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Adeline, EJE frontalière : « Taux d’encadrement, salaire… en Allemagne, je trouve des conditions pour m’épanouir »

Éducatrice de jeunes enfants (EJE) formée en France, Adeline Remy vit entre Mulhouse et Colmar et travaille de l’autre côté de la frontière, à Neuenburg am Rhein, depuis plus de dix ans. Un choix de carrière qu’elle n’a jamais regretté. Voici son témoignage.

Pendant sa formation d’EJE, Adeline s’était donné un objectif simple : « varier les expériences de stage » pour enrichir sa pratique et découvrir différents contextes. Rien, pourtant, ne la prédestinait à franchir la frontière, si ce n’est que la première ville allemande est à seulement vingt-cinq minutes de voiture. L’occasion se présente lors d’un stage en jardin d’enfants bilingue franco-allemand, avec des enfants de 3 à 6 ans. « Je parlais un petit peu allemand, enfin scolaire… Je me suis lancée dans cette aventure en me disant que c’était le moment de faire quelque chose d’un peu différent. » La première journée a été un choc, notamment au niveau de la langue. « En sortant à 19 h 30, j’ai pensé que les deux mois allaient être très, très longs. »

D’un stage à un CDD en jardin d’enfants allemand

L’expérience est intense, elle apprend énormément grâce à la pleine confiance de sa directrice. De retour en France, elle envisage pourtant la crèche, les moins de trois ans, « c’était mon projet initial », explique-t-elle. Mais quelques mois plus tard, l’Allemagne la rattrape. « La directrice a recontacté mon centre de formation : elle avait un poste pour moi dès mon diplôme obtenu, raconte-t-elle. Un CDD de deux ans. En 2014, ce n’était pas si simple de trouver un poste d’EJE sur mon secteur… On me tendait un plateau. Alors j’ai foncé. »

Un taux d’encadrement renforcé : ça change tout !

Adeline restera quatre ans dans ce jardin d’enfants. Lors de cette première expérience, elle fait la connaissance d’une collègue qui se révèle être un formidable soutien pour elle, alors jeune EJE. « Elle a été un modèle de bienveillance, de pédagogie, d’engagement, confie la jeune femme. Elle a déménagé à quelque 400 km de Neuenburg mais nous avons gardé contact et nous essayons de nous voir dès qu’elle revient dans la région. Dans ce métier qui n’est pas toujours facile, avec une vraie cohésion d’équipe, on soulève des montagnes ! »

La jeune femme progresse en allemand, trouve ses marques, mais sa priorité restait d’aller en crèche. En 2018, elle obtient un poste dans une structure qui accueille des enfants âgés de 1 à 3 ans. Elle y reste jusqu’à la naissance de son fils. Après un an de congé parental, elle reprend en avril 2025 à temps partiel dans une autre petite crèche de la même ville. Sa structure actuelle ressemble davantage à une micro-crèche. « Nous accueillons au maximum dix enfants jusqu’à 14 h. Nous sommes trois professionnelles, ce qui nous permet d’avoir du temps pour chacun », explique-t-elle. Le taux d’encadrement, un point qui compte énormément pour Adeline. « Ici, le ratio est d’un professionnel pour quatre enfants, qu’ils marchent ou non. Pour moi, c’est primordial », insiste-t-elle. Cette organisation change tout : « Cela transforme complètement le quotidien, la manière de travailler, le lien avec les enfants et la relation avec les familles », souligne-t-elle.

Un salaire supérieur en Allemagne

Le différentiel salarial pèse aussi dans son choix de rester outre-Rhin. « Quand j’ai commencé, j’étais à 1 600 € nets. Après plusieurs formations, je suis passée à 2 000 € nets dès la deuxième année. En France, une EJE était plutôt autour de 1 500 € à l’époque », précise Adeline. Depuis, la convention collective allemande fait son œuvre : « L’échelon dépend de l’ancienneté, de l’âge, du niveau d’études… On progresse chaque année. Aujourd’hui, quelqu’un qui débute à temps plein commence au-dessus de 2 000 € nets. » Elle nuance toutefois : « Pour celles et ceux qui vivent en Allemagne, les impôts et le coût du logement entrent en ligne de compte. Moi, à la frontière, j’ai trouvé une bonne formule. »

Dans un marché en tension, des professionnelles très recherchées

Adeline n’est pas la seule Française à faire le choix de l’Allemagne. « Le manque de personnel est criant : on parle de 300 000 éducateurs manquants. Les Françaises sont donc tout à fait bienvenues, il y en a au moins une dans chaque crèche. » Elle ajoute : « Ce qu’on entend souvent, c’est que les employeurs préfèrent recruter une éducatrice française, même si elle ne maîtrise pas encore parfaitement l’allemand. Ils privilégient les compétences professionnelles et l’approche éducative, plutôt que la seule aisance linguistique. » Les formations d’EJE en Allemagne sont assez proches de celles en France, sur trois ans, avec des systèmes d’apprentissage pour s’immerger dans le métier. Le bilinguisme, lui, dépend des projets. Dans la crèche où elle est actuellement, les échanges sont à 100 % en allemand. Dans sa précédente structure, il y avait des chansons en français, des petites touches culturelles françaises.

Adeline a été marquée par une pratique locale : la journée d’essai. « Quand on postule, la direction propose de passer une journée en crèche. On visite, on rencontre l’équipe, on observe, on interagit avec les enfants. L’équipe regarde aussi comment ça se passe. Ensuite, il y a un entretien formel. Ça permet à tout le monde de vérifier la compatibilité avant la période d’essai. »

Revenir en France ? Pas question

Avec le recul, Adeline ne regrette rien. Plus elle avance dans son métier, moins elle s’imagine retourner en France. Aujourd’hui, elle parle couramment allemand, mais reconnaît que la barrière de la langue peut décourager certaines personnes. « Je me souviens d’une scène pendant mon stage : une petite fille me parle, puis se tourne vers sa copine et lui dit quelque chose. L’autre lui répond : “Elle n’a pas compris.” Et elles sont parties toutes les deux. » Mais une fois cet obstacle surmonté, l’EJE est convaincue : « Ratio d’encadrement, taille des groupes, progression salariale… il y a de vraies conditions pour s’épanouir ici. »

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 29 octobre 2025

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