort doit passer par la sensibilisation des publics cibles, qui connaissent finalement trop peu ces structures, à travers la communication certes, mais aussi les synergies entre structures et services de la petite enfance et/ou du soutien à la parentalité. Et c’est là que les réseaux et les partenariats entrent en scène.

Un travail partenarial existant

Dans les conditions de fonctionnement et d’encadrement des LAEP, le référentiel national précise bien « qu’un projet de LAEP ne peut se concevoir qu’au moyen d’un partenariat actif entre les différents acteurs du territoire, notamment la PMI, les communes et intercommunalités, les équipements d’accueil du jeune enfant, les RAM (anciens RPE, ndlr.), etc ». Les objectifs de ce travail en partenariat et/ou en réseau sont de trois ordres :

1. partager un diagnostic, suivre et faire connaître l’activité des LAEP et en dresser le bilan,
2. Organiser l’échange sur les pratiques et outils professionnels pour éviter l’isolement des accueillants,
3. Mutualiser dans la mesure du possible les séances d’analyse et de la pratique ou de supervision et/ ou l’organisation de sessions de formations.

Soit mener une réflexion commune, trouver des synergies, jouer sur la complémentarité des services et des structures. Cette démarche est d’ailleurs favorisée par l’organisation des LAEP sur le terrain. Ainsi, 84 % de leurs locaux sont, en 2018, mutualisés avec d’autres services comme le RPE, un EAJE, un centre de loisirs ou social… Si partager un local ne veut pas nécessairement dire travailler ensemble, la proximité et la mise à disposition fréquente de
professionnels par les collectivités favorisent aussi souvent l’approche partenariale. Les exemples sur le terrain sont nombreux : permettre aux parents fréquentant le LAEP de profiter d’événements organisés par le café des parents voisins, engager les familles participant au centre social avec leurs aînés de venir au LAEP avec les plus jeunes, mutualiser des actions entre structures partenaires du REAAP quand il existe….

Autant de pistes à creuser, d’autant plus que développement d’actions ou d’activités complémentaires est encadré (et encouragé) par le référentiel qui précise toutefois qu’elles « doivent se dérouler en dehors du temps d’ouverture du LAEP et n’ouvre pas droit à la prestation de service »… qui pourrait aller plus loin !

Certes, cette démarche partenariale est aujourd’hui utile pour faire vivre ces dispositifs de soutien à la parentalité en termes d’offre, de fréquentation et pour rompre l’isolement des LAEP, mais elle semble, pour certains, manquer de vision. « Il faut cesser d’enfermer les problématiques de parentalité dans des cases et les repenser dans un prisme plus large, avec un vrai décloisonnement des dispositifs et des politiques publiques », insiste Isabelle Montforte, directrice de l’animation des secteurs et des programmes de la Fédération Générale des PEP, citant notamment l’éducation, le handicap ou la pauvreté. Même écho du côté de l’ACEPP qui voit clairement plus grand pour les LAEP : « il faut voir les LAEP en fonction de leur complémentarité avec les autres secteurs, les intégrer dans un projet global d’accompagnement des parents sur le territoire », complète Claire Gougeon.
Des premières initiatives (timides) semblent déjà aller dans ce sens, comme c’est le cas avec la Villa Familia de Rueil Malmaison (92), même si son offre de services reste axée sur le soutien à la parentalité.
Dans cette structure un peu à part, le LAEP, la ludothèque, les ateliers pour enfants sont mis à disposition des familles contre une participation financière minime. Mais au-delà de l’accueil des familles, la Villa est aussi un lieu de médiation familiale et de psychothérapie. « Quand des problématiques familiales sont identifiées dans le cadre du LAEP ou de la ludothèque, la famille peut se voir proposer un temps d’écoute avant d’entamer une thérapie. Comme la famille connaît déjà les lieux, elle échappe à la stigmatisation qui peut venir avec la consultation et l’anonymat est respecté », décrit Rita Demblon-Pollet. Reste alors l’épineuse question des limites du LAEP : peut-on encore être dans une approche distanciée en orientant les familles  ? Et dès lors le LAEP est-il encore fidèle à ses principes fondateurs ? En tout cas, la Villa Familia incarne bien les questionnements autour de l’envie d’évolution, d’adaptation que portent parfois les professionnels de ces structures.

