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Plantine, des micro-crèches de plein air pour revenir à l’essentiel

Dans le sud des Landes, les micro-crèches Plantine proposent un accueil de plein air où tous les temps forts se vivent à l’extérieur, lorsque le temps le permet. Dans un lieu inspirant et un jardin ensauvagé, l’accueil des enfants se fait simple et proche de la nature. Nous avons rencontré Cécile Couderc, l’une des co-fondatrices de Plantine, convaincue des bienfaits de la pédagogie par la nature, aussi bien pour les enfants accueillis que pour les professionnels qui les accompagnent.

L’histoire des micro-crèches Plantine commence avec celle de Cécile Couderc et Clémence Alaman, co-fondatrices passionnées qui ont su prendre le tournant que leurs parcours professionnels, leurs vies de famille et leur bon sens leur inspiraient. Car Cécile et Clémence ne sont pas issues du milieu de la petite enfance. Après quelques années épanouissantes à des fonctions très commerciales, arriva le temps de la remise en question du sens même de leurs métiers et des entreprises dans lesquelles elles exerçaient. « Nos premières maternités sont venues mettre au cœur de nos préoccupations le sujet de la petite enfance et l’importance de cette période. Et là, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un écart entre notre idéal de maman, nos aspirations personnelles déjà très centrées sur ce besoin d’être en lien avec la nature, et les lieux d’accueil que l’on visitait pour nos enfants ». Ce constat donnera envie à ces deux amies de s’investir dans le milieu de la petite enfance, bien qu’il soit complexe et peu reconnu ; persuadées de la nécessité de valoriser ces métiers et de proposer des projets pédagogiques alternatifs, tournés vers la nature.

Une année d’exploration pour un projet de conviction

Cécile et Clémence se lancent alors dans ce projet entrepreneurial qui leur ressemble. Pendant une année d’exploration, elles vont à la découverte de structures petite enfance inspirantes en France et à l’étranger, explorent leur territoire pour en évaluer les besoins, se forment à la pédagogie par la nature qui inspirera leur projet pédagogique, élaboré avec l’aide d’une éducatrice de jeunes enfants. Les deux partenaires s’appuient sur le Réseau Entreprendre et obtiennent rapidement le soutien de la PMI et du Conseil départemental. « Finalement, en remettant l’enfant au centre, on arrive à convaincre du bien-fondé de notre démarche ! » se réjouit Cécile. La première micro-crèche Plantine ouvre en septembre 2021 à Saint-André-de-Seignanx, la seconde en septembre 2022 à Saint-Vincent-de-Tyrosse et la troisième en juin 2023 à Saint-Geours-de-Maremne, dans les Landes. Trois micro-crèches Paje d’une capacité d’accueil de 12 enfants, qui proposent un accueil régulier ou occasionnel encadré. Trois structures au socle commun, auquel chaque équipe imprime sa patte et ses spécificités, à travers un projet pédagogique propre.

Revenir à des choses simples par la pédagogie par la nature

« Avec Plantine, on n’a rien inventé, résume Cécile. On a juste la volonté ferme de revenir à des choses simples ». Les trois structures suivent un projet pédagogique très inspiré de la pédagogie par la nature (PPN), adapté « au format micro-crèche » et à l’âge des enfants accueillis. Née dans les pays scandinaves, cette approche éducative a fait ses preuves et invite les enfants à explorer librement leur environnement naturel, à développer leur relation aux autres et à la nature… Ici, tout repose sur un lieu inspirant, un jardin ensauvagé, des temps forts vécus en extérieur dans la mesure où la météo clémente du sud-ouest le permet. Activités, repas et même siestes se font donc à l’extérieur, dans des hamacs dès le plus jeune âge, avec des tenues adéquates en fonction de la saison. Dans le jardin, un enclos pour les lapins et un carré potager pour découvrir le monde, une cabane de change et un canapé forestier pour être installé confortablement. « Et puis on prend le temps de faire les choses, insiste Cécile. La notion de temps long, de ralentissement est d’ailleurs un des piliers de la pédagogie par la nature que nous utilisons au quotidien, tout comme dans la mise en place du projet en tant que tel, qui se fait très progressivement. » 

