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Place des parents dans les crèches : les réflexions du HCFEA et de l’UNAF

En octobre dernier, Aurore Bergé,  encore ministre des Solidarités et des Familles, sollicitait l’UNAF, le HCFEA et Elisabeth Laithier dans un courrier les enjoignant de réfléchir à des propositions concrètes pour renforcer la place des parents dans les crèches. A défaut d’une démarche commune, le HCFEA et l’UNAF ont préparé deux contributions distinctes mais complémentaires pour agir concrètement sur cette problématique. Au vu du dernier remaniement ministériel, difficile de prédire l’avenir de ces  préconisations… d’ailleurs seront-elles seulement lues si ce n’est étudiées ?

Dans un courrier commun daté du 13 octobre 2023, Aurore Bergé,  alors ministre des Solidarités et des Familles, appelait Marie-Andrée Blanc (Présidente de l’û), Hélène Périvier (Présidente du Conseil de la Famille – HCFEA) et Elisabeth Laithier (Présidente du Comité de filière petite enfance, maire-adjoint honoraire à Nancy, Expert-Référent Petite enfance à l’Association des Maires de France) à croiser leurs regards experts en vue de lui faire part, avant fin décembre, de recommandations concrètes et opérationnelles, propres à :
–    « D’une part à l’échelle individuelle, garantir la pleine association des parents d’un enfant à la vie quotidienne de son mode d’accueil ; à ce titre je serai particulièrement intéressée de connaitre vos positions s’agissant des moyens de renforcer la place des parents au sein des crèches, par exemple par le biais des conseils des parents ou de systèmes de parents-référents.
–    D’autre part et à l’échelle collective, consolider la participation de parents à la gouvernance de la politique d’accueil du jeune enfant, tant au niveau départemental qu’au niveau national dans celui de tout ou partie des instances de réflexion, de représentation ou de coordination du secteur. »

Un raté ou une mission trop floue ?

Incompréhension ou rendez-vous manqué, dans une période de l’année tout particulièrement chargée, les trois protagonistes ne se sont pas concertées et chacune a préféré pousser la réflexion de son côté, en fonction de ses moyens et de son expertise propre : le Conseil de la Famille du HCFEA en se basant sur ses riches travaux, rapports et la littérature parue à ce sujet ;  l’UNAF en prenant appui sur l’expérience de son important réseau d’UDAF et d’associations familiales et en sollicitant les lumières de l’ADMR, de représentants du secteur associatif et de l’UFNAFAAM ; Elisabeth Laithier de son expérience probante d’élue à Nancy, qui avait déjà mis en place en son temps des conseils de crèches (et non pas en tant que présidente du Comité de filière petite enfance qui n’est en rien concerné par le sujet). Elle n’a pas encore répondu en son nom propre à la demande d’Aurore Bergé.

Le HCFEA analyse l’évolution de la place des parents dans les EAJE

Hélène Périvier a remis sa contribution le 20 décembre dernier pour le Conseil de la famille, un document de 8 pages librement consultable sur le site internet du HCFEA. Il retrace l’historique de la place des parents dans les EAJE au fil de l’évolution de la législation. Il fait également un inventaire précis des logiques et pratiques observées pour une meilleure inclusion des parents dans le fonctionnement des EAJE et tire de son analyse quelques pistes 
–    pour développer l’implication des parents à la vie des EAJE,
–    pour renforcer la mobilisation des équipes et l’adaptation de leur mission « pour y associer les parents sans créer un sentiment de surveillance », précise le document,
–    pour accroitre la participation des parents au déploiement de la politique d’accueil du jeune enfant,
–    pour favoriser des temps de réflexion, de concertation et d’analyse des pratiques en s’assurant de la participation des parents.

En voici les principales recommandations :
–    Encourager les EAJE à développer les initiatives type café/goûter des parents,
–    Créer des lieux de partage d’expériences entre établissements,
–    Encourager les parents à communiquer entre eux par un canal de communication stable,
–    Créer des commissions thématiques au sein des conseils d’établissements pour faciliter l’implication institutionnelle des parents,
–    Encourager l’intégration des parents à la gouvernance locale des EAJE en les associant aux modalités d’attribution des places et en leur permettant de participer aux diagnostics locaux qui préparent les plans de développement,
–    Rendre obligatoire dans les schémas départementaux des services aux familles un plan de prévention des risques de maltraitances,
–    S’assurer que toute structure collective à mis en place un conseil d’établissement incluant une participation des parents ou de représentants des parents.

