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La parole aux professionnels du secteur
Nous avons relevé dans chaque présentation des 12 co-organisateurs, les faits saillants et propositions les plus marquantes. Nous n’avons pas recherché l’exhaustivité puisqu’à chaque fois nous vous donnons le lien direct vers l’intervention en replay. L’idée est plutôt pour nos lecteurs les plus pressés de donner les messages essentiels de chacun.
L’Ufnafaam : la priorité, c’est une réforme du CMG
L’Union fédérative nationale des associations de familles d’accueil et assistants maternel, qui pour rappel a publié, avec l’Anramam, un manifeste, à l’attention des candidats à l’élection présidentielle, avec 9 propositions prioritaires, a bénéficié de deux temps de parole.
Elle a commencé la matinée et l’a terminée. Nous avons fait ici le choix de réunir les deux interventions.
Sandra Onyszko, directrice de la communication de l’Ufnafaam, présente sur le premier temps, a souhaité donner la parole à des professionnels de terrain. Christine Andrieu, animatrice d’un RPE en Seine-Saint-Denis, a ouvert le bal sur la question de l’accessibilité et du CMG, un sujet d’importance pour les pros de l’accueil individuel car, rappelons-le, à l’heure actuelle le reste à charge est plus élevé pour les parents qui font appel à une assistante maternelle plutôt qu’à une crèche. Elle a apporté son témoignage de terrain : celui des difficultés financières que rencontrent certaines familles en faisant appel à une assistante maternelle. Elle estime qu’il faudrait « que le coût financier pour toutes les familles que ce soit en accueil collectif ou en accueil individuel soit mis sur le même plan d’égalité » et souligne l’importance de valoriser ce métier en mettant en place « une grande campagne nationale d’information nationale sur les bienfaits de l’accueil individuel ». Sandra Onyszko a également pointé du doigt ce traitement inéquitable entre les deux modes d’accueil. « C’est le premier mode d’accueil en France et c’est finalement le moins financé par l’Etat », a-t-elle insisté.
Autre thème abordé : le souhait d’un meilleur accompagnement des assistantes maternelles, qui se sentent parfois isolées et peu soutenues dans leurs pratiques professionnelles. Sur ce point, la porte-parole de l’Ufnafaam a expliqué qu’aujourd’hui les PMI ne sont pas assez suffisantes pour le nombre d’assistantes maternelles. Et a dénoncé : « Au-delà même de parler de l’accompagnement des familles, on accompagne moins l’enfant (…) Par exemple, la loi Asap a prévu un accompagnant santé pour tous les modes d’accueil sauf pour les assistantes maternelles. » Anne Lethoret, médecin de PMI, a pu s’exprimer sur cette problématique. Selon elle, « l’accompagnement c’est d’abord de la confiance et pour avoir de la confiance, il faut du temps. Du temps pour se poser (…), pour réfléchir ensemble et améliorer ». Elle a aussi précisé que les assistantes maternelles sont de vraies professionnelles mais qu’on ne peut « leur demander d’être des professionnelles dans tous les domaines (…) (qu’il faut) donner des repères à chacun pour pouvoir s’interpeler les uns les autres ». Dans l’idée d’accompagner mieux, il conviendrait peut-être de « dissocier l’accompagnement du contrôle car il est difficile pour les assistantes maternelles d’avoir le même acteur », propose Sandra Onyszko.
Autre défi évoqué et non pas des moindres, la baisse continue du nombre d’assistantes maternelles : 48% des effectifs partiront en retraite d’ici 2030 et le manque d’attractivité joue également pour beaucoup.
La porte-parole de l’Ufnafaam a affirmé : « pour faire venir des gens, il faut déjà que les gens en place soient bien traités ». Si l’accessibilité financière, l’accompagnement ont été évoqués, Sandra Onyszko a insisté sur le fait qu’il faut « un accès à une carrière professionnelle ». « On veut des passerelles, des diplômes et pas que des certifications professionnelles », a-t-elle martelé. Et a souligné l’importance d’une campagne d’information à destination des parents qui montrerait tout l’intérêt de confier des enfants à une assistante maternelle (« une seule figure d’attachement », « personnalisation de l’accueil »…).
Comment ne pas non plus aborder, le service public de la Petite Enfance. Pour Sandra Onyszko, les assistantes maternelles n’y sont pas opposées mais il doit être pensé avec elles. « Les assistantes maternelles sont prêtes mais donnons les moyens à la qualité de ce mode d’accueil », a-t-elle plaidé et s’est insurgé sur le fait que l’on parle souvent de ce mode d’accueil, comme un mode d’accueil par défaut. « Nous en avons assez ! », s’est-elle écriée. Car comment convaincre les familles en utilisant de tels termes ? Et a conclu son intervention par la mesure la plus urgente à prendre : la réforme du CMG.
Lors de son second temps de parole, l’Ufnafaam a mis à l’honneur les MAM (environ 4100 à l’heure actuelle en France, avec Marie-Ange Marchand, assistante maternelle en MAM, formatrice et consultante. Dans son manifeste, l’Ufnafaam appelle à favoriser la création des Maisons d’assistantes maternelles. Pour se faire, il faudrait résoudre certaines difficultés rencontrées sur le terrain comme le détaille Marie-Ange Marchand. Il faudrait « avoir un interlocuteur dédié qui va soutenir les porteurs de projet (…) » Un plus grand soutien financier est aussi revendiqué car l’aide au démarrage de 3 000 euros est insuffisante et précise Marie-Ange Marchand : « jusqu’à maintenant elle était soumise à des conditions mais depuis le Covid il est plus facile de l’obtenir. Sinon l’ouverture de la MAM, les locaux, le matériel… tout ça sort de la poche des assistants maternels » qui « doivent bien souvent s’endetter, faire des crédits pour pouvoir aller au bout de leur projet. » Et si quelques communes subventionnent les MAM, « cela reste à la marge, ce qui est bien dommage », selon Marie-Ange Marchand. Elle mentionne aussi l’aide PIAJE mise en place par la CAF pour les MAM, qui est une bonne chose, mais souligne la complexité du dossier administratif à remplir.
