Charlène Frau, EJE : « Être accompagnatrice et jury de VAE me stimule dans ma pratique professionnelle »
Depuis plus de quinze ans, Charlène Frau travaille avec passion pour la petite enfance. Son parcours professionnel lui a permis de découvrir différentes facettes et métiers d’un secteur exigeant, des lieux d’accueil à la protection de l’enfance. Montée progressivement en compétences – d’un BEP au diplôme d’Éducatrice de jeunes enfants par la VAE – elle partage aujourd’hui son expérience en accompagnement et jury de VAE.
A 35 ans, Charlène Frau compte déjà plus de quinze ans d’expérience professionnelle au service de la petite enfance. Son parcours professionnel commence dès 17 ans par un BEP sanitaire et social (qui n’existe plus en tant que tel) puis un Bafa qui lui permettent de travailler pendant deux ans en centre de loisirs et école maternelle. Une fois diplômée Auxiliaire de puériculture, elle exerce en protection de l’enfance, en crèche privée puis publique, et devient fonctionnaire. Ces expériences professionnelles vont la nourrir et lui permettre de gagner en maturité. D’autres moins agréables ont le mérite de lui laisser entrevoir « la directrice de crèche, la formatrice, la professionnelle qu’elle voudra être, ou ne pas être », admet-elle. « C’est là que va se faire ressentir le puissant besoin d’évoluer vers un diplôme d’Éducateur de jeunes enfants, se souvient-elle. En réalité, très jeune je voulais déjà être éducatrice, mais je ne savais pas si je devais viser éducatrice spécialisée, éducatrice de jeunes enfants, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse… ». Qu’à cela ne tienne ses choix la mèneront toujours vers ce diplôme d’Eje. « Alors même que j’étais en BEP, j’avais déjà entendu parler de la VAE EJE. J’ai toujours gardé en tête que cela pouvait être une voie pour y parvenir », se souvient-elle.
Éducatrice de jeunes enfants par la VAE
En 2017, Charlène est diplômée Eje par la VAE. Une démarche de réflexion, de remise en question, d’auto-évaluation qui va la transformer… Elle intègre par la suite des postes d’éducatrice, à nouveau en protection de l’enfance pendant quelques années, puis en crèche privée et publique, d’une micro-crèche jusqu’à une crèche de 47 berceaux… Depuis quatre ans, elle est directrice d’une crèche publique de 25 berceaux en Île-de-France, fière de la double casquette AP et EJE qui la définit aujourd’hui.
Formatrice et accompagnatrice pour transmettre
Animée par une volonté forte de partager son expérience, Charlène Frau crée son autoentreprise de formation et accompagnement à la VAE en 2023, en parallèle de son activité. Elle accompagne les candidats à la VAE, de la rédaction de leur livret 2 à la présentation à l’oral devant le jury, de 15 à 30 heures en fonction du volume horaire choisi. Devenir formatrice et accompagnatrice a été un nouveau challenge pour la jeune femme. Elle a dû se former à l’accompagnement à la VAE, à la formation pour adulte, mais également développer ses compétences marketing et communication pour promouvoir sa nouvelle activité. Mais sans aucun regret ! « En accompagnant aujourd’hui des professionnels dans cette même démarche de VAE qui m’a tant apporté sur le plan professionnel et personnel, je crois pouvoir dire que la boucle est bouclée », estime Charlène Frau tout sourire. Car la jeune femme n’est pas devenue formatrice pour arrondir ses fins de mois… « J’avais besoin de quelque chose qui me stimule intellectuellement, qui m’extraie des problématiques de la crèche, et dans lequel je puisse transmettre mes valeurs, mes expériences et compétences. Mais aussi de partager mon parcours de VAE pour peut-être inspirer les autres et leur montrer qu’il n’est jamais trop tard… », explique-t-elle.
