Dans le Rhône, un club RH dédié à la petite enfance
C’est une initiative portée et cofinancée par la Caf du Rhône et la Maison métropolitaine d’insertion pour l’emploi de Lyon métropole. Le club RH petite enfance, créé il y a deux ans, doit permettre non seulement de bien recruter mais avant tout de fidéliser les salariés des crèches membres.
Pénurie, absentéisme et burn out
Dans le Rhône, comme dans tous les départements français, la pénurie des professionnels de la petite enfance plonge dans d’insolubles difficultés les structures d’accueil du jeune enfant, quels que soient leur statut, leur taille et leur mode de fonctionnement. Ce constat bien sûr Jean-Pascal Tortonèse, coordinateur petite enfance de la Caf du Rhône, l’avait fait. Mais il en avait fait un autre : même quand les crèches parvenaient à recruter, elles ne parvenaient pas à garder leurs salariés. D’où son idée de monter en collaboration avec la Maison métropolitaine d’insertion pour l’emploi, un club RH ouvert aux directeurs d’EAJE pour les aider à fidéliser leurs salariés. « Pour lutter contre la pénurie, beaucoup de choses ont été testées : les job dating, la promotion des métiers via des campagnes d’information ou des interventions dans les établissements scolaires ou des salons par exemple. On a obtenu quelques résultats mais… comme il est difficile de lutter, à court terme, contre la pénurie, nous avons décidé d’agir sur la stabilisation des nouvelles recrues. » Pourquoi les nouveaux arrivés ne restent pas ? « En général parce qu’ils traversent une phase de désillusion. Le monde de la petite enfance n’est pas ce qu’ils avaient imaginé… Et pour pallier cette phase nous avons pensé qu’il fallait renforcer les compétences RH des directeurs de crèches car seul un management de proximité peut éviter ces départs précoces », explique-t-il.
Un projet Caf/MMIE avec l’appui d’un cabinet RH
La Caf et la Maison métropolitaine d’insertion pour l’emploi (MMIE) se sont associées pour monter un projet de club RH petite enfance. La Petite Enfance, la Caf connait bien, et les clubs RH la MMIP en a déjà monté plusieurs pour d’autres secteurs d’activité. L’association tient donc la route pour une efficacité maximum. Côté financement, car tout ce qui va être monté sera gratuit pour les directeurs d’EAJE utilisateurs qu’ils soient publics, privés ou associatifs, la Caf prend en charge 80 % du coût du projet tandis que la MMIE s’acquitte des 20 % restants. Véronique Bourgeois, chargée de mission animation au RH à la MMIE, forte de ses précédentes expériences de club RH, a décidé de s’adresser au cabinet rHequiliance pour créer les outils RH adéquats et animer les partages d’expériences.
« Au démarrage les deux problèmes identifiés, outre la pénurie de pros récurrente, étaient le turn over dans les établissements et l’absentéisme », précise Cécile Farges du cabinet rHequiliance.
Concrètement, il s’agissait de proposer des webinaires (on était encore à l’ère du COVID et le distanciel s’imposait) au rythme d’un par mois pour une trentaine de participants, centrés sur des problématiques RH petite enfance. Mais, le succès aidant, très vite le club RH a pris d’autres formes…
Succès dès les premiers webinaires… et instauration d’un mix distanciel/présentiel
La Caf pour « recruter » les premiers membres de son club RH petite enfance a envoyé un mail à tous les directeurs d’EAJE publics, privés et associatifs du département du Rhône pour leur exposer le projet : des webinaires de 2h animés par des experts RH suivis d’échanges entre pairs destinés à des professionnels ayant des responsabilités d’encadrement d’une équipe petite enfance. Objectif : répondre aux problématiques d’encadrement et de management avec l’idée d’accompagner chaque participant dans deux ou trois plans d’action.
En quelques jours, les 30 premiers volontaires « cobayes » étaient trouvés. A partir d’un premier questionnaire envoyé aux EAJE sur leur problématiques RH, et à partir aussi de certaines études de la Caf, un premier programme de trois webinaires a été établi.
« Le test fut concluant car le succès a tout de suite été là, souligne Véronique Bourgeois et nous avons donc décidé de poursuivre le projet. »
Devant l’engouement suscité, très vite d’autres groupes ont été créés. La première année, il y eut donc 3 groupes de 30 qui furent réunis en un seul groupe de 90 par webinaire l’année suivante. Dès la deuxième année, il fut aussi proposé à ces 90 membres de participer à une session en présentiel réunissant 30 personnes au maximum.
En 2024, 7 webinaires seront organisés pour un groupe de 120 personnes et 3 après-midi d’échanges en présentiel pour 30 personnes sont aussi prévus.
Des cycles de webinaires autour d’un thème commun
Le Club RH propose des cycles de trois webinaires autour d’un même thème. En 2023, il y eut un cycle recrutement, un cycle QVCT, un autre management et un dernier sur la communication. En 2024, trois cycles sont proposés : un cycle cohésion d’équipe (engagement collaborateur, dynamique d’équipe sans s’épuiser, démarche appréciative), un cycle management (jongler entre management participatif et directif, accompagner/gérer les personnalités difficiles, dynamiser les réunions d’équipe) et un cycle accompagnement de mon équipe (accompagner au changement, accompagner pour lutter contre l’épuisement processionnels, accompagner le développement des compétences et des connaissances). Il y a dans chaque cycle une session de 3h en présentiel et deux ou trois sessions de 2h en distanciel.
