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Comment accompagner les grands de 3 ans et plus en crèche ?
De nombreuses crèches accueillent des enfants au-delà de trois ans, faute de place dans les toutes petites sections de maternelle ou en raison de l’impossibilité d’une rentrée en cours d’année. Quelle place donner à ces plus grands enfants ? Comment leur offrir un environnement riche et adapté ? On fait le point.
Trop grands pour la crèche, et pas encore accueillis à la maternelle… Quel accueil réserver à ces enfants âgés de trois ans et plus ? En effet, le troisième anniversaire ( même si évidemment ce n’est pas forcément le jour J) « est un sacré cap pour les tout-petits, souligne Monique Busquet, psychomotricienne et formatrice. Ils ont d’autres besoins, leurs compétences cognitives se mettent en mouvement. Il faut les nourrir ! » Et le sujet préoccupe énormément les parents. « Nous avons deux enfants concernés dans la section cette année, explique Isabelle Broutin, responsable du multi-accueil Reuilly de l’association Crescendo à Paris. Lors du café des parents en janvier, ces derniers nous ont fait part de leurs inquiétudes, ce qui est naturel. En effet, les mois peuvent sembler longs pour ces enfants si l’on ne répond pas bien à leurs besoins. » Aurélie Ira, directrice d’un jardin d’enfants en Alsace et cofondatrice de la Fédération nationale des jardins d’enfants (FNJE) reçoit de son côté, de plus en plus de demandes de parents qui retirent leur enfant de la crèche pour le placer en jardin d’enfants l’année précédant son entrée en maternelle. « Ils craignent que la crèche ne soit plus adaptée aux besoins de leur enfant, précise-t-elle. Mais cette impression n’est pas toujours fondée ».
Une question de maturité, pas seulement d’âge
« Chez les grands nous avons actuellement une petite fille qui a fêté ses trois ans le 4 janvier et qui est indéniablement en avance sur le plan du développement, note Isabelle Broutin. Mais ce n’est pas le cas de tous les enfants. Certains, même plus âgés, sont très heureux de rester à la crèche, car ils demeurent encore immatures sur le plan affectif. Ils ne se sentent pas en sécurité et ont besoin de repères. » Un constat que partage Gaëlle Charabot, psychologue dans plusieurs crèches à Lognes (77) : « L’âge indiqué sur le papier ne reflète pas nécessairement les capacités réelles de l’enfant à un instant T.»
Les plus grands ont des besoins spécifiques
Un enfant qui s’ennuie à la crèche se repère facilement : « il aura tendance à errer dans la section sans trouver d’activité qui lui convient vraiment, observe Nathalie Callais, directrice de la crèche « Les bébés explorateurs » à Rouen. Il risque de s’agiter et de perturber les autres pour attirer l’attention. Nous devons absolument être attentifs et anticiper. » Et s’il n’attire pas l’attention, « on peut avoir tendance à l’oublier, prévient Gaëlle Charabot de son côté. N’oublions pas que ce sont des enfants qui vont être vite autonomes et qui nécessitent moins de participation de l’adulte dans les tâches de la vie quotidienne. Avec les plus petits le rythme est beaucoup plus récurrent entre les phases d’éveil et de soins, les journées s’enchaînent vite. » Selon elle, ce risque existe davantage dans les sections d’âges mélangés où les professionnels peuvent vite être happés par le rythme des plus petits. Aurélie Ira, qui accueille dans sa structure des enfants de 2 à 6 ans, confirme que certaines micro-crèches orientent également les parents vers les jardins d’enfants car l’effectif étant réduit et les âges mélangés, il est plus difficile d’adapter les activités.
Les directrices que nous avons interrogées sont unanimes. La séparation en petits groupes est indispensable pour pouvoir proposer des activités spécifiques à des enfants qui en sont au même stade de développement. Chez les grands, Nathalie Callais accueille aussi deux enfants en petite section de maternelle le mercredi, ils s’intègrent naturellement dans le petit groupe de grands. « C’est très enrichissant pour tous », ajoute-elle.
Des activités adaptées
Dans la crèche d’Isabelle Broutin, l’équipe a ainsi bien identifié que la petite Emma avait besoin d’être stimulée davantage. « Par exemple, lorsqu’une activité gommettes est organisée en petit groupe, on lui demande de placer les gommettes dans les bons emplacements, en ajoutant un niveau de difficulté adapté », explique la directrice. Autant de petits défis qui permettent aussi aux enfants plus matures de se sentir valorisés au sein du groupe. « Je pars du principe qu’il est toujours possible de détourner un même jeu en ajoutant des consignes supplémentaires, ajoute Nathalie Callais. Avec les plus grands, nous travaillons beaucoup la motricité fine. Par exemple, nous utilisons les récipients métalliques servant à faire sécher les couverts en proposant aux enfants de passer des pailles à travers les petits trous. ».
Les petits mouvements s’affinent, l’enfant peut tenir un crayon, il ferme son rond parce qu’il réalise que son corps lui appartient et qu’il le maîtrise. Et « à cet âge, il prend beaucoup de plaisir dans les jeux coopératifs comme les lotos ou les premiers mémory », poursuit Monique Busquet. Les activités dirigées ont le vent en poupe, mais les moments de jeux libres restent aussi essentiels dans cette tranche d’âge. Le jeu d’imitation, notamment, vient participer à la construction du monde intérieur de l’enfant, sans la nécessité de l’intervention de l’adulte.
Sur la troisième année de vie, l’acte moteur est aussi de plus en plus assuré. « Toutes les composantes motrices sont bien acquises, l’enfant apprend désormais à combiner différentes propositions, ajoute la psychomotricienne. Par exemple, sauter et attraper l’anneau, descendre du toboggan et freiner légèrement au milieu de la pente. À partir de trois ans, l’enfant devient capable de penser son geste. Et il y a aussi tout un travail sur la retenue, le contrôle du mouvement qui se met en marche : “Tu pourras sauter quand ton camarade aura quitté le tapis” »
L’importance du matériel
On comprend alors que le matériel revêt une importance capitale dans la réponse aux besoins de l’enfant. « Si le petit camion porteur convient à tous. L’enfant plus âgé se verra proposer la trottinette, explique Isabelle Broutin. Il apprendra ainsi à maîtriser son équilibre, à dissocier ses jambes et à coordonner sa vision avec les mouvements de son corps. Nous avons à disposition tous ces jeux à la crèche, c’est un pré requis », ajoute-t-elle. De même, il faut pouvoir complexifier les parcours de motricité avec des poutres d’équilibres, des toboggans, des ballons. Et bien évidemment complexifier les propositions faites au petit en associant ses différentes compétences acquises. La réflexion sur l’accueil des plus grands doit rester permanente : comment les accompagner dans leur développement sans les faire grandir trop vite ?
Jeu libre et ennui
Gaelle Charabot intervient dans une crèche où sont accueillis majoritairement des enfants sur la dernière année. La psychologue a observé que parmi eux, certains, qui avaient été auparavant très stimulés par leurs parents, pouvaient avoir des difficultés à s’intégrer dans le groupe et ressentir une forme ennui. « Ce sont des enfants très en avance, peu habitués à la collectivité, qui vont avoir tendance à tourner en rond et à se tourner vers l’adulte plutôt que vers le groupe de pairs, parce que leur besoin de découvrir n’est pas satisfait. Finalement, ils ne savent pas jouer seuls. »
Candice Satara
PUBLIÉ LE 07 mars 2025