Un investissement chronophage
Ce qu’elle ne dit qu’à mots couverts c’est que cet engagement – aussi riche soit-il – lui demande une charge de travail considérable. Bien qu’elle n’accompagne volontairement « que » 15 personnes, Charlène Frau consacre ses samedi matin aux entretiens en visio et son dimanche aux relectures de dossier. « Je suis sous-traitante d’un organisme de formation Qualiopi, la charge administrative est donc moins lourde que si c’était mon propre organisme de formation », reconnait-elle.
Jury par amour du métier
Charlène Frau est également jury en école d’Eje ou pour les oraux de VAE Eje. Deux fois par an, elle participe aux sessions d’oraux régionales, en Île-de-France. Dans cet exercice, elle apprécie les moments d’échange et de partage toujours intéressants qui gardent son esprit en alerte, l’incitent à toujours questionner ses propres pratiques et lui font découvrir de nouvelles manières de faire, « avec la nouvelle génération qui arrive sur le terrain ». Si son parcours lui permet d’être jury de VAE Eje ou AP, elle reconnait volontiers sa préférence pour les candidatures à la VAE Eje. « Les échanges sont plus riches, admet-elle. Il n’y a pas le même niveau. Pour une VAE AP, on a parfois des dossiers assez mal écrits qui prennent beaucoup de temps à étudier, et puis finalement lorsque l’on rencontre la personne, on réalise qu’elle avait seulement des difficultés à l’écrit parce qu’à l’oral, elle s’est bien exprimée, a réussi à valoriser ses compétences et partager ses valeurs ». Charlène Frau estime qu’un bon jury doit pouvoir arriver sans a priori, ni sur le diplôme par VAE qui a exactement la même valeur qu’un diplôme initial, ni sur le niveau du dossier écrit, parfois en deçà des compétences réelles du candidat.
Un engagement exigeant et peu valorisé
Si l’exercice est intéressant, Charlène Frau reconnait que de nombreuses régions peinent à trouver des jurys car les conditions ne sont pas très attractives ! Un jury ce sont au moins deux personnes : un formateur et un professionnel de terrain (Eje) d’a minima 5 ans d’expérience. Pour les professionnels, difficile de se libérer une journée et nombreux sont ceux qui doivent poser des congés pour le faire. Un engagement qui demande également des heures de travail en amont : chaque jury reçoit environ 5 dossiers de 100 pages en moyenne qu’il va falloir lire et étudier. Des heures de travail bénévole, car seules les heures de jury pour les oraux sont défrayées (« des cacahuètes ! ») et si une candidate ne vient pas, le jury n’est pas rémunéré… « Dans de pareilles conditions, constate Charlène Frau, on peut avoir une certitude : ceux qui choisissent d’être jury ne font clairement pas cela pour l’argent ! Ils le font pour l’amour du métier et l’envie d’échanger avec d’autres professionnels. Je le rappelle souvent aux candidats que j’accompagne pour dédramatiser ! »
De lourdes responsabilités
Les jurys ont pourtant la lourde charge de décerner ou non un diplôme. Et dans cet exercice, le référentiel métier et leur charte seront toujours le point de repère. Pour ces professionnels aguerris, pas de questions piège mais seulement des questions ouvertes pour approfondir la réflexion et s’assurer que le candidat a bien écrit lui-même son dossier, s’est suffisamment approprié ses connaissances acquises sur le terrain. Qu’il serait capable de les transposer dans un autre milieu dans lequel il lui est permis d’exercer (maternité, protection de l’enfance etc.) « En en tant que jury, il nous est déjà arrivé d’hésiter à octroyer un diplôme à une candidate qui se présentait pour la troisième ou quatrième fois. Mais à l’appui du référentiel, nous avons parfois dû renoncer, considérant que si cette personne postulait demain en tant qu’Eje en protection de l’enfance, elle ne ferait pas le poids, reconnait-elle. On ne peut pas envoyer sur le marché de l’emploi des personnes qui n’ont pas les compétences ! »,
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 20 janvier 2025