S’abonner

L’école maternelle, c’est aussi faire l’expérience de la « récré »

Découvrir l’école maternelle, c’est aussi faire l’apprentissage de la récréation. Un espace de liberté et de joie qui peut également être source de stress et d’inquiétude pour ces petits enfants d’à peine 3 ans  qu’ils aient ou non connu un mode d’accueil collectif auparavant. La psychopédagogue Fabienne Agnès Levine décrypte pour vous ce temps de jeu libre à ne pas négliger. 

Du point de vue du jeune enfant, qui entre à l’école maternelle l’année de ses 3 ans, l’heure de la récré n’est pas si facile que ça à repérer : est-on encore le matin ? le midi ? l’après-midi ? Sans compter que les mercredis peuvent se dérouler dans les mêmes locaux, mais avec une organisation différente entre espace intérieur et espace extérieur. C’est donc chaque jour, au moins tout le premier trimestre, qu’il est important, au moment de l’habillage, confié principalement aux ATSEM, de bien dire aux enfants pour quoi faire, ils sortent de la classe. Certains enfants peuvent croire que l’école est finie ou au contraire croient aller en récré alors que c’est la fin de la matinée, en particulier ceux qui ne mangent pas à la cantine. La confusion est possible aussi par rapport à la garderie du soir.

Une récré adaptée aux besoins des plus jeunes

Pour la plupart des jeunes enfants, ce temps de jeu libre avec des adultes à distance est bien vécu : ils aiment être en plein-air, ils apprécient la mise à distance des adultes, ils inventent leurs jeux, ils gèrent leurs conflits entre eux. Mais certains vivent cette immersion comme une épreuve sur le plan affectif et se sentent plus en sécurité lorsqu’ils sont guidés par les consignes de l’enseignant(e), dans la classe ou dans la salle de motricité. Heureusement, l’équipe pédagogique a toute latitude pour organiser les modalités de la récréation en prenant en compte les contraintes des locaux. Pendant la période de rentrée et même tout au long de l’année, décaler celle des plus petits  (en TPS ou PS*) ou leur attribuer une zone de la cour séparée sont des solutions rassurantes, tant pour les enfants que pour leurs parents. 

La récré, à quoi ça sert ? 

Le verbe « se récréer » ou « se re-créer » est peu utilisé, mais apparaît dans les listes des besoins fondamentaux. Son sens de délassement implique que le temps de récréation intervient toujours après une activité fatigante. En toute logique, elle se situe, ou devrait se situer, au milieu de chaque demi-journée, car son rôle est de faire une coupure entre deux longues séquences d’apprentissages. Il est donc étonnant d’apprendre qu’un enfant de maternelle est resté en classe pour finir son « travail » ou parce qu’il est trop agité. Il arrive aussi qu’un enfant en situation de handicap soit privé de récré, faute de moyens pour répondre à ses besoins spécifiques. L’idée que la récréation est un droit pour tous les enfants est ancienne puisqu’une circulaire datant de 1991 mentionne qu’« un élève ne peut être privé de la totalité de la récréation à titre de punition. » Malgré cela, cette pratique de privation de récré reste courante, aux dépens des enfants eux-mêmes et des ATSEM qui se retrouvent malgré elle à surveiller, souvent pendant leur courte pause, un enfant qui n’a qu’un seul besoin : se ressourcer, se récréer en partageant avec les autres un temps de jeu libre à l’extérieur.

L’origine de la récréation

La récréation existe depuis les débuts de l’école républicaine en 1881. Tant que les horaires de classe étaient imposés, les récréations avaient lieu à la même heure, matin et après-midi, partout en France. Depuis longtemps, les collectivités locales ont la possibilité de répartir les 24 heures de classe hebdomadaire avec souplesse, avec des répercussions sur les horaires des récréations. Selon l’arrêté du 9/11/2015, « Les temps de récréation, d’environ quinze minutes en école élémentaire et trente minutes en école maternelle, sont déterminés en fonction de la durée effective de la demi-journée d’enseignement. » Qui surveille ? Sans ambiguïté et depuis toujours, ce sont assurément les professeurs des écoles. Cette responsabilité totale de l’équipe enseignante n’empêche pas d’associer les ATSEM, sous réserve que l’organisation de leur travail le permette et que cette option soit inscrite dans leur charte ou validée par leurs responsables à la Ville. C’est l’occasion de préciser que la récréation qui se déroule sur le temps Éducation nationale, est à ne pas confondre avec celle de l’interclasse, avant ou après la cantine, plus longue et pendant laquelle les enfants sont sous la responsabilité des animateurs et des ATSEM présents.