 Pour le HCFEA, pas de coéducation fructueuse possible sans amélioration des conditions de travail

Néanmoins, le Conseil de la Famille insiste tout particulièrement sur l’idée que pour renforcer l’implication des parents, il faut pouvoir compter sur l’adhésion pleine et entière de l’équipe professionnelle à un projet cohérent. « Ainsi sans stabilité des emplois proposés dans les établissements, il est impossible d’assurer la cohérence de l’équipe ce qui altère la capacité à construire une relation de coéducation avec les familles. » Pour le HCFEA « l’amélioration des conditions de travail (rémunération, temps de travail, types de contrat, encadrement etc.) du personnel travaillant dans les structures collectives est une condition nécessaire pour un accueil de qualité qui permette d’y associer les parents », conclut le document.

L’UNAF s’appuie sur l’expérience de terrain de son réseau

Pour répondre à la demande de la ministre, Marie-Andrée Blanc a sollicité l’ensemble du réseau des UDAF via un questionnaire, particulièrement axé sur les questions de gouvernance au niveau territorial. Ont également collaboré, l’ADMR, Familles Rurales, l’ACEPP, Brin de Ficelle et l’UFNAFAAM. Ce rapport, auquel nous avons pu avoir accès, livre donc des observations très factuelles issues des retours d’expérience des professionnels sur le terrain, concernant la participation des parents à la vie quotidienne des modes d’accueil puis leur participation à la gouvernance de la politique d’accueil du jeune enfant. Il cite des initiatives intéressantes et formule des recommandations très concrètes. Il devrait être soumis prochainement au CA de l’UNAF et remis à la ministre.

Ancrer les conseils de parents dans la règlementation

Pour ce qui est de la participation des parents à la vie quotidienne des EAJE, l’UNAF recommande tout particulièrement de veiller à ajuster le temps d’adaptation aux besoins de l’enfant et de ses parents, de ménager un vrai temps de transmission le soir, et met en garde contre les outils numériques, à utiliser avec parcimonie. Et rappelle que les professionnels ont également besoin d’être formés à la relation parents-professionnels pour adopter un comportement ajusté. L’UNAF suggère d’inviter les parents à venir passer quelques heures dans la structure, d’organiser des ateliers parents enfants, une réunion de rentrée et, comme l’évoquait le HCFEA, de multiplier les moments festifs et conviviaux. Notons également l’idée d’un rendez-vous annuel avec la directrice de la structure qui obligerait l’équipe à une attention plus individualisée à chaque enfant et d’un temps de formation autour de la parentalité, proposé un samedi matin avec accueil des enfants, pour offrir un véritable répit parental.

Concernant les conseils de parents, ou conseils de crèches, le rapport de l’UNAF insiste sur la nécessité de prévoir leur existence par voie législative ou réglementaire sur le modèle des conseils de la vie sociale prévus pour les ESSMS( Etablissement ou service  du social ou médico social), pour généraliser et pérenniser leur existence au sein des EAJE. Elle suggère qu’ils soient inscrits aux référentiels qualité en cours de construction. (Ndlr: référence aux travaux de la mission Frossard et de ses groupes de travail)

L’UNAF assure la représentation des parents dans les instances nationales

Pour évoquer la participation à la gouvernance de la politique d’accueil du jeune enfant, l’UNAF rappelle qu’au sein de chaque Comité départemental de services aux familles (CDSF), deux parents – proposés par l’UDAF locale présente de droit – participent aux échanges, qui concernent à 98% des problématiques liées à la petite enfance, puis la parentalité. L’institution relève cependant que le dispositif a ses limites, évoquant le manque de disponibilité des parents qui travaillent, le temps de présence de leurs enfants dans l’EAJE, des difficultés à s’imposer dans ce cadre institutionnel et à avoir une vision des familles plus large que leur cas personnel. Constatant une hétérogénéité de modes de fonctionnement des CDSF et un accès à la parole pas toujours aisé pour les parents, l’UNAF recommande d’en faire un premier bilan (sans attendre le délai des 6 ans initialement prévu) afin d’évaluer la véritable prise en compte de la parole des parents et de formuler des propositions d’évolution. Elle souhaiterait également que, dans le cadre du SPPE, les nouvelles autorités organisatrices de l’accueil du jeune enfant intègrent les conseils de parents à leurs travaux.

Enfin, en conclusion l’UNAF rappelle à bon escient que la représentation des parents est assurée dans les différentes instances en charge de la petite enfance par l’UNAF elle-même, y compris au sein du Comité de filière, de la CNAF, du HCFEA….

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Laurence Yéme

PUBLIÉ LE 11 janvier 2024

MIS À JOUR LE 18 janvier 2024

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