Assistante maternelle : comment réagir quand un enfant accueilli perd un de ses parents ?
Sur notre page Facebook, une assistante maternelle nous a contactées pour nous demander comment elle devait réagir face à un enfant qu’elle accueille qui venait de perdre son père. La psychologue Héloïse Junier lui répond.
La notion de deuil chez l’enfant se construit au fur et à mesure de son développement cognitif et intellectuel. Les enfants ne comprennent pas la mort comme nous et nous sommes parfois désarçonnés devant leurs réactions ou leurs non réactions. Le principe du deuil implique toute une notion d’irréversibilité qui est inconcevable pour eux. « Pour un enfant de 3 ou 4 ans, une personne qui meurt, c’est un peu comme une personne qui part au supermarché et qui peut revenir plus tard, explique Héloïse Junier, psychologue et autrice*. Ils sont très ancrés dans l’instant présent et ont du mal avec la projection à long terme, à comprendre cette notion d’irréversibilité. Selon les recherches, les enfants n’arriveraient pas à comprendre pleinement cette notion de deuil avant 9 ou 10 ans. »
L’émotion est adulte dépendant
Autant dire qu’avant 3 ans ils en sont bien loin. À cet âge, leur ressenti est lié à l’émotion de l’adulte, « bien plus qu’à leur compréhension des événements en tant que tels.» Ce ne sont pas les mots, mais le trouble associé qui bouscule l’enfant. Il pleurera s’il voit sa mère pleurer alors qu’il pourra ne pas avoir de réaction si elle lui dit simplement les choses sans affect. Néanmoins, lorsque la mort touche une figure d’attachement principale qui est proche de l’enfant, qui partage sa vie au quotidien, l’impact sera évidemment majoré car le manque est perceptible.
Face à la mort d’un proche, les réactions possibles peuvent s’exprimer par des troubles du sommeil, des problèmes d’appétit, plus de pleurs, de cris. Entre 2 et 3 ans, quand les enfants commencent à verbaliser, certains calquent leur discours sur celui de l’adulte et répètent mot pour mot ce qu’il dit alors qu’ils n’ont pas encore la compréhension des choses. « Cela risque de brouiller les pistes, on pense qu’il comprend l’événement alors que ce n’est pas encore le cas. », prévient la psychologue.
En parler avec l’enfant
L’assistante maternelle peut en parler avec l’enfant si elle se sent légitime à le faire, mais en ayant demandé avant l’accord du parent. Il est conseillé d’utiliser des mots très simples avec un ton de voix posé, d’aller dans le sens du tout-petit, lui demander, par exemple, comment il se sent, si c’est difficile pour lui en ce moment, même si c’est une notion abstraite pour un enfant de deux ans le « en ce moment ». Héloïse Junier déconseille les métaphores comme « Il est allé dans les étoiles.» « Il est dans le ciel » . « Nous ne sommes tellement pas à l’aise avec la mort que nous avons besoin de mettre des images féériques, mais ce n’est pas la vérité non plus. Pour un enfant qui n’a pas cette notion d’irréversibilité, cette compréhension fine de ce qu’est la mort, le mot mort n’est pas tabou. »
Respecter le rythme de l’enfant
Mais que lui répondre si d’un coup il demande si c’est son papa qui viendra le chercher le soir ? Mieux vaut opter pour la sincérité alors, la transparence, expliquer la réalité. Des formules telles que « Tu sais, ton papa n’est plus là, ton papa est mort, tu ne le reverras plus jamais », suggère Héloïse Junier. Et tout de suite le rassurer : « Par contre, tu as ta maman qui est auprès de toi. Tu n’es pas tout seul. Nous allons te soutenir. Si tu ressens des émotions fortes de tristesse, de colère, tu peux venir dans mes bras, je te ferai toujours un câlin quand tu en auras besoin. » En tant que figure d’attachement, l’assistante maternelle est là pour envelopper l’enfant et prendre soin de lui. « Il est important de respecter son rythme, de ne pas lui en vouloir s’il ne mange pas, s’il dort mal, s’il pleure beaucoup. L’enfant peut être tellement immergé par les émotions de l’adulte qu’il n’arrive pas toujours à ressortir de ce prisme-là. La professionnelle doit accueillir ses manifestations avec énormément de tolérance et de patience. »
Savoir s’écouter aussi
Il n’est pas rare que l’assistante maternelle elle-même soit aussi très affectée. Or pour accompagner les émotions d’un tout-petit, il convient en tant qu’adulte d’avoir une base solide. La professionnelle doit pouvoir prendre soin d’elle, consulter un psychologue si elle ressent le besoin de parler, déposer ses émotions autre part que chez elle. Par ailleurs, si elle se sent triste sur le moment, en colère, elle n’a pas s’interdire de le formuler à l’enfant sans pour autant entrer dans les détails.
« Certaines personnes préfèrent dire “je suis fatiguée” au lieu de “je suis triste” car elles n’osent pas exprimer leurs émotions, observe Héloïse Junier. Nous sommes très pudiques par rapport à la tristesse alors que c’est une émotion qui est noble et utile, au même titre que les autres émotions ! Et il n’y a pas de honte à pleurer. Ce qu’il faut c’est expliquer pourquoi de manière simple et transparente, avec des mots d’enfants ». N’oublions pas que les enfants ressentent tous les signaux non verbaux. « Le seul fait de mettre en mots ce qu’on ressent sur le moment allège la charge émotionnelle, c’est
déjà un tout petit peu thérapeutique en soi.»
Faut-il en parler aux autres enfants, aux autres parents ?
« L’idée est d’en parler aux enfants après avoir demandé l’accord du parent.» Mais comment le formuler ? «Toujours avec des mots simples, insiste Héloise Junier. “Pour le petit Jules, en ce moment, cela risque d’être un peu difficile car son papa est mort, il ne le reverra plus. Il va peut-être ressentir de la colère, de la tristesse”.» Quand ce genre de drame se produit, généralement les autres familles sont rapidement averties, tout l’environnement proche de la famille se retrouve impacté. La transparence reste donc toujours la meilleure option.
Héloïse Junier est l’autrice de Mon Doudi est parti pour toujours, chez Hatier Jeunesse. Chez le même éditeur, elle a également sorti récemment deux nouveautés de la collection Sam & Cléo : Au bain les parents ! et Ça suffit les disputes !

Candice Satara
PUBLIÉ LE 04 novembre 2024
MIS À JOUR LE 05 novembre 2024