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Eric Louche, directeur du SPSTN : « Cette année, nous allons contacter directement les assistantes maternelles »
Après des années sans accès à la médecine du travail, les assistantes maternelles comme tous les salariés de l’emploi à domicile, bénéficient depuis le 2 janvier 2025 d’un accompagnement assuré par le Service de prévention et de santé au travail national (SPSTN). Un peu plus d’un an après son lancement, Eric Louche, directeur du SPSTN, répond aux questions des Pros de la petite enfance.
Les Pros de la petite enfance : Les salariés de l’emploi à domicile ont accès à un suivi en santé au travail depuis janvier 2025. Après une année de fonctionnement, quel premier bilan tirez-vous ?
Eric Louche : L’année 2025 a été une année de démarrage et de construction. Il faut rappeler que nous partions d’une situation où ces salariés n’avaient pour une très grande partie d’entre eux, pas bénéficié d’un suivi en prévention et en santé au travail. Cette première année nous a permis de lancer le service, d’éprouver nos outils, de recruter les premières équipes, et surtout de mieux comprendre la réalité des salariés de la branche et de leur environnement professionnel. En 2025, nous avons réalisé près de 11 000 visites médicales et traité plus de 47 000 appels via notre centre de contact, avec un temps moyen d’appel d’environ sept minutes. Ce sont des volumes significatifs pour un service récemment créé.
Certains salariés disent encore mal connaître l’existence du SPSTN. Comment expliquez-vous cela ?
Eric Louche : La communication a d’abord ciblé les particuliers employeurs, car ce sont eux qui ont des obligations légales. Cette communication est portée par l’APNI, en lien avec les données issues de l’URSSAF Caisse Nationale. La communication directe auprès des salariés va s’intensifier à partir de 2026, lorsque nous allons déployer une logique d’« aller vers ».
Où en est la question sensible du défraiement ?
Eric Louche : Le principe du défraiement est aujourd’hui clairement établi. Le SPSTN transmet à l’APNI les informations nécessaires, et c’est l’APNI qui assure le défraiement des salariés de la branche, sur la base de trois forfaits distincts, selon qu’il s’agit d’une visite en présentiel, en distanciel ou qu’il y a des examens complémentaires. Ce dispositif n’a pas démarré immédiatement en début d’année, car l’APNI a dû se structurer et mettre en place les outils nécessaires. De notre côté, nous transmettons les données depuis bien avant l’été et les éléments permettant le défraiement sont bien envoyés.
Après cette première année, avez-vous un constat sur l’état de santé global des salariés de l’emploi à domicile ?
Eric Louche : Il serait prématuré de tirer des conclusions. En 2025, les visites ont été exclusivement organisées à l’initiative des salariés ou des particuliers employeurs. Cela signifie que nous avons majoritairement vu des personnes déjà en difficulté, en arrêt de travail, en reprise ou confrontées à des problématiques de santé complexes. Elles ne sont pas représentatives de l’ensemble de la branche.
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La question des visites en présentiel revient beaucoup chez les professionnels.
Eric Louche : La visite en présentiel intervient dans trois situations : lorsque le salarié refuse la téléconsultation, lorsqu’il existe une fracture numérique, ou lorsque le professionnel de santé estime qu’un examen clinique est nécessaire. Dans ces cas-là, le salarié est orienté vers un service de prévention et de santé au travail partenaire. Sur les 11 000 visites réalisées en 2025, à peine plus d’une centaine ont nécessité une visite en présentiel. Et parmi elles, près de deux tiers relevaient d’une problématique de fracture numérique, et non d’un besoin médical. Le recours au présentiel intervient donc dans des situations précisément identifiées.
Quand elle est nécessaire, est-ce que les salariés peuvent réellement y accéder partout sur le territoire ?
