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Violences intrafamiliales : Marie-Laure Helme, EJE, accompagne les enfants co-victimes
Accueillir un enfant co-victime de violences intrafamiliales est une situation à laquelle tout professionnel de la petite enfance risque d’être un jour confronté car en France, un enfant sur cinq est concerné. Pourtant, leur formation en parle peu. Marie-Laure Helme, ex-directrice de crèche et EJE à l’association L’Etoile du Berger près de Grenoble, accueille ces familles. Elle partage avec les Pros la manière dont elle accueille, écoute et prend soin de ces enfants éprouvés.
Depuis quelques mois, l’association l’Etoile du berger est un véritable refuge pour les parents victimes de violences intrafamiliales. Dans cet ancien couvent de Saint-Martin d’Hères, toute une équipe de professionnels accueille, écoute et protège ces familles malmenées, pour leur permettre de reprendre pied. Et Marie-Laure Helme, éducatrice de jeunes enfants (EJE) en fait partie : « Nous accueillons des personnes – soyons honnêtes ce sont surtout des femmes – qui sont ou ont été en situation de violences intrafamiliales. Toutes sortes de violences, mais ce sont principalement des violences psychologiques insidieuses, celles qui ne se voient pas. De l’ordre du contrôle coercitif qui peut aller jusqu’à isoler de sa famille et de ses amis, de refuser des soins, des sorties… ».
Elle explique que longtemps les enfants n’ont pas été considérés comme victimes à part entière. Mais aujourd’hui, c’est très clair, la justice reconnait aux enfants ce statut de co-victimes car ils vivent également dans ce climat toxique, même in utero. Parceque bien souvent, cette forme de contrôle adressé au parent, s’adresse aussi à l’enfant. « On le sait, à partir du moment où l’enfant a été soumis à ces violences, il va y avoir un psycho traumatisme à déconstruire, il y aura forcément un trouble du développement », assure-t-elle. Et contre toute attente, « plus l’enfant est jeune, plus les dégâts sur sa construction et son développement sont importants. Parceque le tout-petit n’a pas eu les ressources pour se défendre. C’est très clairement démontré », précise Marie-Laure Helme. Et bien souvent, les enfants accueillis à l’Etoile du berger sont encore en contact avec le parent agresseur, du fait de la lenteur de la justice et du système de garde partagée…
Mettre des mots simples sur la situation
A l’association, l’équipe reçoit parents et enfants tels qu’ils sont. Certains ne viennent qu’une fois, d’autres régulièrement. « Nous accueillons tout aussi bien les parents que leurs enfants, précise l’EJE. Pendant le rendez-vous, l’EJE ou des bénévoles assurent une présence bienveillante avec l’enfant, pour jouer dans l’espace prévu pour eux ou bien au jardin, mais également écouter et parler ». Avec l’adulte, l’une des premières étapes va être de nommer les difficultés qu’ils traversent, et de valider le fait que ce qu’ils vivent est de l’ordre de la violence. « Nommer et rendre visible, c’est une première pierre posée. Venant de quelqu’un d’extérieur, c’est une vraie reconnaissance de la légitimité de leur souffrance », explique-t-elle. Avec l’enfant, le rôle de l’EJE est de mettre des mots très simples sur ce qu’il vit tout en partageant un moment de jeu. « Et souvent, à partir du moment où je nomme les choses très simplement, je sens que quelque chose se libère en eux, et je les vois repartir jouer, apaisés, comme si de rien n’était… », témoigne Marie-Laure Helme.
Retrouver une relation saine dans la confiance
Avec des tout petits, jouer est primordial car la communication passe par ce temps de jeu, c’est bien là le propre de l’EJE. « Je suis éducatrice, je ne suis pas psychologue, rappelle Marie-Laure Helme. Mais c’est d’ailleurs ce qui me permet d’accueillir les enfants… ». Car pour qu’ils puissent consulter un psychologue, il faudrait obtenir l’accord des deux parents.
Si les enfants de moins de trois ans expriment peu leur ressenti par des mots, ils utilisent un langage non-verbal. Le rôle de l’adulte est de verbaliser ce qu’il vit à la maison : « J’ai la conviction, car c’est mon métier, que la parole qui est adressée là a un sens pour lui, insiste-t-elle, et que la confiance s’installe au fur et à mesure du temps que l’on passe ensemble ».
Le temps de jeu peut donc être très différent en fonction de l’enfant et du jour : « Je vois leur état émotionnel dans le jeu », explique l’EJE. Certains jours, l’enfant est calme et posé, d’autres, il y a une agitation intérieure. Et tout l’enjeu de la séance sera de retrouver l’apaisement…
Redonner un cadre de normalité
Ce temps de jeu passé ensemble permet à l’enfant de retrouver une relation saine avec un adulte. Dans le jeu, il y a tout un travail éducatif, avec des règles à respecter ! Marie-Laure Helme explique que certaines mamans arrivent dans un brouillard mental qui leur a fait perdre tous leurs repères. L’emprise de leur conjoint, qui souffle « tantôt le chaud, tantôt le froid », les a menées à une lente déconstruction de l’estime d’elles-mêmes. Elles ne se rendent plus compte de ce qui relève ou non de la normalité dans ce qu’elles vivent, également sur les questions d’éducation et d’autorité. « Il y a tout un travail de soutien à la parentalité à leur offrir pour leur redonner ce cadre de normalité. Qu’est-ce qu’on dit à son enfant, qu’est-ce que l’on accepte de lui ? Poser des règles des interdits, est-ce de la violence ? Tout cela est très embrouillé… Alors je reçois les parents pour en discuter et voir ce qu’ils peuvent mettre en place pour retrouver des repères ».
Enfin le rôle de l’EJE sera de réorienter les familles vers d’autres professionnels (psychologue, hypnothérapeute) avec lesquels elle pourra faire le lien, expliquer la situation et éviter ainsi de réalimenter le trauma par un énième récit…
Des professionnels de la petite enfance pas assez sensibilisés
Pour Marie-Laure Helme, qui a également été formatrice à l’école du travail social, les professionnels de la petite enfance ne sont pas suffisamment formés et armés sur ces questions de violences intrafamiliales. De quoi s’agit-il, comment repérer et accueillir, savoir ce qu’est une information préoccupante, connaitre les associations ressources… Pourtant les chiffres sont là, explicites : « Un enfant sur cinq est victime de violences intrafamiliales. Ça fait vingt-cinq ans que je suis EJE, combien y en a-t-il que je n’ai pas su voir ? », questionne-t-elle. Pour cette educatrice engagée, les violences sexuelles ou intrafamiliales sont du domaine de l’impensable. Tellement inacceptables qu’il est compliqué d’imaginer que ça a pu avoir lieu. Elle estime que tant qu’on ne s’est pas formé à ces questions, on n’y pense pas. On n’imagine pas que ça a pu arriver, que cela peut être la source de troubles décelés chez l’enfant.
« J’ai envie de participer à la formation d’un maximum de professionnels de la petite enfance, y compris des assistantes maternelles, mais aussi de structures, d’écoles, de communes pour sensibiliser à ce sujet. Pour que cela vienne juste mettre une alerte différente sur le comportement d’un enfant qui questionne… », explique-t-elle. Alors l’équipe de l’Etoile du Berger, propose également des formations sur les violences intrafamiliales et sur l’enfant co-victime, pour sensibiliser les professionnels de la petite enfance et professionnels en entreprise à cette approche.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 16 juillet 2026