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Florence Dabin, présidente du CD de Maine-et-Loire : « L’objectif de ma mission est de tirer vers le haut la qualité de l’accueil du jeune enfant »

Florence Dabin est présidente du Conseil départemental de Maine-et-Loire, vice-présidente de l’Assemblée des Départements de France en charge de l’enfance, et présidente du groupement d’intérêt public France Enfance Protégée. Le 1er juin dernier, lors du CNR petite enfance à Angers, la Première ministre Elisabeth Borne lui a confié une « mission pour suivre le déploiement rapide et efficace des solutions pour lutter contre la maltraitance », suite au rapport de l’IGAS sur les crèches et dans le cadre du SPPE. Et le 13 juillet, Jean-Christophe Combe, lui a remis officiellement la lettre de mission. Le point avec Florence Dabin sur les contours de sa mission.

Les Pros de la Petite Enfance : La prévention et la protection de l’enfance sont des sujets que vous connaissez bien et qui vous tiennent à cœur… 
Florence Dabin : Oui, c’est une réalité à plus d’un titre. J’ai été enseignante pendant plus de 20 ans avec des parcours d’enfants qui m’ont touchée. En parallèle, j’étais déjà élue locale et départementale. Donc c’est vrai que, lorsqu’il y a deux ans désormais, je deviens présidente du département de Maine-et-Loire et, j’ai conscience de la fragilité de mon département dans le domaine de la prévention et de la protection de l’enfance, j’en fais une priorité de manière très claire. A la fois en étant entourée de vice-présidentes dédiées, l’une à la prévention, et l’autre à la protection, et en ayant des moyens financiers qui sont importants. J’ai souhaité en effet avoir un plan d’envergure financièrement. Je sentais et je percevais dans mes fonctions passées au niveau des professionnels un épuisement, une lassitude, une perte de sens dans leur métier, un vrai sujet d’attractivité des métiers au sens large. Aussi, je me suis dit qu’il fallait agir vite, efficacement pour donner un signal fort à nos professionnels et de bâtir ensemble (professionnels, agents départementaux, associations) des réponses avec tous nos partenaires. On a donc augmenté notre budget dédié à l’enfance. J’ai créé 17 postes, 120 places sur l’ensemble du mandat, avec une pluralité à la fois dans le domaine des ressources humaines, dans les lieux d’accueil de manière à se dire que chaque enfant a son parcours de vie et qu’il a besoin d’avoir une réponse adaptée. C’est le projet de l’enfant : un enfant, un projet, une solution.

Vous êtes également présidente du groupement d’intérêt public France Enfance Protégée…
Lorsque je suis devenue présidente du département, François Sauvadet, le président de Départements de France, a souhaité créer un groupe dédié à l’enfance, que j’ai l’honneur de présider, ce qui m’a donné une reconnaissance par mes pairs et au niveau national. Cette décision, de présider France Enfance Protégée, m’est apparue comme une évidence tellement j’avais envie de m’engager avec le parcours qui est le mien et surtout avec l’ambition de travailler avec tout le monde : les associations, les services de l’Etat. France Enfance Protégée, c’est le lieu ressource national dans le domaine de l’enfance. Il fait référence car c’est un travail collectif. C’est l’adoption, tout le travail de la recherche au service des professionnels et c’est faire le lien entre nous tous. Ces différents engagements ne nourrissent qu’un objectif : l’accompagnement des enfants tant dans le domaine de la prévention que de la protection mais aussi l’accompagnement des familles. On agit en effet énormément sur le sujet de la parentalité. On agit aussi beaucoup sur les jeunes qui ont 18 ans et plus. Car tout est corrélé. C’est aussi l’ambition de partager des bonnes pratiques, inspirantes, innovantes, via une plateforme qui a été créée il y a quelques semaines au sein de France Enfance Protégée en lien avec Départements de France.

En avril dernier, l’IGAS rendait public son rapport sur « la qualité de l’accueil et la prévention de la maltraitance dans les crèches », commandé par Jean-Christophe Combe, ex-ministre des Solidarités, suite au décès d’une petite fille en juin 2022 dans une micro-crèche de Lyon. Qu’avez-vous pensé de ce rapport ? Avez-vous été surprise ?
La première chose, c’est que je remercie vraiment le ministre Jean-Christophe Combe d’avoir sollicité ce rapport car, faire de la politique, c’est avoir le courage de lever le voile sur des dysfonctionnements, sur des pratiques qui sont parfois connus mais pas assumés. Le deuxième acte de courage de la part du ministre, c’est d’avoir immédiatement décidé de le rendre public. Et ce que l’on attend des politiques, c’est qu’il y ait des positions, des positions fortes, et l’une d’entre elles, c’est cette lettre de mission qui m’a été remise. Pour répondre à votre question, je n’ai pas été surprise car je ne suis pas nouvelle dans le milieu. Ce qui est bien, c’est que ce rapport est clair, factuel.