L’ufnafaam souhaite donc des aides financières plus importantes et notamment « une aide au fonctionnement pérenne mise en place pas seulement dans le cas d’un Covid ». Elle milite aussi pour la suppression de la taxe d’habitation. Outre un interlocuteur dédié dans les départements et à la CAF, l’Ufnafaam demande une réunion d’information spéciale MAM et que les professionnels qui donnent l’agrément (les PMI) soient « plus ouverts et plus favorables à ce mode d’accueil ». Elle estime en effet que « l’accumulation des règles est un frein ». Et précise : « les MAM n’ont pas de référentiel bâtimentaire parce qu’elles ne sont pas autant soutenues que les EAJE financièrement et donc quand on multiplie parfois les demandes anarchiques sur les territoires, ça bloque le développement. »
« Des départements sont très favorables au développement des MAM (Gironde, Loire-Atlantique, Seine-Maritime, Mayenne : 200-300 MAM sur ces territoires) et d’autres moins. » Enfin, la dernière question a porté sur l’expérimentation de nid maternel, qui mêle MAM et crèche familiale, prévue par la réforme des services aux familles : est-elle une bonne solution pour les MAM ? Et pour les crèches familiales, un mode d’accueil un peu à la peine ? « Cela peut plaire à beaucoup d’assistantes maternelles parce que c’est un compromis, elles sortent de chez elles, elles sont moins isolées, il y a un travail en équipe, il y a une directrice qui soutient leurs problématiques, interrogations, c’est très bien et on peut dire que les toutes premières expérimentations qui ont débuté (…) tout le monde est assez satisfait mais il faut laisser un peu plus de temps à ces projets pour voir comment ça va se développer sur le terrain », explique Marie-Ange Marchand.
L’intervention en replay de Sandra Onysko
L’intervention en replay de Marie-Ange Marchand
Le manifeste de l’Ufnafaam et de l’Anramam
L’ANPDE : plus de temps pour la référence santé et accueil inclusif
C’est Brigitte Prévost, présidente de l’Association nationale des puéricultrices (teurs) diplômé(e)s, qui porte ici la voix des puéricultrices. « (…) Il n’y a pas un département qui ne fonctionne de la même façon et qui met les moyens à disposition pour qu’il y ait une prise en charge relativement homogène (…). La proximité est intéressante mais il faudrait que tous les départements soient sur une politique et une mise en œuvre des missions PMI qui soient en faveur du bien-être des enfants selon la Charte nationale de Sylviane Giampino, de la qualité de l’accueil, mais aussi prennent en compte tout ce qui est présenté aujourd’hui à la fois par l’Igas mais pas que, je pense en particulier à la Cour des comptes qui vient de faire un rapport en 2021 sur la santé des enfants qui me semble un incontournable que tout le monde devrait consulter, lire pour pouvoir donner sur le plan politique des axes de priorité », affirme Brigitte Prévost. Et poursuit en expliquant que la mise en place du référent santé est une avancée importante. « C’est reconnaître nos compétences », souligne-t-elle. Mais regrette que sur le terrain les ratios établis ne soient pas forcément bien compris.
Elle évoque aussi le besoin d’accompagnement. L’ANPDE s’est ainsi attelée à la rédaction d’un guide du référent santé et accueil inclusif qui sortira très prochainement et propose une formation pour permettre aux professionnels d’être accompagnés sur cette référence santé. Quelles sont les propositions de l’ANPDE pour que les puéricultrices soient employées pour leur juste valeur, c’est-à-dire pour les compétences spécifiques ? Pour l’ANPDE, « il faut qu’il y ait des puéricultrices dans les services qui accueillent les enfants (…) » et aussi « des infirmières puéricultrices en ville, de proximité, pour que les parents aient un confort et puissent aller voir quelqu’un puisqu’il y a une désertification médicale de plus en plus importante. »
La 3e proposition de l’ANPDE : « être présentes en anténatal ». Et s’il y avait une mesure à choisir liée aux modes d’accueil : ce serait de les augmenter en temps sur la référence santé.
L’intervention en replay de Brigitte Prévost
La Fédésap : allongement du CMG jusqu’à 12 ans et réforme du Cifam
Pour représenter la Fédération des Services à la Personne et de Proximité (Fédésap), qui regroupe 3300 entreprises dont environ 30% sont des entreprises de garde d’enfant à domicile : Jean-François Le Gall, président de la commission « Garde d’enfant à domicile » et Nathan Amoyal, membre de la commission « Garde d’enfant à domicile ». Jean-François Le Gall précise tout d’abord que « les entreprises de service à la personne et particulièrement de garde d’enfant à domicile ont toute leur place dans l’accueil de l’enfant et pas simplement dans l’accueil de l’enfant de moins de trois ans. »
Concernant la Petite Enfance : « Dans l’activité des gardes d’enfant à domicile, nous avons les moins de trois ans, considérés à juste titre comme des personnes fragiles et dans ce cadre nous devons disposer d’un agrément délivré par les services de l’Etat dont une des obligations est d’avoir des personnes diplômées ou en cours de formation. Dans ce cadre nos entreprises forment beaucoup en utilisant le dispositif de l’alternance. » Et Jean-François Le Gall insiste sur l’attention portée sur la qualité par leurs entreprises : « la qualité des salariés, du travail effectué, et du service rendu aux familles ».
Et, faisant le parallèle avec les autres modes d’accueil, souligne que les métiers de la garde d’enfant à domicile sont aussi en tension. Un autre point important abordé : le travail au noir. « En proposant ces vrais emplois à nos salariés, on lutte frontalement contre le travail au noir ou au gris », explique Jean-François Le Gall. Et ajoute : « Les entreprises de garde d’enfant à domicile ont la volonté de servir et de protéger les enfants sur des temps complémentaires, les familles qui sont en recherche de solutions de qualité et les salariés qui occupent de vrais emplois. »
A propos des familles justement, les entreprises de garde à domicile répondent-elles à l’évolution de leurs besoins ? Oui sans aucun doute pour le président de la Fédésap : « (…) le taux d’emploi des femmes, les horaires atypiques, le nombre de divorces qui amène soit à des familles monoparentales ou recomposées, l’alternance de périodes de chômage et d’activité, la recherche d’un meilleur équilibre vie pro/vie perso, l’égalité homme-femme et puis tout dernièrement le télétravail. Nos entreprises et nos salariés n’ont pas d’autres choix que de s’adapter à la société du 21e siècle. »
Une réflexion a été menée au sein de la Fédésap sur les nouveaux besoins des familles qui a abouti à des propositions. La première concerne la Paje. La Fédésap souhaite l’allongement de la Paje – CMG jusqu’à l’entrée au collège. « C’est un investissement mais cela répond pour nous à des enjeux financiers (…), de société (…) et éducationnel (…) », justifie Nathan Amoyal. Autre requête de la Fédésap : une réforme du CIFAM en passant le plafond à 3500 euros et en alignant le crédit d’impôt à 50% comme pour les crèches. Enfin, la question du service public a été posée. « Il y a beaucoup de flou. (…) Aujourd’hui, on a besoin d’éléments pour savoir comment on peut s’insérer dans ce dispositif. Ce qui est important pour nous, c’est peu importe que le service soit rendu par le public ou le privé, l’essentiel c’est qu’il soit rendu », conclut Jean-François Le Gall.
L’intervention en replay de Jean-François Le Gall et Nathan Amoyal
La FEHAP : une agence de l’enfance et des maisons de l’enfance
Jean-Christian Sovrano, directeur de l’autonomie et de la coordination des parcours de vie, et Agnès Blondeau, conseillère enfance et jeunesse représentant la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne, qui regroupe entre autres environ 300 d’EAJE. Agnès Blondeau a commencé son allocution par lister les enjeux : leurs structures ont des difficultés en termes de recrutement, en particulier sur les auxiliaires de puériculture, mais aussi de fidélisation des salariés. Une des premières causes, souligne-t-elle, est la rémunération. En ce sens, elle pointe du doigt, le fait que « les professionnels ont été oubliés des revalorisations salariales annoncées suite à la crise sanitaire (le Laforcade, le Ségur de la santé, la conférence des métiers et de l’accompagnement social et médicosocial) ». Et poursuit : « Une des réponses qui a été faite aux établissements, c’est la revalorisation de 3% de la PSU ». Une augmentation qu’elle estime insuffisante.
Agnès Blondeau évoque ensuite les enjeux autour de la formation : « On rejoint l’idée du parcours professionnel évoqué précédemment mais on a également des inquiétudes sur les risques de saupoudrage des actions du plan de formation petite enfance mises en œuvre dans le cadre de la stratégie nationale de la prévention et de la lutte contre la pauvreté. »
Outre ces tensions de ressources humaines, elle met en avant « des tensions financières importantes qui opposent souvent qualité et réalité budgétaire des établissements. Une PSU qui ne permet pas aux EAJE de fonctionner correctement (…) » La FEHAP a travaillé à des propositions d’évolution de la PSU avec ses adhérents et les a envoyées à la Cnaf. En pratique, elle suggère par exemple « un taux de PSU différent en fonction de la durée des contrats ». Elle souhaite aussi voir les bonus évoluer et l’harmonisation des financements sur l’ensemble du territoire.
La FEHAP s’est prononcée pour un service public de la Petite Enfance, « qui serait accessible à tous et le cas échéant un accompagnement renforcé pour les publics les plus vulnérables ». Et dans le cadre de ce service public, elle recommande « une gouvernance fondée sur l’articulation et la complémentarité des acteurs au service de la Petite Enfance à travers une agence de l’enfance et des maisons de l’enfance ».
A propos des maisons de l’enfance, Jean-Christian Sovrano a ajouté : « L’idée n’est pas de recréer du guichet ingérable à la mode des années 70, on serait sur une maison avec beaucoup de fenêtres et une porte unique (…) avec un fonctionnement plus en réseau et une animation de réseau qui permette de donner un début de réponse aux parents qui se posent des questions autour de l’accompagnement du jeune enfant. L’idée, c’est d’avoir un fonctionnement souple (…). » Et continue : « L’objectif au-delà de ces maisons c’est d’avoir une gouvernance, certainement multi partenariale, pilotée au niveau d’un maillage géographique à définir et, en tout cas, il faudrait que s’associent les caf, les services des départements et du fait des besoins en santé et de prévention en santé les délégations départementales des ARS. Si on voit s’organiser une gouvernance territoriale, il faut aussi piloter cela au niveau national avec la création d’une agence de l’enfance (…) ».
Et conclut par 5 propositions : créer des places en EAJE, revaloriser les professionnels et les structures (« considérer les structures comme un segment de l’offre en santé globale et leur appliquer les mêmes mécanismes de revalorisation salariale »), donner de la souplesse de gestion « au travers certainement d’une réforme de la tarification, en tout cas d’une augmentation de la PSU », lancer une campagne nationale d’attractivité des métiers de la Petite Enfance et donner de la visibilité aux professionnels.
L’intervention en replay de Jean-Christian Sovrano et Agnès Blondeau
La FESP : doubler le montant de la paje 3-6 ans et l’étendre aux 6-12 ans
La Fédération du service aux particuliers, qui regroupe à la fois la garde d’enfant à domicile et l’accueil collectif à travers les crèches et les micro-crèches, était représentée par Mehdi Tibourtine, directeur général adjoint en charge des Affaires Juridiques et Publiques de la FESP, Hervé Lecat, président de la commission « Garde d’enfant à domicile » et président de la société Kinougarde, et Corentin Le Marec, membre de la commission « Accueil collectif » et directeur du réseau Les P’tits Babadins.
Hervé Lecat a tout d’abord souligné les difficultés de recrutement rencontrées ainsi que le fait qu’une fois formés, les intervenants, qui prennent goût au métier, souhaitent un travail à temps plein et rejoignent ainsi d’autres secteurs de la petite enfance comme les crèches ou micro-crèches. Il a également montré tout l’intérêt de la garde à domicile pour les parents. Et a explicité les trois mesures que la FESP souhaiterait voir passer. La première : doubler le montant de la paje 3-6 ans pour l’amener au même niveau que la paje 0-3 ans. « On pense que c’est un bon investissement de l’Etat de faire ça car cela permettra aux parents de s’investir pleinement dans leur travail, pour nous créer des emplois et cela rend plus attractif et possible d’avoir des enfants », a-t-il justifié.
La 2e mesure : l’extension du montant de la paje 3-6 ans aux 6-12 ans pour l’ensemble des familles.
