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« L’inaction n’est plus entendable », alerte Isabelle Santiago un an après le rapport parlementaire sur la protection de l’enfance

Un an après la publication du rapport de la commission d’enquête sur les défaillances de la protection de l’enfance, la députée Isabelle Santiago interpelle le Gouvernement sur l’écart persistant entre les constats et les décisions. Elle appelle à une véritable refondation du système, à la hauteur des enjeux pour les enfants et les professionnels.

 

Le 8 avril 2025, la commission d’enquête parlementaire sur les manquements des politiques publiques en matière de protection de l’enfance rendait ses conclusions après un an de travaux. Le diagnostic posé était sans appel : la protection de l’enfance traverse une crise profonde, structurelle et durable. « Nous avions démontré dans les travaux l’impensé des politiques publiques dont la crise majeure en santé publique pour les enfants », rappelle aujourd’hui Isabelle Santiago, députée et rapporteure de la commission d’enquête dans une lettre adressée au Premier ministre. Un an plus tard, la députée déplore un décalage préoccupant entre la connaissance de la situation et les réponses apportées. « J’avais dit lors de la présentation et du relai presse « que plus personne ne pourra dire qu’il ne savait pas » – Un an plus tard, je m’étonne — et je m’inquiète — du décalage persistant entre le constat posé et l’action engagée auprès des enfants.» 

Une crise connue, documentée, mais encore insuffisamment traitée

Depuis la publication du rapport, les constats n’ont cessé de s’accumuler. De nouveaux travaux, dont ceux de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), ont confirmé la gravité de la situation. Ce 9 avril, le rapport annuel de la Défenseure des droits souligne à son tour une dégradation préoccupante de la protection de l’enfance, avec des « dysfonctionnements dans la prise en charge des enfants en danger, tels que des évaluations non réalisées, des délais inadaptés, des placements non exécutés, et des accueils dans des lieux non autorisés. »

Pourtant, les décisions tardent à se concrétiser.« Combien de diagnostics, de rapports, faudra-t-il pour agir, alors même que la crise systémique est connue, documentée et reconnue par tous ? », interroge la députée. « J’avais indiqué l’année passée que l’État était le parent le plus défaillant et l’inaction n’est plus entendable.», ajoute-t-elle.

Sur le terrain, les difficultés restent considérables : saturation des capacités d’accueil, pénurie de professionnels, inégalités territoriales, ruptures de parcours pour les enfants les plus fragiles. Des réalités, déjà identifiées par la commission d’enquête, qui continuent de fragiliser un système sous tension.

Une refondation annoncée, mais insuffisante

Le Gouvernement a annoncé un projet de loi de refondation de la protection de l’enfance. Il sera présenté prochainement. Pour Isabelle Santiago, l’ambition affichée ne correspond pas encore à l’ampleur des besoins.« (…) Ce n’est pas à la hauteur des enfants et en aucun cas une refondation », regrette-t-elle.Elle identifie plusieurs priorités, absentes du projet de loi, pour engager une transformation réelle du système.

D’abord, l’inscription dans la loi de normes d’encadrement pour les enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance. Ensuite, la formation des professionnels : « C’est un axe central du manque d’attractivité des métiers. », souligne-t-elle. Enfin, la députée insiste sur la nécessité d’un « investissement budgétaire pluriannuel clair de l’État aux côtés des collectivités et des associations. » La députée déplore également l’absence d’un pilotage national fondé sur des données fiables, pourtant indispensable pour orienter efficacement les politiques publiques.

« Nous avons un choix de société devant nous »

Pour Isabelle Santiago, la question de la protection de l’enfance dépasse le cadre technique ou administratif. Elle engage un projet collectif et une responsabilité nationale.

« Une nation qui protège ses enfants se donne un avenir ; une nation qui les néglige s’en prive. », affirme la députée, alertant notamment sur les « sorties sèches » de jeunes majeurs quittant le dispositif sans accompagnement, situation qui contribue à la reproduction de la précarité et des inégalités. Elle s’alarme également de la situation sanitaire et sociale des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance. « Les ruptures de parcours compromettent durablement leur santé et leur avenir.»

Un an après le rapport parlementaire, la députée appelle à dépasser la phase des constats pour entrer dans celle de l’action. « L’heure n’est plus aux constats, mais à l’engagement. Il est encore temps de faire de cette refondation une réalité. Il est encore temps d’être au rendez-vous des enfants.»

PUBLIÉ LE 09 avril 2026

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