Et les professionnels dans tout cela ?

Les accueillants des LAEP sont à l’image des structures dans lesquelles ils évoluent : ils sont singuliers. Professionnels (à hauteur de 75 % en 2018 selon la CNAF) ou bénévoles (16%), ils viennent d’horizons divers mais ont en commun des compétences liées à l’accueil des enfants de moins de 7 ans.
C’est là aussi une des évolutions des LAEP : là où l’approche historique, qu’elle soit psychanalytique ou de travail social communautaire, induisait certains profils d’accueillants (psychologues, psychanalystes, travailleurs sociaux), aujourd’hui, les personnels des LAEP sont avant tout des EJE ou des professionnels de l’animation.
Mais là encore, ce panorama général évolue au gré des dispositifs et de leur projet. Un exemple, au jardin de Roos, les accueillants sont tous bénévoles et psychologues (dans différentes spécialités), psychanalystes ou ayant suivi une analyse. « Ce recrutement est vraiment le reflet de notre approche », explique Florence Jaskierowicz. « Grâce à leur expérience, les accueillants ont une présence différente dans le LAEP : ils écoutent, ne donnent pas de conseils, essayent d’aller plus loin notamment grâce aux associations d’idées que l’on retrouve en analyse. Ce n’est ni mieux, ni moins bien que la pratique que pourrait avoir une EJE. C’est simplement notre spécificité. »

Une richesse de profils à l’épreuve de la crise

Si la diversité des profils des accueillants en LAEP est une richesse, le référentiel national est présent, côté professionnels aussi, pour cadrer (a minima) les pratiques d’accueil des publics. Il stipule ainsi qu’ « à chaque séance, au moins deux accueillants doivent obligatoirement être présents  », que ces derniers sont « formés à l’écoute et à la posture d’accueillant en LAEP  » et font preuve de neutralité en adoptant « une attitude discrète, compréhensive, une absence de jugement et de questions intrusives », qu’ils bénéficient d’analyse de la pratique et/ou d’une supervision (8 heures par accueillant et par an minimum) menées par des intervenants extérieurs à la structure.

Tous ces principes sont essentiels pour garantir la singularité et la mission originelle de ces dispositifs, comme le rappelle Anne Unterreiner  : « le LAEP est à la fois un lieu qui accueille de jeunes enfants ET un dispositif de soutien à la parentalité. On n’y accueille pas seulement l’enfant, mais des binômes parents-enfants avec leurs spécificités. La posture de l’accueillant est donc forcément différente de celle du professionnel qui exerce en crèche : elle est plus en retrait, et plus distanciée de ces propres normes et valeur ».
Ce sont ainsi les formations, les analyses de la pratique et les temps de supervision (respectivement des temps de réflexion collectifs et individuels), mais aussi de manière plus informelle, les réunions d’équipe et les séances de débriefing qui vont permettre aux accueillants de garder un double cap : celui du LAEP (respect du projet initial, adaptation aux particularités du territoire et de ses populations), mais aussi le leur en tant que professionnel, a fortiori quand ils ont plusieurs casquettes !
« La formation initiale des accueillants vient toujours nourrir l’accueil en LAEP, apporter une multiplicité des regards sur le jeune enfant et la relation parent-enfant qui est intéressant, mais une professionnelle détachée d’une structure (crèche, centre social, etc.) change de posture quand elle est accueillante au LAEP », conclut-elle. Des problématiques qui seront forcément amenées à monter en puissance a u regard de la pénurie des personnels et de la crise du secteur de la petite enfance, même si les LAEP ont un garde-fou supplémentaire en la matière, avec un recours possible aux bénévoles… Mais encore faut-il pouvoir en trouver !

