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Les crèches d’Orléans interrogent leurs pratiques grâce au qualitomètre
Face aux enjeux de la qualité d’accueil, la Ville d’Orléans a créé un outil innovant : le qualitomètre. Conçu avec les équipes, il permet de questionner les pratiques, de favoriser les échanges et de mieux prévenir les situations à risque.
Le qualitomètre s’inscrit dans une démarche engagée en 2024 par la Ville d’Orléans, dans un contexte national marqué par le rapport de l’IGAS et une attention accrue à la qualité d’accueil. « C’est un sujet à côté duquel on ne peut pas passer aujourd’hui », observe Coralie Rouet, directrice de la petite enfance de la ville. Dans ce cadre, un poste inédit est créé en octobre 2024 : celui de référente qualité d’accueil, occupé par Stéphanie Pronine. Dans la foulée, un premier séminaire réunit les directrices et cadres des crèches autour de la bientraitance et des outils managériaux pour la favoriser. C’est là que germe une idée simple : il manque un outil concret, partagé, pour parler de la qualité au quotidien. « Il nous fallait un baromètre pour accompagner nos équipes sur ce sujet-là, pouvoir échanger, que ce ne soit pas tabou », explique la directrice de la petite enfance.
Une démarche collective
Sans attendre la publication du futur guide d’évaluation ou le référentiel national qualité d’accueil, la Ville d’Orléans a donc choisi d’engager sa propre réflexion. Pour les équipes, il ne s’agit pas seulement d’évaluer la qualité, mais de construire un cadre commun : « se mettre d’accord collectivement sur ce qu’est un accueil bientraitant, un accueil maltraitant, et plus largement une pratique de qualité », précise Stéphanie Pronine. Le séminaire permet de travailler sur les responsabilités de chacune – professionnelles comme encadrantes – face aux situations de maltraitance, qu’elles soient individuelles ou institutionnelles. À son issue, les directrices repartent dans leurs structures avec des repères communs.
Mettre à plat les situations concrètes du terrain
Au début de la démarche, la question de la qualité d’accueil et de la maltraitance a suscité une certaine inquiétude au sein des équipes. Beaucoup de professionnelles se sont interrogées sur leurs pratiques, avec une certaine appréhension. Mais très vite, le travail collectif a permis de remettre ces questionnements en perspective et a ouvert un véritable espace de réflexion.
Cette dynamique débouche, en avril 2025, sur une grande journée pédagogique réunissant près de 250 agents, issues d’une vingtaine de structures de la Ville d’Orléans. L’heure est à la mise en pratique : les équipes travaillent à partir de réglettes inspirées du violentomètre (outil utilisé pour prévenir les violences faites aux femmes), du vert au rouge, pour analyser des situations concrètes. « Les équipes sont invitées à imaginer des situations du quotidien — par exemple, un enfant qui pleure — puis à se positionner : qu’est-ce qu’une réponse adaptée ? Qu’est-ce qui relève d’une pratique bientraitante ? Et à partir de quand bascule-t-on vers une pratique problématique ? », explique Stéphanie Pronine.
La zone entre-deux, au cœur du travail
Si les repères du « bientraitant » et du « maltraitant » sont déjà bien intégrés – référentiel national d’un côté, cadre légal de l’autre –, le travail des équipes se concentre surtout sur cette zone intermédiaire, plus floue, où une pratique n’est pas maltraitante, mais pose question. « C’est cette zone entre-deux, celle où, en tant que professionnelle, on sent bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas tout à fait, mais sans toujours savoir comment la nommer, observe Stéphanie Pronine. Il est normal, ponctuellement, de s’y situer. « On n’est pas des robots », rappelle Coralie Rouet. Mais souvent, ces situations restent peu verbalisées.
Un groupe de travail, déjà en place, prend ensuite le relais pour transformer tous ces échanges en un outil concret, opérationnel, destiné à être diffusé dans les crèches. Le choix est fait de s’appuyer sur les valeurs du projet éducatif de la Ville d’Orléans pour construire l’outil : le rythme de l’enfant, l’expression des émotions, l’accueil de l’enfant et de sa famille, l’autonomie, l’individualité dans le collectif et la communication professionnelle. Le qualitomètre repose donc sur une lecture en trois zones : le vert pour les pratiques bientraitantes, le jaune pour les pratiques insécurisantes, le rouge pour les pratiques maltraitantes ou hors cadre légal.
Un support de prévention, de réflexion et de dialogue
Le qualitomètre prend la forme d’une grande affiche, au format A2. Présenté aux équipes en décembre, il est affiché dans les salles de pause depuis janvier. Il est conçu pour être utilisé de différentes manières, selon les situations et les professionnelles : support d’échange en équipe, outil d’observation des pratiques ou appui pour les encadrantes. « Il ne s’agit pas de traquer les écarts, rassure Coralie Rouet, mais de prévenir, en aidant les professionnelles à identifier les situations et à revenir vers des pratiques sécurisantes pour l’enfant », Les mises en situation, formulées à la première personne, invitent chacune à se positionner directement sur ses pratiques. Pour l’instant, le qualitomètre reste un outil interne. La Ville n’a pas encore communiqué auprès des familles, mais envisage de le faire.
Une démarche appelée à s’étendre
La Ville prévoit la création d’un deuxième support, dont la diffusion est prévue à la rentrée de septembre, un « livret agent », destiné à accompagner les professionnelles dans les différents temps de vie en crèche, et compléter le qualitomètre. Cet outil, plus détaillé, proposera de nombreuses mises en situation, organisées selon les différents temps de la vie quotidienne en crèche : accueil, repas, sommeil, transitions…
Le livret sera décliné en deux formats : un pour l’accueil collectif et un autre, spécifiquement adapté aux réalités de l’accueil individuel. L’objectif : que chaque professionnelle puisse s’y référer facilement au quotidien. Et la réflexion ne s’arrête pas là. Orléans envisage aussi de partager la démarche avec les crèches privées du territoire afin de démarrer une réflexion commune. Plus largement, la collectivité souhaite aussi essaimer cette culture commune de la qualité vers d’autres services accueillant des enfants, comme le périscolaire, les sports ou la culture.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 18 mars 2026