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Maternage, taux d’encadrement renforcé, la pouponnière Lozère fait figure d’exemple

La Pouponnière Lozère qui ouvrira ses portes le 17 juin prochain à Palaiseau (91), défend un accueil de très haute qualité fondé sur un effectif d’enfants réduit, un taux d’encadrement supérieur à la réglementation et des valeurs fortes. Rencontre avec la directrice de l’établissement.

D’ici quelques jours, la pouponnière Lozère, en référence au quartier où elle est installée, ouvrira à Palaiseau (91). Un lieu unique qui accueillera 10 enfants âgés de 0 à 3 ans dans un espace de 120 m², dans l’enceinte du centre maternel, La Villa Jeanne. Le projet est porté par Delphine Danois, directrice engagée de plusieurs établissements de la fondation Droit d’Enfance. Parmi eux, le centre maternel qui accueille des mères en grande vulnérabilité, une crèche attenante réservée aux enfants des mères accueillies. « Ce projet de pouponnière, oui, c’est devenu mon bébé », confie-t-elle.

Un besoin d’accueil urgent

Tout commence au début de l’année 2023, Delphine Danois identifie un besoin croissant d’accueil pour les tout-petits confiés à l’Aide sociale à l’enfance sur le territoire de l’Essonne. La seule et unique pouponnière départementale (l’IDEF de Brétigny-sur-Orge) est saturée. Cette situation n’est pas exceptionnelle, la majorité des pouponnières fonctionnent en sureffectif, alertait le GEPSo (Groupe national des Établissements Publics Sociaux et médico-sociaux) en décembre 2024. Une surpopulation qui dégrade fortement les conditions d’accueil des enfants. « Ce n’est pas de gaieté de cœur que je me lance dans ce projet, avoue Delphine Danois. Mais il y a un besoin et il faut protéger ces enfants. ».

Consciente de sa responsabilité, elle propose alors au directeur de la Prévention et de la Protection de l’Enfance (DPPE) de l’Essonne un projet de pouponnière à caractère social de 10 places qui serait intégrée au centre maternel de Palaiseau. Et pour cause : un espace de 120 m² à réhabiliter est disponible. Le go est donné, les travaux sont lancés au deuxième trimestre 2023. La directrice les suit de près, elle souhaite un lieu lumineux et donnant sur la nature.

la pouponnière est située au 1er étage, le rez de chaussée accueille la crèche et le centre maternel 

Le maternage au cœur du projet

Cette pouponnière concrétise plus de deux ans de réflexion autour d’un accueil de qualité centré sur trois piliers : le maternage, l’ouverture sur l’extérieur et le lien avec la nature. « Commencer ses premières semaines, ses premiers mois de vie en étant accueilli en institution, ce n’est pas normal pour un enfant, c’est même extrêmement douloureux, ajoute la directrice. La question du lien affectif est fondamentale. » Pour les professionnelles, il ne s’agit pas simplement de répondre aux besoins physiologiques de l’enfant (nourriture, sommeil, hygiène), mais de devenir des figures d’attachement pour lui, lui offrir une attention individualisée, malgré le poids de la collectivité, et tout en restant dans un cadre strictement professionnel. Delphine Danois insiste sur ce dernier point : les professionnels ne sont pas les parents de ces enfants. Leur rôle n’est pas de se substituer à la mère ou au père, mais d’offrir un environnement sécurisant et chaleureux.

Une pouponnière ouverte sur l’extérieur

La directrice préconise des sorties régulières. « Dès que les soins du matin sont terminés, chaque enfant doit pouvoir sortir, ne serait-ce qu’un petit moment, dans un cadre sécurisé », précise-t-elle. Dans de nombreuses pouponnières, les enfants, souvent très jeunes, vivent dans un univers clos, aseptisé, dominé par des impératifs de sécurité et d’organisation, où les sorties sont rares, voire inexistantes. « Le monde extérieur devient une source d’angoisse pour eux, poursuit Delphine Danois. Certains paniquent à la simple idée de rentrer dans une voiture ou à la vue d’une rue. Ils n’ont jamais été confrontés à ces éléments banals du quotidien. »

La plupart de ces enfants ne resteront qu’un temps donné à la pouponnière, entre trois et six mois, il est ainsi impératif qu’ils puissent découvrir le monde extérieur : cela réduira le stress au moment de leur réintégration dans leur famille ou de leur transfert dans un mode d’accueil plus durable (foyer, assistante familiale). Le dernier pilier est le lien avec la nature qui découle du précédent. La pouponnière, lumineuse, dispose d’un parc accessible, d’un potager… pour permettre aux enfants de découvrir un environnement sensoriel riche et vivant.

Le défi du recrutement

La volonté d’un accueil de très haute qualité se traduit également dans le personnel présent. À la pouponnière Lozère on va bien au-delà du taux minimum d’encadrement déterminé par l’arrêté de 1974. Quatre auxiliaires de puériculture seront présentes en journée et deux professionnelles la nuit, toutes deux aide-soignantes. Rappelons qu’une proposition de loi visant à relever les normes d’encadrement dans les établissements d’accueil de la protection de l’enfance devrait être bientôt examinée.

Delphine Danois a recruté uniquement des professionnelles diplômées. « Je suis allée sur deux axes. Le savoir-faire évidemment, d’où le choix de personnes diplômées, mais aussi le savoir-être. J’ai souhaité avoir des personnes qui auront de l’empathie, qui sauront faire tous les soins et apporter ce lien affectif, qui est la base pour ces bébés. » Et elle a fait le choix d’une équipe intergénérationnelle, « où il peut y avoir aussi bien des toutes jeunes professionnelles, qui sont diplômées depuis 3-5 ans, et des personnes plus aguerries, qui ont la cinquantaine. ». Dans un secteur marqué par une forte pénurie de personnel, elle ne s’explique toujours pas l’afflux de candidatures. « Soit je suis une chanceuse, soit c’est la localisation. Le centre maternel est situé juste en face de la gare RER de Lozère, l’accessibilité joue aussi. » 

Et si c’était tout simplement la promesse ? Celle d’un accueil de qualité, au plus près d’une vie familiale. Mi-mai, les dernières autorisations ont été obtenues, la pouponnière peut ouvrir ses portes. Mais la directrice veut pouvoir réunir son équipe et finaliser l’organisation avec elle : routines de jour et de nuit, définition des procédures et rappel des fondamentaux du projet. Le lieu ouvrira officiellement le 17 juin, mais il faudra attendre septembre pour l’inauguration. « Ma priorité aujourd’hui, c’est d’accueillir, de faire vivre le service. »

Candice Satara

PUBLIÉ LE 03 juin 2025

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2 réponses à “Maternage, taux d’encadrement renforcé, la pouponnière Lozère fait figure d’exemple”

  1. Adeline Cassin Barré dit :

    Bonjour,
    Pourquoi ce choix de n’avoir que des auxiliaires de puériculture et pas d’Educateur-trice de Jeunes Enfants

  2. Audrey BOUDOT dit :

    Le projet est très bien, comme beaucoup d’autres lieux d’accueil mais je trouve très discriminatoire le fait de prendre que des « diplômés »….
    Il y a des CAP très professionnels et des diplômés très mauvais….
    c’est très dévalorisant pour les personnes ayant un CAP

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