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Pourquoi les enfants aiment tant les cabanes

La première cabane de l’enfant, c’est le ventre maternel. Puis, dès la naissance, ce sont les bras du parent qui l’enveloppent et lui permettent de percevoir les limites de son corps, en lui rappelant les sensations de la vie intra-utérine. Tous les enfants du monde ressentent un besoin de contenance, qui se manifeste par une attirance quasi universelle pour les petits espaces clos. Imaginée entre trois coussins, dans un meuble de rangement, une tente, la cabane se décline à l’infini.

Le bébé est rassuré lorsqu’il est contenu dans les bras de son parent – ou de toute figure d’attachement. Mais ce besoin de contenance physique, il le retrouve aussi dans l’ environnement. En grandissant, il passe symboliquement du ventre aux bras, puis à sa propre cabane, qu’il crée et investit selon les possibilités de son environnement.

Dès qu’il commence à se déplacer, l’enfant recherche cette sécurité, ce besoin de se rassembler, dans les petits espaces fermés où il ira spontanément se nicher. Marie-Hélène Hurtig, puéricultrice, ancienne directrice de crèche et formatrice raconte :« Le jeune enfant entre dans un meuble de rangement, vide une caisse de jouets pour s’y glisser. Il construit là une sorte de prémisse de cabane. Il y a à la fois l’idée de se créer un contenant rassurant et d’expérimenter le “dans quoi je rentre ». Cette expérimentation correspond à la boucle perception/action ; qui est la base de l’affordance »

Quand l’enfant initie le jeu du coucou-caché

Petit à petit, l’enfant acquiert une sécurité psychique suffisante pour se soustraire du regard de l’adulte. C’est là que la cabane prend toute sa place. Quand il va se cacher sous une table par exemple, c’est déjà une première cabane. Puis plus grand, « Il se cache du regard de l’adulte et devient le maître du jeu, précise Marie-Hélène HurtigLes enfants adorent : ils jouent avec cette disparition puis s’amusent sur des temps courts à se faire peur – “je ne vois plus l’adulte, lui non plus ne me voit pas, mais je ressors quand je veux”.  Quel professionnel n’a jamais vu un enfant partir se cacher en courant au moment où son parent arrive pour le chercher le soir ?  L’enfant se cache, tout le monde se met à le chercher, ce qui peut le faire jubiler. À travers la cabane – et donc la cachette – on retrouve des variations infinies du coucou-caché. »

Retrouver des limites contenantes

Pour l’enfant, la cabane est un terrain de jeu où il expérimente le coucou-caché avec enthousiasme, mais elle est aussi un refuge temporaire, un espace psychique où il crée son propre nid. Un lieu qu’il maîtrise, où il applique ses propres règles. Dans la plupart des crèches, des petits espaces permettent aux enfants de s’isoler, de se soustraire du bruit, et parfois des interactions. Ce sont des structures en dur ou souples : petites cabanes en bois, tunnels d’activités, meubles-refuge, aires de détente modulables qui permettent de créer des séparations. « Tous les enfants ont besoin de retrouver des limites autour de leur corps, insiste Monique Busquet, psychomotricienne et chroniqueuse sur Les Pros de la petite enfance. Certains vont s’appuyer contre un mur, d’autres se réfugier dans un espace restreint. Cela favorise leur sécurité émotionnelle. » La cabane est à la fois refuge, cachette, et espace secret. Plus l’on grandit, plus on y crée des mondes imaginaires, des expériences multisensorielles. Mais la cabane permet aussi des interactions plus protégées : on y invite le copain pour regarder un livre ou jouer à la dînette, à l’abri des autres.

Un exercice de liberté créative

Il y a une quinzaine d’années, la chorégraphe Noëlle Dehousse a créé Petit Dom : un parcours déambulatoire ludique pensé pour les tout-petits, intégrant de petits espaces sécurisés inspirés de la nature. « Nous avons remarqué que certains enfants restaient très longtemps dans ces endroits malgré leur jeune âge, et qu’ils en ressortaient très apaisés. », observe-t-elle. Forte de ce succès, elle décide de lancer des formations sur les cabanes en France avec son centre  Minuscropik et en Belgique avec Gaëtane Reginster, co directrice du Théâtre de la Guimbarde en Belgique. Elle conçoit ainsi la formation Ma cabane à la crèche, à destination des professionnels de la petite enfance. Elle y aborde différentes typologies de cabanes (pérennes, éphémères, etc.) et invite les participants à concevoir leur propre cabane à l’aide de matériaux variés.

