S’abonner
Espace
Abonnés

Commission des affaires sociales du Sénat : Sarah El Haïry présente sa feuille de route

Mercredi 6 mars, la ministre déléguée à l’Enfance, la Jeunesse et aux Familles, Sarah El Haïry, a dévoilé sa feuille de route à la commission des affaire sociales du Sénat. Au regard de son périmètre, de nombreux sujets ont été abordés lors de cette audition : le congé de naissance, la santé mentale, l’obésité, la protection de l’enfance… et bien évidemment l’accueil du jeune enfant et le service public de la petite enfance. Morceaux choisis.

Une ministre dans la continuité des actions engagées par ses prédécesseurs

Avant le feu des questions sénatoriales, Sarah El Haïry a détaillé sa feuille de route et les grands chantiers qui l’attendent. Et comme devant le Comité de filière petite enfance, le 29 février dernier (lire notre article Les trois annonces phares au Comité de filière petite enfance décryptées), la ministre a en premier lieu affirmé : « Ma feuille de route s’inscrit dans la continuité des actions qui ont été portées par le gouvernement mais des travaux également de la haute chambre et de l’Assemblée nationale ». Puis, elle est revenue sur son portefeuille (Enfance, Jeunesse, Famille), d’ailleurs plutôt salué, lequel recouvre « un périmètre qui accompagne la vie quotidienne des Français », a-t-elle souligné.

Apporter des réponses et solutions à toutes les familles

 « Lorsqu’une famille exprime un désir d’enfant, il y a bien sûr des joies, mais aussi des difficultés auxquelles on doit souvent répondre. Ces difficultés seront au cœur de ma mission. Je pense à l’accueil du jeune enfant quand il arrive, avec la stratégie des 1000 premiers jours qui est fondamentale. Je pense aussi, lorsque l’on devient parent, à toutes les questions qui se posent avec le congé, les modes de garde, le financement des modes de garde, l’adaptation du temps de travail », a indiqué Sarah El Haïry.

La ministre a bien évidemment abordé dans son discours la question de la protection de l’enfance, « au cœur de sa mission », qui traverse actuellement une crise importante. « Je pense notamment à des enfants qui connaissent des parcours de vie bousculés, aux victimes de violences de maltraitances, les victimes d’incestes ou encore des moments où les parents ne sont pas ou plus en capacité d’apporter le soutien nécessaire aux enfants (…). Pour ces enfants, je souhaite assurer la pleine application de la loi Taquet (…) », a-t-elle assuré. Et a poursuivi : « Je pense également aux enfants qui rencontrent des difficultés de santé. C’est dans mon périmètre, en travaillant bien sûr avec Frédéric Valletoux. Il nous appartiendra de faire suite aux travaux sur les assises sur la santé de l’enfant et de placer en priorité l’enjeu de la santé mentale qui est essentiel. Très prochainement, je recevrai les conclusions des experts sur l’exposition aux écrans des jeunes enfants qui va également être un enjeu important ». Sans oublier la mise en œuvre du Pacte des solidarités.

« Se tenir au côté des familles, c’est à mes yeux leur simplifier la vie, leur permettre de trouver un certain nombre de réponses très concrètes, de construire avec vous une société de plus en plus accueillante dans l’espace public mais aussi dans la vie professionnelle. On voit encore des écarts de salaire s’accroître après une maternité par exemple. Cela passera par le renforcement et l’amélioration du service public de la petite enfance qui est un magnifique projet. Un travail de proximité sera fait avec le bloc communal et le bloc intercommunal, mais également avec les organisations syndicales employeurs pour un meilleur équilibre vie personnelle-vie professionnelle », a expliqué Sarah El Haïry. Et a continué : « Cela passera aussi par les travaux sur le congé de naissance qui est aujourd’hui souhaité par le président de la République et qui ambitionne, dans le fond, une meilleure répartition entre les deux parents qui le souhaitent. Aujourd’hui, je crois que ce congé de naissance a du sens en le mettant évidemment en parallèle des travaux sur les moyens de garde et donc sur le service public de la petite enfance. »

Faisant écho, aux propos d’Emmanuel Macron sur le « réarmement démographique », la ministre a indiqué la nécessité de « permettre à toutes celles qui le souhaitent de pouvoir avoir des enfants, d’être soutenues, de lever les freins et les obstacles (…). » Et, a-t-elle enchaîné, « aujourd’hui, le premier frein qui est relevé c’est la question de la garde. La réalité, c’est qu’on a une solidarité familiale qui ne s’exerce plus de la même manière parce qu’on a des grands-parents qui sont plus loin, parce que le travail nous amène à nous éloigner d’un soutien familial ou, parfois, il est simplement absent. Ce qui est certain c’est que je souhaite porter un projet pour les familles, chacune d’entre elles (…) ».

Le rattachement à trois ministres voulu par Sarah El Haïry

Enfin, Sarah El Haïry a rassuré tous les inquiets quant à son rattachement à trois ministres (Catherine Vautrin, Nicole Belloubet et Eric Dupond-Moretti) en ces termes : « Cette triple tutelle pour certains était perçue comme un triple contrôle mais en fait pas du tout. Pour être tout à fait transparente, je l’ai souhaitée parce que dans le fond, c’est la possibilité de construire toutes ces passerelles, d’avoir un seul interlocuteur, d’apporter des réponses construites, mais aussi de mettre la famille et l’enfant au cœur d’un continuum de proximité et de protection (…) ».