Pas de récréation après le repas

L’idée que les enfants ont besoin de se défouler après le repas est contre-intuitive. À choisir, un temps de détente est préférable entre la sortie de classe et le début du repas, quitte à ce que les enfants aient faim. Il y a consensus, chez les spécialistes du sommeil et des rythmes de vie, pour recommander une sieste juste après le repas, sans passer par la case « récré », celle de la pause méridienne qui est un temps organisé par la ville et non par l’Éducation nationale. La principale raison est de ne pas proposer aux enfants un temps trop actif au moment de la digestion. Faire dormir les enfants avant l’heure de retour en classe est toujours le résultat d’une concertation entre le service concerné de la collectivité territoriale et la direction de l’école. Entrent en ligne de compte le nombre de services pour les repas ainsi que la distance entre l’école et le restaurant scolaire. Lorsque les déplacements se font en bus, le manque de solutions peut se comprendre si les enfants ont commencé à s’assoupir sur leur siège pendant le trajet de retour et qu’il reste un temps d’interclasse dans la cour. 

…ni après la sieste

L’après-midi, l’absence de récréation pour les enfants qui dorment se justifie. En effet, il n’est pas conseillé de faire passer les enfants du dortoir à la cour, mais préférable de leur donner accès libre aux coins jeux de la classe ou d’organiser un retour en douceur dans les apprentissages. D’une part, la sieste constitue en soi un temps de détente et d’autre part, juste après le sommeil, il est déconseillé de soumettre l’organisme à des changements de température. Ces recommandations sont à nuancer, car selon les caractéristiques locales et les horaires, il appartient aux enseignants de prendre les options adaptées à la situation. Du côté des enfants, on en trouvera toujours un qui aurait bien besoin de la récréation de l’après-midi alors qu’un autre est malheureux d’être obligé d’aller dans la cour : un exemple parmi d’autres de la difficulté de l’école maternelle à répondre à tous les besoins individuels en même temps. 

La récré, un espace de liberté et de mouvement 

Après un ou deux ateliers vécus dans la classe, le jeu actif en plein-air est bienvenu. Pour rappel, le jeu actif est un jeu non seulement de mouvement, mais d’une forte intensité, avec des effets positifs sur le plan physique et cardiaque. Un début de récré, ce sont des cris, des enfants qui courent dans tous les sens avant qu’opère, le plus souvent, la magie d’une forme d’organisation spontanée. Les enfants arrivent à se répartir entre structure à grimper quand il y en a, recherche d’éléments de la nature, on en trouve toujours un peu, éventuelles marelles et autres marquages au sol. Ils guettent aussi le moment où les adultes (a priori les enseignants, parfois les ATSEM) sortent les engins roulants, qui dans les écoles maternelles ne sont pas de simples draisiennes ou tricycles. Ce sont des équipements lourds, solides, avec de la place pour un ou plusieurs conducteurs et passagers, que les jeunes enfants découvrent pour la première fois.  

La récréation, ce sont aussi des bobos

À la récréation, les chutes et les petites blessures sont presque inévitables. Elles sont sources d’inquiétudes pour les parents qui, à force de recommandations de prudence à leur enfant, risquent de leur transmettre leur stress. Les enfants en situation de handicap ou avec une maladie chronique ont droit, eux aussi, à cette expérience de socialisation entre pairs. C’est donc aux professeurs des écoles – en premier lieu aidés par les AESH, et par les ATSEM – de faire en sorte que chacun trouve sa place et vive ce temps libre en toute sécurité matérielle et affective. Selon les profils de parents et d’enfants, les audacieux et les intimidés réagissent chacun à leur manière, les seconds manifestent leur sens du risque et du défi tandis que les seconds s’enhardissent peu à peu. Les enfants, surtout les filles, ne sont pas toujours habillés de manière suffisamment confortable pour explorer toutes les possibilités offertes par l’environnement de la cour. Quoi qu’il en soit, aucun n’est à l’abri d’un petit bobo, et le nettoyage d’une plaie à l’eau est un rôle attribué aux ATSEM. Ceci dit, il appartient aux enseignants de faire face et dans tous les cas, c’est à eux de rendre compte aux parents de l’incident, minime ou grave (uniquement s’il a lieu pendant les récréations du temps scolaire). 

Entre plaisir de jouer dehors et climat anxiogène

En TPS et en PS, la plupart des enfants s’adaptent bien au groupe classe et acquièrent vite des repères dans les locaux, mais il peut en rester qui manifestent de l’inquiétude, voire des pleurs, dès que la récré est annoncée. Autant ils sont joyeux et participatifs lorsque l’adulte les encadre, autant ils manquent d’autonomie dès qu’ils sont « lâchés » après le temps de l’habillage, qui peut se faire dans le chahut. Pour ces enfants , maispour les autres aussi, les effectifs de l’école, l’aménagement des espaces et la posture des adultes jouent un grand rôle dans la qualité de leur expérience « récré ». C’est pourquoi, l’organisation de ce moment n’est pas à négliger dans le déroulement d’une journée scolaire, surtout de ceux qui sont des écoliers « grands débutants ». 

* TPS : toute petite section, avant 3 ans ; PS : petite section, entre 3 et 4 ans 

A Tours, la Marelle soutient les familles du quartier et les accompagne vers l’école maternelle

Ecole maternelle : les premières récréations à 3 ans, pas si facile

« Jouer à balayer » une préparation à l’école ?

Fabienne Agnès Levine

PUBLIÉ LE 01 septembre 2025

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire