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Surexposition aux écrans : le plan de Terra Nova pour agir dès la petite enfance

Terra Nova publie un nouveau rapport sur la surexposition précoce aux écrans dès la petite enfance. Pour lutter contre ce phénomène alarmant et ses conséquences sur le développement des enfants, ses auteurs – Florent de Bodman et Thomas Villemonteix – proposent un plan d’action en cinq leviers pour agir à la racine, au plus près des besoins des familles. 

Le think tank progressiste indépendant Terra Nova publie ce 13 octobre 2026, un nouveau rapport sur les enfants et les écrans. Ce ne sont certes pas les premiers à s’intéresser au sujet, mais les auteurs Thomas Villemonteix, maître de conférences en psychologie à l’Université Paris 8, membre de l’Institut Universitaire de France et Florent de Bodman, ex-administrateur civil au ministère des Finances, cofondateur et directeur général de l’association 1001 mots, dressent un constat alarmant et proposent de changer radicalement de méthode pour agir.  

Les dernières données de la cohorte Elfe l’indiquent : très tôt, les écrans sont ancrés dans le quotidien des tout-petits. 97 % des 3-5 ans sont exposés à au moins un écran chaque semaine. Au quotidien, 53 minutes de temps moyen quotidien passé devant un écran à 2 ans, 1h20 à 3 ans et demi, puis 1h34 à 5 ans et demi et parfois le double les jours sans école. Jusqu’à 6 heures par jour dans les familles les plus exposées. Bien évidemment, les conséquences sont dramatiques sur le sommeil, la corpulence, la vision, le langage, les capacités d’attention et le langage des enfants. « Pris séparément, chacun de ces effets est modeste ; c’est leur cumul, leur convergence et leur précocité qui fondent l’enjeu de santé publique », précisent les auteurs. Mais une heure passée devant un écran, c’est surtout une heure qui prend la place du reste : le jeu, le sommeil, les interactions sociales, la lecture, les conversations avec un adulte… 

La faiblesse des familles les plus exposées 

Qui sont les familles les plus concernées ? Le rapport constate que cette surexposition suit un gradient social particulièrement marqué. Les enfants des classes sociales les moins qualifiées y sont bien plus exposés que les enfants des classes intellectuelles de classes supérieures. Les auteurs excluent cependant que ce comportement soit le fruit d’un manque d’information, d’un désintérêt des parents ou d’un vrai choix éducatif. En réalité, leurs bonnes intentions se heurtent aux difficultés du quotidien (s’occuper de la fratrie, calmer un enfant, gérer un logement trop petit, pallier le manque d’espace extérieur ou de relais adulte) et à la facilité d’un outil immédiatement disponible pour avoir quelques minutes de tranquillité… 

Forts de ce constat, Florent de Bodman et Thomas Villemonteix expliquent que ces dernières années, les politiques publiques ont tout particulièrement travaillé à informer les familles, à renforcer les savoirs par des campagnes, recommandations et ressources en ligne. Ils estiment qu’elles ont en revanche négligé le pouvoir d’agir des familles, le soutien à la parentalité, laissant la petite enfance en dehors du débat. « Il ne faut plus miser seulement sur les interdits, mais davantage sur les alternatives disponibles, les relais autour des parents, l’accompagnement des familles et l’environnement numérique lui-même », préconisent-ils dans ce rapport.

Changer de méthode avec un plan d’action ambitieux 

Le think tank encourage donc à passer d’une « politique de l’interdiction à une politique de solutions », en agissant directement sur tout ce que l’écran remplace dans la vie des enfants. Il propose un plan d’action concret en cinq leviers, à mettre en application dès le prochain quinquennat…  

1. Faire du jeu hors du domicile une véritable alternative aux écrans.

Pour les auteurs, l’essentiel du levier se situe dans les moments passés en famille, notamment les mercredis et les weekends. « L’objectif est d’offrir à chaque enfant de moins de 5 ans un lieu de jeu accessible à moins de quinze minutes de chez lui », précise le rapport.  Ils préconisent donc de rendre réellement disponibles les alternatives aux écrans, en faisant « du jeu hors du domicile un véritable instrument de politique publique, plutôt que de demander uniquement aux parents de modifier leurs pratiques à la maison ».  En doublant dès 2027 les ludothèques hors les murs (leur financement serait sécurisé via les CAF avec 20M€ supplémentaires par an à horizon cinq ans) ; en ouvrant plus largement les LAEP le samedi et le mercredi (coût estimé à 40M€ par an), et en mobilisant le réseau scolaire. En s’appuyant sur l’expérience parisienne des cours d’école ouvertes le samedi, on pourrait envisager d’ouvrir 10% des cours d’école de la même manière, en finançant seulement la présence d’un gardien. Coût estimé : 25M€ par an. 

NB : La proposition d’ouvrir les cours d’écoles avait déjà été évoquée par le rapport du HCFEA « Les temps et les lieux tiers des enfants et des adolescents hors maison et hors scolarité » en 2018. C’était aussi une revendication du psychiatre Serge Tisseron, initiateur des repères « 3-6-9-12 ». Enfin, Le rapport « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu », demandé par Emmanuel Macron en janvier 2024, préconisait également de développer dans l’espace public les alternatives aux écrans2.

