S’abonner
Espace
Abonnés

Outre-mer : les recommandations du HCFEA pour les modes d’accueil

Le HCFEA vient de publier un rapport sur « La situation des familles, des enfants et des personnes âgées vulnérables dans les départements et régions d’Outre-mer (Drom) : réalités sociales et politiques menées ». Piloté par le Conseil de la famille et deux chercheurs de l’Ined3, cette synthèse dresse un état des lieux très poussé de la situation démographique et sociale des cinq Drom (Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Martinique et Mayotte). Et à partir des enjeux dégagés, « analyse les politiques conduites en matière d’aide et accompagnement des familles, leurs particularités et spécificités par rapport à celles menées en métropole et leur adaptation ou limites par rapport aux besoins des populations concernées, en faisant un certain nombre de propositions d’adaptation ou d’évolutions ». Le point notamment sur les pistes concernant les modes d’accueil collectif et individuel.

Une grande diversité de situations démographiques

Le rapport du HCFEA décrit cinq territoires aux réalités communes mais une très grande diversité de situations notamment démographiques. Tous affichent des caractéristiques socio-économiques nettement plus défavorables qu’en métropole (revenus, niveau de vie médian, taux de pauvreté monétaire, emploi, niveau d’éducation et plus largement de l’ensemble des conditions de vie) ; avec notamment une proportion de familles monoparentales beaucoup plus élevée qu’en métropole (aux Antilles, près d’un enfant sur deux vit seul avec sa mère isolée). Notons que Mayotte est de loin le territoire au sein duquel les conditions de vie sont les plus précaires. En revanche les situations démographiques sont très contrastées avec une fécondité élevée, une population très jeune et des grossesses précoces fréquentes en Guyane et à Mayotte ; mais une population vieillissante et en net recul aux Antilles. Car aux Antilles, on note un départ massif des jeunes de 15 à 30 ans vers la métropole, tandis qu’en Guyane et à Mayotte, on constate à contrario une immigration massive de jeunes adultes (20-40 ans) avec leurs enfants.

Une offre d’accueil inversée entre Drom et métropole

Pour ce qui est de l’offre d’accueil du jeune enfant, le rapport met en évidence de fortes différences entre la métropole et les Drom, avec un taux de couverture des enfants de moins de trois ans par des modes d’accueil formels beaucoup plus bas qu’en métropole, autour de 60%. Les situations sont pour autant diverses, Martinique et Guadeloupe sont mieux couvertes tandis que la Guyane a un taux particulièrement faible. L’accueil individuel par les assistantes maternelles est peu répandu (autour de 20% pour trois Drom sur quatre) tandis qu’il est majoritaire en métropole. Les MAM sont relativement bien développées à la Réunion, en Martinique et en Guyane mais quasi inexistantes en Guyane. L’offre de places en EAJE est quant à elle très inégale, selon les territoires et entre les communes. En Guadeloupe et Martinique, l’offre d’accueil du jeune enfant n’est pas un enjeu majeur. Cela l’est en revanche à la Réunion où la Caf en a fait l’une de ses priorités, en doublant le nombre de places proposées ces dix dernières années. « En Guyane, précise le Conseil de la Famille, la garde des jeunes enfants relève avant tout de l’offre informelle ou traditionnelle, cohérente avec une société matriarcale où la gestion des enfants relève souvent d’une gestion collective au sein d’une cellule familiale non pas nucléaire mais élargie. »

Des difficultés de financement et des besoins en personnel qualifié

Selon l’analyse du HCFEA, malgré le dynamisme des acteurs locaux, des initiatives diversifiées et une dynamique partenariale forte, les collectivités territoriales ont un investissement financier limité sur les questions familiales. De fait, « le maintien ou le développement de l’offre existante se heurte d’abord à une difficulté de financement des structures, en raison des faiblesses de cofinancement des collectivités, ce qui conduit à une demande d’extension des modalités de financement par les CAF de manière à assurer la pérennité des structures, notamment celles de statut associatif ». (…) Une deuxième difficulté tient aux besoins en personnels qualifiés et aux contraintes relatives à leur formation, les formations ayant généralement lieu en métropole ou en ligne. Un sujet particulier concerne les profils d’infirmières-puéricultrices qui sont peu nombreux au regard des besoins, ce déficit étant renforcé pour les EAJE par le fait que le niveau de salaire proposé par la crèche est souvent inférieur à celui qui peut être proposé en milieu hospitalier.

Les propositions du rapport pour les modes d’accueil

A l’issue d’entretiens réalisés avec les acteurs locaux, le Conseil de la Famille du HCFEA a formulé des pistes d’évolution concernant le soutien et l’accompagnement des acteurs associatifs, la professionnalisation et qualification des acteurs, l’inclusion des familles vulnérables et leur accès aux droits, le soutien et l’accompagnement à la parentalité, la lutte contre les violences intrafamiliales, la prévention des grossesses précoces, le soutien à la scolarisation…

Pour l’accueil collectif des jeunes enfants

  • « Il s’agit d’étudier, pour favoriser la pérennisation des structures, les possibilités de mise en place d’un mode de financement dérogatoire à la PSU, de façon à permettre :

– de ne pas déduire la participation financière des familles de l’assiette de financement par la Caf ;

– de prendre en compte la difficulté à faire financer le reste-à-charge par les collectivités d’implantation ; étudier dans ce cadre l’opportunité de développer des EAJE portés par la Caf et financés à 100 % par elle ou de créer une agence territoriale de la petite enfance qui serait en charge de collecter la part de financement des EAJE qui revient aux communes.

  • Faire de la pédagogie auprès des responsables communaux et des familles pour que soient mieux perçus les enjeux d’un accueil collectif de la petite enfance.
  • Investiguer les différentes solutions de compensation des difficultés de trésorerie rencontrées par les structures associatives d’accueil du jeune enfant.
  • Évaluer la pertinence des dispositifs d’accueil itinérants du jeune enfant, globalement peu connus.
  • Favoriser la concentration des EAJE associatifs de façon à leur permettre d’équilibrer les coûts.
  • Mettre en place un suivi en continu des possibilités d’accueil occasionnel au sein des structures collectives et en informer les familles via leur smartphone. »

Pour l’accueil individuel des jeunes enfants

  • « Renforcer l’appui au déploiement des Maisons d’assistantes maternelles (MAM) en mettant en place une aide à l’investissement et au fonctionnement complémentaire aux aides proposées par la Caf ; cela permettrait de répondre au problème de logement qui freine la régularisation de l’activité des nounous.
  • Étudier les conditions de déploiement du modèle de la crèche familiale pour répondre aux enjeux de solvabilité des familles face à l’accueil individuel et de professionnalisation des assistantes maternelles.
  • Renforcer l’accompagnement du volet employeur pour les familles qui souhaitent recourir à une assistante maternelle.
  • Renforcer l’accompagnement des MAM : initier des actions dédiées au sein des RAM, favoriser l’émergence d’associations susceptibles d’accompagner les MAM dans leur création et leur pérennisation. »

Soutien à la parentalité en outre-mer : 10 recommandations à la loupe

La place des jeunes enfants dans l’espace public et la nature : les recommandations du HCFEA

Rapport du HCFEA : Les repas des enfants en crèche et chez l’assistante maternelle à la loupe

Vous avez envie de lire la suite ?

Abonnez-vous dès maintenant

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 28 mars 2022

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire