Audrey, EJE en crèche : « les professionnelles de la petite enfance subissent les inégalités de genre »
Audrey, membre du Syndicat National des Professionnels de la Petite Enfance et éducatrice de jeunes enfants, est le visage de la campagne d’Oxfam contre les inégalités salariales lancée en amont de la journée internationale des droits des femmes. À travers sa voix, c’est tout un secteur, essentiellement féminin, qui se bat pour une meilleure reconnaissance et une juste rémunération. Interview.
Pourquoi la question de l’égalité entre les femmes et les hommes est un enjeu dans le secteur de la petite enfance ?
Nos métiers sont encore majoritairement exercés par des femmes. Et ils demeurent sous-valorisés : nos tâches, nos responsabilités et les difficultés auxquelles nous sommes confrontés sont totalement invisibilisées. Selon Oxfam, l’écart salarial entre les femmes et les hommes en France est de 23,5 %. Dans la petite enfance, l’écart est encore plus important, les salaires y sont très bas alors que les conditions de travail sont éprouvantes. Le manque de reconnaissance professionnelle est lié au fait que nos missions sont encore vues comme des tâches domestiques qui ne requièrent pas de compétences particulières.
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Quelles mesures urgentes préconisez-vous pour revaloriser ces métiers ?
Nous avons obtenu 100 euros net grâce au bonus attractivité mais tous les professionnels ne sont pas concernés et ce n’est pas suffisant. Nous demandons une revalorisation salariale significative de 300 euros nets pour tous les professionnels du secteur de la petite enfance, à tous les postes. Nous demandons une amélioration des conditions de travail qui passe notamment par un renforcement du taux d’encadrement. Au niveau des diplômes, nous exigeons une inversion du ratio actuel, soit 60% de diplômés d’État. Enfin, nous insistons sur l’importance de la formation initiale comme continue. C’est une priorité pour renforcer les compétences professionnelles. Seule la valorisation de nos compétences permettra de signifier à la société que nos métiers ont de la valeur et que nous contribuons à l’épanouissement de futurs citoyens.
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Êtes-vous favorable à un allongement du congé maternité ? Dans ses mesures d’urgence Oxfam demande le renforcement et l’alignement des congés maternité et paternité pour un congé partagé d’au moins 6 mois entre les deux parents.
Nous défendons d’abord le fait que les familles aient le choix du mode d’accueil et qu’elles puissent décider de celui qui leur convient le mieux, que ce soit l’accueil collectif, individuel etc… Si le parent a envie d’arrêter son activité professionnelle, il devrait pouvoir le faire sans s’appauvrir. Mais de notre côté nous avons la responsabilité de proposer aux parents un accueil qualitatif. Nous rejoignons la revendication d’Oxfam en faveur de la création d’au moins 200 000 places en crèche supplémentaires pour ne pas pénaliser les mères. Mais pas à n’importe quel prix !
Vous, à titre personnel, pourquoi avez-vous eu envie de vous engager dans cette campagne ?
Je suis éducatrice de jeunes enfants et dans ma formation de trois ans j’ai reçu des apports théoriques en psychologie, en psychanalyse, en sociologie et même en anthropologie. Mon métier nécessite de véritables compétences, je le dis haut et fort. Nos métiers parce qu’ils sont féminisés, parce qu’ils sont peu payés, sont dévalorisés. Nous devons être plus visibles.
Journée du 8 mars : appel à la mobilisation des organisations syndicales du secteur de la petite enfance
À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes , les syndicats et collectifs (dont Pas de bébés à la consigne) invitent les professionnels du secteur à se mobiliser et à rejoindre les nombreux rassemblements en France. « Dans un secteur où le personnel est majoritairement féminin, il est essentiel de nous faire entendre et faire valoir nos droits », écrit de son côté le collectif Pas de bébés à la consigne dans un post Facebook.
propos recueillis par Candice Satara-Bartko
PUBLIÉ LE 07 mars 2025