La 3e mesure, quant à elle, concerne le Cifam. « Aujourd’hui, les entreprises bénéficient d’un crédit d’impôt de 50% quand elles financent des places en crèche alors qu’elles bénéficient d’un crédit d’impôt de 25% quand elles financent de l’emploi à domicile et notamment de la garde d’emploi à domicile. Donc le financement par les entreprises est quasi absent des services à la personne et notamment des gardes d’enfant à domicile. Nous demandons une égalité de traitement et que le CIFAM pour les services à la personne soit porté à 50% plutôt qu’à 25% comme aujourd’hui. En outre, toujours à propos du Cifam, la FESP demande que soit rehaussé le plafond par famille (toujours le même depuis 2006, c’est-à-dire 1830 euros par an et par famille) ainsi que le plafond par entreprise (lui aussi toujours au même niveau depuis 2006 aussi, c’est-à-dire 500 000 euros). »
En complémentarité des propos d’Hervé Lecat, Mehdi Tibourtine a ajouté : « On voit qu’il y a un enjeu de solvabilisation des familles, mais également l’implication des entreprises sur cet enjeu de conciliation vie personnelle-vie professionnelle en étant acteur directement à travers ce crédit d’impôt famille. Tout ça aussi pour pouvoir se développer et répondre à un enjeu de valorisation des métiers. Sur la formation professionnelle, on est sur une branche qui forme beaucoup, à ce titre-là, on compte également sur le prochain gouvernement pour continuer à maintenir tous ces dispositifs qui ont permis ne serait-ce que dans la branche de former plus de 3000 professionnels sur la garde d’enfant à domicile. »
La FESP, c’est aussi l’accueil collectif. Corentin Le Marec a ici plaidé la cause des micro-crèches en soulignant en premier lieu que c’est « le mode de garde le plus dynamique en termes de création de places en crèche. » Et a poursuivi : « On est persuadés que c’est le modèle le plus pertinent, le plus solide pour les milieux rurbains ou ruraux, sur des petites communautés de communes de 10-15-20 000 habitants (…) Et pour autant, les micro-crèches ont moins d’accessibilité aux aides à l’investissement, elles ont des contraintes plus difficiles, notamment la double contrainte du taux de couverture et du potentiel financier. » Suite à ces constats, la FESP souhaiterait que soit facilité « l’accès aux aides à l’investissement pour les micro-crèches pour qu’elles se développent plus facilement sur le territoire » mais aussi « que le plafond de 10 euros soit revalorisé, le remettre à 12 euros comme il était en 2014, ce qui permettrait d’avoir des meilleurs CA et plus de facilité pour revaloriser les salaires, augmenter la formation… » Enfin, elle propose de « réfléchir au plafond des aides de la paje, les faire sauter, garder seulement un pourcentage qui serait dégressif en fonction des tranches. » Corentin Le Marec a conclu son intervention en indiquant que chez les p’tits Babadins, ils souhaiteraient un renforcement des formations sur la détection, l’accompagnement des enfants en situation de handicap ou présentant des troubles du neuro-développement.
L’intervention en replay d’Hervé Lechat, Mehdi Tibourtine et Corentin Le Marec
La FFEC : 15 milliards d’euros à réinvestir dans la Petite Enfance
Jérôme Obry, président de la Fédération Française des Entreprises de Crèche, organisation qui pour rappel a publié un livret avec « 11 propositions au service de la Petite Enfance », commence par indiquer qu’il faut « s’interroger à la fois sur le long terme et sur le court terme » et « sur le court terme, il y a urgence ». Et poursuit : « le secteur est en grand déficit de ressources humaines. Nous avons le devoir de pouvoir attirer des talents dans ces métiers, de pouvoir leur donner des perspectives et de pouvoir les valoriser. » Jérôme Obry a également alerté sur la difficulté à créer de nouveaux établissements et à garantir la pérennité de ceux existants. Il y a donc « une urgence absolue », selon lui, à former aux métiers de la Petite Enfance d’où la nécessité « d’accélérer les mécanismes de formation existants et diplômants et notamment nationaux mais aussi réfléchir à élargir le spectre potentiel de recrutement comme par exemple donner accès à des diplômes européens ou étrangers (…). »
Le président de la FFEC a poursuivi sur l’attractivité avec la nécessité d’une réflexion à mener pour « donner des perspectives de parcours professionnels évolutifs qui amènent à une vraie carrière (…) ». Ces parcours pourront permettre de fidéliser les professionnels et de mettre un terme au turn-over. Il n’a pas manqué non plus d’aborder la valorisation des pros.
Et pour recruter les professionnels, bien les former, les valoriser, où trouver l’argent et comment le dépenser ? L’argent, a priori, il y en a ! Elsa Hervy, déléguée générale de la FFEC, souligne ainsi : « le secteur de la Petite Enfance a déjà les ressources publiques pour des réformes : 15 milliards d’euros d’excédents de la Cnaf pour les années 2022 à 2025, sur lesquels nous les acteurs de la Petite Enfance nous devons collectivement veiller pour qu’ils servent d’abord aux familles et pas à rembourser les autres dettes publiques. » Selon Elsa Hervy, cet argent doit en premier lieu être utilisé pour la qualité d’accueil et les professionnels. Elle explique aussi « qu’il va falloir aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite dans le cadre du comité de filière ».
Elle aborde le CIFAM, un thème cher à la FFEC qui souhaite notamment son extension aux indépendants. Elle demande aussi, comme nombre d’acteurs de la Petite Enfance une réforme de la PSU.
Concrètement, la FFEC veut « une PSU qui s’aligne sur l’inflation et sur les augmentations du Smic ». Autres revendications : la mise en place d’un bonus inclusion sociale et d’un bonus horaires atypiques. Les professionnels des micro-crèches Paje ne sont pas oubliés. La FFEC pointe du doigt le plafond de 10 euros fixé en 2013 qui n’a jamais été revalorisé et demande son indexation sur l’inflation.
Elle souhaite aussi que ces 15 milliards soient utilisés pour créer 90 000 nouvelles places de crèches ou de micro-crèches pour répondre aux besoins des familles. Si la FFEC ne milite pas pour l’égalité du reste à charge, elle milite pour « une égalité du soutien public quel que soit le mode d’accueil ». Et explique pourquoi : « On n’améliorera jamais la qualité d’accueil en faisant baisser les prix des modes d’accueil CMG qu’on parle des assistantes maternelles, des gardes d’enfant à domicile et des micro-crèches Paje. On améliorera l’accessibilité des familles (…) en majorant le complément de mode de garde de 30% pour toutes les familles (…) ».
