A Val-de-Reuil, les projets nature de la crèche familiale font des émules
En Normandie, la crèche familiale de Val-de-Reuil met la nature au cœur de ses pratiques professionnelles pour le bien-être des tout-petits. Sieste dehors, toboggan de gadoue, contes de la nature… Les projets audacieux et l’enthousiasme de ces assistantes maternelles ont séduit les autres lieux d’accueil du territoire qui marchent désormais dans leurs pas.
La crèche familiale du Val-de-Reuil, entre Rouen et Evreux, accueille dix assistantes maternelles et de trente enfants. Et comme dans de nombreux lieux d’accueil, la pandémie de Covid-19 a provoqué il y a quelques années un véritable sursaut dans leurs pratiques professionnelles… Laura Lelouard est directrice de la crèche familiale : « Pendant le Covid, au lieu de déconstruire nos liens et d’avoir peur des autres, le seul moyen que nous avons trouvé pour être ensemble était de nous retrouver à l’extérieur, se souvient-elle. Alors nous avons commencé à organiser des petits déjeuners au jardin, et à passer davantage de temps à l’extérieur. Et beaucoup d’assistantes maternelles ont aimé cela… ».
La crèche familiale investit alors dans des combinaisons pour les enfants, sollicite l’aide des parents pour s’équiper de bottes et propose de plus en plus de temps en extérieur, par tous temps. Et en se formant à l’animation nature en crèche avec Quentin Brandy, les professionnelles vont découvrir les ressources insoupçonnées de la faune et de la flore et leur impact sur les tout-petits…
Des projets stimulants pour les assistantes maternelles
Dès lors, la crèche familiale va mettre en œuvre de nombreux projets, à commencer par des siestes en extérieur du printemps à l’automne. Au jardin ou dans la forêt, les professionnelles utilisent des petits matelas, des tentes igloo, des lits parapluie pour les tout-petits. « Plus les années passent, plus on commence tôt et finit tard dans la saison, se réjouit Laura Lelouard. Les enfants dorment vraiment très bien dehors ! ». Les assistantes maternelles vont passer du temps dans la forêt, des journées entières aux beaux jours, et parfois des parents les accompagnent. Les lendemains de pluie, certaines emmènent les enfants faire des glissades sur un toboggan de gadoue, à califourchon sur des luges-pelle dans la forêt !
L’équipe va également développer tout le potentiel du jardin de la crèche familiale avec deux poules qui feront la joie des enfants pendant 3 ans : « On vendait les œufs aux assistantes maternelles, ce qui permettait de financer le grain et la paille, un modèle auto-financé ! ». Et une cuisine de la gadoue dont les enfants ne se lassent pas : « Ils manipulent de l’eau, de la terre, des feuilles, ont le droit de se salir et s’en donnent à cœur joie ! », raconte la directrice.
Jusqu’à 2023, un jeune étudiant en BTS, rencontré grâce au service développement durable de la Ville, va leur proposer chaque mois, une animation nature à mettre en place avec les tout-petits, en extérieur par tous les temps : du land-art, faire sortir les vers de terre, etc. Une mine de bonnes idées ! Puis en 2024, Laura Lelouard monte un partenariat avec la Cité éducative pour accueillir chaque mois les animaux de la ferme pédagogique à la crèche. Douze interventions sur l’année, avec chaque mois des animaux différents : des poneys, des cochons, des lapins, des gros chiens, des chèvres… « Le but était vraiment que ce ne soit pas une action ponctuelle, pour que les enfants comprennent qu’on peut sortir en toute saison et par tout temps, si on est bien équipé. Et puis bien sur apprendre à caresser, prendre soin, donner à manger, et ne pas avoir peur… », précise-t-elle.
Le projet « Graines d’explorateurs »
Pour cette année 2025, la crèche familiale a mis en place le projet « Graines d’Explorateurs » avec Quentin Brandy (Les Petits Pas), qui avait formé les assistantes maternelles quelques années auparavant. Pour capter l’attention des tout-petits, l’animateur a une approche originale par le conte : un animal principal parle de lui, de ses prédateurs, de ses proies, de son mode de vie lié à la saisonnalité. Pour lui, toute la difficulté est dans le temps d’attention : « le travail de l’animateur est de savoir rebondir, de créer l’instant de surprise et d’attraction, de ne pas se fixer d’objectif précis ». Pour découvrir la chouette hulotte, l’enfant va entendre son chant, toucher une plume, découvrir une histoire liée à l’animal, appréhender son monde de vie et améliorer ses connaissances en toute inconscience. L’animateur utilise des marionnettes, les envoie chercher des éléments dans la nature, leur laisse manipuler la bogue et la châtaigne, le gland et les feuilles du chêne. « L’idée est de rebondir toutes les cinq minutes sur quelque chose de vivant et d’interactif pour garder leur attention », précise-t-il. Un atelier très construit, sans en avoir l’air, autour d’une trame principale et une multitude d’options à adapter en fonctions des réactions et des questions des enfants. Pour autant, Quentin n’oublie pas les assistantes maternelles et distille toujours quelques informations qui leur sont destinées : « Elles sont déjà convaincues mais c’est toujours intéressant pour elles d’avoir appris quelque chose à la fin de cet atelier ! » ajoute-t-il. Et bien sûr, chacune de ses interventions de 45 minutes se passe dehors, même quand il fait froid !
