Toux de l’enfant : comment réagir selon les situations ?
Mécanisme de défense naturel et réflexe de l’organisme, la toux est un symptôme fréquent en période automnale-hivernale. Notamment au sein des structures d’accueil du jeune enfant. Près d’un tiers des consultations d’enfants en médecine générale concernent la toux, selon la DREES. Le point sur les différentes « toux » et les conduites à tenir selon les cas et l’âge de l’enfant. Avec le Dr Ordioni, pédiatre en crèche.
La toux sert à nettoyer les voies respiratoires (trachée et bronches) de tout ce qui peut les irriter ou les encombrer comme les irritants (poussières, fumée, allergènes), les sécrétions ou un corps étranger. Souvent bénigne, elle peut être source d’interrogations et d’inquiétude pour l’assmat, les équipes et les parents. Passage en revue des situations les plus courantes, des bons réflexes à adopter et des signaux qui doivent alerter.
Avant toute décision, l’interrogatoire est capital, explique le Dr Ordioni. Quelques points clés permettent d’orienter la conduite à tenir :
- L’apparition de la toux : récente, brutale ou progressive ?
- La présence de fièvre ou non
- L’état général de l’enfant : appétit, sommeil, niveau d’énergie, envie de jouer
- Les éventuels autres symptômes associés : nez qui coule, sifflement, respiration difficile, vomissements, pleurs inhabituels, irritabilité.
- Les circonstances d’apparition : pendant la sieste, après l’effort, après le repas, principalement la nuit
- Le contexte épidémique de la structure, mais aussi régional (dans les structures on affiche souvent le dernier bulletin de Santé Publique France concernant la bronchiolite, la grippe et le covid)
- Le statut vaccinal de l’enfant (coqueluche, grippe, pneumocoques, VRS…)
- Ses antécédents (prématurité, détresse respiratoire à la naissance, bronchiolites…)
- L’environnement familial de l’enfant (pollution, tabagisme passif, animaux de compagnie…)
Les principales causes de toux chez l’enfant
Sans poser de diagnostic, les professionnels peuvent reconnaître quelques signaux :
- Rhinopharyngite : toux légère, souvent nocturne.
- Bronchiolite / bronchite : toux grasse, respiration encombrée, sifflements à l’expiration.
- Laryngite : toux aboyante, gêne respiratoire à l’inspiration.
- Asthme / hyper réactivité : toux sèche à l’effort ou la nuit, sifflements expiratoires.
- Reflux gastro-œsophagien (RGO): toux après repas, sans fièvre.
- Toux allergique : sèche, persistante, liée à l’environnement.
- Coqueluche : quinteuse, à renforcement nocturne, émétisante (déclenche des vomissements).
- Inhalation d’un corps étranger : toux brutale → urgence 15.
Une toux peut durer 2 à 3 semaines après un virus : l’état général reste le meilleur indicateur. Passage en revue des situations les plus courantes, des bons réflexes à adopter et des signaux qui doivent alerter.
Le nourrisson tousse depuis quelques jours
On observe : s’il a de la fièvre, s’il « siffle », la fréquence de la toux, l’état d’éveil et de sommeil, l’appétit.
À faire : aérer la pièce, maintenir une température intérieure d’environ 19-20 °C, nettoyer le nez du nourrisson (selon le protocole de la structure). Le Dr Ordioni précise que les structures qui ont banni la seringue – elle peut en cas de trop forte pression irriter les fosses nasales et engendrer une otite – , fonctionnent avec le conditionnement commercial en dosette de sérum physiologique de 5 ml.
Si la toux s’aggrave (respiration bruyante ou sifflement) on recherche des signes de signes de lutte comme un geignement expiratoire, une cyanose (coloration bleutée de la peau), un tirage intercostal, un balancement thoraco-abdominal ou un battement des ailes du nez explique le spécialiste. On peut vérifier sa bonne oxygénation à l’aide d’un oxymètre de pouls si l’on s’en est équipé. Une oxygénation insuffisante se traduit par une cyanose, par exemple sur le pourtour de la bouche et des lèvres. Devant ces signes d’aggravation il faut contacter en urgence le 15.
L’enfant est enrhumé, tousse mais reste en forme et joue normalement.
À faire : Dans ce cas, le professionnel surveille l’enfant, l’aide à se moucher dans un mouchoir à usage unique précise le pédiatre, à tousser dans son coude et à se laver les mains régulièrement. Concernant les gestes d’hygiène les professionnelles adoptent ceux recommandés en crèche en période de rhume comme le nettoyage et la désinfection réguliers des jouets, surfaces, poignées de porte, tables…
Il est conseillé de dire aux parents de garder l’enfant à la maison en cas de fièvre, de toux importante ou de gêne respiratoire. Leur demander de prévenir les professionnelles s’il y a un diagnostic de bronchiolite ou de grippe par exemple.