Suite au rapport de l’IGAS et dans le cadre du SPPE, la Première Elisabeth Borne vous a confié, lors du CNR petite enfance à Angers le 1er juin dernier, une « mission pour suivre le déploiement rapide et efficace des solutions pour lutter contre la maltraitance ». Le 13 juillet, Jean-Christophe Combe, vous a remis officiellement la lettre de mission. Quelle est votre feuille de route ?
Concrètement, je vais être accompagnée par deux personnes : une de l’IGAS et une de la DGCS. Nous allons nous rendre sur le terrain pour voir des structures d’accueil collectives, individuelles, publiques, privées… A la fois celles qui sont connues et partagées dans le cadre du groupe Enfance car ils ont envie de faire savoir ce qu’ils ont mis en place et ce qui fonctionne très bien et à la fois celles qui ont été identifiées dans le rapport comme ayant des besoins de rectifier le tir immédiatement parce qu’il y a une tolérance zéro sur un accueil qui n’est pas de qualité. Dans un premier temps, il s’agira jusqu’à janvier 2024 d’avoir une première séquence de travail sur les signalements et la deuxième séquence portera plus spécifiquement sur les contrôles pour la fin du premier semestre 2024. Il ne s’agit pas d’aller voir d’abord ce qui fonctionne et après ce qui fonctionne moins bien ou inversement, il s’agit de faire un tour de France des réalités et de se nourrir des pratiques des professionnels avec un rapport qui sera très factuel, très étayé, très objectif, sans consensus aucun, sans parti pris aucun. Le rapport de l’IGAS doit déboucher sur quelque chose. Il débouche sur une lettre de mission qui elle-même aura une déclinaison opérationnelle au service de chacun.

La première échéance, qui concerne l’élaboration d’une « procédure nationale, simple, harmonisée et diffusable auprès de l’ensemble des acteurs concernés », va vite arriver puisqu’elle attendue d’ici la fin de l’année. Comment allez-vous procéder ?
J’attends que soient identifiées les deux personnes qui vont m’accompagner. Puis dès que je le saurai, je vais aller sur le terrain. Depuis que la lettre de mission est signée, j’ai déjà identifié différents lieux. Reste à voir l’organisation car il faut optimiser les déplacements. Mais en tout cas : immédiatement le terrain, immédiatement les échanges avec les professionnels et les parents. Il y aura aussi beaucoup d’observations. L’avantage d’avoir des regards croisés de trois professionnels, c’est de faire une analyse précise et la plus objective possible. De toute façon, la clé c’est d’aller sur le terrain et d’avoir connaissance de tout ce qui peut exister au niveau national. Avec en plus un objectif : tirer vers le haut la qualité d’accueil. Et de réduire parfois les contrôles que l’on pourrait qualifier de tatillons, de trop administratifs qui, à juste titre, épuisent les professionnels. Le contrôle, c’est important, c’est l’objet de ma lettre de mission, mais tout est affaire d’équilibre. Et ce qui est aussi intéressant dans le cadre de la mission, c’est que je vais m’appuyer sur ce qui fonctionne très bien dans le domaine de la prévention et de la protection de l’enfance, comme le 119, la cellule de recueil des informations préoccupantes. Il faut que l’on fasse des liens entre tout ça. Je pars avec une très grande disponibilité sur cette mission, avec l’envie de porter à ma connaissance beaucoup de sujets, beaucoup de réalités, avec aucun a priori sur quoi que ce soit, mais l’envie d’avoir une maîtrise et une expertise qui soit la plus étayée et la plus factuelle possible. C’est aussi l’occasion d’avoir un rapport très appuyé à la fois sur les visites-terrain, sur ce que je connais de ce qui se met en place dans mon département et en lien avec France Enfance Protégée. L’idée, c’est qu’il y ait une dynamique, une synergie entre tous ces acteurs.

Le deuxième volet de votre mission consiste à établir « un schéma-cible de signalement et de suivi des suspicions de maltraitances dans les lieux d’accueil du jeune enfant » pour le printemps 2024. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Pour le moment ce que je peux dire, c’est que les missions vont être menées conjointement. Ce qui va permettre d’apporter rapidement des réponses. Et puis, ce qui est intéressant, c’est qu’à chaque fois que suis sollicitée pour intervenir à tel ou tel endroit, que ce soit en présentiel ou en visio, cela va permettre de nourrir ma réflexion, ce que l’on va écrire et ce qui fera l’échange avec la Première ministre. Tout cela est très important puisque le sujet de l’enfance est une priorité du chef de l’Etat. Il faut donc qu’il y ait des engagements forts qui découlent de cette mission et d’un pan plus global sur la prévention et la protection de l’enfance. Tout cela est lié. C’est aussi lié au sujet de l’emploi pour les parents. Tout est sens pour à un moment donné avoir envie de tous travailler ensemble, de prendre les sujets à bras-le-corps en ayant des actions concrètes, facilement réalisables et que l’on arrête dans ce pays de parfois étouffer des initiatives qui se veulent être simples, efficaces et qui apportent des résultats. Il nous faut revenir à de l’efficacité, à de l’évidence, le tout dans un cadre juridique et bienveillant, sécurisant, défini, c’est l’objet de ma mission.