Sur la question de savoir si le secteur marchand peut avoir sa place dans le service public de la Petite Enfance, Jérôme Obry a répondu : « Je crois en un service national de la Petite Enfance (…) qui nous permettra d’inverser les polarités et de non plus partir de nos dispositifs organisationnels mais du besoin des familles et des enfants. »
Pour conclure le temps de parole de la FFEC, Elsa Hervy, a souhaité « tenter de purger cette attaque idéologique contre les entreprises de crèches et de micro-crèches » : « La Petite Enfance, ce n’est pas le Grand Age (…) Arrêtons de nous tromper de débat, ce qui doit guider les décisions politiques, ce qui doit guider nos débats et nos réformes ce ne doit pas être notre statut juridique, c’est la qualité du service d’accueil que nous devons tous collectivement aux familles et en plus on a les moyens de le financer, 15 milliards d’euros d’excédent ! Ce n’est pas fréquent qu’un secteur ait les moyens de ses ambitions, donc profitons-en et rappelons-le fort. »
L’intervention en replay de Jérôme Obry et Elsa Hervy
Les 11 propositions de la FFEC
La FNAPPE : les ressources humaines avant tout
C’est par un constat que Céline Legrain, présidente de la FNAPPE, a débuté son intervention : « (…) alors que la période sensible des 0-3 ans et par ricochet le secteur de la Petite Enfance semble enfin intéresser nos femmes et hommes politiques (…) force est de constater que la reconnaissance apportée à ce secteur, les moyens actés pour entériner cette reconnaissance et cette avancée restent insuffisants ».
Concrètement, selon la FNAPPE, deux points à ce sujet méritent tout particulièrement d’être soulevés. Tout d’abord, l’attractivité. « Sur certains territoires, parmi nos associations, on a jusqu’à 20% de postes manquants dans nos équipes, auxiliaire de puériculture, éducateur de jeunes enfants, et depuis peu recruter des CAP petite enfance devient même difficile », indique Vincent Mermet, vice-président de la FNAPPE. Et précise : « on constate que le niveau des candidats baisse donc on insiste pour que les solutions trouvées ne bradent pas la qualité des diplômes et de candidats ».
Pour la FNAPPE, il est aussi important de « revaloriser ces métiers, de travailler sur la formation, la qualification, la reconnaissance, l’accompagnement tout au long de la carrière avec les questions de qualité de vie au travail, de pénibilité pour les fins de carrière notamment des auxiliaires de puériculture. »
Côté rémunération, la FNAPPE demande à ce que la prime Ségur s’applique aussi au secteur de la Petite Enfance. Par ailleurs, elle alerte sur les écarts de rémunération entre les crèches municipales, les crèches publiques et les crèches associatives, notamment à Paris, « avec parfois des écarts de 300 à 350 euros nets par mois », souligne Vincent Mermet.
Le second point mis en avant par la FNAPPE sont « les efforts qui restent à faire pour que les financements publics encouragent davantage et mieux les efforts de lutte contre les inégalités sociales et territoriales et soutiennent les projets en se basant vraiment sur la mise en œuvre de la qualité ». Concernant le financement des modes d’accueil, la FNAPPE souhaite que soit revue la PSU. « La PSU telle que pratiquée actuellement ne nous permet pas en tant que gestionnaire de piloter sereinement nos établissements », justifie ainsi sa présidente. La FNAPPE propose donc la revalorisation du taux directeur de la PSU, au regard de l’inflation et de l’augmentation du SMIC, la mise en place d’un taux de PSU différent en fonction de la durée des contrats, l’intégration dans la PSU d’un temps plus important de concertation, la prise en compte par la PSU de l’augmentation du travail administratif des responsables d’établissement.
La FNAPPE recommande aussi de travailler sur le financement des communes et l’harmonisation du financement des EAJE au sein des territoires. « Les modèles économiques peuvent être très différents d’un territoire à un autre notamment au niveau des financements des communes », affirme Céline Legrain. Elle continue : « On déplore aussi que le financement des communes stagne depuis plusieurs années quand il ne baisse pas. On déplore également un manque de travail et de lien entre la Caf et les communes car on constate que certaines subventions Caf, les bonus, les augmentations de taux de PSU servent plus à réduire d’année en année les subventions des communes plutôt que d’améliorer la qualité d’accueil sur nos établissements. De ce fait, maintenir une qualité d’accueil devient alors une mission quasi impossible. »
La présidente de la FNAPPE a souhaité aussi évoquer le développement des modalités de gestion des EAJE via des appels d’offres marchés publics ou DSP. A ce sujet, elle explique que la mise en concurrence aboutit souvent à la casse les prix de gestion. Et s’interroge aussi sur la qualité attendue de ce modèle de gestion alors qu’il est limité dans le temps. Changer de gestionnaire est angoissant pour les équipes et changer tous les 5 ans ne permet pas assez de stabilité pour poser un projet de qualité, selon Céline Legrain. « Au-delà des professionnels, ce sont aussi des gestionnaires qui sont de plus en plus épuisés en devant faire le grand écart entre des injonctions contradictoires faire plus de qualité avec moins de ressources », a-t-elle aussi pointé du doigt.
Enfin, la thématique d’un service public de la Petite Enfance a également été abordée. « Ce terme peut prendre plein de dimensions différentes, commente à ce sujet Vincent Mermet qui estime toutefois que tous les acteurs y auraient leur place, il faudrait préciser ce qu’il recouvre ». « En France, on a un système de Petite Enfance plutôt bon mais l’accueil collectif n’est pas universel, il reste inégalitaire. La majorité des familles sous le seuil de pauvreté n’ont pas recours à l’accueil collectif (…) aujourd’hui, il reste beaucoup à faire pour que ces familles-là puissent bénéficier de cet accueil (…) On milite pour la place des associations dans la Petite Enfance, elles sont très précieuses parce qu’elles sont à but non lucratif, donc dégagées des objectifs de rendement, elles ont souvent été à l’origine des innovations en matière d’accompagnement des familles et d’accueil des enfants. Elles sont menées par des personnes engagées et militantes. Elles connaissent le plus souvent le territoire dans lequel le projet se développe. Elles sont puissantes, elles ont du potentiel, elles sont également très fragiles (…) et donc on milite que si service public de la Petite Enfance il y a, ça passe aussi par le soutien de notre mouvement associatif », a-t-il ajouté.