Eric Louche : Nous avons signé des conventions de partenariat avec des services de prévention et de santé au travail interentreprises, les SPSTI. Cela nous permet de réorienter les salariés qui ont besoin d’une visite en présentiel vers ces services, le SPSTN assurant en continu le suivi de l’état de santé des salariés À date, nous avons signé 45 conventions de partenariat. Cela nous ouvre un accès à 47 départements, avec 391 centres de proximité dans lesquels les salariés de la branche peuvent être accueillis physiquement lorsqu’une visite en présentiel est nécessaire. Dans les départements où nous ne sommes pas encore conventionnés, nous étudions d’autres solutions, comme le détachement d’équipes du SPSTN dans des espaces de consultation, ou la mise en place d’unités mobiles qui pourraient intervenir sur un territoire pour accueillir les salariés qui le nécessitent.
Quelles sont vos priorités pour 2026 ?
Eric Louche : Ce premier trimestre 2026 nous permet de capitaliser sur 2025 et de poursuivre les recrutements. On le sait, la démographie médicale et paramédicale est par nature défavorable, et nous rencontrons des difficultés de recrutement, comme l’ensemble des services, quel que soit le secteur. Notre priorité aujourd’hui, c’est le déploiement sur les territoires. L’objectif est de pouvoir aller vers les salariés, c’est-à-dire ne plus dépendre uniquement des sollicitations individuelles ou des particuliers employeurs pour organiser les visites médicales, mais être en capacité de les contacter directement afin de les convoquer.
Le deuxième trimestre 2026 va nous permettre de tester le déploiement sur certains territoires pilotes. Concrètement, il s’agira de contacter directement des salariés qui ne nous ont pas encore contactés. Comme nous n’avons pas leur adresse email ou leur numéro de téléphone, ce premier contact se fera par courrier. L’objectif est de recueillir les informations nécessaires pour pouvoir les inscrire dans nos outils, puis leur adresser une convocation pour une visite médicale, en distanciel ou en présentiel selon leur situation.
Nous avons également des priorités réglementaires importantes. Il y a d’abord le contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens, qui est un contrat tripartite signé avec la DREETS et la CRAMIF, et qui permet de définir nos priorités de prévention. Nous devons aussi entrer dans une démarche de certification de niveau 2, avec une certification prévue pour la deuxième quinzaine du mois de juin. Enfin, il y a toutes les actions de prévention primaire, qui font partie des missions d’un service de prévention et de santé au travail.
La cellule de prévention de la désinsertion professionnelle (PDP)
Mise en place en septembre 2025, la cellule de prévention de la désinsertion professionnelle (PDP) fait partie des missions d’un service de prévention et de santé au travail. Son objectif est d’anticiper les situations dans lesquelles l’état de santé d’un salarié pourrait, à court, moyen ou long terme, l’empêcher de continuer à exercer son métier. Comme l’explique Karine Durand, directrice médicale au SPSTN, « notre mission est d’intervenir le plus tôt possible, dans une logique d’anticipation, pour sécuriser le parcours professionnel et favoriser le maintien dans l’emploi ». Elle illustre : « Une salariée peut avoir été opérée du dos et aller mieux aujourd’hui, mais on sait qu’avec le temps, le vieillissement ou l’évolution de certaines pathologies, les contraintes physiques de son métier peuvent devenir problématiques. La cellule PDP permet d’anticiper ces situations. »
L’orientation vers la cellule PDP est réalisée par un professionnel de santé du SPSTN, médecin du travail ou infirmier en santé au travail, et uniquement avec l’accord du salarié. Celui-ci est ensuite accompagné par une assistante sociale, qui peut notamment proposer un bilan de compétences et analyser les possibilités d’évolution ou de reconversion professionnelle dans la branche. Fin 2025, 125 salariés ont été orientés vers la cellule PDP, avec 98 entretiens réalisés sur le dernier trimestre. Deux assistantes sociales sont aujourd’hui en poste au sein de la cellule, et une troisième doit rejoindre l’équipe prochainement.
Propos recueillis par Candice Satara
PUBLIÉ LE 04 février 2026