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Préparer et réussir sa VAE en petite enfance

Se lancer dans un parcours de VAE est une démarche exigeante. Un travail d’introspection professionnelle approfondie qui permet de faire reconnaitre l’expérience acquise sur le terrain par un diplôme ou une certification. Mais un exercice difficile à mener de front avec son travail, et sa vie de famille. Trois professionnelles expérimentées partagent leurs conseils avisés pour préparer et réussir sa VAE, y compris pour le nouveau TP IEPE.  

Faire le bon choix d’orientation

Avant de se lancer dans un parcours de VAE, il est essentiel de pendre le temps de cibler le bon diplôme par un diagnostic initial, l’analyse de son expérience, de ses aspirations, de ses qualités. Stéphanie Minel est auxiliaire de puériculture (AP) de formation. Elle a obtenu son diplôme d’EJE et Caferuis par la VAE. Ex-jury de VAE AP, elle accompagne aujourd’hui des candidats. Pour elle cet accompagnement peut commencer dès le choix d’orientation. « On ne démarre pas en disant je veux faire telle VAE. On commence par échanger avec notre accomapgnateur sur ce qui nous anime au quotidien, ce qu’on aime faire, nos compétences et ensuite seulement, s’orienter vers tel ou tel diplôme », explique-t-elle.

On met souvent en garde les candidats, afin qu’il n’y ait pas un écart trop grand entre leur diplôme initial et le diplôme visé. En réalité, tout dépend du poste occupé, de la posture professionnelle du candidat, de l’objectif qu’il a envie d’atteindre, et bien sûr, de sa capacité de travail et de réflexion… Alice Alfredo, assistante maternelle titulaire d’un CAP AEPE a obtenu cette année son diplôme d’EJE par voie de VAE. Un sacré défi ! Son livret 1 était recevable d’entrée de jeu, mais cette première étape n’a pas été évidente et cette « introspection de son expérience professionnelle » a pris du temps. « Je n’avais qu’un bac+3 dans le tourisme et mon CAP AEPE mais une solide expérience en tant qu’assistante maternelle, en MAM depuis 5 ans, qu’il a fallu valoriser, se souvient-elle. Son parcours durera 2 ans et demi mais fait aujourd’hui sa fierté. Elle est titulaire d’un diplôme d’EJE dont elle avait acquis de nombreuses compétences au fil de ses expériences par le travail en équipe, la mise en place de projets d’accueil, de partenariats ; complétées par sa formation, sa réflexion et ses rencontres.

Avoir suffisamment d’expérience pour se lancer

Il y a bien une certitude : pour entamer un parcours de VAE, mieux vaut ne pas démarrer trop tôt, et prendre le temps d’avoir acquis « une véritable expérience dans son domaine de compétences de départ », conseille Stéphanie Minel. « C’est dans les missions qui vont s’étendre au fil du temps que l’on va déborder sur d’autres compétences en rapport avec le référentiel d’un autre diplôme », précise-t-elle. Notons que toutes les expériences en lien avec le diplôme visé, y compris celles effectuées dans un cadre bénévole ou d’aidant (hors du cercle familial et parental) peuvent être valorisées et reconnues.

Il en va de même pour le TP IEPE. Christine Maurin est auteur, formatrice, accompagnante et jury VAE pour le TP IEPE. Elle recommande a minima une année d’expérience professionnelle avant de se lancer, par bon sens plus que par obligation, puisque depuis la réforme de 2022 la procédure a été simplifiée, il n’est plus nécessaire de justifier d’une expérience professionnelle minimale. « Plus le candidat a de l’expérience, plus ce sera facile pour lui, assure-t-elle. Un temps est nécessaire pour assimiler les compétences ».

En effet, le TP IEPE exige une certaine réflexion autour de notions spécifiques, de recherche dans la construction pédagogique. Et ce qui n’est pas évident, explique-t-elle, c’est que certaines de ces compétences sont encore à découvrir pour les candidats titulaires d’un CAP AEPE. Ils n’ont pas été confrontés à certaines missions qui ne sont habituellement pas de leur ressort : le projet éducatif, l’accompagnement à la parentalité, l’action de prévention précoce et l’inclusion. « L’accompagnateur leur permet de mettre le doigt sur ces compétences manquantes, de s’y intéresser, d’y réfléchir, de les mettre en pratique pour pouvoir les valoriser ensuite », précise Christine Maurin.

Ne pas rester seul et se faire accompagner

Bien que ce ne soit pas obligatoire, il parait donc essentiel d’être bien accompagné, guidé et soutenu pour mener à bien son projet. En interne par les RH de son entreprise, par un accompagnateur certifié Qualiopi, par France Travail, ou la mission locale pour les demandeurs d’emploi. Un « coaching » professionnel de quelques heures pour prendre du recul, faire le bon choix d’orientation, identifier les situations significatives pour valoriser son expérience, enrichir ses propos, aller plus loin dans la réflexion, structurer son dossier et préparer son oral.