Vous avez évoqué le 119. Est-ce que la mise en place d’un tel numéro pourrait faire partie de vos préconisations ?
Ce numéro fonctionne très bien. On a augmenté les moyens sur le 119 car on a de plus en plus besoin d’écoutants. Les signalements se font de plus en plus par le 119. C’est un chiffre de plus en plus connu, relayés dans les structures privées, publiques, dans les établissements scolaires… En parallèle, nous avons déployé un chat pour le public moins à l’aise avec le téléphone et plus en adéquation avec cette génération qui aime bien chatter. C’est bien d’ouvrir un panel d’appels. Peut-être, l’idéal serait-il d’avoir un numéro unique… La cellule de recueil des informations préoccupantes fonctionne aussi très bien. L’échelon référence ce sont les départements de France. Nous avons la confiance, nous sommes identifiés comme tel. Il ne s’agit pas de prendre la place de qui que ce soit, il s’agit que chacun soit à sa bonne place pour apporter l’écoute, la prise en compte de la parole et une réponse adaptée.

Allez-vous vous appuyer sur un comité d’experts pour mener à bien votre mission ?
Cela viendra après. A Départements de France, on a tout un groupe de directeurs de la petite enfance des départements, qui eux sont dans le quotidien, dans l’action. L’avantage, c’est que tous ces directeurs chevronnés ont la volonté de faire remonter et sont très volontaires. Et c’est à saluer. Ils ont envie que cela avance. L’objectif après, c’est que tout le monde s’en empare. La mission est ambitieuse et j’en fais vraiment un enjeu très fort au niveau national.

Votre mission concerne l’ensemble des modes d’accueil. Allez-vous tenir compte des spécificités de chacun dans vos propositions ? 
Oui, bien sûr. Il faudra apporter des réponses plurielles. Peut-être y aura-t-il des choses qui peuvent être simples et dupliquées quel que soit le mode d’accueil et d’autres qui seront plus spécifiques pour justement respecter les spécificités propres à chacun. Il faut pouvoir être en adaptation permanente, en agilité. Ce qui est essentiel, c’est d’apporter une qualité d’accueil, de service, le respect de chaque enfant dans son individualité. Et puis la clé sera encore une fois ce regard croisé et d’apporter des éléments de réponses pour chacun des modes d’accueil. L’accueil individuel n’est pas l’accueil collectif.

Concernant les dispositifs de signalement utilisés dans d’autres pays – Jean-Christophe Combe souhaitait que vous les recensiez et les compariez – avez-vous déjà eu vent de ceux qui fonctionnent bien et pourraient donc être source d’inspiration ?
Lorsque j’étais enseignante, j’ai été très influencée par certaines méthodes canadiennes et québécoises dans ma pédagogie. Et, là aussi, j’avais une pédagogie qui se voulait plurielle à travers différents courants. Cela fait partie des choses que je sais déjà. Maintenant, je n’ai pas encore, en cette fin de mois de juillet, été regarder ce qui se fait à une autre échelle. Mais je le ferai car cela fait partie de la lettre.

Dans sa lettre de mission, Jean-Christophe Combe évoque la formation des professionnels. Vous a-t-il donné plus de précisions à ce sujet ?
Non, je n’ai pas eu plus de précisions. Mais quelque part, c’est très bien qu’il l’écrive dans la lettre de mission car c’est un vrai sujet. Là ce qui nous rassemble ce sont les métiers de la petite enfance, mais de façon plus globale, le sujet de la formation des métiers de l’humain est un enjeu national. On va être face à un mur abyssal surtout pour les seniors, mais il ne faudrait pas qu’on l’ait en même temps pour l’enfance. Le sujet de la formation initiale et continue viendra en filigrane. La formation des professionnels est un incontournable. On ne peut pas être un bon professionnel si on n’est pas formé et formé régulièrement. Il faut avoir aussi cette capacité de se dire : je fais un retour en arrière, je me renseigne sur les bonnes pratiques diverses et variées, je suis aussi capable de questionner ma propre pratique. Cela ne veut pas dire que je suis défaillant mais que je veux tirer vers le haut ma pratique professionnelle.

Une nouvelle ministre des Solidarités vient d’être nommée. C’est donc à Aurore Bergé que vous remettrez vos conclusions. Avez-vous déjà pu vous entretenir avec elle ?
Non pas encore. Elle vient tout juste d’être nommée… En tout cas, je suis disponible quand Madame la ministre souhaitera échanger à la fois dans le cadre de ma casquette au sein de France Enfance Protégée et aussi du groupe Enfance de Départements de France. Nous lui partagerons toutes nos idées. Je lui partagerai ma vision de présidente de France Enfance Protégée et de vice-présidente de l’Assemblée des Départements de France en charge de l’enfance. Pour nous, c’est-à-dire tous les acteurs qui sont déjà en poste, par fidélité par rapport à ceux qui nous ont précédés et par rapport à ceux avec lesquels nous travaillons depuis que nous sommes en responsabilités, il y a un mot qui est essentiel : la continuité.

Télécharger ci-dessous la lettre de mission du 13 juillet 2023 signée par Jean-Christophe Combe

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Propos recueillis par Caroline Feufeu

PUBLIÉ LE 28 juillet 2023

MIS À JOUR LE 24 août 2023

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