L’enfant a une toux sèche uniquement après le repas
L’enfant est apyrétique. La toux se déclenche ou s’aggrave dans les minutes suivant la fin du biberon quand l’enfant est en décubitus. Cette toux est peut-être causée par un reflux gastro-œsophagien (RGO) surtout si l’acidité remonte jusque dans l’œsophage ou la gorge et l’irrite. C’est une cause de toux chronique, en particulier lorsque l’enfant n’a pas d’autre symptôme.
À faire : Maintenir l’enfant en position verticale (ne pas l’allonger) pendant au moins 30 minutes après le repas. Vérifier le débit de tétine, éventuel épaississement du lait (si conseillé par le médecin)
L’enfant tousse avec un bruit de « sifflement » une respiration bruyante et semble essoufflé
La toux est accompagnée d’un bruit aigu à l’expiration (sifflement). L’enfant peut avoir une respiration rapide ou difficile. Chez le nourrisson ce peut être dû à un rétrécissement des bronchioles( bronchiolite). Chez l’enfant plus grand à de l’asthme. Dans ces deux cas il faut s’assurer de l’absence de signes de lutte et s’ils sont présents, appeler le 15.
Il tousse et semble fatigué ou apathique / Il tousse et refuse de s’alimenter
Sa température n’est pas forcément élevée. La toux est associée à une altération de l’état général : l’enfant est anormalement calme, mou, ne réagit pas aux sollicitations habituelles, et refuse les boissons ou la nourriture. L’enfant souffre peut-être d’une infection virale ou bactérienne sévère. L’effort respiratoire et la fièvre épuisent l’enfant.
À faire : Alerter immédiatement le 15 pour un transfert médicalisé vers les services d’urgence. Alerter les parents.
Il tousse depuis plusieurs semaines
Trois semaines plus tard, la toux persiste… Souvent post-virale. Elle peut être associée à une otite séreuse avec un épanchement de « glue » dans l’oreille moyenne. À l’auscultation le médecin constate un tympan bombé. Il y a une atteinte auditive avec un enfant qui n’entend pas bien.
À faire : Si ça dure (>3 mois), ou si les surinfections (otites moyennes aiguës) sont trop fréquentes, un drain tympanique (yoyo) peut être recommandé pour éviter les troubles du langage vers 2 ans.
Il tousse jusqu’à vomir
Les jeunes enfants peuvent vomir après une quinte de toux.
À faire : rassurer, nettoyer calmement, observer la reprise respiratoire. Si les vomissements sont fréquents, ou si la toux devient violente ou quinteuse : informer les parents pour une consultation.
Il tousse brusquement au cours du repas
La toux est soudaine (en quinte ou violente). L’enfant présente une gêne respiratoire, peut être cyanosé ou être en arrêt respiratoire. S’il y a une incapacité à parler, à tousser ou à faire un bruit on est en présence d’un étouffement grave.
- On le laisse dans la position où il est (assis ou debout).
- On surveille : s’il récupère et respire normalement, c’est OK.
- Prévenir les parents.
- Si l’enfant respire correctement… mais que rien n’est ressorti, il faut consulter un médecin car le corps étranger peut avoir été inhalé et se trouver dans les voies respiratoires.
Cela peut entraîner : une gêne respiratoire secondaire, une infection, une obstruction partielle plus tard. Même si tout semble aller mieux, une évaluation médicale est indispensable.
Si l’enfant ne respire plus correctement / ne peut plus parler / ne peut plus tousser, c’est une urgence vitale
Pour un nourrisson (< 1 an) on doit pratiquer la manœuvre de Mofenson :
On installe l’enfant à plat ventre sur la cuisse de l’adulte, tête basse.
On administre 5 claques dans le dos avec le plat de la main.
Pour un enfant (> 1–2 ans selon le gabarit) c’est la manœuvre de Heimlich : Elle consiste à se placer derrière l’enfant, son dos contre la poitrine de l’adulte.
On entoure de ses deux mains les bras et l’estomac de l’enfant.
En ayant placé le poing sous les côtes et au-dessus du nombril.
On comprime d’un coup sec de bas en haut et d’avant en arrière 4 ou 5 fois. Il est indispensable d’appeler le 15 et prévenir les parents.
A ne jamais faire
- Ne pas coucher l’enfant.
- Ne pas le suspendre par les pieds.
- Ne pas le faire boire.
- Ne pas le faire vomir.
- Ne pas mettre les doigts dans la bouche de l’enfant.
Les médicaments : attention !
La toux doit être respectée insiste le pédiatre – c’est un mécanisme d’évacuation naturelle des secrétions – et on ne doit pas donner de sirop pour la stopper, précise le pédiatre. Le miel, après 1 an, peut rendre des services aux parents, il a montré une efficacité sur le symptôme toux sans signe de gravité associé. Aucun médicament ne peut être donné sans prescription médicale. Un enfant qui fait des « épisodes répétés de toux sifflante » et sera diagnostiqué « asthme du nourrisson » bénéficiera d’un PAI, d’une trousse d’urgence et souvent d’une corticothérapie de fond.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 21 novembre 2025