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Rennes réinvente le modèle de la crèche familiale pour mieux accompagner les assistantes maternelles

A l’heure où de nombreuses crèches familiales ferment leurs portes, la Ville de Rennes a choisi de s’engager pour ses assistantes maternelles. Objectif : renforcer l’attractivité du métier. La clé ? Proposer un accueil familial qualitatif et innovant. Ainsi, à la crèche familiale municipale des Longs Prés, les assistantes maternelles sont accueillies deux journées entières par semaine et accompagnées par une EJE. Un compromis idéal entre l’accueil individuel et l’accueil collectif, qui renforce leur professionnalisation.

Depuis 2020, la Direction de la petite enfance de la ville de Rennes a fait de l’accueil individuel son cheval de bataille. Arnaud Stephan, élu en charge de la petite enfance, en est convaincu, « les assistantes maternelles sont une richesse en plus dans notre offre d’accueil ! », assure-t-il. La Ville compte près de 650 assistantes maternelles dont 25 sont salariées de la ville. Mais comme partout en France, l’accueil individuel rencontre des difficultés systémiques liées aux départs à la retraite, au manque d’attractivité et de valorisation du métier. « Un temps, on a compté jusqu’à 300 assistantes maternelles salariées de la Ville. Aujourd’hui elles ne sont plus que 25, regrette l’élu. De 2015 à 2021, nous ne pouvions plus recruter à cause des accords de Cahors qui empêchaient les collectivités de recruter par souci d’économie, puis il y a eu beaucoup de départs à la retraite, explique-t-il. Mais aujourd’hui, nous cherchons à recruter à nouveau pour renforcer ce pôle et soutenir ces professionnelles dans l’exercice de leur métier. ». Alors pour ses assistantes maternelles, la municipalité est « aux petits soins », afin qu’elles soient considérées « comme tout autre professionnel de la petite enfance », et pour améliorer leurs conditions de travail.

Deux types de crèches familiales

Sur les 25 professionnelles salariées par la ville, 5 sont rattachées à une crèche collective, mais les 20 autres sont réparties sur les deux crèches familiales de la Ville, l’une au nord et l’autre au sud. « Après 20 ans passés à exercer en libéral chez moi, je tournais un peu en rond, admet Fatiha Hadidi, assistante maternelle à la crèche familiale des Longs Prés. Je gérais tout toute seule, j’avais du mal à réclamer mon salaire à la fin du mois quand les familles avaient du retard, ou à faire respecter les horaires définis. Maintenant j’ai une équipe derrière moi ! ». Moins d’isolement, de charges administratives, des relations apaisées avec les parents, un accompagnement de proximité : les atouts de la crèche familiale ne sont plus à prouver.
Mais à Rennes, il existe deux propositions d’accueil familial différentes.

La crèche familiale Les Champs d’Andorre fonctionne de manière assez classique : elle compte 20 assistantes maternelles, accueillies par groupes de quatre professionnelles pour des ateliers de deux heures une à deux fois par semaine. La structure est gérée par un binôme de direction (une puéricultrice et son adjointe) et deux EJE qui organisent et participent à l’animation des activités et ateliers proposés.

A la crèche familiale des Longs prés, la Ville expérimente depuis deux ans un autre équilibre : trois journées à domicile, deux journées entières à la crèche familiale, avec un accompagnement proximal par une EJE dédiée, et une puéricultrice en direction. Une option innovante qui commence seulement à séduire les professionnelles : pour l’instant seulement deux assistantes maternelles du quartier ont rejoint l’équipe.

L’accueil à la journée entière, un autre équilibre

Avec deux journées complètes passées à la crèche familiale, l’assistante maternelle trouve un tout autre équilibre dans sa vie professionnelle. Elle évite un sentiment d’isolement, des déplacements superflus et bénéficie du précieux appui de l’équipe de la crèche familiale pour renforcer sa pratique professionnelle. « A la journée ou à la demi-journée, c’est un rythme très différent, confirme Fatiha Hadidi. Je suis venue pour être moins seule et passer plus de temps avec d’autres professionnelles, partager ce que je vis avec elles. Lorsque j’ai parlé de ce projet aux parents, ils m’ont suivie ! Aujourd’hui, les enfants ont la chance de passer du temps chez moi et du temps à la crèche, de découvrir un nouveau lieu, un autre matériel, c’est un bon équilibre ». L’accueil à la journée entière permet aussi de résoudre les problématiques de logement que rencontrent parfois les assistantes maternelles dont les enfants qui ont grandi ou dont l’époux à la retraite ou en télétravail, passent désormais plus de temps à la maison.

Bien sur la municipalité optimise l’utilisation des locaux : les jours où la crèche familiale n’est pas occupée par les assistantes maternelles, elle ouvre ses portes à d’autres activités. Le mercredi matin, le RPE l’Etoile utilise les locaux pour proposer des ateliers d’éveil à une dizaine d’assistantes maternelles libérales. Et pour l’instant, la crèche familiale est encore inoccupée les lundi et mardi faute d’assistantes maternelles salariées. Mais la municipalité y travaille activement…

