« Lorsque les fumées arrivent, l’air devient irrespirable » : Sandrine, assistante maternelle à Cadaujac, raconte son quotidien
Sandrine est assistante maternelle depuis 31 ans à Cadaujac, au sud de Bordeaux. À son domicile, elle accueille habituellement quatre enfants à temps plein. Alors que les incendies et les fumées touchent la région, elle raconte comment elle adapte son quotidien et se prépare à une éventuelle évacuation.
« J’accueille habituellement quatre enfants à temps plein à mon domicile de Cadaujac. Depuis environ une semaine, les incendies touchent la région et certains jours sont plus compliqués que d’autres. Lorsque les fumées arrivent, l’air devient irrespirable. Dans ce cas, je ferme les fenêtres, j’arrête la VMC, je bouche les aérations et nous ne sortons pas.
Protéger les enfants des fumées
Pour le moment, ma ville ne se trouve pas dans une zone d’évacuation. Certaines communes situées à quelques kilomètres l’ont été. La direction des feux évolue en fonction du vent, alors nous restons très vigilants. Les consignes sont de faire attention aux fumées, de fermer les fenêtres, de ne pas sortir et d’hydrater les enfants au maximum. La mairie nous demande également de nous tenir prêts au cas où la situation évoluerait. Les journées dépendent vraiment des conditions. Ce matin, j’ai pu aller au parc avec la petite fille que j’accueille actuellement et nous avons poursuivi notre journée tranquillement. En revanche, vendredi, la commune était complètement enfumée et toute sortie était impossible.
Des accueils adaptés à la situation des parents
Actuellement, je n’accueille pas les quatre enfants en même temps. Certains sont en vacances et d’autres restent avec leurs parents lorsque ceux-ci ne peuvent pas aller travailler en raison des feux. Une maman, qui est infirmière, a été rappelée dans le cadre du plan blanc. De son côté, le papa aide les pompiers et les bénévoles. Un autre papa ne peut pas se rendre dans son entreprise et garde donc son enfant avec lui. J’ai de très bonnes relations avec mes parents employeurs. Nous travaillons dans une confiance totale et nous nous tenons mutuellement informés. Trois familles vivent dans la même commune que moi : si nous devions être évacués, nous le serons probablement tous au même moment.
Une clause particulière dans mon contrat
Mon contrat de travail comporte une clause particulière prévoyant le maintien de mon salaire lorsqu’un arrêté préfectoral ou départemental empêche l’accueil des enfants. Cette clause figure dans le modèle de contrat que j’utilise parce que je suis syndiquée*, mais toutes les assistantes maternelles ne l’ont pas. Si je décide de mon propre chef d’interrompre l’accueil ou de partir, je ne suis pas rémunérée. En revanche, si la mairie m’ordonne d’évacuer, mon salaire est maintenu. C’est franchement rassurant.
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« Avec la fumée, il faut tout barricader »
Lors d’une canicule, il est possible de trouver des solutions pour rafraîchir le logement. Je n’ai pas de climatisation chez moi, mais je peux m’organiser pour garder la maison fraîche et rester à l’intérieur. Avec la fumée, c’est différent : il faut tout barricader. Dès que nous voyons les nuages de fumée ou que nous en sentons l’odeur, nous fermons tout.
Une valise préparée en cas d’évacuation
Pendant les temps d’accueil, je ne me suis pas sentie paniquée. Jusqu’à présent, nous avions surtout les odeurs, les nuages de fumée et le ciel qui s’assombrissait. En revanche, le week-end dernier, j’ai été plus inquiète parce que le feu n’était pas très loin de chez nous. Je ne travaillais pas, mais ma valise était prête au cas où il aurait fallu partir.
Depuis, je l’ai défaite parce que je suis de nature plutôt optimiste. Je croise les doigts et j’espère que les vents tourneront. Mais je sais aussi qu’une valise peut être rapidement préparée si la situation se dégrade. Nous ne sommes pas encore sortis d’affaire. La canicule revient dans la région, l’humidité va de nouveau être très basse et les feux peuvent reprendre à tout moment.
Une pensée pour les personnes évacuées
Je n’avais encore jamais vécu une telle situation. Je sais que certaines de mes collègues ont été évacuées. Je me trouve à environ trente à quarante-cinq minutes de Marcheprime. L’une de mes collègues a été avertie à 21 h 30 qu’il fallait évacuer. Les habitants avaient cinq heures pour quitter la ville. Le feu est particulièrement angoissant parce que, lorsqu’il passe, il détruit tout. Une inondation peut causer énormément de dégâts et d’humidité, mais les maisons restent debout. Avec un incendie, on peut tout perdre. Pour le moment, je croise les doigts. J’ai une très grosse pensée pour les collègues qui ont tout perdu et pour toutes les personnes en cours d’évacuation. C’est très dur.»
*Unsa Pro assmat
Propos recueillis par Candice Satara
PUBLIÉ LE 28 juillet 2026