Pour Stéphanie Minel, les personnes qui n’ont aucun accompagnement ont peu de chances de réussite, mais tout dépend des profils et des parcours. « Mon accompagnatrice m’a appris à me connaitre en me posant énormément de questions sur ce que je comprenais du métier d’EJE, nos échanges m’ont beaucoup fait grandir, assure Alice Alfredo. L’assistante maternelle a néanmoins eu trois accompagnateurs différents tout au long de son parcours. « Ce n’est pas toujours évident de trouver la bonne personne pour avancer, il ne faut pas hésiter à changer de profil si c’est nécessaire et que ça n’avance pas ! ». Elle estime que les assistantes maternelles, plus isolées, ont tout particulièrement besoin de se faire épauler. « Autour de moi, je n’ai trouvé personne dans la même démarche que moi, on se sent vite seule ! ».

Toutefois, Christine Maurin tient à alerter : « tous les accompagnements ne se valent pas ! ». Qualiopi garantit seulement que l’organisme de formation respecte le cahier des charges, pas la qualité de l’accompagnement. Elle incite à prendre le prendre le temps de demander plusieurs devis, à lire les clauses des contrats, à vérifier les avis, et à ne pas se précipiter…

Avoir le soutien de son employeur

Dans un parcours de VAE, le soutien de l’employeur est essentiel afin de tisser un véritable partenariat avec le candidat « A partir du moment où le professionnel s’inscrit dans cette démarche de VAE, il faut que sa direction lui permette de s’exercer à de nouvelles compétences, lui délègue des nouvelles missions pour qu’il prenne conscience de ces enjeux », précise Stéphanie Minel. Concrètement, candidat et responsable technique peuvent donc faire un point pour envisager ensemble des missions qui ne lui sont habituellement pas confiées. Par exemple, pour un candidat au TP IEPE, mener une réunion projet, aller chercher des objectifs, expliquer et assurer la continuité dans la pédagogie ; concevoir une affiche et proposer un café parent… L’accompagnateur de parcours peut être le déclencheur de ce travail de partenariat qui redynamisera la vie de la crèche. En effet, toute l’équipe peut être amenée à accompagner le candidat et lui donner les moyens de proposer des initiatives et d’élargir son domaine de compétences.

« Le partenariat avec les responsables techniques (RT) est plutôt intéressant, estime Christine Maurin. Tout particulièrement avec ce nouveau TP IEPE, que les RT vont devoir découvrir et s’approprier pour travailler en confiance avec leurs équipes. « Ça fonctionne avec certains, d’autres sont plus réfractaires, tempère-t-elle. Cela dit on ne peut pas exiger de ses salariés de passer une VAE de catégorie 1 et ne pas leur en donner les moyens ! » Bien qu’il ne soit pas obligatoire, l’accord de l’employeur permet néanmoins certaines facilités dans les missions confiées mais également plus de souplesse pour aménager son temps de travail, un éventuel soutien financier et accompagnement de la DRH… « Si notre projet est reconnu et valorisé par notre employeur, on a bien plus de chances de réussir qu’en restant seul ! », assure Stéphanie Minel.

Aux assistantes maternelles, Alice Alfredo recommande de prendre soin de préciser, dès le début du contrat, qu’elles envisagent de mettre en place cette démarche de VAE et qu’elles auront besoin de plages de temps disponible pour finaliser le dossier et passer l’examen. Ce qu’elle a fait avec ses employeurs qui ont été particulièrement soutenants ! Ndlr : Tout salarié a droit à un congé VAE de 48h par session avec maintien total de sa rémunération.

Savoir prendre son temps

Il faut comprendre qu’une démarche de VAE – quel que soit le métier visé – est un long cheminement, dans lequel le temps joue tout son rôle. Il permet au professionnel d’entrer petit à petit dans la posture professionnelle de l’AP, l’IEPE, l’EJE, qu’il veut devenir. C’est un parcours difficile, parfois éprouvant mais nécessaire pour prendre le temps d’assimiler les nouvelles compétences que l’on a travaillées. « Mon parcours a duré deux ans et demi car j’ai présenté mon diplôme par deux fois, après avoir failli sur un domaine de compétences. Un candidat ne peut présenter son dossier qu’une fois par an afin de murir son projet et de faire son chemin… Maintenant que je l’ai, je mesure ces propos, mais sur le moment, ça été très difficile à accepter ! », admet Alice Alfredo.

« A la fin du parcours, reconnait Christine Maurin, les professionnels que j’accompagne ont grandi. Ils sont allés puiser de nouvelles compétences, et cette démarche vers le TP IEPE leur a permis de s’inscrire dans une réflexion sur leurs pratiques professionnelles qu’ils n’avaient pas forcément auparavant. Il y un avant et un après ».

