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Etude de la Drees : l’équilibre entre la vie familiale et la vie professionnelle des couples repose toujours fortement sur les mères

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) vient de publier le premier volet d’une série d’études autour de la parentalité et du genre, appuyée sur l’enquête Modes de garde et d’accueil des jeunes enfants de 2021. Elle décrypte les inégalités de genre au sein des couples concernant leur situation d’emploi, leur organisation familiale et met en évidence, sans grand étonnement, une organisation très genrée au sein des couples, où l’articulation entre vie familiale et professionnelle repose toujours principalement sur les mères.

De l’inactivité au temps complet, les parents sont souvent contraints d’ajuster leur activité professionnelle afin d’accueillir au mieux un nouvel enfant. A partir des données de l’enquête Modes de gardes et d’accueil des jeunes enfants, récoltées en 2021 auprès de 2 380 000 familles hétéro-parentales avec enfants de moins de 6 ans, la Drees s’est intéressée à la situation d’emploi des parents de jeunes enfants afin « d’apprécier dans quelle mesure l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle repose plus fortement sur les mères ». Et le constat est sans appel, ce sont la plupart du temps les mères qui se rendent plus disponibles en adaptant leur position sur le marché de l’emploi.

Les mères sont deux fois plus souvent sans emploi que les pères

En effet, pour 42% des couples sondés, les mères sont les plus éloignées de l’emploi, et pour seulement 8% des couples, c’est le père qui a réduit son activité professionnelle. Plus précisément, les mères sont la plupart du temps « sans emploi », en congé long ou au chômage (21%), ou bien, exercent à temps partiel (17%) alors que le père travaille à temps complet. Au total, parmi ces couples avec de jeunes enfants, les mères sont deux fois plus souvent sans emploi que les pères, pour la plupart inactives au foyer (13%), ou en congé parental (5%).

Des catégories sociales déterminantes pour l’emploi des mères

L’organisation de la vie professionnelle des couples varie également selon leurs catégories socio-professionnelles. L’enquête révèle que les mères cadres ou de profession intellectuelle supérieure exercent beaucoup plus fréquemment leur emploi à temps complet (74%), et lorsqu’elles ne le sont pas, sont plus souvent à temps partiel (58%). Tandis que les mères ouvrières ou employées renoncent plus souvent à leur activité pour leurs enfants au cours de leur carrière. C’est le cas de 11% d’entre elles, sans emploi en partie pour des raisons liées aux enfants, contre seulement 3% des mères cadres ou de profession intellectuelle supérieure.

Un choix parfois contraint pour des raisons financières, pour pallier l’absence de mode d’accueil, ou bien éviter des conditions d’emploi qui rendent difficile l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle : le plus souvent employées en CDD, ou autre contrat précaire, elles peuvent plus rarement modifier leurs horaires ou travailler à domicile en cas d‘imprévu… Bon nombre de raisons qui incitent ces mères plus précaires à quitter leur activité professionnelle pour s’occuper elle-même de leur enfant. L’étude précise également que si « l’emploi participe beaucoup à la construction d’identité pour les mères de classes moyennes et supérieures, la figure de la mère qui prend soin du foyer est plus valorisée dans les classes plus populaires (Boulet, 2018 ; Pizarro, 2022) ».

Les mères compensent le manque de modes d’accueil

Quand les parents ne trouvent pas de solution d’accueil, ce sont donc principalement les mères qui se chargent d’une garde parentale, souvent non choisie. Soit parce qu’elles étaient déjà sans emploi et ont pu se voir refuser une place pour cette raison, soit parce qu’elles ont quitté leur emploi faute de mode d’accueil formel. L’étude précise qu’un tiers des mères employées ou ouvrières sans emploi évoquent une contrainte liée à l’enfant : le coût du mode d’accueil (19%), ne pas avoir trouvé un mode d’accueil qui convienne (16%) ou des horaires de travail non compatibles (15%).

A prendre en compte également, les inégalités de salaire entre hommes et femmes (il est « souvent financièrement moins pénalisant de se passer du salaire de la mère que de celui du père ») ; les représentations sociales qui créent des attentes fortes vis-à-vis du rôle des mères auprès des enfants et de la famille ; et l’accroissement du nombre d’enfants. « La probabilité qu’une mère soit sans emploi plutôt qu’à temps complet est particulièrement élevée lorsqu’il y a trois enfants ou plus », précise l’étude.

Un rapprochement des situations d’emploi au sein des couples

Bien que l’organisation des couples reste très genrée, on observe cependant une belle évolution depuis une vingtaine d’années : depuis 2002, les situations d’emploi des couples sont bien plus souvent similaires (36% en 2002 contre 50% en 2021), il est plus fréquent que les deux parents exercent à temps complet (46% en 2021 contre 33% en 2002). La proportion de mères éloignées de l’emploi s’est également amoindrie (42% contre 59% en 2002).

Une tendance que l’étude de la Drees attribue à un plus fort investissement des mères dans la sphère professionnelle, alors qu’elle ne constate très peu de changement du côté des pères. Ces évolutions, bien qu’elles concernent toutes les catégories sociales, sont bien plus marquées pour les catégories sociales les plus élevées. Mais l’étude précise que pour atteindre un objectif d’égalité entre femmes et hommes, « une plus forte participation des pères dans la sphère familiale » serait un levier important !

Retrouvez l’intégralité de cette étude sur le site de la Drees

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 07 mars 2024

MIS À JOUR LE 25 avril 2024

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