En conclusion, s’il y avait une mesure prioritaire à prendre par le prochain gouvernement ce serait à propos des ressources humaines du secteur, selon Céline Legrain. Et précise : « une revalorisation de nos professionnels, un parcours professionnel car quelles que soient les autres actions que l’on plébiscite si on n’a pas de professionnels, il n’y aura pas de politique de la Petite Enfance. »
L’intervention replay de Céline Legrain et Vincent Mermet
La FNEJE : un service public construit autour de trois piliers : l’universalisme, la gratuité, la qualité
Matthieu Menguy, le secrétaire national de la Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants a expliqué pour commencer les raisons de la participation de la Fneje au Printemps de la Petite Enfance. « On a envie de porter un projet politique ambitieux. Le but c’est de porter la parole des professionnels qui sont au quotidien auprès des enfants et des familles. Le but c’est d’améliorer la qualité d’accueil et les conditions de travail de l’ensemble des professionnels de la Petite Enfance », a-t-il affirmé. La deuxième raison : « faire connaître et reconnaître le métier d’EJE mais aussi l’ensemble des professionnels de la Petite Enfance car notre métier a été mis à mal par certaines décisions des gouvernements successifs et notamment avec la dernière réforme passée en 2021. » Matthieu Menguy a cité trois exemples à ce propos : le taux d’encadrement avec la possibilité de 1 adulte pour 6 enfants (« qui est en capacité d’accueillir aujourd’hui 6 bébés ? »), le nombre de m2 par enfant insuffisant (« si on parle du nombre de m2 pour l’extérieur : les poulets bio ont plus de place que les enfants ») et le fait que les EAJE quittent le terrain (« dans les structures où il y a un EJE en direction pour les structures de plus de 25 places il n’y a plus d’obligation que les EJE soient auprès des équipes alors que notre métier de base c’est d’être avec les enfants »).
Ensuite, il a abordé la nécessité d’avoir des « professionnels hautement qualifiés » et n’a pas manqué de rappeler la fameuse VAE pour les parents proposée en 2017 par Marlène Schiappa. Si les parents ont bien des compétences, « elles ne sont pas directement transposables à l’accueil collectif ». Pour terminer sur la réforme des services aux familles, il a souligné qu’elle a été mise en place alors même que des institutions avaient signalé leur désaccord. « Comment en est-on arrivé là et pourquoi a-t-on aujourd’hui besoin de mettre en place un comité filière Petite enfance ? », a poursuivi Matthieu Menguy. « Beaucoup de professionnels sont épuisés, dégoûtés, on a beaucoup de témoignages à la Fneje qui nous montrent que les pratiques des professionnels aujourd’hui vont à l’encontre de leurs valeurs ». Il a ajouté : « Les conditions sont parfois déplorables dans certaines structures. Le covid a exacerbé les choses mais quand il y a eu le scandale au niveau des Ehpad, je pense que vous pouvez demander à n’importe quel professionnel de la petite enfance, tout le monde s’est reconnu dans ce qui se passe dans les Ehpad ».
Matthieu Menguy a également expliqué : « Au niveau des collectivités, les dotations de l’Etat sont en baisse et il y a un manque de soutien au niveau des associations. Aujourd’hui, il y a une mise en concurrence entre les structures de l’économie sociale et solidaire et du privé lucratif au niveau des DSP. Comment voulez-vous que dans le cadre d’une DSP qui est mise en place, une association face à une structure qui a des reins financiers beaucoup plus solides puisse bien se débrouiller ? » Il dénonce la marchandisation des bébés.
« Notre métier c’est de gérer de la complexité, la complexité c’est la base de notre métier. La relation humaine est complexe. Lorsque l’on nous a annoncé le fameux S de la loi Asap, Simplification de l’action publique, comment voulez-vous que nous professionnels on se retrouve dans cette loi quand on nous dit que notre métier est trop compliqué et qu’il va falloir que l’on simplifie, que l’on fasse moins de normes pour que ce soit plus facile de créer des places. Nous on ne s’y retrouve pas du tout. On a besoin de personnels hautement qualifiés pour prendre en compte cette complexité (…), on a besoin de décideurs avisés et qui sont formés à cette complexité, pour qu’ils puissent prendre les bonnes décisions et que l’argument financier ne soit pas le seul argument à prendre en compte », a-t-il plaidé.
Concernant un service public de la Petite Enfance, pour la Fneje celui-ci devra « être digne de ce nom » et tourner autour de trois piliers : l’universalisme, la gratuité, la qualité.
Et a conclu : « Gageons que le ou la futur(e) élu(e) à la prochaine élection ne manquera pas d’entendre les acteurs qui sont au quotidien auprès des enfants et de leurs familles pour mettre les choses au point. Quelle société voulons-nous, dans un des pays les plus riches du monde, 5e économie mondiale ? Qu’attendons-nous pour nos enfants ? »
L’intervention en replay de Matthieu Menguy
France Urbaine : avoir plus de professionnels diplômés
Annick Bouquet, adjointe au maire de Versailles, chargée de la petite enfance, a tout d’abord rappelé que les communes sont un acteur essentiel. Ainsi, elles « proposent des berceaux dans des crèches, multi-accueils et crèches familiales, elles subventionnent les crèches associatives, elles achètent des places dans le secteur privé et permettent aussi des délégations de service public et donc participent à l’équilibre financier du secteur privé. Elles sont aussi très souvent en charge du réseau petite enfance (…). Leur rôle est également d’accompagner les familles au niveau de la parentalité (…) et d’animer avec des réunions d’information, des conférences, des forums ». Tout cela rendu possible grâce à l’aide de la Cnaf, n’a-t-elle pas manqué de souligner. Et a ajouté : « Nous sommes un des premiers recruteurs des professionnels de la petite enfance ».
Or, aujourd’hui, la problématique majeure est la pénurie de professionnels. « Dans beaucoup de grandes villes comme à Lyon, on n’en est plus au stade de l’alerte, on est au stade du constat, de la gestion des premiers dégâts, on est sur un début de rupture du service public avec des gels de berceaux, des réductions d’amplitude horaire, des fermetures de sections entières voire même de certains établissements », indique Steven Vasselin, représentant France Urbaine au Comité de filière petite enfance et adjoint petite enfance à la ville de Lyon. Et complète : « En cela, nous avons besoin de plus de professionnels diplômés. » Pour résoudre cette problématique, des pistes sont envisagées au sein du Comité de filière. Parmi lesquelles : supprimer pour les crèches municipales le concours d’entrée à la fonction publique « souvent vécu comme une double peine pour les EAJE et les AP » et ouvrir le nombre de places de formation dans les écoles. Sur ce dernier point, il faut, selon France Urbaine, sensibiliser les régions et l’Etat. D’ailleurs, une tribune a été publiée récemment en ce sens dans le JDD. A charge aussi aux communes « de faire les choix budgétaires nécessaires pour revaloriser les équipes sur le terrain, les subventions des associations pour qu’elles puissent elles-mêmes revaloriser leurs équipes et plus largement revaloriser l’image de ces métiers pour mieux attirer et fidéliser les professionnels en poste ».