2. Rompre l’isolement en généralisant les groupes de parents post-naissance.

Plus d’un tiers des femmes enceintes et des mères sont confrontées à la solitude, accrue par l’arrivée d’un enfant et la situation de familles monoparentales. Et seul, il est plus difficile de résister aux écrans… Sur le modèle danois, Terra Nova propose de créer des groupes locaux de jeunes parents d’un même quartier ayant accueilli un bébé à la même période, sans animation professionnelle permanente. Initiés par la PMI, ces groupes seraient ensuite autonomes et se retrouveraient une fois par mois, dans un lieu public ou chez l’un d’entre eux. Le think tank propose une expérimentation de ce réseau d’entraide dans plusieurs départements puis une généralisation qui permettrait à terme de toucher 130 000 familles (20% d’entre elles) par an. Coût estimé du dispositif : environ 100 ETP supplémentaires en PMI, soit environ 5M€ par an.  

NB : Les Cercles de parents, initiés par la puéricultrice Elodie Emo, le Collectif Je suis Infirmière Puéricultrice et l’UNAF, dans le cadre de la politique des 1000 premiers jours ont initié un projet similaire et remarquable, néanmoins appuyé sur les infirmières puéricultrices qui guident les échanges. Mais depuis deux ans, le dispositif s’essouffle, faute de financements pérennes et d’un modèle économique rentable. 

3. Transformer la communication nationale sur les écrans : interpeller les parents là où ils sont avec une approche positive et orientée ressources.

Changer de méthode, c’est également changer de discours. Les auteurs proposent « de sortir d’une communication ponctuelle et principalement fondée sur l’interdit » pour valoriser des messages concrets qui expliquent les risques, valorisent le jeu et les interactions. Une stratégie permanente, pilotée par Santé publique France, permettrait de toucher les parents dans les maternités, les PMI et les réseaux sociaux (Instagram, TikTok) et plateformes vidéo dans une stratégie d’aller-vers permanente. « Chaque message doit expliquer pourquoi limiter les écrans et surtout proposer immédiatement une alternative », précisent-ils. Des supports simples pour aborder le sujet seraient également proposés aux professionnels de santé et de la petite enfance. 

4. Déployer à grande échelle des programmes « Parentalité » à fort impact pour les familles les plus vulnérables.

Terra Nova propose d’aller au-devant des familles avant qu’elles ne demandent de l’aide, en instaurant une nouvelle visite à domicile plus structurée, entre 6 et 9 mois, pour tous les primo-parents, afin d’évoquer les besoins de la famille (sommeil, pleurs, logement, isolement, jeu, langage et place des écrans) et de les orienter vers les solutions adaptées. Les CAF, CPAM et PMI seraient mobilisées avec un rôle renforcé des puéricultrices. Ensuite, un accompagnement renforcé serait proposé aux familles qui en ont besoin, par le biais d’un plan national de 60M€ par an consacré à des programmes structurés et évalués comme PANJO, PSFP, Triple P Babies, ou 1001mots. Le rapport propose aussi de faire rembourser par l’Assurance maladie les actes des puéricultrices de PMI. Coût estimé à 20 à 30 M€ par an.

NB : C’est une des revendications majeures des puéricultrices, qui militent depuis longtemps pour que soit mieux reconnues leurs missions en prévention, que leur soient ouvert l’accès aux parcours d’infirmière en pratique avancée, et que leurs actes puissent être remboursés. En 2019 déjà, le rapport de Michèle Peyron sur la PMI le recommandait explicitement. Suivi de la mission sénatoriale sur la périnatalité et de la plateforme « Assurer l’avenir de la PMI ». 

5. Encadrer l’offre d’écrans et de vidéos destinées aux jeunes enfants : avertissements obligatoires et interdiction de vendre certains objets.

Le rapport encourage à agir directement sur l’offre d’écrans et de vidéos ciblée sur les jeunes enfants. En imposant des avertissements de santé dans les flux de vidéos pour jeunes enfants sur les plateformes. Le contenu des avertissements serait défini avec Santé publique France et leur application contrôlée par l’Arcom. Les avertissements sur les plateformes destinées aux adultes pourraient également être renforcés pour éviter l’exposition des jeunes enfants à des contenus violents ou sexuels. Terra Nova propose également que soit interdite la promotion commerciale des objets conçus pour placer un bébé seul devant un écran. 

NB : La députée Caroline Janvier a porté une loi « relative à la prévention de l’exposition excessive des enfants aux écrans », adoptée par l’Assemblée nationale en mars 2023. Mais la loi n’a jamais pu être votée au Sénat, en attente d’inscription à l’ordre du jour… Elle défendait notamment l’obligation d’apposer des messages de prévention sur les emballages des téléphones, tablettes et ordinateurs, ainsi que dans les publicités pour ces produits.

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 13 octobre 2026

MIS À JOUR LE 14 octobre 2026

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