Pour Véronique Bourgeois, c’est mission accomplie : « nous professionnalisons les directeurs de crèche pour mieux et bien recruter et faire en sorte que les collaborateurs ne partent pas. »
Et pour les trois instigateurs de ce projet, il est clair que ce que propose le club RH c’est « presque » mieux qu’une formation clef en mains !
Des outils pour mieux recruter et mieux manager
Laure Le Bihan, directrice de Septimousses, une crèche familiale de 45 berceaux regroupant près d’une quinzaine d’assistantes maternelles, est une fan du club RH. Elle y participe pratiquement depuis sa création en 2021. « Ce qui m’avait attiré au départ, explique-t-elle, c’est d’avoir accès à des outils et de participer à des échanges. Comme d’autres pros de la petite enfance (je suis infirmière puéricultrice), poursuit-elle, le management et les RH nous prennent beaucoup de temps car nous ne sommes ni assez formés ni bien armés pour les exercer. Or, le management dans notre secteur, c’est important. Il me paraissait aussi important de prendre de la distance par rapport à ses pratiques ». Et elle n’a pas été déçue : « Les outils et solutions proposés sont très concrets. On a une meilleure compréhension de qui on est mais aussi de la psychologie des professionnels avec qui l’on travaille et on voit comment notre propre personnalité peut avoir de l’influence dans le bon ou le mauvais sens. ». Mais elle reconnait : « Je n’ai pas moins de mal à recruter. La pénurie est là. Et moi, en crèche familiale, c’est particulièrement compliqué car je cumule les difficultés des crèches collectives avec les problèmes spécifiques liés aux assistantes maternelles. Néanmoins cela m’a aidé à mieux rédiger mes fiches de postes et de bien faire comprendre ce qui est attendu. En revanche, j’ai beaucoup progressé sur la fidélisation de mes assistantes maternelles salariées. » Et de poursuivre : « c’est un club qui nous aide à prendre du recul et à dénouer les conflits. Cela permet d’avoir une bonne ambiance et donc cela donne envie aux pros de rester ».
Rémi Pick, aujourd’hui directeur d’EAJE et coordinateur Petite Enfance de la Dombes (Leo Lagrange) dans l’Ain, participe aussi au club RH 69 depuis le tout début. « Quand j’ai reçu le mail de la Caf, je me suis dit pourquoi pas… Je venais d’arriver en France (NDLR : il exerçait précédemment au Luxembourg) et j’ai pensé que cela me ferait rencontrer d’autres directeurs, que cela m’aiderait à me créer un réseau. Par ailleurs, bénéficier d’apports managériaux m’intéressait puisque je débutais une formation Caferius. ». Il souligne : « Nous avons pu bénéficier de beaucoup d’outils revus et corrigés pour être bien adaptés à notre secteur. Ça m’a aidé non pas à plus recruter mais certainement oui à mieux recruter. A bien choisir les candidats grâce à des grilles d’entretien. Et à fidéliser bien sûr en valorisant les personnes. Beaucoup d‘éléments aussi sur les soft skills (savoir-être) qui finalement dans nos métiers sont aussi importants si ce n’est plus que les savoir-faire. »
Des échanges entre pairs pour se sentir moins isolés
Outre les outils fournis par l’animatrice du webinaire ou des rencontres, Laure Le Bihan apprécie la dynamique de groupe, les échanges entre directeurs de structures qui partagent les mêmes questionnements. « Même si nous sommes dans des situations différentes : avec des gestionnaires de statut différent, dirigeant des structures en villes ou en milieu rural. C’est un travail collaboratif très enrichissant. On travaille beaucoup et vraiment. Ce sont trois heures très denses ! Et puis on se sent moins seul ! » reconnait-elle. Pour Rémi Pick, « les moments de partage sont très rassurants. On réalise que nous ne sommes pas les seuls à rencontrer certaines difficultés. Et cela fait du bien ! »
Dans les évaluations des participants, on retrouve cet enthousiasme sur les outils proposés mais aussi sur ce travail collaboratif, les partages d’expérience et les échanges de bonnes pratiques.
Cécile Farges n’est pas surprise du succès de ce club RH. « La petite enfance a été un secteur d’activité très impacté par le COVID et ses suites, et ce qui plaît vraiment aux participants c’est la dynamique qui s’est créée, avec beaucoup d’entraide et de soutien entre pairs et entre animateurs et membres. » Et de louer ce qu’elle appelle l’intelligence collective et collaborative qui a permis, en sus des outils RH traditionnels, de donner naissance à un guide pour les professionnels de la petite enfance en ligne, téléchargeable et accessible gratuitement à tous les membres du club RH 69.
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 27 février 2024
MIS À JOUR LE 21 mars 2024