Se fédérer contre l’isolement

Autre bémol côté pros : le grand isolement de certaines structures associatives, pour lesquelles tout ce travail d’échange et réflexion devient extrêmement complexe. Si Stéphanie Boutin s’en sent plutôt préservée au quotidien, elle observe régulièrement sur son territoire une forme de solitude et le découragement qui en découle chez les professionnels.
Les réseaux associatifs – ou de la CAF d’ailleurs – sont alors souvent le meilleur recours pour ces accueillants qui ont la sensation de travailler dans leur coin. « Le réseau (Familles Rurales sur son territoire) permet d’échanger des compétences et des savoirs, d’évoluer et d’enrichir ses pratiques par des propositions de rencontres, des conférences, des formations », décrit-elle. Ce phénomène est d’ailleurs si généralisé dans le secteur associatif que le Furet anime, depuis 2015, le réseau national des réseaux locaux LAEP. Son objectif : créer un espace de parole et de partage pour les professionnels, mais aussi préserver la diversité des LAEP, comme le rappelle le président de l’association. « Depuis 2015 et le référentiel national, il y a une volonté en France d’avoir une typologie de LAEP. Le rôle du réseau des réseaux est aussi de mener une réflexion commune sur cette notion de norme, à quel point on veut homogénéiser les LAEP et donc les familles », explique Richard Sancho Andreo. Au cœur des questions de pratiques et de l’actualité, les interrogations et les tensions d’hier persistent donc encore aujourd’hui !

Quel avenir pour les LAEP ?

Au-delà des débats, les LAEP restent plutôt peu onéreux, simples à déployer et répondent à une véritable demande des familles… Ils semblent donc promis à un bel avenir, comme le confirme Pauline Domingo : « On l’a vu dans le séminaire premiers pas notamment : l’heure est à la promotion des solutions d’accueil hybrides dont les LAEP font partie ». De nouveaux objectifs de création de LAEP devraient donc être logiquement fixés dans le cadre de la COG 2023-2027 afin de continuer à densifier le maillage territorial. Reste à voir comment favoriser ce déploiement. Premier chantier à venir dans cet optique : la révision du référentiel. « C’est un objectif de notre prochaine Convention d’Objectifs et de Gestion que de réviser le référentiel des LAEP et notamment de regarder dans quelle mesure ils peuvent être intégrés à la stratégie de service public de la petite enfance comme étant des solutions hybrides qui peuvent conduire ensuite à un accueil dans une structure collective par exemple » », précise la directrice du département enfance, jeunesse, parentalité de la CNAF tout en rappelant que ce travail se fera évidemment avec les acteurs du secteur.

Deuxième ambition  : améliorer l’offre de services des LAEP et plus généralement des dispositifs de soutien à la parentalité. Cela pourrait passer en premier lieu par l’amélioration de l’amplitude d’ouverture des LAEP. Il est vrai qu’en raison des moyens et des objectifs qui sont les leurs, 96 % des LAEP ont une moyenne hebdomadaire d’ouverture au public de 2 jours par semaine seulement, avec une durée moyenne d’ouverture de 3h16 par séance (Chiffres CNAF).
Autant dire peu, voire très peu. Or « si l’on veut avoir une véritable ambition pour ces lieux d’accueil, il faut leur donner les moyens d’ouvrir sur une amplitude horaire plus importante », continue-t-elle. Autre piste envisagée : ouvrir ce type de dispositifs à un public plus large, comprenant les enfants de 6 ans et plus. Mais là encore, Motus et bouche cousue, il faudra attendre les prochaines négociations partenariales pour en savoir plus.

Dernière piste : trouver des leviers pour améliorer les interactions entre les acteurs du secteur au niveau national. Et pour cause : si les réseaux associatifs locaux, ou les réseaux départementaux, permettent d’avoir une dynamique locale et de proposer des lieux d’échanges pour les professionnels des LAEP, il n’existe pas de tête de réseau national pour ces structures, ce qui pose une difficulté dans leur animation. « A priori, nous n’envisageons pas la création d’une tête de réseau unique, car il existe déjà plusieurs têtes de réseaux positionnés sur le champ de la parentalité qui sont gestionnaires d’un certain nombre de LAEP (le Furet, les PEP, Familles Rurales…). La CNAF et la DGCS réfléchissent plutôt à la création d’un groupe de travail réunissant ces têtes de réseaux afin qu’il soit représentatif des gestionnaires ». L’objectif : centraliser les remontées de terrain, alerter sur le fonctionnement et les fragilités des LAEP, réfléchir aux enjeux qui se poseront pour ces structures notamment face à la pénurie de personnel, porter les évolutions de manière co-construite, diffuser au mieux la stratégie… Affaire à suivre dans les semaines à venir !

Article publié dans la lettre hebdo du 5 septembre 2022

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Véronique Deiller

PUBLIÉ LE 05 septembre 2022

MIS À JOUR LE 15 octobre 2024

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