Des campagnes de communication « d’une ampleur et d’une ambition au moins équivalentes à ce que l’on voit pour l’armée » sont ainsi un des axes prévus par le Comité de filière. Selon Steven Vasselin, il est important de changer « l’image de marque de ces métiers ». « On oublie complètement l’aspect pédagogique, éducatif, d’épanouissement, d’éveil qui est la racine même de l’engagement de tous ces professionnels », précise-t-il. Pour ce faire, Steven Vasselin a expliqué que dans sa ville, notamment, ils travaillent à aller vers la pédagogie de plein air pour changer l’image de métier. Et prend ici pour exemple le Danemark où les crèches sont en plein air et où un tiers des professionnels de la petite enfance sont des hommes. « Si on arrive à davantage masculiniser cette profession, ça voudra dire qu’on aura réussi à la revaloriser dans son image de marque, à attirer davantage de monde et à sans doute fidéliser mieux derrière. »
Puis Annick Bouquet a repris la parole concernant le service public de la Petite Enfance. « Dans beaucoup de programmes on parle de la possibilité que la délégation petite enfance devienne obligatoire mais pour nous villes ce ne sera possible que si l’on a un soutien financier conséquent de l’Etat, de la branche famille. Le bloc communal est à même de répondre à ces besoins comme d’ailleurs l’est déjà l’école, ce serait une continuité. Maintenant il est temps que l’on réfléchisse sur cette Petite Enfance de demain. »
Et pour Steven Vasselin : « La petite enfance de demain, on l’envisage beaucoup avec cette pédagogie de plein air. » Il conclut : « Il ne faut pas demander un ministère de l’Enfance et de la Famille mais un ministère de la Petite Enfance. »
L’intervention d’Annick Bouquet et de Steven Vasselin
La Mutualité Française : un service public de la petite enfance avec une gouvernance pluripartenariale
« L’innovation, c’est l’ADN Mutualiste », a commencé par expliquer Michel Couhert, directeur de la DOSAP (Direction de l’Offre de soins, de l’Autonomie et des Parcours). « La création de structures mutualistes dans différents domaines vient des besoins des territoires. Et c’est pour répondre à ces besoins et plus globalement dans un besoin de répondre à de l’innovation sociale que les structures mutualistes sur les territoires sont intervenues », a-t-il poursuivi. En pratique, en petite enfance, cela s’est concrétisé entre autres par la mise en place d’un label qualité avec Afnor qualité enfance déployé dans l’ensemble de leurs crèches ou encore le dispositif Mahmique (modes de garde en horaires atypiques).
Cet acteur local, cet acteur territorial qu’est la Mutualité Française a émis un certain nombre de propositions développées par Anaïs Perelman, responsable petite enfance et initiatives sociales (DOSAP). « Plus tôt on dépense et plus l’investissement sera rentable et sur le secteur de la Petite Enfance on ne devrait pas avoir à faire de choix entre la qualité d’accueil et les contraintes financières. (…) Comme l’a évoqué Michel Couhert, à la Mutualité, porter une attention particulière à développer des solutions qui sont adaptées au public et notamment aux plus fragiles (précarité, handicap, familles monoparentales…), ça fait partie de l’ADN de la Mutualité. Pour ce faire, on a deux axes prioritaires. Le premier, c’est qu’il faut des financements suffisants pour accompagner la diversité de l’offre (…). Il faut notamment retravailler les modes de financement comme la PSU ou les bonus. Cela passe aussi par une refonte des montants du CMG (…) Nous insistons sur le fait que la richesse de la diversité des offres et des acteurs doit être maintenue », a-t-elle exposé.
Sans oublier l’urgence absolue de remédier à la pénurie de professionnels. « Nous ne pourrons continuer à développer l’offre d’accueil et à proposer un accueil de qualité sans avoir des professionnels de la petite enfance qualifiés, formés, motivés et impliqués ! », a affirmé Anaïs Perelman. Et ajoute : « Aujourd’hui, les métiers de la petite enfance ne sont pas valorisés et assez attractifs financièrement notamment pour les jeunes qui sortent de l’école. (…) Donnons envie aux salariés de continuer à exercer un métier qu’ils affectionnent particulièrement et qui a du sens ! Il faut proposer des passerelles de formation et des passerelles entre les différents métiers pour une réelle évolution professionnelle. »
Sur la question du service public de la petite enfance, la Mutualité Française se dit favorable : « On pense à la Mutualité Française qu’il faut aller vers un service public de la petite enfance avec éventuellement une gouvernance pluripartenariale en gardant la possibilité d’avoir une diversité des acteurs sur le territoire et des solutions proposées et qui permette d’apporter une réponse à chacun avec sensiblement un coût identique pour les familles en fonction des revenus. »
Et en conclusion, Michel Couhert a souligné : « La Mutualité promeut vraiment une approche globale de la politique en direction des enfants et des familles dans la lutte contre l’ensemble des inégalités, sociales, territoriales, environnementales, et de santé. » Cette vision globale permettra de décloisonner l’ensemble du système, qui l’est beaucoup trop de l’avis de la Mutualité Française.
L’intervention en replay de Michel Couhert et Anaïs Perelman
Le Rémi : valoriser la qualité d’accueil via des labels indépendants
« Le Rémi (Regroupement des entreprises de micro- crèches) est né en mars 2020 pendant le premier confinement (…) Aujourd’hui, c’est plus de 300 gestionnaires, un peu plus de 600 micro-crèches sur le l’ensemble du territoire », a informé Salim Bouakaz, président du Rémi, avant de passer la parole à la vice-présidente, Fanny Schosseler.