Préparer (très) sérieusement son oral

La soutenance orale est une étape finale – de 30 minutes à 1h30 – à ne pas prendre à la légère mais à préparer avec rigueur pour convaincre le jury. « Toutes les questions partent du livret qu’il faut connaitre sur le bout des doigts. Mais il faut également être en mesure d’apporter de nouvelles choses,recommande Stéphanie Minel, qui a été jury de VAE AP. De rebondir sur l’actualité, la législation, les retombées d’un projet, poursuivre la réflexion sur les actions qui ont été menées… il faut que cela fasse sens ! ». Pour préparer son oral de VAE EJE, Alice Alfredo a rencontré par le biais de son réseau des formatrices EJE qui lui ont fait passer des oraux pour l’entrainer, sans la ménager. « C’était très riche, elles ne m’ont pas fait de cadeau ! », se souvient-elle.

L’examen oral de la VAE pour le TP IEPE se démarque tout particulièrement. C’est une épreuve de 4h qui balaye toutes les compétences exigées. L’examen est décomposé en plusieurs parties : mise en situation professionnelle, étude de cas et explication, questions du jury, présentation orale d’un diaporama, entretien final. « Une épreuve exigeante, dont le format long permet vraiment de prendre conscience des compétences du candidat », assure Christine Maurin, convaincue.

S’imprégner des documents de référence et rester en veille

Pour entrer dans cette dynamique, les professionnelles conseillent de s’imprégner de la culture du métier en lisant les documents de référence, et ce tout particulièrement pour les TP IEPE et DEEJE plus axés sur la pédagogie (a minima le référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant, le référentiel du métier concerné, le référentiel d’évaluation pour l’examen, la charte nationale d’accueil du jeune enfant). « Je connais bien mon territoire par le RPE, le comité de quartier, les réseaux et je suis très engagée, dans une association rattachée à l’Ufnafaam, et à la CCPD : j’étais dans un bain très positif qui m’a beaucoup soutenue », note Alice Alfredo. Pour sa part, Stéphanie Minel conseille de se former, d’aller au-devant des professionnels qui ont des parcours intéressants, de rester en veille active sur toutes les problématiques liées au secteur de la petite enfance…

Échanger avec ses pairs

Pour garder la motivation, mieux vaut être bien entouré et soutenu. Par sa famille, acquise à sa cause, par ses collègues, par ses pairs… Pour Alice Alfredo, l’animatrice de son RPE a été son précieux soutien. C’est d’ailleurs elle qui avait « allumé la mèche » par son incitation à la réflexion quelques années auparavant. D’autres trouveront des groupes d’entraide sur les réseaux sociaux pour glaner des conseils, communiquer et s’enrichir mutuellement. Attention cependant à ne pas en abuser ; « en phase d’écriture ça peut être enrichissant, mais des candidats peuvent être complètement déstabilisés par ce qu’ils lisent sur les réseaux. Je leur interdis d’y aller les semaines avant l’examen. Ça les fait monter en pression ! », signale Christine Maurin.

Être déterminé et motivé

Enfin, toutes s’accordent à dire qu’il faut une détermination et motivation à toute épreuve pour réussir à mener de front une VAE, son activité professionnelle et sa vie de famille, tout particulièrement lorsqu’on est assistante maternelle, aux horaires élargis. Pour Stéphanie Minel, il y a des moments plus opportuns que d’autres qui faut savoir saisir pour se lancer dans une démarche de VAE. Mais une fois engagé, ne pas lâcher ! « Même si l’on ne valide que partiellement deux ou trois modules, c’est déjà une réussite, assure-t-elle. Il faut vraiment le voir dans ce sens. Cette évolution professionnelle s’inscrit dans le temps et c’est très constructif. On acquiert les compétences au fil du temps et on les valide au fur et à mesure ».

Quelques rappels réglementaires sur la VAE

  • Depuis la réforme de 2022, la VAE est un véritable service public accessible à tous, sans restriction d’âge, de formation, de type ou de durée d’expérience. La procédure a été simplifiée, il n’est plus nécessaire de justifier d’une durée d’expérience professionnelle et de fournir des justificatifs, seul le déclaratif suffit.
  • Les expériences en lien avec le diplôme visé effectuées dans un cadre bénévole ou d’aidant peuvent être valorisées et reconnues par une VAE. En revanche une expérience parentale dans le cercle familial n’est pas considérée comme une expérience professionnelle pour les diplômes éducatifs et de la petite enfance.
  • L’accompagnement individuel du candidat n’est pas obligatoire mais simplement recommandé.
  • Tout salarié a droit à un congé VAE de 48h par session avec maintien total de sa rémunération, pour la préparation de son dossier et de sa soutenance orale.
  • L’accord de l’employeur n’est pas indispensable. Il est néanmoins un atout essentiel ! Notons que la CNAF a voté en juillet 2026 un dispositif financier en appui aux gestionnaires, permettant de compenser l’absence des professionnels engagés dans une VAE, au-delà des 48 heures légales. 
  • Pour le TP IEPE, si la démarche est réalisée par France VAE, on ne parle plus de livret I et II mais de dossier de faisabilité et de dossier de validation.

Vrai/Faux sur la VAE

Charlène Frau

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 27 juillet 2026

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