Les formatrices se déplacent ensuite dans les crèches pour mettre en place des propositions concrètes avec les équipes. « C’est un véritable exercice de liberté créative qui suscite un réel engouement », se réjouit-elle. Et les résultats sont là. « Les professionnels rapportent des changements de comportement immédiats : des enfants qui pleuraient régulièrement s’apaisent dans une cabane improvisée, souligne-t-elle. On m’a parlé d’une petite fille qui refusait de dormir dans le dortoir collectif. À l’issue de la formation, les professionnelles lui ont montré un meuble de rangement avec une porte coulissante. Aussitôt, elle a pris un coussin, son doudou, s’y est installée… et elle y a fait la sieste. »

Fabriquer, créer, assembler…ensemble

Ce qui fait la force d’une cabane, c’est souvent qu’elle soit construite avec les enfants : le petit devient acteur de son environnement. « Dès deux ans, les enfants adorent construire eux-mêmes ces espaces, confirme Monique Busquet. Ils aiment déplacer des cartons, des coussins, des chaises. Il suffit de sortir des modules à grimper pour qu’ils s’en saisissent aussitôt et les transforment en cabane. Ce plaisir de construire, d’aménager, d’agir par soi-même est fondamental. » Noëlle Dehousse pousse le raisonnement plus loin : pour elle, la structure idéale est celle que l’on construit avec les enfants. « Les cabanes fabriquées uniquement par des adultes sont souvent peu investies et vite abandonnées, souligne-t-elle. En revanche, les éphémères, co-construites avec les enfants, sont beaucoup plus pérennes et sources de plaisir. » Surtout qu’en construisant sa cabane, le petit développe sa motricité, sa créativité et un esprit de collaboration. Mais les enfants s’enthousiasment autant pour la construction des cabanes que pour leur destruction, qui fait pleinement partie du jeu. Et celle-ci est difficile pour les adultes. « Nous avons beaucoup travaillé avec les professionnels sur cette partie, pour qu’ils acceptent que les enfants défassent. Ce n’est finalement pas si évident. »

Un cadre sécurisé

La sécurité est évidemment centrale lorsqu’il s’agit de cabanes dans des lieux d’accueil. Si les bienfaits des petits espaces sont largement reconnus (apaisement, autonomie, créativité), ils ne peuvent être proposés que dans un cadre rigoureusement pensé pour prévenir les risques. « Chaque cabane doit être conçue en fonction du niveau d’autonomie des enfants, et toujours avec un adulte référent à proximité », rappelle Noëlle Dehousse. Quelques règles de bon sens qu’il n’est pas inutile de rappeler : pas de cordes pendantes, de tissus suspendus avec des systèmes qui ne se décrochent pas facilement, pas d’accumulation de coussins sans surveillance, et l’enfant doit toujours pouvoir sortir seul.

Des idées de cabanes pour les enfants

Cette cabane à été imaginée par une directrice de deux crèches en Belgique suite à une formation de Noëlle Dehousse et Gaëtane Reginster. Elle a été fabriquée à partir de tubes en PVC encastrés. Pour faire tenir des structures, on peut aussi utiliser des frites de piscine. Une couverture de survie extra-large a été placée au dessus en guise de toit. Les enfants ont ajouté des guirlandes. Ils ont investi les lieux en apportant plaids, jouets et livres.

Ici la cabane est conçue à partir de bouteilles en plastique. Elle n’est pas fermée, mais il y a un volume qui donne un effet cocon. « C’est rassurant pour certains enfants », souligne Noëlle Dehousse. Et puis si on le souhaite, il est toujours possible d’ajouter des voilages au-dessus. Exemple avec le petit nid juste en dessous.

Une autre idée de cabane faite avec des rouleaux de papier journal et ensuite scotchés entre eux. À l’extérieur (photo ci-dessous), on peut aussi créer des petits espaces avec des élastiques. La couverture de survie placée côté argenté permet de réduire la chaleur. Une bonne idée quand les températures grimpent.

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 11 mai 2025

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