Abonnés
Dans la Somme, le dispositif AVIP s’est ouvert aux assistantes maternelles
Dans la Somme, le dispositif AVIP mobilise les assistantes maternelles pour faciliter l’insertion professionnelle des parents. Une soixantaine de professionnelles participent aujourd’hui à cette dynamique coordonnée par l’association AGENA.
Dans le département de la Somme, la démarche AVIP (Accueil du jeune enfant pour favoriser l’insertion professionnelle) se décline auprès des assistantes maternelles. Le dispositif est porté par l’association AGENA et soutenu par un comité de pilotage solide (CAF de la Somme, MSA, Département, France Travail, FEPEM). Le label AVIP, né en 2016, a d’abord été mis en place dans les crèches. Dès 2019, la CAF de la Somme amorce une réflexion pour élargir ce dispositif aux assistantes maternelles, en partant du constat que de nombreux parcours d’insertion professionnelle sont freinés par l’absence de mode d’accueil flexible et accessible.
Les assistantes maternelles, une solution de proximité
Dans un territoire très rural comme la Somme, les crèches sont peu nombreuses et souvent concentrées dans les grandes villes, ce qui rend leur accès difficile. L’accueil individuel chez des assistantes maternelles, plus proches des familles, se révèle plus adapté. Cette réflexion se traduit alors par l’expérimentation de quelques labellisations individuelles (une à deux assistantes maternelles), dans l’idée de tester l’adaptabilité du label AVIP à l’accueil individuel. « Les premiers essais se sont révélés peu concluants, explique Isabelle Petit, responsable du Pôle Partenaires à la CAF d’Amiens. Le projet s’est heurté rapidement à des blocages juridiques, notamment liés au statut des assistantes maternelles. Il était difficile de mettre en place un dispositif qui réponde à la fois aux besoins des familles et à ceux des professionnelles. »
De l’expérimentation à la structuration du dispositif AVIP
Un tournant est opéré en 2022. À la suite d’un appel à projets conjoint entre la CAF et le Conseil départemental de la Somme, le dispositif prend pleinement forme sous l’impulsion de l’association AGENA. Spécialisée dans l’accompagnement des femmes victimes de violences, l’association disposait déjà d’une crèche labellisée AVIP et connaissait les enjeux des familles éloignées de l’emploi, ce qui en faisait un acteur légitime pour porter le projet. « À l’époque, j’étais éducatrice spécialisée sur le CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale), et je constatais bien que les projets professionnels de certaines personnes étaient bloqués par le mode d’accueil », se rappelle Clémentine Lefebvre, coordinatrice du dispositif.
Baptisé « AsmatAVIP » à son lancement, le projet couvre dès le départ l’ensemble du territoire de la Somme. Nouvelle étape en 2024 : le Département se joint au projet avec une convention de financement, qui contribue, notamment, à la création d’un poste de coordination, occupé aujourd’hui par Clémentine Lefebvre. « Grâce à une enveloppe importante obtenue dans le cadre du Pacte des solidarités, le Conseil départemental a pu renforcer son engagement dans le dispositif, précise Isabelle Petit. Il en a profité pour en devenir le coordinateur officiel, à la fois sur le volet assistantes maternelles et crèches labellisées. » On parle désormais d’un double pôle : accueil individuel et accueil collectif, piloté par une équipe dédiée de l’association AGENA.
Un accompagnement personnalisé des éducatrices
L’objectif principal du dispositif AVIP est de permettre à des parents en insertion professionnelle (formation, recherche d’emploi, accompagnement social) d’accéder rapidement à un mode d’accueil adapté. Pour lever les freins liés au coût, un fonds d’aide spécifique a été créé afin de soutenir les familles dans les premières semaines ou mois du contrat, en particulier quand l’entrée en formation ou l’embauche est décalée.Trois éducatrices de jeunes enfants exercent au sein du dispositif AVIP dans la Somme. Leur travail d’orientation consiste en une évaluation fine de la situation du parent : mobilité, contraintes horaires, volonté d’accueil collectif ou individuel, niveau de langue, ressources financières. L’association a formé cette équipe spécialisée pour qu’elle puisse monter en compétence sur les dimensions juridiques, contractuelles propres à l’accueil individuel.
Une démarche volontaire et inclusive pour les assistantes maternelles
Côté assistantes maternelles, le recrutement ne s’effectue pas sous forme d’appel à candidatures classique, mais repose sur une dynamique de repérage, de sensibilisation et de volontariat. L’équipe AVIP mène un travail de terrain actif : prise de contact via les listings fournis par les partenaires (CAF, Département), veille sur le site monenfant.fr, mailing, phoning, présence lors de forums et job datings, etc.
Concrètement, les professionnelles intéressées reçoivent un dossier de présentation du dispositif et peuvent solliciter l’équipe pour toute question. Si elles souhaitent poursuivre, une visite à domicile est organisée par les éducatrices de jeunes enfants. Cette rencontre permet de découvrir le projet pédagogique de l’assistante maternelle, de mesurer sa disponibilité et sa motivation. « Les éducatrices de jeunes enfants vont surtout questionner la sensibilité, le regard que les assistantes maternelles portent sur les personnes en réinsertion sociale et professionnelle. Ce n’est pas juste une vérification, c’est un vrai échange », précise la coordinatrice du dispositif.
Participer à une dynamique collective
Selon elle, trois qualités sont particulièrement recherchées :
- la flexibilité (certaines demandes doivent être pourvues en quelques jours),
- la capacité à accueillir avec bienveillance un public fragile,
- et l’envie de participer à une dynamique collective.
