Plan d’urgence pour la qualité d’accueil : dans l’attente de précisions, des réactions plutôt prudentes
Il y a eu le tollé sur la méthode ! Annoncer par voie de presse (version payante) un plan d’urgence attendu depuis des semaines par tout un secteur a été sévèrement jugé notamment par les membres du Comité de filière. Plus qu’une maladresse un vrai camouflet ! Sur le fond des annonces, les réactions tardent et restent prudentes car considérées comme trop floues bien qu’allant plutôt dans le bon sens.
Un power point reçu par mail avec un message d’excuses du ministre Jean-Christophe Combe (à propos de l’annulation du déplacement prévu à Nancy vendredi 30 juin, pas de l’interview accordée la veille) mais sans aucun commentaire ou explication quant aux mesures contenues dans ledit document. Cela a été jugé un peu léger. Chacun aurait apprécié un rendez-vous en visio. Cette façon de procéder explique en partie le peu d’enthousiasme exprimé quant aux mesures annoncées (voir notre article Plan d’urgence pour la qualité d’accueil : malgré des couacs, des mesures fortes). Un PowerPoint, c’est trop flou pour vraiment se prononcer même si tout cela semble aller dans le bon sens. C’est la tonalité générale des premières réactions.
SNPPE : « Cela va dans le bon sens »
Comme souvent le SNPPE a réagi le premier en publiant un communiqué vendredi soir intitulé « des annonces qui vont dans le bon sens, une communication qui demande à être plus respectueuse des acteurs de la petite enfance ».
Le communiqué commence clairement par un satisfecit : « Le SNPPE note que les annonces du ministre vont enfin dans le bon sens après des décennies de déréglementations successives qui ont mis le secteur de la petite enfance au bord du gouffre que nous connaissons aujourd’hui. » S’il salue ainsi la revalorisation des salaires « enfin annoncée », il estime que des points doivent être précisés ou améliorés : les 1800 euros annuels en plus pour les AP qui dépendent de la CCN Alisfa ne sont pas suffisants selon le SNPPE (il faudrait 2000 euros annuels supplémentaires pour être au niveau du salaire moyen français) et la revalorisation pour le service public via le RIFSEEP est une « mesure très inégalitaire ». Il déplore également que les annonces concernant les assistantes maternelles soient différées et note ainsi : « Ce décalage (ndlr : entre accueil collectif et accueil individuel) accentue le sentiment de sous-mode d’accueil qui n’est plus tolérable de subir. » Concernant les 200 000 places supplémentaires à horizon 2030, le SNPPE réaffirme son scepticisme. Un objectif qui lui semble en effet irréalisable. Les autres mesures évoquées par le syndicat : le CAP-AEPE dont l’obtention devrait être pour lui soumise à la réalisation de stages évalués, le taux d’encadrement d’un 1 adulte pour 5 à mettre en place le plus rapidement possible… Quelques points de vigilance également : les deux adultes dont la présence est désormais obligatoire dès 1 enfant doivent être de vrais professionnels de la petite enfance et, à propos des signalements de suspicion de maltraitance, il est essentiel que « l’analyse des situations soit la plus fine possible afin d’éviter tout raccourci qui mettrait en avant la faute du professionnel quand le rapport de l’IGAS démontre bien que le contexte est très institutionnel ». Enfin, le SNPPE ne manque pas d’exprimer son mécontentement quant au fait que Jean-Christophe Combe ait dévoilé les annonces par voie de presse. (Lire le communiqué du SNPPE)
CGT-Sap : « Enfin, ça bouge ! Mais rien sur l’accueil individuel »
Pour Stéphane Fustec, responsable CGT-Service à la personne : « Je reste positif. Ça bouge et on ne peut être que satisfait des annonces sur le soutien aux revalorisations salariales quels que soient les gestionnaires. Satisfaits aussi que soient reprises certaines recommandations de l’IGAS comme les contrôles des grands groupes de crèches. » Deux regrets de taille : le choix de la forme des annonces et le peu de mesures concernant l’accueil individuel. « En fait, souligne Stéphane Fustec, il n’y a rien, aucune piste. Il ne semble pas mesurer l’urgence. Et effectivement, ils n’anticipent pas. Le plan d’urgence annoncé pour la rentrée ? J’avoue que je n’y crois pas trop. »
FFEC : « Des règles nationales, publiques et opposables pour améliorer la qualité d’accueil et lutter contre la pénurie de professionnels de crèches sans délais »
Dans son communiqué rendu public lundi 2 juillet, la FFEC insiste sur la nécessité de pallier dès à présent le manque de professionnels. « La première mesure d’amélioration des conditions de travail du secteur et de la qualité d’accueil des jeunes enfants consiste à pourvoir tous les postes de travail et permettre à chaque professionnel de remplir ses missions sans compenser le sous-effectif de l’équipe de la crèche ou des équipes dédiées à l’accompagnement ou au contrôle des modes d’accueil », indique ainsi la fédération. Concernant les mesures, qu’elle qualifie d’« ambitieuses », la FFEC attend des éléments de clarification, notamment sur les revalorisations salariales. En pratique, elle demande des précisions sur « les conditions qu’il (ndlr : le gouvernement) souhaite voire remplies au sein de la Convention collective des Entreprises de Services à la personne et les modalités de remboursement des employeurs afin que dès 2024, les salariés des entreprises de crèches et de micro-crèches puissent bénéficier des mêmes augmentations que les salariés des crèches publiques et d’une partie des crèches associatives. » Ou encore sur le financement des temps d’analyse de pratique pour qu’ils soient mis en œuvre dans toutes les structures et le plus rapidement possible.
Autre point important selon la FFEC : l’établissement de « règles publiques, nationales, objectives et opposables aux services financeurs et aux services de contrôle » pour améliorer la qualité d’accueil. La concertation devra donc être de mise pour la fédération afin d’aboutir à des règles qui soient les mêmes pour tout le monde. (voir ci-dessous le communiqué de la FFEC)
Ufnafaam : « Si le plan assistantes maternelles reprend tout ce qui a fait consensus au sein de toutes les organisations, on va arriver à un résultat »
« Lorsque l’on a vu le power point, nous avons été très déçus car il n’y avait quasiment rien sur l’accueil individuel », indique Sandra Onyszko, directrice de la communication de l’Ufnafaam. Elle ajoute : « Je suis d’accord avec la réaction du SNPPE concernant le décalage des annonces. On le regrette. Pourquoi toujours les assistantes maternelles après l’accueil collectif ? Pour le gouvernement, je suis persuadée que ce n’est pas une question d’importance, c’est une question de travail mais il n’empêche que c’est l’image que cela renvoie ». Mais Sandra Onyszko se veut optimiste et attend avec impatience le plan à destination des assistantes maternelles. « On nous parle d’un plan de soutien à l’accueil individuel pas d’une ou deux mesures. On espère donc qu’ils vont reprendre ce qui a fait consensus au sein de toutes les organisations et, si tel est le cas, là enfin ça va bouger, et on va arriver à un résultat. » Concernant les thématiques que l’Ufnafaam aimerait voir présentes dans ce plan : tout ce qui est du domaine de l’agrément, des problématiques sur les impayés, tout l’axe sur l’accompagnement et la professionnalisation, et aussi les passerelles pour des parcours professionnels plus complets.
Catherine Lelièvre et Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 04 juillet 2023
MIS À JOUR LE 11 novembre 2023