Adrien Charlot, directeur de crèche en grève : « Les professionnels ont l’impression de faire un travail à la chaîne »
Éducateur de jeunes enfants, directeur d’une crèche départementale en Seine-Saint-Denis et secrétaire général du SNPPE, Adrien Charlot fait grève ce 5 novembre. Alors que son syndicat appelle les professionnels de la petite enfance à se mobiliser, il nous raconte le manque d’effectifs, la pression au remplissage et l’usure des équipes. Voici son témoignage.
« Le SNPPE rejoint cette mobilisation pour défendre une autre manière d’organiser l’activité éducative, notamment dans l’accueil du jeune enfant, avec un même mot d’ordre : une meilleure répartition des richesses et la défense du service public. Je suis éducateur de jeunes enfants et j’exerce une fonction de direction dans une crèche départementale de 55 places en Seine-Saint-Denis. Ce 5 novembre, toute la crèche est fermée. Nous avons la possibilité de prévenir les familles en amont pour qu’elles puissent s’organiser. Sur les 42 crèches départementales, plusieurs autres sont fermées aujourd’hui. Dans ma crèche, nous fonctionnons toujours en mode dégradé : faute de professionnels en nombre suffisant, nous n’accueillons pas autant d’enfants que notre agrément nous le permet. Nous faisons le choix de privilégier la qualité de l’accueil plutôt que la quantité d’enfants accueillis.
Mieux lotis en Seine-Saint-Denis
Dans les crèches départementales, nous avons la chance de bénéficier de taux d’encadrement plus favorables : un professionnel pour six enfants qui marchent , et un pour cinq enfants qui ne marchent pas. Ce choix du département tient aussi au fait que les auxiliaires de puériculture assurent d’autres tâches, notamment le ménage et les repas. Il faut donc tenir compte de l’ensemble de leur activité.

Nous avons encore des conditions de travail qui vont dans le bon sens, avec cette volonté de ne pas privilégier le remplissage. La qualité de l’accueil des enfants et de l’accompagnement des familles est une priorité. Mais cette manière de fonctionner devient difficile à maintenir, parce que notre hiérarchie est elle-même soumise à des injonctions croissantes de notre principal financeur. Depuis que la PSU a été mise en en place dans les crèches départementale, en 2023, nous ressentons une forte pression sur l’activité. Ce système de financement a des répercussions très concrètes sur le terrain et sur l’accompagnement que les professionnels peuvent proposer. Il faudrait être en permanence à 100 %, voire à 110 % du taux d’occupation. Les professionnelles ont l’impression de faire un travail à la chaîne.
Le 8 octobre, notre crèche était déjà fermée. Nous avons manifesté à l’appel du collectif Pas de bébés à la consigne. La question de la reconduction de la grève se pose, mais pour beaucoup de professionnels, enchaîner les journées de grève est compliqué financièrement. Les parents sont compréhensifs. Bien sûr, la fermeture les met en difficulté, mais ils préfèrent que nous puissions nous occuper de leurs enfants en étant réellement disponibles. Ils comprennent ce que nous cherchons à défendre.
Non à la marchandisation
Nous voulons protéger notre activité et le service public contre la marchandisation. On ne peut pas organiser le secteur avec des logiques de rentabilité. On voit les conséquences de ces choix, notamment sur les professionnels. De plus en plus abandonnent le métier. L’usure professionnelle et la pression qu’ils subissent font partie des raisons de ces départs. Pourtant, nous avons les moyens de promouvoir un autre système. Nous devons pouvoir nous appuyer sur une réglementation qui répondent aux besoins des enfants. En Seine-Saint-Denis, nous conservons encore certains acquis sociaux, mais il devient difficile de les préserver dans ce contexte. »
Propos recueillis par Candice Satara
PUBLIÉ LE 05 novembre 2026