Les assistantes maternelles labellisées peuvent quitter le dispositif à tout moment, sans conséquence sur leur agrément ni leur activité professionnelle.
Certaines rejoignent le dispositif AVIP pour rompre l’isolement. Certaines expriment leur difficulté à bénéficier d’un accompagnement personnalisé, à accéder à une information claire ou simplement à valoriser leur travail. « Ce qu’elles mettent en avant, c’est le besoin d’être rattachées à quelque chose de collectif, de mouvant… d’avoir un réseau », poursuit Clémentine Lefebvre.
Floriane est assistante maternelle depuis 2021. Elle accueille actuellement quatre enfants à Yvrench, un petit village entre Abbeville et Amiens, dont Julio, 18 mois. Dans son cas la connexion avec le dispositif AVIP s’est faite via une mère venue spontanément la rencontrer. Cette dernière, engagée dans un parcours de réinsertion professionnelle avec Pôle emploi, n’avait pas trouvé d’assistante maternelle correspondant à ses attentes. En voyant l’annonce de Floriane, elle prend l’initiative de la contacter directement. « Lors de notre première rencontre j’ai découvert la démarche que j’ai trouvée vraiment chouette. On donne un petit coup de pouce à des gens qui veulent avancer, retrouver une vie professionnelle, sans le stress des papiers, la crainte de ne pas être payée. »
Les avantages pour l’assistante maternelle
En effet, le dispositif offre aux professionnelles plusieurs avantages concrets : un accompagnement juridique, pédagogique et administratif, la possibilité de contacter à tout moment les éducatrices pour une aide personnalisée, un soutien en cas de conflit ou de malentendu avec les familles, et enfin, la participation à des temps de sensibilisation co-construits avec les RPE pour renforcer la professionnalisation. « En tant qu’éducatrice, je trouve que l’on est vraiment dans une posture d’écoute active, remarque la coordinatrice du dispositif. La proximité encourage un accompagnement un peu différent, plus personnalisé. »
Floriane souligne la qualité du suivi assuré par les éducatrices. « Moi qui ai l’habitude de tout faire toute seule, là, je délègue, confie-t-elle. Et tout est bien géré : les contrats, les calculs de fin de mois, les avenants. Je suis vraiment en confiance. Il y a eu un petit retard une fois, mais j’ai juste envoyé un SMS et le lendemain tout était réglé.»
Les assistantes maternelles labellisées bénéficient aussi d’un bonus financier « Dès qu’un enfant leur est confié via le dispositif, la rémunération horaire de l’assistante maternelle est majorée, souligne Isabelle Petit. C’est une incitation importante pour que ce mode d’accueil soit viable et reconnu ». Pour Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam, le dispositif ne peut, en effet, fonctionner que s’il repose sur deux piliers essentiels : « un véritable accompagnement humain des assistantes maternelles pour qu’elles ne soient pas seules face à des situations familiales parfois complexes, et un soutien financier. Elles ne doivent pas être pénalisées économiquement par ces accueils atypiques, souvent courts et parfois contraignants. »
Floriane y voit un avantage. Selon elle, ce type d’accueil, souvent à horaires variables ou partiels, peut s’avérer complémentaire à ses contrats classiques. Elle a accueilli le petit Julio à temps plein deux mois entre avril et mai pendant la formation de sa mère. Et depuis juin, il ne vient plus qu’un jour par semaine pour permettre à sa maman de poursuivre ses démarches de recherche d’emploi. « Ce format souple nous permet de combler les trous tout en redonnant du sens à notre métier.» L’assistante maternelle recommande vivement l’expérience autour d’elle.
Pour aller plus loin dans la professionnalisation, l’équipe travaille également à la mise en place de journées d’analyse de pratiques rémunérées, à l’instar de ce qui existe en crèche. Ce projet répond aux demandes exprimées par les professionnelles, notamment en termes de reconnaissance et de formation continue.
Un pilotage territorial réactif
Une soixantaine d’assistantes maternelles sont aujourd’hui labellisées AVIP dans la Somme. Le dispositif remplit ses objectifs, même s’il reste perfectible. Clémentine Lefebvre évoque les facteurs clés dans la réussite du projet : un financement pérenne, qui témoigne d’une volonté politique forte, et un comité de pilotage soudé, basé sur la confiance et l’écoute mutuelle. « Le soutien du comité de pilotage est précieux, souligne-t-elle. Il y a une relation de confiance qui est mise en place entre l’ensemble des organismes et le dispositif. Nous sommes réellement entendus. » Concernant le financement, la CAF, qui a signé une convention avec AGENA, verse 100 % des fonds à l’association, puis sollicite le remboursement de leur part auprès des autres co-financeurs.
Le 27 juin 2025 se tenait la réunion de mi-année du comité de pilotage. Au programme : analyse de l’activité, retours du terrain et ajustements nécessaires pour renforcer notamment l’adhésion des crèches au dispositif. Pour la responsable de la CAF, l’un des freins majeurs aujourd’hui réside dans le manque de familles orientées par les prescripteurs (France Travail, Conseil départemental). Le dispositif a été élargi en 2024 aux bénéficiaires du RSA en parcours d’insertion professionnelle. Mais, malgré un réseau d’assistantes maternelles labellisées dense, l’offre d’accueil reste parfois sous-utilisée. « Le système ne peut fonctionner que si l’offre rencontre une demande clairement identifiée », conclut Isabelle Petit.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 15 juillet 2025