Un accompagnement rassurant et professionnalisant

Laetitia Geminiani, l’EJE de la crèche des Longs Prés est aux côtés des assistantes maternelles deux jours par semaine ou en visite ponctuelle à domicile. Elle les soutient dans leur pratique, et est  disponibles pour répondre à leurs questions, échanger, ou organiser des sorties. Un accompagnement qui contribue à leur professionnalisation. « En côtoyant les assistantes maternelles tout au long de la journée, je peux les observer, les conseiller, les orienter sur des ateliers précis, raconte Laetitia Geminiani. Chaque proposition va vraiment être orientée pour répondre aux besoins de l’enfant et travailler sur un lien de confiance avec lui. Et ce n’est pas du tout la même chose lors d’un atelier de deux heures ! » Elle explique qu’en une journée à la crèche familiale, les assistantes maternelles peuvent vraiment questionner leur pratique, travailler l’observation professionnelle. « Avant j’observais, c’est vrai, reconnait Fatiha Hadidi. Mais avec la crèche, maintenant, mon observation devient professionnelle. Et je sens qu’il y a des améliorations, que les enfants évoluent ». Une présence également très rassurante pour les assistantes maternelles qui parfois doutent ou rencontrent des difficultés notamment avec les parents. « Lorsqu’ils ont des questions par rapport à leur enfant, je ne suis pas seule, l’EJE peut compléter ou prendre le relais. Parents, assistante maternelle, EJE, on se rejoint pour le bien-être de l’enfant ! », assure Fatiha Hadidi.

Et au cœur de ce quartier politique de la ville, la crèche familiale profite d’avoir de grandes journées d’accueil pour organiser des sorties et visites avec les assistantes maternelles. « Seule, je ne pourrais pas organiser autant d’activités, reconnait Fatiha Hadidi. Ici l’EJE a la disponibilité, les contacts, le réseau qui nous permettent d’aller au musée, à la ferme, dans la nature, à la bibliothèque et même à l’opéra. Pour les enfants, c’est une opportunité unique d’accéder à la culture ou à la nature ! ». Parfois, l’équipe propose même à d’autres assistantes maternelles municipales de les rejoindre pour créer davantage de dynamisme et de cohésion.

La formation, sur le temps de travail

Au même titre que tout autre professionnel de la petite enfance, les assistantes maternelles de la crèche familiale bénéficient de temps de formation continue, de trois séances d’analyse de la pratique par an, et des temps de régulation avec un médecin et un psychologue. Mais les journées complètes leur permettent de suivre leur formation en journée – jamais le soir ni le weekend – tout en étant remplacées. « Avant, je me formais le samedi, sur mon temps de repos, parce que je n’osais pas le faire pendant la semaine, sur les jours d’accueil, pour ne pas avoir à négocier avec les parents, raconte Fatiha Hadidi. Maintenant je n’ai plus cette inquiétude. Avec la crèche familiale, je fais ma formation pendant la semaine sur mon temps de travail, les enfants seront accueillis avec ceux de mes collègues ».

Au plus près des familles, entre accompagnement et médiation

Deux journées entières passées à la crèche familiale permettent également à l’équipe d’accueillir et de rencontrer les parents, puisqu’ils y amènent et viennent rechercher leur enfant. « Ce rythme nous permet d’accueillir vraiment les parents et nous permet d’avoir avec eux des discussions que nous n’aurions pas forcément eues en crèche collective, faute de disponibilité et d’encadrement suffisant. Là nous arrivons à leur faire une véritable proposition d’accompagnement à la parentalité, à leur proposer de participer à des activités à la journée ou des temps festifs », explique Laetitia Geminiano. Grâce au cadre apporté par la crèche, les relations entre l’assistante maternelle et les parents sont également apaisées, il y a très peu de conflits car tout de suite l’institution prend le relais. L’éducatrice peut même jouer le rôle de médiateur et a la possibilité de modifier le contrat. « Dorénavant, si les parents dépassent les horaires convenus, la responsable ou l’EJE sont là pour rappeler le cadre et je serai payée de mes heures supplémentaires », se réjouit Fatiha Hadidi.

Un modèle à faire connaître, au-delà des réticences

Convaincue des atouts de ce modèle, la Ville de Rennes travaille pour offrir la possibilité a quelques assistantes maternelles des quartiers sud de pouvoir expérimenter aussi ce rythme 3 jours/2 jours dans leur crèche familiale. « On vient de faire des travaux à la crèche et de récupérer une surface supplémentaire pour permettre d’envisager un accueil à la journée », explique Carole Ferré, responsable adjointe de la direction petite enfance de la Ville de Rennes, en charge des crèches municipales. Mais pas à 100%, précise-t-elle, car toutes les assistantes maternelles ne sont pas intéressées par un temps collectif à la journée.

Il semble que certaines montrent encore une certaine réticence à basculer vers un modèle plus collectif, d’autres par méconnaissance craignent de perdre de leur liberté, d’autres encore sont attachées à l’idée de pouvoir choisir leur famille. Pour recruter des professionnelles et faire connaitre ce modèle innovant, la Ville organise des réunions et prévoit d’organiser des portes ouvertes, pour donner l’occasion à celles qui le vivent d’en parler mieux que quiconque.

Engagée pour les crèches familiales, Carole Ferré participe au groupe de travail national sur les crèches familiales pour préserver ce mode d’accueil hybride. L’occasion de partager l’expérience de la Ville de Rennes et de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. « On se rend compte que nous devrons peut-être un jour envisager d’évoluer vers ce que l’on pourrait appeler une sorte de MAM municipale pour pouvoir regrouper des assistantes maternelles sur un temps long, avec un l’appui professionnalisant de puéricultrices et d’EJE. Aujourd’hui, on constate que les parents ont besoin de collectif et ça les rassure… », reconnait-elle.

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 16 octobre 2026

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