La vice-présidente a détaillé les propositions du Rémi à l’attention des candidats à l’élection présidentielle. Elle a commencé son développement par « le besoin de valoriser les professionnels de la petite enfance ». Les raisons ? « D’une part pour lutter contre la pénurie, les difficultés au quotidien, mais aussi pour recentrer les enjeux de la profession dans la réalité du besoin d’accueil en crèche. Il est évidemment nécessaire aujourd’hui de déployer une campagne nationale qui valorise les métiers de la petite enfance dans son ensemble, les structures collectives et également les assistantes maternelles. »
Si l’ouverture de places dans les écoles d’AP et d’EJE est nécessaire, il faut aussi avoir des solutions à plus court terme, selon Fanny Schosseler. Aussi, au Rémi, ils préconisent « d’accompagner la phase de transition par un soutien sur les VAE, les passerelles entre les différents diplômes du secteur, les diplômes connexes de personnes qui exercent ou déjà en petite enfance sans être valorisées par un diplôme ou qui exercent dans des secteurs qui sont approchant, donc d’aller fonctionner avec la réalité d’aujourd’hui en pensant en parallèle aux besoins de demain. » Sans oublier, la qualité de vie au travail, sur laquelle il convient de réfléchir, pour lutter contre la pénurie et les difficultés rencontrées par les professionnels.
« Pour travailler ces différents axes-là, il faut aller chercher les financements. Et l’argent on sait où il est, Elsa Hervy l’a assez répété », a-t-elle continué. Il permettra également de revaloriser les rémunérations. Comme d’autres acteurs du secteur, le Rémi estime qu’il est nécessaire de réduire le coût pour les familles et propose une majoration du CMG, d’équilibrer le CMG en fonction des revenus « et sortir de ce schéma de tranches qui est extrêmement injuste pour les familles. » Le Rémi souhaite aussi une évolution du crédit d’impôt dédié aux familles afin de réduire le reste à charge pour elles. Et, dans le même sens, demande que les professions libérales bénéficient du Cifam.
Une autre proposition du Rémi : la création de labels indépendants qui permettront d’identifier tous ceux qui proposent des offres de qualité aux enfants, aux professionnels et aux familles. Fanny Schosseler cite notamment la valorisation des structures qui vont au-delà du taux d’encadrement légal.
Enfin, la dernière proposition est de « favoriser l’engagement RSE (Ndlr : la responsabilité sociétale des entreprises) dans la Petite Enfance », c’est-à-dire « faire en sorte que les enfants aient une place en crèche mais qu’ils trouvent aussi une place dans le monde de demain et donc d’accompagner les structures qui agissent en faveur de l’environnement sur le plan du bâtiment, des matériaux, de l’accès à la nature pour les enfants ». Le Rémi soumet l’idée d’un « crédit d’impôt vert, qui permettrait (de valoriser) les structures qui investissent financièrement sur des approvisionnements locaux, durables (…) et les crèches de plein air en feraient partie. » Et Salim Bouakaz a conclu : « Nous ne pouvons pas passer à côté d’un accueil de qualité digne de ce nom, peu importe le mode de garde, nous sommes tous acteurs de la Petite Enfance, nous sommes tous là pour accompagner l’ensemble familles et des enfants. »
L’intervention de Salim Bouakaz et Fanny Shosseler
Le SNPPE : des conditions de travail plus dignes et un meilleur accompagnement des assistantes maternelles
Lors de leur intervention, les représentants du jeune SNPPE ont porté un vibrant plaidoyer pour les professionnels de la petite enfance, éprouvés au quotidien par des conditions de travail difficiles et des salaires insuffisants. « Nous souffrons réellement ! », a témoigné, visiblement émue, Lucie Robert, auxiliaire de puériculture et co-secrétaire générale du syndicat, en évoquant la réglementation relative aux surfaces d’accueil et les taux d’encadrement induits par la récente réforme des modes d’accueil dont ils réclament l’abrogation. « Les préconisations du rapport des 1000 premiers jours proposent 1 professionnel pour 3 voire 1 pour 4. Pourquoi sommes-nous arrivés à la conclusion de 6 ? », interroge-t-elle. « La marche n’est pas égale à l’autonomie. Il faudrait peut-être commencer tous ensemble par réfléchir autrement… »
Concernant l’accueil individuel et sur son érosion, Lucie Robert a expliqué : « Tous les professionnels de l’accueil individuel doivent avoir l’opportunité de pouvoir bénéficier d’un tiers (RPE, PMI…) pour être accompagnés sur le plan administratif mais également sur la posture professionnelle ». Et a ajouté : « Il est important que nous arrêtions de parler de garde, parce que nous ne sommes pas là pour garder des enfants. Nous accompagnons des enfants au quotidien dans leur développement et des familles dans leur parentalité. Il ne suffit donc pas d’une certif’ ou d’un BAFA pour acquérir de réelles compétences professionnelles. Il y a des diplômes de la Petite Enfance et ça n’est pas pour rien que cela existe. » Cyrille Godfroy, EJE et co-secrétaire générale du syndicat, a précisé à ce sujet : « Le SNPPE a déjà évoqué le fait de vouloir 100% de professionnels diplômés dans les structures, ça ne veut pas dire qu’il s’agit de mettre de côté certaines professions par rapport à d’autres, c’est de faire évoluer les formations pour qu’on arrête de considérer certains professionnels comme des professionnels de seconde zone par rapport à d’autres. »
Il a aussi évoqué les DSP et le fait que le secteur privé prenne de plus en plus d’importance. « Cette marchandisation permet pour certains groupes des profits importants sur des fonds essentiellement publics et ça c’est aussi le rapport de l’Igas-Igf qui le rappelle », a-t-il affirmé. Et a continué : « Cela empêche les familles les plus modestes à accéder à certains établissements et cela détruit la volonté de mixité sociale. »
Au nom du SNPPE, ses représentants ont aussi rappelé l’urgence d’augmenter les moyens financiers et matériels afin d’offrir aux professionnels de la petite enfance des conditions de travail plus dignes.
Citant les résultats du baromètre SNPPE réalisé en janvier dernier, Cyrille Godfroy a exigé au nom du syndicat une revalorisation salariale immédiate des professionnels, à commencer par la prime Ségur de 183€ au même titre que le secteur du soin ou du médico-social.
Enfin, le SNPPE a rappelé la grève générale du 31 mars prochain. A cette occasion, il a créé le hashtag #amavraievaleur, et invite tous les professionnels à porter un vêtement avec ce hashtag. « Nous sommons les candidats à la présidentielle d’avoir enfin une politique ambitieuse pour la petite enfance et les professionnels qui y travaillent. C’est la génération de demain, comme on l’entend souvent, qui vous remerciera je l’espère d’avoir fait le nécessaire dans quelques mois », a conclu Lucie Robert.
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 28 mars 2022