Rapport Igas-Igf sur les micro-crèches, congé de naissance, politique des 1000 jours… les demandes de précisions des sénateurs à la ministre

C’est la Rapporteure Elisabeth Doineau qui a ouvert le bal des questions, qui furent nombreuses, diverses et variées. Elle en a posé deux de la part de son collègue Olivier Henno, absent. La première concernant la mission Igas-Igf sur les micro-crèches. Le sénateur Henno souhaitait savoir quelles suites la ministre comptait y donner. « Je n’ai pas encore reçu le rapport Igas-Igf dans ses conclusions, ça ne saurait tarder et évidemment il sera rendu public. La question de la qualité est essentielle et, évidemment, les conclusions du rapport me permettront d’en tirer les conséquences nécessaires », a répondu Sarah El Haïry.

Une autre question avait trait au congé de naissance annoncé par le président de la République, le 16 janvier dernier, lors d’une conférence de presse. La ministre a rappelé qu’il serait mieux indemnisé que le congé parental, qu’il ne prendrait la place ni du congé maternité ni du congé paternité et que le libre choix serait la règle. Pour l’heure, la durée de ce congé est toujours en concertation, a précisé Sarah El Haïry. Laquelle a de nouveau insisté : « Le congé de naissance n’a de sens qu’avec la montée en charge du service public de la petite enfance puisque la question des moyens d’accueil est essentielle. C’est le premier frein aujourd’hui. Donc tant qu’on n’est pas en capacité de proposer une solution de qualité, à prix raisonnable à toutes les familles, tant qu’on ne réduit pas l’écart entre la garde en individuel avec les assistantes maternelles et le mode plus collectif de la crèche alors il reste une inégalité d’accès. » La ministre a aussi souligné : « On a une Cog qui est historique avec plus de 6 milliards supplémentaires pour permettre le développement du service public de la petite enfance. Mais il ne se décrétera pas, il faut des hommes et des femmes », faisant ainsi référence à la crise d’attractivité des métiers. « (…) on a une réalité démographique avec plus de 40% d’assistantes maternelles qui vont partir à la retraite d’ici 2030. C’est plus de 300 000 places qui sont estimées. Aujourd’hui, on manque en moyenne de plus de 200 000 places. Si on venait à ne pas apporter des réponses pour avoir une nouvelle génération qui reprend la relève (…) alors le service public de la petite enfance serait une sorte de vœu. Mais un vœu pieu ça n’a jamais permis d’avoir des réponses concrètes », a-t-elle encore affirmé.

La sénatrice Chantal Deseyne a pour sa part interrogé la ministre sur la « politique d’offre » qu’elle souhaitait mettre en œuvre. « Mon engagement, c’est de permettre le développement de tous les modes de garde possibles en réduisant le coût et l’écart entre les deux », a-t-elle déclaré. Et en a profité pour aborder les revalorisations salariales. Elle a ainsi évoqué les professionnels qui allaient en bénéficier en premier, c’est-à-dire ceux des crèches associatives de la branche Alisfa. « En tout cas, c’est une première marche, a-t-elle indiqué. Ma volonté est d’aller chercher tous les salariés de la petite enfance que ce soit en mode individuel ou en mode collectif. Il reste simplement le vote du conseil d’administration de la Cnaf qui devra confirmer pour pouvoir déployer. Mais c’est une vraie avancée. Cela fait partie de la question de l’attractivité de ces métiers. »

Les 1000 premiers jours ont été mentionnés par Elisabeth Doineau. La sénatrice s’est émue : « nous regrettons que certains outils centraux de cette politique publique soient remis en cause voire abandonnés », comme l’appli 1000 premiers jours Blues. Et a souhaité savoir ce que la ministre allait entreprendre « pour soutenir davantage la politique des 1000 premiers jours de l’enfant ». Sarah El Haïry s’est montrée rassurante : « (…) ça n’a pas été abandonné. Ce qui est certain par contre, c’est qu’il y a eu une évolution dans l’organisation. Avant les 1000 jours était porté par une partie du secrétariat général du ministère mais parce que c’est un projet qui a vocation à être pérennisé, alors le portage des 1000 premiers jours de manière administrative est aujourd’hui au sein de la DGCS. Et c’est la garantie de passer d’un mode projet à une politique publique portée et pérennisée. Les 1000 premiers jours c’est une stratégie qui fonctionne, elle a apporté des réponses (…), elle a levé des tabous (…) C’est un réel besoin aujourd’hui de continuer cette stratégie des 1000 premiers jours, je le ferai (…). »

Voir l’audition complète de Sarah El Haïry à la commission des affaires sociales du Sénat

Des temps de lecture enfant-parents dans les crèches Saint-Bernard à Lyon

Zoom sur l’accueil de la petite enfance à Montpellier

Nawal Quemeneur, ex responsable marketing, a monté sa Mam

Comment accompagner les enfants dans l’acquisition de la notion de temps ?

Vous avez envie de lire la suite ?

Abonnez-vous dès maintenant

Caroline Feufeu

PUBLIÉ LE 15 mars 2024

Ajouter aux favoris