Un lieu inspirant et un jardin ensauvagé

Dès le départ, chaque crèche Plantine est donc conçue pour faciliter la vie de plein air. Il y a toujours un très grand préau pour permettre une transition tout en douceur de la crèche au jardin, et tout le matériel est doublé pour l’intérieur et l’extérieur, pour éviter trop de manutention aux professionnels. Ce jardin doit être végétalisé, ensauvagé, avec du relief, des trous, des bosses, tient à préciser Cécile, pour permettre aux enfants de développer une plus grande motricité globale, d’explorer et prendre des risques mesurés. « Mener un projet d’accueil en plein air, c’est à la fois entrer dans le cadre légal essentiel, qui permet de contrecarrer aux dérives qu’il pourrait y avoir, mais c’est aussi repousser les limites et désacraliser les aspects de sécurité, explique-t-elle. Quand on fait confiance aux enfants, tout se passe bien et on n’est pas obligées de vivre dans un jardin sans herbe équipé de mousse rebondissante qui ne salit pas ! On a dû déconstruire tout cela auprès de nos partenaires pour prouver que des choses différentes étaient possibles et pleines de bienfaits ». Alors certes, il y a des temps d’habillage et de déshabillage plus importants que dans les autres structures, car pour aller dehors dans de bonnes conditions, il faut être équipé. C’est d’ailleurs la crèche qui fournit les combinaisons, pour permettre aux enfants de faire toutes les expérimentations possibles sans crainte de se salir.

Un projet pédagogique fort pour fidéliser les équipes

Cécile reconnait que c’est une démarche qui demande beaucoup d’énergie et d’implication. Mais pour elle, les bénéfices sont tels, qu’il ne s’agit que d’un cercle vertueux : « On fait tout cela pour les enfants et par extension pour les professionnels. Car les bienfaits sur les tout-petits, les pros les ressentent également. Quelle fierté de pouvoir offrir aux pros un cadre de travail différent et plus qualitatif ! C’est un cercle vertueux pour lequel on se bat au quotidien : un cadre de travail différent, des pros épanouis et donc une meilleure qualité d’accueil ». Chaque équipe est composée de cinq professionnels de la petite enfance et d’une référente technique par structure Plantine. « C’est un engagement qualité fort que nous prenons, insiste la gestionnaire. Le cadre légal nous permettrait d’avoir une directrice pour trois micro-crèches mais pour la qualité de l’accueil, il nous semble essentiel d’aller au-delà du minimum prévu… » Et du côté du recrutement, le territoire ne semble pas aussi en tension que près des métropoles. Cécile dit recruter des professionnels diplômés qui ont ce goût du dehors, sans plus de qualifications spécifiques. « Mais ici, nous sommes dans une démarche de co-construction avec nos équipes, précise-t-elle. Les professionnelles se retrouvent actrices d’un projet pédagogique fort, ce qui nous aide à fidéliser nos équipes. »  

Des professionnels formés et suivis de près

Pour investir les équipes dans ce projet atypique, chaque personne qui rejoint Plantine bénéficie d’un séminaire de deux jours avec une formation à la pédagogie par la nature. En outre toutes suivent trois à quatre jours de formation – collective ou individuelle – par an pour maintenir une véritable qualité d’accueil et soutenir leur montée en compétences. « Mais je dois souligner la difficulté que nous avons à obtenir des financements auprès des OPCO, dans une période de tension dans les métiers de la petite enfance, regrette la gestionnaire. Accompagner nos professionnels vers la formation, c’est essentiel mais cela demande beaucoup temps et de moyens financiers et humains. En fin d’année, il arrive bien souvent que les financements soient refusés… ». En sus, un temps d’analyse de pratique de 2 heures par trimestre est assuré par une psychologue auprès des équipes, et plus si besoin, si les équipes sont confrontées à des problématiques particulières. Elles peuvent également compter sur une réunion d’équipe mensuelle avec la référente technique et une réunion individuelle tous les quinze jours « pour que chaque professionnel puisse avoir un temps de parole dédié pour accueillir ses interrogations, inquiétudes, et faire un petit « point météo » ! » 

Si 80% des parents rejoignent les crèches Plantine pour leur projet pédagogique hors du commun et ces valeurs qu’ils souhaitent transmettre à leurs enfants, certains appréhendent parfois la simplicité de cette vie, et cette proximité avec la nature. Mais là également, les équipes ont appris à accompagner les parents en douceur, sans jamais forcer, en prenant le temps…

Pour plus d’informations : https://www.plantine.fr/

Les 7 piliers de la pédagogie par la nature

  • Le jeu libre
  • Un lieu naturel inspirant
  • La présence de l’adulte
  • La récurrence et le temps long
  • Les participants au cœur des pratiques
  • La prise de risque mesurée
  • Le processus, pas le résultat

Catherine Bouve, enseignante-chercheur en Sciences de l’Éducation : « En France, nous avons plutôt des « enfants d’intérieur ».

Serge Tisseron, psychiatre : « Le développement des crèches et des espaces petite enfance devient un axe prioritaire de la prévention du trop d’écrans »

Adulte « phare » et personne « référente » : deux regards sur les enfants en crèche

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 24 février 2024

MIS À JOUR LE 12 juin 2024

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