Des bienfaits incontestables
Depuis près de 5 ans, la nature et le dehors sont au cœur des pratiques pédagogiques des assistantes maternelles, et les professionnelles le constatent chaque jour : il y a beaucoup moins d’interdits pour les enfants lorsqu’ils sont à l’extérieur. Ils peuvent courir, sauter, crier bien plus librement. Dans le jardin de la crèche familiale et en pleine nature, ils développent une motricité différente. « Nous avons la chance d’avoir un jardin sauvage avec de l’herbe, des dénivelés, des trous, des morceaux de bois. Ici, les enfants apprennent bien plus que sur le sol lisse des crèches ! », note Laura Lelouard. Tous les jours, les enfants marchent, avec un but de promenade et rapidement, ils deviennent plus endurants, y compris le weekend en famille… Les assistantes maternelles en sont convaincues, passer plus de temps à l‘extérieur développe et préserve leur système immunitaire : « il y a beaucoup moins d’épidémies qui tournent à la crèche familiale depuis qu’elles passent plus de temps dehors », confirme Laura Lelouard. Être à l’extérieur leur apporte aussi beaucoup d’apaisement et permet d’échapper au bruit : « « Dans nos locaux, tout résonne, on passe notre temps à dire ne crie pas ! Dès que la tension monte à l’intérieur, on sort ! », assure la directrice. Les enfants semblent également plus sereins et ont une meilleure qualité de sommeil lorsqu’ils font la sieste à l’extérieur, malgré le bruit.
Une meilleure cohésion d’équipe
A la crèche familiale, ce sont les assistantes maternelles qui se sont approprié la pédagogie par la nature. Certaines ont même mis en place la sieste a l’extérieur à leur domicile ! Seules deux ou trois sont moins moteur et engagées. « Mais le but n’est pas de forcer quiconque, tient à préciser la directrice. Il faut que cela vienne d’elles ! ». Au-delà des bienfaits de la nature, elles apprécient également de pouvoir se retrouver toutes ensemble lorsqu’elles sont à l’extérieur. Car les locaux de la crèche familiale sont trop exigus pour accueillir à l’intérieur toutes les assistantes maternelles et ne sont agréés que pour 5 d’entre elles simultanément. Et passer plus de temps ensemble, c’est aussi une meilleure cohésion d’équipe !
Un projet qui fait séduit sur le territoire
Alors par le bouche-à-oreille, ces jolis projets se sont répandus comme une trainée de poudre … « Quand j’ai raconté ce que nous faisions aux autres directrices, on m’a regardée avec de grands yeux, mais un certain intérêt ! », raconte Laura Lelouard, dont l’enthousiasme est communicatif. Les directrices en ont parlé à leurs équipes, et chaque structure petite enfance de la ville s’est emparée de cette dynamique à son niveau, échangeant contacts et bonnes idées. « Nous ne sommes pas toutes au même stade dans notre rapport à la nature et je ne veux rien imposer. Chaque structure monte son projet en fonction de ses capacités, de ses équipes, de son manque de personnel, souligne Laura Lelouard. En crèche familiale nous avons plus de liberté qu’en crèche collective. Mes collègues ont plus de contraintes pour les sorties et en termes de taux d’encadrement. Elles doivent toujours s’adapter », reconnait-elle.
Aujourd’hui, trois structures municipales montent des projet nature avec Quentin Brandy. La crèche des Noés crée un potager en partenariat avec un centre de loisirs. Avec le soutien de la Cité éducative, ados et tout-petits jardinent ensemble sous la houlette de l’animateur. L’équipe a également mis en place une cuisine de la gadoue si réjouissante. Avec le RPE, l’animateur propose des activités en extérieur, des balades nature et de découverte de la nature en ville. A la crèche du Pivollet, ce sont plutôt des animations dans la cour, la fabrication d’objets naturels, et du jardinage. Certaines équipes envisagent de venir faire des siestes en extérieur dans le jardin de la crèche familiale dès le printemps prochain !
La nature au cœur du projet pédagogique
Omniprésente dans les pratiques de la crèche familiale, la pédagogie par la nature ne figurait jusque-là que dans les bilans d’activité, transmis à la Caf. Elle sera bientôt au cœur du projet pédagogique qui doit être prochainement réécrit. La directrice se réjouit de toutes ces petites graines semées ces cinq dernières années pour éduquer les générations futures et d’avoir vu évoluer ses assistantes maternelles. Certaines avaient déjà l’habitude de faire des balades en forêt, mais Laura Lelouard estime que toutes ont gagné en professionnalisation : « Je pose des mots sur l’intérêt de tout ce qu’elles font pour les enfants, je les aide à en prendre conscience. Cette reconnaissance de leurs compétences et de ce qu’elles offrent au quotidien leur fait du bien ». Une belle dynamique qui pourra peut-être attirer de nouvelles assistantes maternelles et limiter l’érosion de l’accueil individuel…
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 08 décembre 2025