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Surexposition des enfants aux écrans : les pistes de Catherine Vautrin

Dans le cadre du Safer Internet Day, Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, était en déplacement ce mardi à l’hôpital Robert Debré pour évoquer le sujet de l’exposition aux écrans des jeunes enfants. Après une discussion avec l’équipe du service de pédopsychiatrie, elle a partagé plusieurs pistes de réflexion qui esquissent probablement un futur plan d’action.

Les enfants, à l’image de leurs parents, évoluent dans un univers où les écrans occupent une place prépondérante. Selon une étude de Santé Publique France publiée en avril 2023, un enfant de deux ans passe en moyenne 56 minutes devant un écran par jour. À l’occasion du Safer Internet Day ce 11 février,  rendez-vous annuel de sensibilisation aux usages du numérique, Catherine Vautrin s’est rendue à l’hôpital Robert Debré afin d’aborder l’enjeu de l’exposition des enfants aux écrans avec les équipes (médecins chercheurs, psychologues) du service de pédopsychiatrie rattaché à l’IHU Robert Debré du Cerveau de l’Enfant. Pas d’annonce officielle, la ministre a écouté attentivement les problématiques rencontrées par un certain nombre d’enfants et les difficultés des professionnels de santé à y répondre.

Il apparaît clairement que le sujet des écrans est étroitement lié à celui de la santé mentale, grande cause nationale de 2025. Rappelons que le rapport du HCFEA publié jeudi 6 février faisait état d’une majoration alarmante des détresses psychiques et du mal-être des enfants et des adolescents. L’idée d’un « service de santé mentale numérique » a d’ailleurs été émise au cours de la rencontre.

L’accompagnement des parents est une nécessité

À plusieurs reprises les professionnels ont insisté sur l’importance d’apporter un cadre aux parents, leur offrir un « parcours de parentalité » car il y a un « défaut de connaissance sur le cognitif et le développement socio émotionnel de l’enfant ». Ils ont estimé qu’il faudrait informer les parents sur le développement du cerveau des enfants et ce, dès la maternelle. Par ailleurs, les parents ont besoin eux-mêmes d’être formés à l’usage des écrans et d’analyser leur propre consommation. « Il faut qu’on puisse répondre aux questions qu’un certain nombre de parents se posent seuls face à la situation vécue par leur enfant, a déclaré Catherine Vautrin. L’idée évidemment est de ne pas stigmatiser, d’essayer d’avoir des réponses qui soient les plus concrètes possibles. ».

Selon les spécialistes, il y a quatre moments pendant lesquels les parents sont les plus réceptifs : à la naissance, à l’adolescence, lorsqu’il y a des difficultés d’apprentissage ou un accident de vie (perte d’un proche), il faut cibler ces quatre moments et, dans l’idéal, intervenir le plus tôt possible, avant 5 ans. L’équipe d’experts a rappelé l’existence du site CléPsy, une plateforme en ligne dédiée à la santé mentale des enfants et adolescents, développée par l’Hôpital Robert Debré qui s’adresse aux parents, mais également aux professionnels de la petite enfance. Elle permet d’obtenir de premières réponses en attendant la possibilité de consulter.

Écrans : prévention ou interdiction ?

Les intervenants semblaient s’accorder sur le fait qu’une interdiction totale des écrans est contre-productive. Ils préconisent un accompagnement bienveillant des familles. Ils rappellent que les écrans ne sont pas à l’origine des troubles du neuro-développement (TND) mais qu’ils ils peuvent en augmenter les signes. De fait, ils mettent en garde contre une focalisation excessive sur les écrans qui peut aboutir à « des retards de diagnostic.»  La ministre a ajouté : « L’interdiction complète est toujours très difficile. Vous n’êtes pas dans la vie des familles tous les jours. Alors dire qu’on ne met pas d’écran dans une crèche, pourquoi pas ? Mais vous ne réglez pas le problème parce que, le reste du temps, l’enfant est avec ses parents. » La ministre semble apporter son soutien à la proposition de loi LR déposée en 2024 qui préconisait l’interdiction des écrans dans les lieux d’accueil. Une mesure qui avait déclenché l’ire des pros de la petite enfance. La  polémique est relancée !

Le manque d’études sur les effets des écrans

La question du déficit d’études au sujet des effets des écrans sur le développement est revenue à plusieurs reprises. « Nous devons connaître l’impact réel des écrans pour identifier les besoins. Il y a un véritable manque de données », a regretté le professeur Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie et directeur de l’IHU Robert Debré du Cerveau de l’enfant. « On sait aujourd’hui que les écrans ont des effets somatiques sur le sommeil, la sédentarité, le bien-être physique, psychologique, les relations sociales des plus jeunes », a ajouté Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation.

Si un consensus scientifique se dégage sur ces conséquences néfastes, il est nécessaire d’aller plus loin. Un enjeu fondamental confirmé par Catherine Vautrin : « Il est absolument nécessaire de faire des suivis de cohorte pour analyser les phénomènes et déterminer des approches plus précoces qui ensuite nous permettront de faire de la prévention. Partager les données santé et éducation nationale me paraît aussi être un élément absolument majeur en termes de prévention.»

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 11 février 2025

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