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Christel Lamy, diététicienne et formatrice en pédagogie du dehors : « Nature, oralité, motricité, en réalité tout est lié ! »

Diététicienne spécialisée en petite enfance, Christel Lamy publie le guide « Se lancer dans des projets nature avec les tout-petits », à destination des professionnels de la petite enfance. Titulaire d’un CAP AEPE, mais également fondatrice d’une MAM écoresponsable et formatrice en pédagogie du dehors, elle accompagne les professionnels de la petite enfance et observe avec attention les tout-petits, tissant bien au-delà de l’assiette des liens entre l’oralité, la motricité et l’expérience de la nature.

Les Pros : Quels liens faites-vous entre l’alimentation et le rapport à la nature chez les jeunes enfants ? 

Christel Lamy : Au fur et à mesure de mes accompagnements, autour de la diversification alimentaire et des troubles de l’oralité, j’ai fait un vrai constat : chez les enfants qui ont tendance à rester enfermés et à mettent très peu à la bouche, l’âge de la diversification alimentaire recule, vers 9 ou 12 mois. Ils ont plus de mal à passer de la texture lisse au granuleux et aux morceaux, sont moins curieux, moins présents dans leur corps. Je me suis donc intéressée à ces questions, j’ai creusé le lien entre l’oralité et la nature, questionné les raisons pour lesquelles on ne laisse pas toujours sortir les enfants, mettre à la bouche et je me suis formée à la pédagogie par la nature pour mieux les accompagner. 

Expérimenter la nature favorise donc le bon développement de l’oralité ?

Oui, en réalité tout est lié. La nature est un support d’apprentissage illimité pour accompagner la progression de l’oralité et éviter plus tard de nombreux troubles ! L’enfant qui souffle sur un pissenlit ou fait des bulles dans le vent apprend à maitriser son souffle et prépare ainsi l’acquisition du langage. Celui qui mâchouille un bout de bois muscle sa bouche. Il s’habitue à la sensation d’un corps étranger sur la langue qui annonce la diversification et les morceaux.

On constate qu’en intérieur, on a tendance à plus vite retirer les objets de la bouche de l’enfant. Tandis que dehors, on le laisse un peu plus expérimenter, évidemment si cela ne présente pas de risque d’étouffement ou de toxicité. En intérieur, les odeurs sont uniformisées, dehors, il y a des senteurs, des textures différentes : l’environnement est tellement riche qu’il est propice au développement de l’enfant. 

Dans les derniers chapitres, vous expliquez également que passer du temps à l’extérieur prépare d’autant plus l’enfant à rentrer à l’école… 

La nature accompagne, elle est un vrai terreau d’apprentissage pour les compétences psychosociales attendues en maternelle. Il y a le langage avec la découverte du monde du l’entoure et lorsqu’il faut s’exprimer pour demander de l’aide, la coopération dans le groupe lorsqu’il faut s’organiser pour transporter une branche ; la motricité fine et plus globale ; apprendre à reconnaitre ses émotions ou celles des autres lorsque l’un d’entre eux tombe et se fait mal. Mais aussi la confiance et l’estime de soi par la prise de risque mesuré… 

Vous encouragez donc les professionnelles à repenser leur posture auprès des enfants. De quelle manière ?

En partant du constat de l’enseignante Céline Alvarez, j’incite les professionnels à créer un environnement extérieur dans lequel on accompagne l’autonomie de l’enfant sans rien imposer. On ne le guide pas, on ne lui dit pas ce qu’il doit faire mais on lui donne des conditions favorables pour qu’il grandisse, au gré de ses périodes sensibles. Un espace dans lequel il peut être, explorer, chuter, recommencer.

Alors j’invite les professionnelles à changer de posture : à soutenir l’envie de l’enfant, à le suivre dans ses découvertes sans rien imposer, à faire en sorte qu’il ne se mette pas en danger mais accompagner sa prise de risque mesurée adaptée à son âge, l’encourager et le rassurer. Et plus un enfant prend des risques mesurés jeune, moins il se mettra en danger plus tard. Mais en tant qu’adultes, il n’est pas toujours évident de freiner nos propres peurs, de ne pas les transmettre à l’enfant, et de faire confiance… 

Votre guide propose aux équipes de prendre « un an pour ouvrir la porte à la nature », amorcer le changement et intégrer la nature au cœur de leurs pratiques quotidiennes avec les tout-petits. Sur quel chemin est-ce que vous les entrainez ?  

Je leur propose un rétro-planning sur 12 mois qui commence par des pistes de réflexion pour reconnaitre ses freins et ses motivations. Puis des objectifs et des conseils pour passer à l’action en douceur. Pour commencer, le jardin potager pédagogique qui fait ce lien a l’alimentation et au vivant est une piste rassurante. Et s’il y a un premier investissement à faire, c’est vraiment de miser sur le confort des enfants et des adultes pour le temps passé à l’extérieur, pour que cela reste un plaisir.  

Je donne aussi des conseils sur la manière de ne pas mettre à l’écart une professionnelle qui ne serait pas sereine au dehors avec les enfants. Peut-être pourrait-elle être celle qui fait le lien entre l’intérieur et l’extérieur, qui va transformer les trésors récoltés, présenter ce moment aux parents… Il est important que chacun trouve son rôle, accepte ses limites, ce qu’elle se sent capable de faire et d’autoriser. Il est surtout important de verbaliser ses peurs : « Je ne me sens pas d’autoriser un enfant à porter un galet a sa bouche » ou « Pour moi c’est ok ! ».

C’est également une mine de ressources pour les équipes qui ont besoin d’appui pour se lancer…

Pour commencer, les équipes ont souvent besoin d’être coachées. Je propose quelques pistes de contacts pour se faire accompagner pour les premières séances. Le réseau Graines par exemple propose des animateurs nature, des professionnels qui sont là pour leur montrer, afin qu’elles n’aient pas pour leur première sortie, à la fois la responsabilité des enfants, la responsabilité des parents et la responsabilité d’animer ce moment. Ça permet de lâcher prise et de voir des exemples d’animation intéressantes. 

Et puis le guide propose également des outils concrets pour s’organiser : des listes et des repères pour être bien équipés, des fiches pédagogiques pour imaginer des activités à l’extérieur avec très peu de matériel, des fiches pour organiser des réunions d’équipe ou intégrer les parents.  

Vous avez opté pour une licence libre, pourquoi ce choix ? 

Ce guide est publié sous une licence libre Creative Commons parce que je crois profondément que les ressources pédagogiques au service des tout-petits ne devraient pas être enfermées derrière des barrières financières ou institutionnelles. J’ai envie de transmettre au plus grand nombre le fruit de mes recherches pour aider les équipes à mettre en place leurs projets, et qu’il puisse servir de support aux formateurs.

C’est un peu du militantisme ! Mon livre est payant en version papier : son coût finance son impression, sa diffusion, ses mises à jour et les ateliers que j’anime sur le terrain. Il peut également être téléchargé gratuitement en PDF sur le site du du réseau Graine Pays de la Loire. J’invite les professionnels à s’en emparer, à le diffuser, à l’adapter, en n’oubliant pas de citer mon nom et ma licence. 

Découvrir le guide 

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 02 avril 2026

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