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« Nous refusons une petite enfance au rabais » : le SNPPE vent debout contre le titre IEPE

Le titre professionnel d’« intervenant éducatif petite enfance » (IEPE), officiellement créé par l’arrêté du 12 décembre 2025, suscite une vive opposition au sein du secteur de la petite enfance. Le Syndicat national des professionnel·le·s de la petite enfance (SNPPE) dénonce une réforme « grave », menée dans l’urgence, et appelle au boycott du nouveau titre et de ses jurys.

Le décret modifiant la liste des diplômes de catégorie 1 autorisés à exercer en EAJE a été publié le 13 décembre. Et dès le lendemain, le 14 décembre 2025, l’arrêté créant officiellement le titre d’intervenant éducatif petite enfance (IEPE) paraissait au Journal officiel. Mais ce nouveau titre ne fait pas l’unanimité. Dans un communiqué publié le 15 décembre 2025, le SNPPE parle d’un « basculement grave du modèle français de l’accueil du jeune enfant ». Selon le syndicat, derrière un discours technocratique de réponse à la pénurie, les textes organisent en réalité une mise en concurrence directe entre diplômes d’État et un titre professionnel de droit du travail.

« Déqualification massive des équipes »

Les auxiliaires de puériculture, profession réglementée à forte composante sanitaire, risquent d’être les premières exposées. « Elles peuvent désormais être progressivement évincées des EAJE, sans garantie de maintien de leur place ni reconnaissance spécifique de leurs compétences », alerte le syndicat. Les éducatrices de jeunes enfants (EJE) pourraient voir leur rôle éducatif et réflexif auprès des enfants « délibérément affaibli, dans un système où l’exigence de qualification devient purement formelle. »

Pour le SNPPE, il ne s’agit pas d’une montée en compétences, mais bien d’une « substitution silencieuse des métiers qualifiés », avec à la clé une perte de lisibilité des responsabilités, une dégradation des conditions de travail et une insécurité professionnelle accrue.

Une réponse de court terme à une crise structurelle

Le syndicat insiste : la pénurie actuelle n’est pas liée à un manque de diplômes, mais à des causes structurelles bien identifiées — salaires insuffisants, conditions de travail dégradées, manque de reconnaissance et désengagement des politiques publiques. « Plutôt que de répondre à ces causes structurelles, l’État fait le choix d’abaisser les exigences. », regrette le SNPPE. Par ailleurs, le caractère temporaire du titre IEPE, créé pour trois ans seulement, cristallise les inquiétudes. « Il expose ses titulaires à une fragilisation majeure, en produisant des professionnels juridiquement diplômés, mais sans garantie de reconnaissance durable, pris en étau entre un diplôme potentiellement appelé à disparaître et un cadre de formation dont la pérennité n’est en rien assurée. »

Appel au boycott et menace de recours juridique

Face à ce qu’il qualifie de réforme dangereuse, le SNPPE appelle : les professionnels à ne pas s’engager dans la formation IEPE ; les auxiliaires de puériculture, EJE et directions à refuser de siéger dans les jurys. En parallèle, le syndicat a engagé une analyse juridique approfondie des textes et étudie la possibilité d’un recours devant le Conseil d’État. « Ce travail se poursuit avec responsabilité et détermination. Il ne s’agit ni d’un réflexe politicien ni d’un affichage symbolique, mais d’une démarche visant à faire respecter le droit, la cohérence des politiques publiques et la protection des professions réglementées. »

Candice Satara

PUBLIÉ LE 16 décembre 2025

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Une réponse à “« Nous refusons une petite enfance au rabais » : le SNPPE vent debout contre le titre IEPE”

  1. CORINNE Cohendet dit :

    Ce nouveau diplôme ne pourra jamais remplacer,la qualification d’une auxiliaire de puériculture.
    Le métier est paramédical.
    Ce nouveau diplôme n’est pas comparable.
    Je comprends que nous manquons de professionnels.
    Si ce diplôme peut compenser.
    S’il sont bien formés et motivés ,pourquoi pas !
    J’attends de voir.

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