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Comment le rire partagé renforce l’attachement parent-enfant

Si l’on dit souvent que « le rire est le propre de l’homme », c’est parce qu’il joue un rôle essentiel dans les relations sociales. Dès la petite enfance il devient un moyen privilégié d’interagir avec les autres, en particulier avec les parents. Une étude récente s’est intéressée à cette question : comment les mères et les pères font-ils rire leurs enfants et quel lien existe-t-il entre ces interactions et la sécurité de l’attachement parent-enfant ?

Selon la théorie de l’attachement, les enfants naissent avec des comportements destinés à maintenir la proximité avec leurs figures parentales. Les pleurs ou les cris apparaissent lorsque l’enfant est en détresse et visent à attirer l’attention du parent. La qualité de la réponse parentale, c’est-à-dire la capacité à reconnaître et à répondre adéquatement aux besoins de l’enfant joue un rôle déterminant dans la formation d’un attachement sécurisant.

Une étude menée auprès de familles avec enfants d’âge préscolaire

Les chercheurs ont suivi 144 familles anglophones et francophones ayant des enfants âgés de 3 à 5 ans. Les parents ont participé à deux visites en laboratoire, séparées d’environ six mois, l’une avec la mère et l’autre avec le père.

Lors d’une première activité appelée « Laughing Task », les parents devaient faire rire leur enfant pendant deux minutes dans une pièce sans jouets. Ce choix visait à s’assurer que le rire provienne de l’interaction avec le parent, et non d’un objet. Les chercheurs ont ensuite observé et codé les comportements utilisés par les parents pour susciter le rire. Au total, 23 stratégies différentes ont été identifiées, allant des chatouilles aux grimaces, en passant par les blagues, les bruits amusants ou les mouvements du corps.

Deux grandes stratégies pour faire rire les enfants

L’analyse des comportements parentaux a permis de regrouper les stratégies en deux grandes catégories.

La première concerne le contact physique. Elle inclut par exemple les chatouilles, le fait de soulever l’enfant, de le faire rebondir ou de le poursuivre en jouant. Ces interactions correspondent à des formes de jeu physique particulièrement appréciées par les jeunes enfants.

La seconde catégorie regroupe les mouvements et les sons. Elle comprend les grimaces, les danses amusantes, les bruits inattendus ou les comportements volontairement absurdes qui enfreignent les règles sociales, ce qui constitue une source fréquente d’humour chez les enfants d’âge préscolaire.

Des styles différents entre mères et pères

Même si les mères et les pères utilisent globalement les mêmes types de stratégies, l’étude montre qu’ils ne les combinent pas de la même manière. Les mères ont tendance à annoncer leurs intentions ou à utiliser davantage de langage. Elles peuvent par exemple prévenir l’enfant qu’elles vont le chatouiller ou l’encourager verbalement pendant le jeu. Les pères, en revanche, utilisent plus souvent des stratégies ambiguës ou surprenantes : voix inhabituelles, situations absurdes ou comportements inattendus destinés à surprendre l’enfant. Ces différences reflètent des styles d’interaction légèrement distincts, même si les deux parents sont tout aussi capables de faire rire leur enfant.

Le rôle du rire dans la relation avec chaque parent

Les résultats montrent que les enfants rient à une fréquence comparable avec leur mère et leur père. Les parents d’une même famille utilisent aussi des stratégies similaires, notamment celles basées sur le contact physique. Cependant, le lien entre rire et attachement diffère selon le parent.

Dans les interactions père-enfant, les stratégies visant à provoquer le rire sont associées à davantage de rires chez l’enfant, et ces rires sont eux-mêmes liés à un attachement plus sécurisé. Autrement dit, rire avec son père semble contribuer à renforcer la relation d’attachement.

Dans les interactions mère-enfant, les stratégies physiques favorisent le rire, mais celui-ci n’est pas directement lié à la sécurité de l’attachement. En revanche, les comportements impliquant mouvements et sons sont associés à un attachement plus sécurisé.

Le rire, moteur de bien-être en famille et en crèche

Les chercheurs suggèrent que ces différences pourraient s’expliquer par le rôle particulier du jeu dans la relation père-enfant. Les pères passent proportionnellement plus de temps à interagir avec leurs enfants dans un contexte ludique. Dans ce cadre, le rire peut servir de signal indiquant que l’enfant apprécie l’interaction, ce qui encourage le parent à poursuivre ces moments de jeu.

Cette importance du rire et des interactions joyeuses ne se limite pas à la sphère familiale. En France, certaines structures d’accueil de la petite enfance mettent également l’accent sur cette dimension. C’est notamment le cas du réseau de micro-crèches Nurses & Rires, qui place le rire au cœur de son projet pédagogique.

Source :
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0022096525002486

Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 11 mars 2026

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